Artisanat russe bois peint: techniques et styles traditionnels
Devenue un des symboles de l’Art populaire russe, la peinture sur bois de Khokhloma a immortalisé le nom de son village. L’origine de cette peinture vient de plusieurs bourgades situées sur la rive gauche de la Volga dont Khokhloma. Cet art populaire a participé au développement de la région de Nijni Novgorod située à un peu plus 400 kilomètres à l’est de Moscou.
Les origines
La tradition de Khokhloma naît dans une zone où les villages longtemps prospèrent autour des ressources forestières et des routes commerciales. Le village de Khokhloma, sur les rives de la Volga, est devenu le symbole de ce style, mais l’origine s’étend à plusieurs communautés locales, dont Bolchié, Malyé Bezdeli, Mokouchino et Khriachtchi, autour de Kovernino.
Les paysans vieux-croyants, artisans et paysans, jouent un rôle primordial dans le développement de cet art: ils fabriquaient des objets utiles et décoratifs, utilisant le bois et des techniques de dorure et de vernissage transmises de génération en génération.
Naissance à Khokhloma
Au XVIIe siècle apparaît la peinture laquée sur bois de Khokhloma, et la première mention de vaisselle peint remonte à 1659, lorsque Morozov a collecté des plats peints dans la région de Nijni-Novgorod. La route commerciale de la Volga et la proximité de la foire de Makariev favorisaient les échanges et l’implantation des ateliers.
La véritable naissance de l’industrie à Khokhloma est liée aux vieux-croyants qui produisaient icônes et objets usuels colorés. Au XVIIIe siècle, les fabrications prennent les formes qu’on reconnaît aujourd’hui. Les plats Khokhloma, destinés à satisfaire les besoins quotidiens et culturels, deviennent une expression artistique centrale de la région.
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Évolution et tournant du XXe siècle
Au XIXe siècle, l’intérêt pour l’artisanat russe augmente: les expositions montrent Khokhloma comme une forme d’Art russe accessible, bien que la demande conduise parfois à une production plus rapide et de moindre qualité. En 1913, Semionov voit la création d’une école pour former des tourneurs et menuisiers. En 1916, Nijni Novgorod ouvre une école de menuiserie afin d’enseigner la peinture laquée sous la direction de Matveev.
À l’arrivée des Bolcheviques en 1917, l’école bénéficie d’un fort soutien et relance une production de haute qualité. En 1924, l’école devient l’association Artisan-Artiste. Les années 1920-1930 voient un essor à Semionov et le focus sur la vaisselle et les meubles; les matriochkas deviennent emblématiques de la fabrique de Semionov. En 1934, un musée est créé à Semionov pour préserver cet héritage.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les artisans sont remplacés par les femmes au front et dans l’usine, les cuillères deviennent une production massive (plus de 10 000 par jour). Après la guerre, elles prennent une place prépondérante dans l’usine collective, puis les années 1950 voient l’émergence d’un style plus raffiné et détaillé. Les années 1960 marquent une modernisation avec de nouveaux ateliers et un laboratoire dirigé par l’artiste Dospalva. L’art résiste à l’effondrement de l’URSS en 1991 et se réinvente après 1992, lorsque l’usine réouvre des sections pour les matriochkas et poursuit son développement.
Depuis, Semionov est associée à la “deuxième patrie” de Khokhloma; l’usine de Semionov est dédiée à la peinture Khokhloma, tandis que le village de Soukhonoska abrite un atelier et la production de jouets en argile. En 2014, Semionov rebaptise son usine « Golden Khokhloma » et organise un Festival International portant le même nom. La production moderne continue d’évoluer, tout en conservant l’essence traditionnelle.
Les étapes de la fabrication
- Tout part de l’arbre.
- En amorce, une couche d’huile de lin mélangée à de l’argile est posée sur le bois. Après un séchage de 7 à 8 heures, l’objet est recouvert grâce à un tampon de plusieurs couches d’huile de lin. C’est l’opération la plus importante, car elle va déterminer la qualité et la durabilité des pièces. Le mouvement rapide et uniforme de l’artisan transforme l’aspect de l’objet.
- L’étape suivante est « l’étamage », c’est-à-dire du frottement d’une poudre d’aluminium sur l’objet à l’aide d’une peau de mouton. Après l’étamage, ils sont brillants et prêts à être peints. À la naissance de cet art au XVIIe siècle, les vieux-croyants utilisaient de l’étain. Puis, l’objet est recouvert uniformément d’une peinture à l’huile qui est généralement rouge ou noire. Néanmoins, parfois, d’autres couleurs de fond peuvent exister comme le marron, le vert clair, ou encore le jaune.
- À l’aide d’un pinceau de poils d’écureuils, le travail artistique peut réellement débuter. Quelques motifs reviennent régulièrement sur ces objets en bois comme par exemple les figures géométriques (carré, rectangle, losange décorés de verdure, de fleurs, de paysages champêtres). On retrouve également des feuilles et/ou des fleurs dorées sur fond rouge ou noir, ce que l’on appelle le Khokhloma doré. Sur certaines œuvres, l’artiste ne représente qu’un motif détaillé comme par exemple un brin d’herbe. Chaque pièce est donc unique.
- Ces objets peints sont alors vernis. Pas moins de 4 voire 5 couches avec séchage intermédiaire sont nécessaires.
Caractéristiques et motifs
Les couleurs dominantes sont le rouge, le noir et l’or, avec des touches de jaune, vert et marron. Le fond peut être noir ou rouge; l’or n’est jamais utilisé sous forme métallique, mais est obtenu par dorure simulée et procédés de peinture qui laissent l’or dans les ajours de l’ornement. Les motifs sont folkloriques: fleurs, fruits, baies, feuilles, volutes et paysages; le Khokhloma doré se distingue par ses ornementations lumineuses sur fond sombre.
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La fabrication implique des techniques de dorure et de laque, avec un vernissage en plusieurs couches qui donne l’éclat métallique caractéristique. Le bois utilisé est principalement du tilleul ou du bouleau, et la surface est travaillée par tournage pour obtenir des formes arrondies et régulières.
Les lieux et acteurs clés
Deux lieux dominent aujourd’hui: Semionov et le village de Soukhonoska. L’usine « Peinture de Khokhloma » compte des centaines d’employés et exporte dans plus de 50 pays; elle est devenue l’une des plus grandes représentantes de l’art populaire russe et a servi d’emblème lors d’événements internationaux comme les Jeux Olympiques de Sotchi et la Coupe du Monde FIFA 2018. L’usine « Peinture Semyonovskaya », fondée en 1932, produit des matriochkas et exporte mondialement; en 2017, un musée de la matriochka et du jouet traditionnel est ouvert à Saint-Pétersbourg.
Autres objets et styles associés
En parallèle de Khokhloma, d’autres arts russes populaires complètent l’offre artisanale: Palekh, Fedoskino et Kholouï pour les boîtes laquées; les plateaux de Jostovo en métal et motifs floraux; les jouets en bois comme les matriochkas traditionnelles, souvent en tilleul et décorées de motifs ruraux, de contes et de scènes de la vie quotidienne; Gzhel pour la porcelaine bleue; Dymkovo pour les jouets en argile peintes de couleurs vives; les châles de Pavlov Possad et d’Orenbourg; et les sculptures sur os de Kholmogory.
La Matriochka et les arts populaires
La matriochka est sans doute l’objet le plus emblématique de Russie: poupées gigognes en bois qui symbolisent la famille et la continuité. Apparues à la fin du XIXe siècle, elles s’emboîtent les unes dans les autres et peuvent former des séries de 3 à 20 pièces ou plus. Le décor est peint à la main, avec des couleurs vives et des motifs floraux ou scènes de vie rurale. L’art de la Matriochka reflète le patrimoine russe, mêlant symbolique et artisanat traditionnel.
Le rôle de Khokhloma dans l’économie et l’image culturelle de la Russie est majeur: les objets en bois laqué, résistants et esthétiques, restent des témoins précieux des savoir-faire locaux, même lorsque les marchés évoluent et que les consommateurs recherchent des versions modernes ou contrefaites. L’authenticité passe par le respect des techniques anciennes, la qualité du tournage, l’imprégnation du bois, le vernissage et le soin apporté à la couleur et au motif.
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Notes et réflexions
Les artisans insistent sur la nécessité de préserver les méthodes traditionnelles et d’organiser des master classes pour transmettre le goût et les savoir-faire. Les colorants et les procédés modernes peuvent séduire, mais la véritable Khokhloma demeure celle qui résiste au temps par sa technique et son langage visuel, ancré dans le quotidien rural et les fêtes locales.
The Art of Khokhloma | ChelenArts | From Traditional to Modern (2020)
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