Bruno Bézard — parcours professionnel et réalisations

Bruno Bézard combine une expérience dans les postes les plus prestigieux de la fonction publique française dans le domaine économique, industriel et financier ainsi que dans l’univers du capital-investissement. Inspecteur général des finances, il est diplômé de l’École polytechnique et de l’École nationale d’administration (ENA). Bruno Bézard est né le 19 mai 1963 à Chauny dans le département de l’Aisne.

Formation et origines

Après des études secondaires au lycée de Saumur et au lycée Descartes de Tours, Bruno Bézard intègre l’École polytechnique, dont il sort major, puis l’École nationale d’administration (promotion Michel de Montaigne), au sein de laquelle il est élève de 1986 à 1988. Il en sort major de sa promotion. Pur produit de la méritocratie républicaine, il est issu d'un milieu modeste : originaire d'un petit village de Picardie, père contremaître, mère assistante médicale. Boursier, il travaille « comme un dingue », avant d'être repéré par ses professeurs, qui l'envoient en prépa à Tours.

Débuts à Bercy et construction d'une carrière

Le jeune inspecteur des finances fait ensuite ses classes au Trésor, gravissant les échelons avec une régularité de métronome. De 1988 à 1992, il occupera successivement plusieurs postes au sein de la Direction du Trésor jusqu’en janvier 2003. Il a notamment été chef du Bureau logement, épargne règlementée de 1994 à 1998 puis sous-directeur des assurances entre 1998 et 2000.

En 2000, il exerce quelques mois les fonctions de directeur adjoint du cabinet de Christian Sautter (ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie). En 2001-2002, il est conseiller au cabinet de Lionel Jospin (Premier ministre). Conseillé pour les Affaires Économiques et Financières au Cabinet de Lionel Jospin de 2001 à 2002, M. Bézard devient chef du service des participations à la Direction du Trésor de 2002 à 2003.

Création et direction de l'Agence des Participations de l'État (APE)

Il rédige une petite note de quatre pages pour Francis Mer, alors ministre de l'Économie, dans laquelle il pose les pierres de ce qui deviendra l'Agence des participations de l'État (APE). L'APE, c'est sa création, même s'il n'en sera que le numéro deux les premières années. Nommé ensuite chef de service à la direction du Trésor, Bruno Bézard devient directeur général adjoint de l’Agence des participations de l’État (APE) à partir de 2003, avant d’en être nommé directeur général le 9 mars 2007.

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À ce titre, il a représenté l’État actionnaire aux Conseils d’administration de nombreuses entreprises dont il a retiré une grande expérience de la gouvernance d’entreprise et des fusions-acquisitions. Bruno a par exemple siégé aux conseils d’administration d’EDF, SNCF, AREVA, La Poste, Thalès, Air France, Engie, et PSA. Ses analyses techniquement impeccables rassurent les politiques et les cabinets, qui le suivront sur la plupart des gros dossiers des années 2000 : création de La Banque Postale, privatisation des autoroutes, fusion de GDF Suez, cotation d'EDF...

Réputation, style et méthodes

Véritable machine intellectuelle, Bruno Bézard dissèque les dossiers et les raisonnements de manière chirurgicale. Follement exigeant avec ses équipes comme avec lui-même, il n'hésite pas à faire refaire plusieurs fois une note qui ne lui convient pas. « Il s'attend à ce que tout le monde soit à 300 % tout le temps », reconnaît un haut fonctionnaire de Bercy. On lui connaît peu de faiblesses, à part un goût prononcé pour le chocolat.

Il hérite d'une réputation de dureté, de distance, voire de brutalité. Dans les conseils d'administration où il représente l'État, il met les pieds dans le plat, pose les questions qui fâchent. Ce qui lui vaut des échanges parfois musclés avec les dirigeants d'entreprise. Avec d'autres, les relations sont notoirement orageuses, comme avec la patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, dont il bloque plusieurs opérations d'acquisition en conseil.

Malgré cela, il se targue d'avoir instauré avec eux une relation de confiance réciproque. « Beaucoup de dirigeants auraient préféré un actionnaire dormant, raconte un ancien. Mais dans l'ensemble, ils l'aimaient bien. » Pour lui, l'entreprise n'a, à l'époque, pas tout dit concernant l'achat d'Uramin ; « Sur la base des réponses données par oral et par écrit par l'entreprise... je resignerais », admet-il calmement.

Mission en Chine et basculement vers l'international

À compter de septembre 2010, il est nommé chef du service économique en Chine par Christine Lagarde, ministre de l’Économie. Rattaché à la direction générale du Trésor, Bruno Bézard est chargé auprès de l'Ambassadeur de représenter et de promouvoir les intérêts économiques et financiers de la France en Chine. C’est lors de son séjour en Chine de septembre 2010 à août 2012, en tant que ministre conseiller et chef du service économique régional, que ce polytechnicien et inspecteur général des finances a attrapé le virus.

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La période en Chine fut déterminante : « Ce fut une période exceptionnelle, raconte-t-il avec une émotion débordante, comme si ce pays l'avait renvoyé à tout ce que lui, incarnation du cartésianisme à la française, n'est pas. Se prendre dans la figure vingt chocs culturels par jour vous remet en cause. J'ai eu parfois le sentiment de tout réapprendre. » C'est à Pékin en 2011 qu'il rencontre Ming-Po Cai, le charismatique et hyper-actif cofondateur de Cathay Capital, présenté par un ami commun. Les deux hommes se seraient très vite appréciés.

Direction générale des Finances publiques et affaire Cahuzac

Sur proposition du ministre de l’économie et des finances, le Conseil des Ministres du 1er août 2012 a nommé M. Bruno Bézard directeur général des finances publiques à compter du 5 août 2012 en remplacement de son prédécesseur. Il a été à la tête de la Direction Générale des Finances Publiques (120 000 collaborateurs).

Ce 28 mai 2013, Bruno Bézard se tortille sur sa chaise. Face à l'armée de députés qui le passent au gril en pleine affaire Cahuzac, celui qui dirige l'administration fiscale depuis moins d'un an se défend bec et ongles pendant deux heures. Le haut fonctionnaire ne vacille pas, il en rajoute même, maniant l'ironie, frisant l'arrogance avec sa voix douce. Il sortira complètement blanchi de l'affaire Cahuzac, mais sa prestation est encore dans toutes les mémoires.

Directeur du Trésor et responsabilités internationales

Avant de rejoindre Cathay Capital, Bruno Bézard exerçait les responsabilités de Directeur Général du Trésor et de Président du Club de Paris. Un an après l'affaire Cahuzac, celui qu'on surnomme « BB » à Bercy s'apprête à prendre la prestigieuse et très convoitée Direction du Trésor. Autant dire l'un des plus beaux postes de la République, cumulant le pilotage de l'économie, des finances publiques et des sommets internationaux.

Avec le retour de la gauche en 2012, son nom est évoqué pour différents postes. En 2014, il est nommé directeur du Trésor en remplacement de Ramon Fernandez. Nommé en juin 2014 directeur du Trésor, il n'a même pas attendu la fin des trois ans de son "mandat" à la direction du Trésor pour le quitter.

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Passage au privé : Cathay Capital

Son départ pour le privé, et plus particulièrement la société de gestion franco-chinoise Cathay Capital est une surprise tant le parcours de Bruno Bézard au sein de la haute administration économique et financière française ne semblait jamais devoir s’arrêter. Son départ pour le secteur privé s’ajoute à celui d'autres conseillers économiques partis récemment pour le monde des entreprises et de la finance.

Bruno Bézard, Managing Partner de Cathay Capital, est basé à Paris et à Shanghai. Sa décision est motivée, selon lui, par « un choix spontané » de changement de cap professionnel, « fruit d’une réflexion personnelle » qui lui « permettra de réunir deux passions » : l’Asie et en particulier la Chine, et l’entreprise. Il devrait prendre la direction d’un nouveau fonds d’investissement chez Cathay.

Cathay Capital a inscrit dans son ADN, dès sa création en 2006, la biculturalité française et chinoise : premier société de « private equity » franco-chinoise à avoir été agréée par l’AMF française, implantée dans les deux pays (Paris, Pékin, Shanghai), dotée d’équipes biculturelles françaises et chinoises, elle investit dans des entreprises françaises et réciproquement fait de même pour les sociétés chinoises. Cathay Capital, où Bruno Bézard devrait prendre la direction d’un nouveau fonds d’investissement, est devenue en 10 ans une belle success story franco-chinoise en matière de « private equity ».

Elle a reçu en septembre 2012 le premier Fonds d’investissement franco-chinois (Sino-French Fund) de 150 millions d’euros, abondé à 50-50 par la Caisse des dépôts et consignation (CDC) et la China Development Bank (CDB). Elle travaille aussi avec Bpifrance. Disposant de bureaux également à New-York, San Francisco, Munich, elle gère aujourd’hui, à travers différents fonds, 1200 millions d’euros d’actifs et affiche 54 investissements.

Questions déontologiques et débat public

L’annonce par un communiqué du 23 mai 2016 de Michel Sapin et Emmanuel Macron, de « sa volonté de cesser ses fonctions au 20 juin prochain, pour engager un projet entrepreneurial » a pris de cours la plupart des observateurs de l’économie française. Y-a-t-il conflit d'intérêt? Comment sont encadrés en France et au-delà le passage du public au privé? Revolving doors, c'est comme cela que l'on désigne le fait de passer du privé au public ou du public au privé. En France on parle de pantouflage et plus récemment de rétro-pantouflage.

En France, ce qui est interdit, c'est l'infraction de prise illégale d'intérêt, c'est à dire le fait de rejoindre une entreprise privée avec laquelle l'agent public a été en relation pendant son service. Une commission de déontologie composée de hauts fonctionnaires est chargée d'examiner ces cas. Bruno Bézard a reçu l'aval de cette commission et c'est son principal argument quand on lui oppose le potentiel conflit d'intérêt que suscite sa nouvelle carrière.

Le président de la commission de déontologie a confirmé que Bruno Bézard avait saisi la commission et qu'elle avait rendu un avis confirmant la compatibilité de sa nouvelle fonction avec l'ancienne. Mais la transparence n'est pas réellement de mise : l'avis de la commission de déontologie sur le cas de Bruno Bézard n'est pas public.

Au minimum, les détracteurs de Bruno Bézard trouvent troublant que l'on n'ait pas au moins imposé un délai de carence à ce haut fonctionnaire ; une période de quelques mois avant qu'il ne rejoigne le privé. Il est vrai que son prédécesseur, Ramon Fernandez, n'avait attendu que deux mois entre la fin de son mandat à la direction générale du Trésor et son poste suivant.

Traits personnels et image publique

Bruno Bézard est l'archétype du grand commis d'État : un rien austère, préférant l'ombre à la lumière et peu politique en apparence. « Je dois tout à la République », dit-il sobrement. Il est un véritable moine-soldat du service public, avec ses raideurs et son intégrité. « C'est à la fois un modèle et une caricature du haut fonctionnaire », résume un patron.

Derrière un abord un peu aride, Bruno Bézard a de l'humour. Dans son grand bureau de la DGFiP, entre quelques souvenirs de Chine, il a fait poser une affiche interdisant, sous peine d'amende, certaines expressions bureaucratiques. Il se définit comme n'ayant « pas un tempérament de militant » et revendique une absolue liberté de pensée : « Je ne roule pour personne ». Il n'aime pas les raisonnements approximatifs et n'accepte pas les pressions amicales.

Points à retenir

  • Polytechnicien, énarque, issu d'un milieu modeste, Bruno Bézard a occupé des postes de premier plan au Trésor, à l'APE, à la DGFiP et au poste de Directeur du Trésor.
  • Il est notamment à l'origine de la création de l'Agence des participations de l'État (APE) et en a assuré la direction.
  • Il a représenté l'État actionnaire dans de nombreux conseils d'administration (EDF, SNCF, AREVA, La Poste, Thalès, Air France, Engie, PSA).
  • Son expérience en Chine a été décisive et a facilité son passage au privé au sein de Cathay Capital.
  • Son départ a relancé le débat sur les « portes tournantes », la déontologie et la transparence des avis de la commission de déontologie.

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Tableau récapitulatif (synthèse des postes clés)

Années / Période Fonction Commentaires
Années 1990 - 2000 Postes au Trésor (chef de bureau, sous-directeur) Chef du Bureau logement, épargne règlementée ; sous-directeur des assurances
2001-2002 Conseiller au cabinet de Lionel Jospin Expérience ministérielle à Matignon
2003 - 2007 Direction de l'APE (d'abord adjoint puis directeur) Création et développement de l'Agence des participations de l'État
2010 - 2012 Ministre-conseiller, chef du service économique régional « grande Chine » Mission à Pékin, constitution d'un réseau en Chine
2012 - 2014 Directeur général des Finances publiques (DGFiP) Direction de l'administration fiscale (≈115 000 personnes)
2014 - 2016 Directeur du Trésor Pilotage de la politique économique et financière de la France
Depuis 2016 Managing Partner, Cathay Capital Passage au privé, fonds franco-chinois, activité internationale

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