Douleur abdominale après les règles : causes, symptômes et prise en charge
Les douleurs pelviennes et les saignements peuvent être le signe d’une pathologie plus grave. Dans la plupart des cas, elles sont tout à fait normales. Cependant, une douleur intense, invalidante ou résistante aux antalgiques doit faire rechercher une endométriose, pathologie diagnostiquée en moyenne après 7 ans d’errance. Si la douleur au ventre augmente de mois en mois, si elle a tendance à s’accentuer vers la fin des règles, il peut s’agir d’endométriose.
Qu'est-ce que la dysménorrhée et comment se manifeste-t-elle ?
Qu'est-ce que la dysménorrhée ? Selon l’Académie de médecine, la dysménorrhée représente étymologiquement « l’ensemble des troubles accompagnant la période menstruelle ». Par extension, il s’agirait de la « douleur qui accompagne l'expulsion périodique du sang cataménial par les contractions musculaires de l'utérus ». Le symptôme le plus fréquent de la dysménorrhée est la douleur pelvienne qui apparaît avant, pendant ou juste après les règles.
Ces douleurs sont causées par des contractions utérines excessives et une hypersécrétion de prostaglandines (substance à l’origine des contractions utérines). Les prostaglandines provoquent une contraction de l’utérus (comme dans le cas de l’accouchement), ce qui réduit l’apport de sang à l’utérus. Ces contractions provoquent des douleurs et une gêne. Les prostaglandines rendent également les terminaisons nerveuses de l’utérus plus sensibles à la douleur.
La douleur est souvent de type crampes, ou sourde et constante, mais elle peut être aiguë ou pulsatile et aller et venir. Elle est généralement localisée dans la partie inférieure de l'abdomen, mais peut également irradier vers le bas du dos, les hanches et les cuisses.
Différents types de dysménorrhée
La dysménorrhée se divise en deux types principaux : la dysménorrhée primaire et la dysménorrhée secondaire, chacune ayant des causes et des caractéristiques distinctes. La dysménorrhée primaire apparaît généralement dès les premières règles ou peu après. Elle n'est généralement pas associée à une pathologie gynécologique spécifique.
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La dysménorrhée secondaire, quant à elle, apparaît plus tard dans la vie génitale et est généralement liée à une pathologie gynécologique. Ce type de dysménorrhée peut s'accompagner de symptômes tels que des saignements entre les règles, des ménorragies, ainsi que des douleurs survenant en dehors des menstruations. La dyspareunie (douleur pendant les rapports sexuels) est également fréquente dans les cas de dysménorrhée secondaire.
Pourquoi la douleur peut persister après les règles ? Causes principales
Les douleurs liées à la dysménorrhée secondaire peuvent également être influencées par : la salpingite, les polypes de l'endomètre, des tumeurs ou kystes ovariens. Parmi les causes les plus fréquentes, on retrouve l'endométriose : développement de tissus de l'endomètre en dehors de l'utérus ; l'adénomyose : infiltration de la muqueuse utérine dans le muscle de l'utérus ; les fibromes utérins : tumeurs bénignes situées dans la paroi utérine.
D'autres causes moins fréquentes peuvent être : les malformations congénitales ; les kystes et tumeurs ovariennes ; les infections génitales chroniques ; les adhérences intra-utérines ; l'utilisation de dispositifs intra-utérins (DIU), notamment ceux au cuivre. Les DIU qui libèrent du cuivre sont souvent associés à des règles douloureuses.
On estime que plus d'une femme sur 10 âgée de 15 à 50 ans souffre à un degré variable d'endométriose. Des recherches montrent qu'une jeune fille sur 20 (enseignement secondaire) a des règles très pénibles avec des douleurs qui ne passent pas avec des antidouleurs ordinaires. Environ 60 à 70% de ces filles seraient atteintes d'endométriose.
Comment l'endométriose provoque-t-elle des douleurs après les règles ?
L'endométriose est une maladie chronique lors de laquelle le tissu muqueux qui recouvre l'intérieur de l'utérus (endomètre) est également présent à l'extérieur, par exemple dans la cavité abdominale, dans les ovaires, entre l'utérus et la vessie ou le rectum, dans la paroi intestinale ou la vessie. Les morceaux de muqueuse qui se trouvent en dehors de l'utérus grossissent également chaque mois et se décomposent, ce qui provoque des petits saignements dans la cavité abdominale, les ovaires..., qui ne peuvent pas être drainés par le vagin comme l’est le sang menstruel. Ceci provoque une irritation et une inflammation du péritoine ou des organes sur lesquels l’endomètre s’est installé.
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Des petites cicatrices, des déformations et des adhérences entre organes peuvent également se produire. Au fil du temps, une inflammation chronique de l’endomètre peut survenir. Des cavités (kystes) remplies de sang ancien peuvent également se former dans les ovaires. Ces kystes sont appelés endométriomes ou kystes « chocolat » en raison de leur couleur brun foncé.
Lorsque la muqueuse utérine pénètre profondément dans les tissus environnants, on parle d'endométriose infiltrante profonde. C'est la forme la plus grave de l'endométriose. La douleur ou les saignements pendant les rapports sexuels peuvent mener à éviter les rapports et causer du stress personnel ou relationnel.
Symptômes associés à la douleur abdominale post-menstruelle
Outre la douleur pelvienne, la dysménorrhée peut s'accompagner d'autres symptômes tels que : des nausées ; des vomissements ; des vertiges ; des maux de tête ; de la fatigue ; de l'irritabilité ou de la nervosité ; une sensation de malaise. Certaines femmes peuvent également ressentir des ballonnements, de la diarrhée ou de la constipation.
Les symptômes diffèrent selon l'endroit où les lésions se produisent. Ils ont généralement un caractère cyclique et s'intensifient pendant la menstruation (sous l'influence des œstrogènes). Ils commencent quelques jours avant les règles et ils s'arrêtent juste après. Au fil du temps, la durée des symptômes peut s’allonger.
Une douleur abdominale soudaine peut survenir si des kystes « chocolat » dans les ovaires, qui sont remplis de sang, finissent par éclater, ce qui provoque une douleur abdominale sévère soudaine. La douleur peut être lancinante et persistante, comme des crampes ; certaines femmes ressentent même une douleur chronique qui s'aggrave pendant les règles.
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Quand consulter ? Signes d'alerte
Chez les femmes souffrant de dysménorrhée, certains symptômes sont à prendre au sérieux : douleur sévère nouvelle ou qui apparaît soudainement, douleur constante, fièvre, pertes vaginales semblables à du pus, douleur aiguë qui s’aggrave lorsque l’abdomen est touché doucement ou que la personne bouge, même légèrement. Les femmes présentant un signe avant-coureur doivent consulter un médecin dès que possible (généralement le jour même).
Si les femmes sans signes avant-coureurs souffrent de crampes plus graves ou si la douleur dure plus longtemps que d’habitude, elles doivent consulter un médecin sous quelques jours. Dans tous les cas et face à la persistance des symptômes, un avis médical est indiqué. Les douleurs pelviennes et des saignements en dehors des règles sont des symptômes communs de plusieurs pathologies utérines et peuvent nécessiter une prise en charge rapide.
Pourquoi l'endométriose fait mal ?
Diagnostic : comment le médecin évalue la douleur abdominale après les règles
Le diagnostic de la dysménorrhée repose sur une combinaison d'éléments comme l’anamnèse, l’examen clinique et les examens complémentaires. Le médecin recueille des informations précises sur les antécédents menstruels de la patiente, comme l'âge de début des règles, la durée et l'abondance du flux menstruel, ainsi que la fréquence et la variabilité des symptômes liés aux règles.
L’examen clinique vise à identifier les causes possibles de dysménorrhée secondaire. Il est constitué d’une inspection du col de l'utérus avec un spéculum, ainsi qu'un examen bimanuel pour détecter des anomalies. Un examen de l'abdomen est également effectué pour rechercher des signes anormaux, comme ceux associés à une péritonite.
Si une pathologie sous-jacente est suspectée, des examens complémentaires peuvent être nécessaires. L'échographie pelvienne, notamment par voie endovaginale, est l'outil principal pour identifier des anomalies telles que des kystes ovariens, des signes d'endométriose ou d'adénomyose. L'imagerie par résonance magnétique (IRM) peut également être utile dans certains cas. Un test de grossesse est également réalisé chez toutes les femmes en âge de procréer.
Si les résultats de ces analyses ne sont pas clairs et que les symptômes persistent, un ou plusieurs des examens suivants sont réalisés : hystérosalpingographie, hystérosonographie, hystéroscopie, imagerie par résonance magnétique (IRM) et laparoscopie. La laparoscopie permet aux médecins de visualiser directement les structures du bassin et de confirmer un diagnostic d’endométriose.
Traitements et solutions : de la prise en charge symptomatique aux interventions
Le traitement de la dysménorrhée dépend de la gravité des symptômes, de l’âge de la patiente et de la nature des douleurs menstruelles (dysménorrhée primaire ou secondaire). Les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont généralement le premier choix pour traiter la dysménorrhée primaire. Ces médicaments réduisent la production de prostaglandines, responsables des contractions utérines et de la douleur. Les AINS sont souvent plus efficaces que le paracétamol.
Si les AINS ne suffisent pas, les contraceptifs hormonaux peuvent être une alternative efficace (estroprogestatifs par exemple). Ces traitements inhibent l'ovulation et réduisent la prolifération de l'endomètre, diminuant de ce fait la libération de prostaglandines et les contractions utérines. D’autres traitements hormonaux incluent des progestatifs, les agonistes et antagonistes de la GnRH ou un DIU libérant un progestatif.
En cas de dysménorrhée secondaire, le traitement doit cibler la cause sous-jacente. Les interventions chirurgicales sont des options pour traiter les causes gynécologiques de la dysménorrhée secondaire. Si une femme peut présenter une endométriose et que les médicaments ne sont pas efficaces ou si elle présente une infertilité, les médecins peuvent réaliser une chirurgie laparoscopique pour confirmer le diagnostic d’endométriose et retirer le tissu endométrial situé en dehors de l'utérus. L’ablation chirurgicale de l’utérus (hystérectomie) met fin à la dysménorrhée.
Mesures non médicamenteuses et conseils pratiques
Certaines mesures non médicamenteuses peuvent compléter les traitements médicamenteux ou être appliquées en cas de douleurs non liées à des anomalies gynécologiques : l'application locale de chaleur, comme un coussin chauffant ; l'exercice physique régulier ; un repos adéquat ; un sommeil suffisant. La chaleur locale : appliquez une bouillotte ou un coussin chauffant sur l’estomac.
L’activité physique régulière est une excellente façon de soulager les douleurs menstruelles. Pendant les règles, bouger peut réduire les douleurs grâce à la libération d’endorphines, des analgésiques naturels produits par le corps ; améliorer la circulation sanguine et réduire les tensions musculaires. La relaxation, le yoga, des techniques de respiration profonde ou de méditation peuvent aussi aider.
Sur le plan alimentaire, il est conseillé de réduire la consommation de sucres raffinés, de margarines et de graisses végétales ; privilégier les aliments riches en acides gras oméga-3, tels que les poissons gras (maquereau, saumon, hareng, sardines), l’huile et les graines de lin. Évitez de consommer du café ou d'autres stimulants lorsque vous ressentez des douleurs, car ces substances peuvent exacerber les symptômes.
Médicaments et options complémentaires
Les AINS doivent être pris 24 à 48 heures avant les règles et prolongés 1 ou 2 jours après leur début. Les antispasmodiques sont efficaces pour calmer les spasmes digestifs. Le magnésium peut aider certaines personnes à réduire les crampes, la fatigue ou l'irritabilité pendant les règles, mais son effet varie. L’utilisation de compléments alimentaires (tels que le gingembre, la vitamine E) et de cannabinoïdes a également été proposée comme traitements possibles des crampes menstruelles, mais nécessite des études plus approfondies.
Si la douleur est gênante, les AINS, tels que l’ibuprofène, le naproxène ou l’acide méfénamique, peuvent être utiles. Il existe des AINS spécifiques pour lutter contre les douleurs liées aux règles : l’ANTADYS° et le PONSTYL°. Il faut toutefois éviter l’aspirine, qui a tendance à accentuer les saignements des règles.
Impact sur la vie quotidienne et importance du diagnostic précoce
La dysménorrhée interfère avec les activités quotidiennes chez au moins 30 % des femmes et peut entraîner des absences à l’école ou au travail. Les douleurs menstruelles sont la première cause d'absentéisme scolaire en ce qui concerne les adolescentes, et d'absentéisme professionnel de la femme jeune. Le diagnostic précoce est d'une grande importance pour un traitement approprié et la préservation de la fertilité.
L’endométriose peut avoir un effet important sur la vie sociale, les aspirations scolaires ou professionnelles, la santé et les finances des personnes qui présentent un ou plusieurs symptômes. Les symptômes persistants, tels que les douleurs intenses, la fatigue et l’infertilité, peuvent empêcher les personnes atteintes d’aller au travail ou à l’école.
Que faire si vous ressentez une douleur après les règles ?
Si vous êtes confrontée à l'un de ces symptômes, et a fortiori si plusieurs se manifestent, ne traînez pas : contactez votre médecin pour effectuer un bilan. Consultez en vidéo depuis chez vous et recevez une ordonnance pour calmer vos douleurs si nécessaire. Un suivi gynécologique régulier permet de faire le point sur votre état de santé et d’envisager rapidement un traitement si nécessaire.
Ne restez pas dans la souffrance car, avec les bons outils et conseils, il est possible de retrouver une vie plus confortable et active. Même quand les douleurs pelviennes ressenties pendant les menstruations sont anodines, elles peuvent être soulagées par une prise en charge adaptée.
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