Différences entre une association à but lucratif et une SARL : comprendre les frontières et les implications
La loi du 1er juillet 1901 définit l’association comme une convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. Par conséquent, une association est, en principe, à but non lucratif et sa gestion est désintéressée. Toutefois, il existe une possibilité limitée pour certaines associations d’exercer des activités lucratives accessoires sans remettre en cause leur statut non lucratif, sous réserve de respecter des critères précis et d’être conforme à des obligations spécifiques.
1. Finalités et nature juridique: association vs société commerciale
La différence fondamentale entre une association et une entreprise réside dans leur finalité: une association est obligatoirement à but non lucratif, les bénéfices éventuels ne pouvant être répartis entre ses membres. Une société est fondée sur un but lucratif et la distribution de profits entre les actionnaires ou associés est possible. Néanmoins, une association peut réaliser des bénéfices à titre accessoire, pourvu que ces excédents soient réinvestis dans l’objet social et que la gestion reste désintéressée.
En confrontation avec une SARL ou une autre société commerciale, l’association peut se voir qualifier « d’association à activité lucrative » si certains critères sont réunis (gestion intéressée, concurrence avec le secteur privé, et conditions d’exercice des activités). En revanche, si l’association n’entre pas en concurrence avec le secteur privé et que sa gestion demeure désintéressée, elle conserve son statut non lucratif malgré des activités économiques accessoires.
2. Trois critères déterminants pour qualifier l’activité d’une association
- La gestion est-elle désintéressée ?
- Les activités concurrentielles avec le secteur privé ?
- Quelles sont les conditions d’exploitation des activités (produit, public, prix, publicité) ?
La gestion désintéressée signifie que les dirigeants (président, conseil d’administration ou bureau) exercent leur mandat bénévolement et ne disposent d’un intérêt direct ou indirect dans les résultats de l’association. Si la rémunération des dirigeants existe, elle peut être autorisée sous certaines conditions, sans remettre en cause le caractère non lucratif.
Rémunération des dirigeants: cadre et plafonds
La rémunération peut être envisagée si:
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- Elle ne dépasse pas 75 % du SMIC pour chaque dirigeant, et
- Elle est expressément prévue par les statuts et votée par l’organe délibérant à la majorité des deux tiers, avec un contrôle effectif de la gestion, et
- Elle respecte des règles de transparence et de périodicité des élections des dirigeants.
Au-delà de ces plafonds, des mécanismes permettent de rémunérer des dirigeants tout en conservant le caractère non lucratif, en fonction du niveau des ressources annuelles (moyenne des trois derniers exercices) et du nombre de dirigeants rémunérés:
- 200 000 euros de ressources annuelles: un seul dirigeant peut être rémunéré;
- 500 000 euros: deux dirigeants peuvent être rémunérés;
- 1 million d’euros: trois dirigeants peuvent être rémunérés.
3. Concurrence avec les entreprises et cadre d’exploitation
Si l’association exerce des activités qui entrent en concurrence avec celles d’entreprises du secteur lucratif, l’administration peut apprécier le caractère lucratif sur la base des « 4 P »: produit, public, prix et publicité. Les activités sont non lucratives si:
- Les produits/services répondent à un besoin non ou insuffisamment couvert par le marché;
- Le public est en difficulté économique et sociale (utilité sociale);
- Les prix sont inférieurs à ceux du marché ou adaptés à la situation du bénéficiaire;
- L’objectif publicitaire vise la sensibilisation ou le soutien plutôt que la promotion commerciale.
À l’inverse, des pratiques commerciales traditionnelles peuvent révéler le caractère lucratif des activités, entraînant une requalification en association à but lucratif.
4. Obligations et cadres fiscaux et comptables
Les associations peuvent déclarer leur activité en préfecture et, si elles exercent une activité économique, obtenir un numéro SIREN via l’immatriculation au répertoire des entreprises et des établissements (REE). Certaines activités peuvent être exonérées de TVA, notamment les ventes de biens dans la limite d’un certain pourcentage du chiffre d’affaires et les services à caractère social, éducatif, culturel ou sportif.
Les associations à but lucratif doivent, comme toute entité économique, tenir une comptabilité complète (bilan, compte de résultat et annexe) et faire certifier leurs comptes par un commissaire aux comptes, avec dépôt des comptes en assemblée générale. Les associations à but non lucratif peuvent avoir une comptabilité allégée (recettes-dépenses) sous certaines conditions selon leur taille et leurs activités.
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Sur le plan fiscal, les associations bénéficient, en principe, d’exonérations d’impôt sur les sociétés, de TVA et de CET lorsque l’activité lucrative est accessoire, désintéressée, et ne représente qu’une part marginale des ressources. Si les activités lucratives deviennent principales ou si les conditions ne sont plus réunies, l’association peut être assujettie à l’IS, à la TVA et à la CET.
5. Immatriculation et personnalité juridique
Une association déclarée acquiert une personnalité juridique et peut conclure des contrats, ouvrir un compte bancaire et embaucher des salariés. En cas de dissolution, les règles diffèrent selon le statut: dans une association loi 1901, les apports des membres ne se transforment pas en droits sur l’actif restant; l’actif est généralement attribué à une autre association ou à une œuvre d’intérêt généralisé, selon les statuts. En revanche, dans une société commerciale, les associés récupèrent leur apport et, le cas échéant, un boni de liquidation après dissolution.
Une association ne peut pas être transformée directement en société commerciale; si elle souhaite développer une activité lucrative, elle peut créer une société distincte afin de ne pas transférer les biens ou subventions de l’association vers une entité privée.
6. Le cadre pratique et les chiffres clés
Des franchises d’impôt et d’exonérations existent pour les associations loi 1901 et loi 1908 lorsque le chiffre d’affaires des activités lucratives accessoires reste faible et que la gestion demeure désintéressée. Le seuil de franchise peut varier et est soumis à des évolutions légales; des exemples historiques indiquent des seuils autour de 73 000 à 81 051 euros selon les périodes et les textes.
Au niveau opérationnel, une association peut embaucher du personnel, y compris des dirigeants salariés, sous réserve de respecter le droit du travail et les plafonds de rémunération. L’emprunt auprès des banques peut être plus difficile sans capital social, mais des banques spécialisées dans l’associatif peuvent apporter un financement.
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7. Points clés à retenir pour choisir entre association et SARL
Si vous envisagez de servir l’intérêt général et de mobiliser des financements publics ou des dons, une association à but non lucratif est souvent adaptée, avec des exonérations fiscales potentielles et une souplesse administrative relative. En revanche, si votre objectif est de vendre des produits ou services, de générer des bénéfices et de rémunérer librement les dirigeants, la création d’une entreprise à but lucratif (comme une SARL) sera plus appropriée, avec une structure de gouvernance axée sur la performance économique et une imposition plus lourde en matière de revenus et de charges.
Pour choisir, il est crucial d’évaluer: la gestion est-elle désintéressée, l’activité concurrence-t-elle le privé, et les activités respectent-elles les conditions d’exploitation (produit, public, prix, publicité) ? En fonction de ces éléments, l’organisation peut soit demeurer une association à but non lucratif, soit être requalifiée en association à activité lucrative, avec les répercussions administratives, fiscales et comptables associées.
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8. Cas pratiques et éléments récapitulatifs
- Les associations peuvent générer des bénéfices mais ne peuvent pas les partager entre leurs membres; les excédents doivent être réinvestis dans l’objet social.
- Les associations déclarées peuvent employer des salariés et rémunérer des dirigeants sous certaines conditions, avec des plafonds et des exigences de transparence.
- Les associations à but lucratif nécessitent des obligations fiscales et comptables spécifiques et, en cas de requalification, peuvent être soumises à l’IS, à la TVA et à la CET.
- La distinction entre association et société repose sur la finalité et sur les règles de gestion et de distribution des bénéfices.
Tableau synthèse des principales différences
| Aspect | Association à but non lucratif | SARL (société) |
|---|---|---|
| Finalité | Non lucratif, objet social noble | Lucratif, partage de profits |
| Distribution des bénéfices | Non distribuables | Distribuables entre les associés |
| Gestion | désintéressée (bénévolat, sous conditions) | orientée performance économique |
| Fiscalité | Exonérations possibles sur activités accessoires | IS, TVA, CET selon activité |
| Personnalité juridique | Déclarée -> personnalité; non déclarée -> pas de personnalité | Personnalité morale clairement établie |
| Création | Minimum 2 personnes (7 en Alsace-Moselle) | Plus formalisée (capital, statuts, publication) |
En somme, il est possible pour une association de mener des activités économiques, mais la structure ne peut pas viser le partage des bénéfices entre ses membres. Si l’activité économique devient prépondérante ou concurrence le secteur privé, une requalification peut intervenir et des obligations supplémentaires s’imposent, y compris l’immatriculation au Sirene et l’entrée dans le régime fiscal des impôts commerciaux. En revanche, une SARL est conçue dès le départ pour une activité économique lucrative et une répartition des profits entre les associés, avec un cadre fiscal et comptable adapté.
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