Auto-Entrepreneur, KBIS et Pôle Emploi : Guide Complet des Droits et Aides

Lancer une entreprise en France relève souvent de la passion et d'une volonté personnelle. En France, 691 000 entreprises sont créées chaque année, et leur existence est attestée par divers documents officiels. Devenir auto-entrepreneur est souvent synonyme de liberté et d’indépendance. Mais lorsque l’on est au chômage ou que l’on perd son emploi salarié, une question essentielle se pose : peut-on créer sa micro-entreprise tout en bénéficiant des allocations chômage ? Entre règles de cumul, dispositifs d’aide comme l’ARE ou l’ARCE, et obligations auprès de France Travail, il n’est pas toujours facile d’y voir clair.

Infographie sur les démarches pour devenir auto-entrepreneur

Qu'est-ce qu'un Extrait KBIS ?

En France, une entreprise atteste de son existence par divers documents officiels. L’extrait Kbis reprend également les décisions prononcées par le Tribunal de Commerce. Il ne peut être délivré ultérieurement que par lui, sur simple demande de toute personne intéressée. Obtenir un kbis en ligne gratuit est facile aujourd’hui. Le service en ligne d'infogreffe.fr permet aux personnes morales d’y souscrire pour obtenir un envoi périodique et automatique de l’extrait RCS. Celui-ci sera envoyé par courrier en accord avec la périodicité choisie, et il pourra également accéder à son extrait Kbis en ligne en activant son identité numérique via l’espace prévu à cet effet.

Demander un extrait Kbis d’une entreprise existante dont vous n’êtes pas mandataire social ou dirigeant est également possible. Vous pouvez le faire numériquement en recherchant les entreprises immatriculées au registre du commerce et des sociétés (RCS), et ainsi commander (car la demande est payante) les documents qui les concernent auprès des greffes des tribunaux de commerce. Vous pouvez également vous rendre sur place au greffe du tribunal du commerce dont dépend l’entreprise, en l’identifiant par sa dénomination sociale, son sigle, ou son numéro Siren. L’extrait vous sera délivré et certifié par le greffier. Ces informations sont publiques.

KBIS et Auto-Entrepreneur

Un micro-entrepreneur ou une entreprise exerçant une activité commerciale a l’obligation de s’immatriculer au Registre du Commerce et des Sociétés. Cependant l’extrait K-bis est un document qui est fourni uniquement pour les types de sociétés qui ne sont pas en « nom propre » (SAS, SARL, etc.). Le statut Auto Entrepreneur ne donne pas droit à l’extrait K-bis, mais à l’extrait K, son équivalent pour les micros et les entreprises individuelles ! Si vous êtes Artisan, l’extrait kbis auto entrepreneur chambre des métiers est toujours obtenable pour votre cas. Jusqu’à récemment vous deviez obligatoirement effectuer un stage préalable à l’installation (SPI), afin de l’obtenir, mais cette obligation a été supprimée par la loi PACTE (voir notre article sur le sujet). Vous pourrez néanmoins suivre le stage si vous le souhaitez.

L’immatriculation n’est pas obligatoire si vous exercez une activité libérale. Il se peut que l’on vous demande un extrait kbis auto entrepreneur pour pole emploi par exemple, car ils ont besoin de la preuve juridique valide de la création de votre activité. Lorsque cela arrive, vous devez pouvoir fournir un justificatif valide datant de moins de 3 mois. Pour l’obtenir, vous devrez avant tout vous immatriculer auprès du Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) ou du Répertoire des Métiers (RM) créant votre auto-entreprise. Vous devrez fournir à votre CFE certains documents attestant votre non condamnation pénale, ainsi que des justificatifs des qualifications nécessaires pour l’activité.

Lire aussi: Choisir un logiciel de comptabilité pour auto-entrepreneur

Cumul Chômage et Auto-Entreprise : Les Conditions

La première étape consiste à vous inscrire en tant que demandeur d’emploi auprès de France Travail et être en recherche active. Cette démarche est indispensable pour ouvrir vos droits à l’ARE et doit être effectuée dans les 12 mois suivant la fin de votre contrat de travail. Pour ouvrir vos droits à l’allocation d’aide au chômage, vous devez avoir travaillé un certain nombre de jours ou d’heures au cours d’une période de référence. Actuellement, il faut justifier d’au moins 130 jours travaillés (ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois pour les personnes de moins de 53 ans, et des 36 derniers mois pour les personnes de 53 ans et plus. Ces périodes d’emploi peuvent provenir d’un ou plusieurs contrats, consécutifs ou non. Ensuite, la fin de votre dernier contrat de travail doit résulter d’une perte involontaire d’emploi. Dans certains cas, l’ARE peut aussi être accordée à une personne encore en poste qui souhaite se reconvertir professionnellement. De plus, vous ne devez pas avoir atteint l’âge légal de départ à la retraite ouvrant droit à une pension à taux plein.

Pour bénéficier des allocations chômage classiques (ARE) tout en créant votre auto-entreprise, vous ne devez pas avoir fait une demande d’ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise). En effet, une fois l’ARCE versée, vos droits à l’ARE sont suspendus. Il est tout à fait possible d’être auto-entrepreneur tout en continuant à percevoir l’ARE, sous certaines conditions. Ce cumul vous permet de sécuriser vos revenus pendant le lancement de votre activité indépendante. En revanche, si votre micro-entreprise génère un revenu, vos allocations ARE sont versées de façon partielle. Depuis le 1er avril 2025, ce versement partiel est plafonné à 60 % de vos droits ARE restants. Vous pouvez maintenir tout ou partie de vos allocations, à condition que la somme de vos revenus d’auto-entrepreneur et de vos allocations ne dépasse pas votre salaire journalier de référence, c’est-à-dire le salaire moyen perçu lors de votre dernier emploi en tant que salarié.

Vous devrez chaque mois actualiser votre situation auprès de France Travail en déclarant votre activité, vos heures travaillées ainsi que votre chiffre d’affaires. Vous pouvez également bénéficier des allocations chômage après être inscrit à France Travail, à condition de remplir les critères d’éligibilité. Dans ce cas, vos allocations seront cumulées intégralement avec les revenus générés par votre activité, quel que soit leur montant. Si vous n’avez pas encore généré de chiffre d’affaires, vous pouvez tout de même cumuler l’ARE en tant que micro-entrepreneur. 💡 À noter que depuis le 1er avril 2025, le versement de l’ARE est mensualisé sur une base fixe de 30 jours calendaires, quel que soit le mois.

Il est possible pour un créateur d’auto-entreprise de toucher tout son chômage en une seule fois grâce à l’Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise (ARCE). Cette aide, versée par Pôle emploi, permet de recevoir 45 % des droits restants sous forme de capital, répartis en deux versements. En parallèle, il est important de noter que l’auto-entrepreneur ne cotise pas pour le chômage. Ainsi, en cas d’arrêt de son activité, il ne pourra pas prétendre à de nouvelles allocations chômage, sauf s’il a exercé une autre activité salariée ouvrant des droits à l’ARE.

Les Conditions d’Attribution de l’ARE

L’obtention de l’ARE est réservée aux anciens salariés qui satisfont aux critères suivants :

Lire aussi: Auto-Entrepreneur Artisan: Guide Complet

  • S’inscrire auprès de France Travail dans les 12 mois immédiatement consécutifs à la rupture du contrat de travail.
  • Résider sur le territoire français (présence de plus de 6 mois requise au cours de l’année civile d’indemnisation).
  • Ne pas avoir atteint l’âge légal de départ à la retraite (dépendant de son année de naissance).
  • Avoir été privé involontairement de son activité professionnelle salariée (bien que quelques cas de démission jugés légitimes soient admis).
  • Justifier d’une durée minimale de travail de 88 jours ou 610 heures au cours des 28 mois précédant l’inscription ou des 36 derniers mois pour les actifs âgés de plus de 53 ans.
  • Être en recherche effective d’un nouvel emploi ou être engagé dans la création d’une autoentreprise).

Les Aides Financières Disponibles

Lors de la création de votre auto-entreprise, plusieurs aides spécifiques peuvent vous accompagner pour faciliter le lancement de votre activité. L’ARCE est une aide financière versée en capital par France Travail, correspondant à une partie de vos droits restants à l’ARE. Elle permet de recevoir une somme immédiate pour financer le démarrage de votre auto-entreprise, plutôt que de percevoir vos allocations chômage mensuellement. Cette aide est accessible aux demandeurs d’emploi qui créent ou reprennent une entreprise et qui ont droit à l’ARE.

Pour bénéficier de l’ARCE, vous devez d’abord solliciter l’ACRE (Aide à la Création ou à la Reprise d’Entreprise), qui vous permet de bénéficier d’une exonération de charges sociales pendant un an. Le second versement de l’ARCE est conditionné au fait que vous soyez toujours en activité avec votre micro-entreprise et que vous ne soyez pas employé en CDI à temps plein.

Après avoir perçu l’ARCE, vous pouvez à nouveau prétendre à l’ARE uniquement si vous avez cessé votre activité professionnelle. En cas de cessation involontaire d’activité, l’auto-entrepreneur peut prétendre à l’Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI), un dispositif spécifique distinct de l’ARE. Cette allocation, versée par Pôle emploi, constitue un revenu de remplacement temporaire destiné à soutenir le travailleur indépendant le temps de préparer la reprise d’une autre activité.

Selon votre profil et votre projet, vous pouvez également bénéficier d’aides complémentaires, comme des exonérations de cotisations sociales, des prêts d’honneur, ou des accompagnements spécifiques proposés par des structures locales (chambres de commerce, associations d’aide à la création d’entreprise, etc.).

Cumuler SASU et Micro entreprise : Peut-on avoir les deux ? Comment ? (GUIDE COMPLET)

Calcul de l'ARE et Revenus de l'Auto-Entreprise

Les étapes suivantes sont nécessaires pour connaître le montant des allocations chômage de l’autoentrepreneur :

Lire aussi: Micro-entreprise : Tout ce qu'il faut savoir

  1. Déterminer le montant des revenus mensuels issus de l’autoentreprise à prendre en compte. En effet, ils doivent être minorés de l’abattement pour charges, lequel correspond à un pourcentage du chiffre d’affaires variable selon la nature de l’activité :
    • 71 % pour les activités commerciales et industrielles,
    • 50 % pour les prestations de services,
    • 34 % pour les activités libérales.
  2. Soustraire 70 % de ce montant au montant de l’ARE habituellement perçu.

Exemple de calcul du cumul de l’ARE et des revenus d’une micro entreprise

Contexte :

Pierre est demandeur d’emploi et perçoit une allocation chômage (ARE) de 1 200 € par mois.Il décide de créer une micro-entreprise de prestations de services en tant que graphiste freelance.Au cours du mois de janvier, Pierre génère un chiffre d’affaires de 1 500 €.

Règle de cumul :

Pour les prestations de services, l’administration applique un abattement forfaitaire de 50 % sur le chiffre d’affaires afin de prendre en compte les charges professionnelles.Ensuite, 70 % des revenus nets (après abattement) sont déduits du montant de l’ARE habituel.

Calcul détaillé :

Calcul de l’abattement pour charges :Chiffre d’affaires de janvier : 1 500 €Abattement de 50 % : 1 500 € × 50 % = 750 €Revenu net pris en compte = 750 €

Application du taux de déduction :70 % de 750 € = 525 €

Montant de l’ARE ajustée :Allocation mensuelle initiale : 1 200 €Déduction des 525 € (70 % du revenu net)Allocation versée par Pôle emploi : 1 200 € - 525 € = 675 €

Total perçu par Pierre :Revenus de l’activité : 1 500 € (chiffre d’affaires brut) ARE versée après ajustement : 675 €Revenu total pour le mois de janvier : 2 175 €

Tableau Récapitulatif des Aides et Allocations

Pour une meilleure compréhension, voici un tableau récapitulatif des différentes situations et aides disponibles :

Situation Allocation d’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI)
Chômage avant création d’entreprise Possibilité de cumuler allocations chômage et revenus d’auto-entrepreneur.
  • Le total des allocations + revenus (chiffre d’affaires) ne doit pas dépasser le salaire journalier de référence.
  • Actualisation mensuelle obligatoire auprès de France Travail : déclaration de situation, heures travaillées, et chiffre d’affaires.
  • Déclaration de chiffre d’affaires à transmettre à Pôle Emploi.
  • Reliquat non versé des allocations ARE reporté pour usage futur en cas de nouveau chômage.
-
Création d’entreprise avant chômage Droit au chômage en auto-entrepreneur après perte d’un emploi salarié si les conditions générales de l’ARE sont respectées.
  • Inscription à France Travail nécessaire.
  • Les allocations chômage peuvent être intégralement cumulées avec le chiffre d’affaires.
  • Actualisation mensuelle requise (comme dans le Cas n°1).
-
Démission pour création d’entreprise Droit au chômage pour une démission pour création d’entreprise si certaines conditions sont remplies.
  • Projet entrepreneurial réel et sérieux validé par une commission spéciale.
  • Travail pendant au moins 5 ans pour le même employeur.
  • Respect des conditions générales d’éligibilité aux allocations chômage.
  • Évaluation et validation par une commission.
-

Obligations et Déclarations auprès de France Travail

En tant qu’entrepreneur bénéficiant des allocations chômage, vous êtes tenu de respecter plusieurs obligations auprès de France Travail. Ces règles sont mises en place pour garantir que le dispositif de cumul des allocations avec une activité indépendante est utilisé de manière juste et transparente. Le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions, allant de la suspension temporaire à la radiation définitive de vos droits aux allocations.

Chaque mois, vous devez impérativement déclarer vos revenus liés à votre activité d’auto-entrepreneur lors de votre actualisation auprès de France Travail. Il est important d’être rigoureux dans ces déclarations, en indiquant le chiffre d’affaires exact après abattement, conformément aux règles de la micro-entreprise.

France Travail peut vous demander ces documents pour vérifier la sincérité de vos déclarations. Ces contrôles ont pour but d’éviter les fraudes et d’assurer un accompagnement adapté à votre situation. Il est donc crucial d’être transparent et de tenir à jour tous vos documents administratifs et comptables.

Cessation d'Activité et Réactivation des Droits

La cessation d’activité d’un travailleur indépendant est une étape importante qui impacte directement vos droits aux allocations chômage. Vous devez impérativement informer France Travail de cette cessation afin de permettre la mise à jour de votre dossier et la réactivation éventuelle de vos droits.

  • Informer rapidement France Travail : Vous devez signaler la cessation d’activité dans un délai maximal de 15 jours suivant la fin de votre activité.
  • Continuer à vous actualiser mensuellement : Vous devez maintenir votre statut de demandeur d’emploi en vous actualisant chaque mois, même pendant la période de transition.
  • Prendre en compte le différé d’indemnisation : Dans certains cas, un délai de carence ou différé peut s’appliquer avant que le versement des allocations ne reprenne, notamment si vous avez bénéficié de l’ARCE ou si vous avez cumulé ARE et revenus d’auto-entrepreneur.
  • Demande de réactivation : Le retour aux allocations n’est pas automatique. Vous devez faire une demande auprès de France Travail pour réactiver vos droits.
Image illustrant la création d'entreprise

En résumé, statut auto-entrepreneur et bénéficiaire des allocations chômage, il est essentiel de bien connaître vos droits et obligations pour optimiser votre situation financière tout au long du projet de création, du maintien ou de la cessation de votre activité.

balises: #Entrepreneur #Kbis

Articles populaires: