Le Budget des Ménages : Définition INSEE et Évolution
La consommation des ménages est une donnée essentielle pour la santé économique de notre pays puisqu’elle représente traditionnellement la principale source de croissance de l’économie française. En 2017, cette dernière s'établissait à 53 % du PIB, en augmentation de 1,3 %, en dépit d'une décélération au regard de l'année 2016. Aussi, étudier la consommation consiste à s'intéresser à l'évolution du pouvoir d'achat des ménages. C'est pourquoi il apparaît nécessaire de mettre en évidence l'évolution de la structure de la consommation dans le temps : tout d'abord en comprenant comment elle se structure et comment identifier ses variations ; puis en examinant son évolution de 1945 à nos jours.
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Définition du Ménage selon l'INSEE
Depuis 2005, la définition d'un ménage, au sens des enquêtes auprès des ménages réalisées par l'Insee, a été sensiblement modifiée. Est considéré comme un ménage l'ensemble des personnes (apparentées ou non) qui partagent de manière habituelle un même logement (que celui-ci soit ou non leur résidence principale) et qui ont un budget en commun. La résidence habituelle est le logement dans lequel on a l'habitude de vivre.
Font donc partie du même ménage des personnes qui ont un budget commun, c'est-à-dire :
- qui apportent des ressources servant à des dépenses faites pour la vie du ménage ;
- et/ou qui bénéficient simplement de ces dépenses.
Dans la définition du budget commun, on ne tient pas compte des dépenses faites pour le logement. La participation occasionnelle à des dépenses communes ne suffit pas à former un budget commun. Avoir plusieurs comptes en banque différents dans un ménage ne signifie pas faire budget à part.
Dans les enquêtes réalisées avant 2005, les personnes devaient partager la même résidence principale pour être considérées comme des ménages (ou « ménages ordinaires »). Par ailleurs, il n'était pas nécessaire qu'ils aient un budget commun. De fait, un ménage correspondait à un logement (résidence principale).
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Structure de la Consommation des Ménages
Selon l'INSEE, la structure de consommation désigne « la répartition des dépenses de l'ensemble des ménages ». C'est à partir d'un certain nombre d'éléments qu'il est possible de l'analyser. Tout d'abord, la consommation fait l'objet d'un classement en postes, aussi nommés « fonctions », regroupant des biens et services de même catégorie. Ces postes sont au nombre de huit :
- l'alimentation ;
- l'équipement et l'entretien du logement ;
- le transport ;
- le logement ;
- l'habillement ;
- la santé ;
- la culture et les loisirs ;
- les biens et services divers.
Ces postes budgétaires correspondent à l'ensemble des dépenses de consommation. Leur niveau est le reflet du budget d'un ménage.
Les coefficients budgétaires représentent la part d'un poste dans l'ensemble des dépenses de consommation. Il s'agit en fait de rapporter les dépenses de chacun des postes à la valeur totale de la dépense de consommation. Ainsi, il sera possible de déterminer quelle part l'alimentation représente dans chaque budget et il en sera de même pour les sept autres postes. Chacune des parts de dépenses décrit la structure de la consommation d'un ménage.
Dans la structure de la consommation, il faut également prendre en considération le taux d'équipement des ménages, c'est-à-dire la proportion des ménages détenteurs de biens durables, par opposition aux biens non durables, car périssables (ex. : denrées alimentaires). Un bien durable est un bien qui n'est pas détruit par sa consommation, mais qui connaît une usure dans le temps. Il s'agit des biens d'équipement des ménages (ex. : un téléviseur). Le taux d'équipement pour certains biens durables arrive à ce jour à saturation. C'est le cas des réfrigérateurs présents dans près de 98 % des foyers français.
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Évolution de la Consommation depuis 1945
En 1945, la consommation est faible. La France est exsangue et l'offre de biens et de services quasi inexistante. Tout est donc à reconstruire et c'est cette situation qui va relancer la consommation. Ainsi, la période des Trente Glorieuses (1945-1975) est celle de la relance de la croissance économique. Dans un premier temps, la France a besoin de reconstruire ses infrastructures. Par conséquent, l'État embauche, donnant ainsi du pouvoir d'achat aux ménages et leur permettant de consommer. Le pouvoir d'achat représente la capacité du ménage à consommer des biens et des services grâce à son revenu disponible et que son développement va entraîner, dans un second temps, le phénomène de la consommation de masse. Dès lors, les ménages consomment des produits standardisés en grandes quantités.
Après 1975, la situation économique de la France, et plus généralement celle des pays à économie de marché, se dégrade. Les différents chocs pétroliers provoquent des phénomènes économiques néfastes à la croissance (inflation, chômage) accentués par une croissance démographique en berne. Dès lors, la consommation progresse moins vite et, en ce qui concerne le pouvoir d'achat, la période est beaucoup moins dynamique. La structure de la consommation des ménages se modifie. La part attribuée à l'alimentation perd du terrain au profit des loisirs, de l'équipement et des transports. Les désirs des ménages se déplacent vers des besoins secondaires, moins impérieux. Par ailleurs, l'amélioration de l'accès aux soins et le vieillissement de la population ont contribué à l'augmentation des dépenses de santé, ce qui s'est fait sentir dans les modes de consommation.
Les Lois d'Engel
Ernst Engel, statisticien prussien, a établi les lois d'évolution de la consommation à partir des études qu'il a réalisées. Son objectif était de démontrer que le niveau de vie des ménages influence la manière de consommer. Il a démontré que les revenus les plus modestes sont (logiquement) davantage préoccupés par les besoins primaires. Par conséquent, leur budget est consacré en priorité aux dépenses alimentaires et au logement.
Si le revenu de ces mêmes ménages augmente, alors :
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- la part consacrée à l'alimentation et au logement diminue au profit de celle attribuée aux loisirs et à la culture. Le budget laisse davantage de place aux besoins moins impérieux et les ménages réalisent, selon Engel, des « dépenses de luxe » ;
- la part attribuée à l'habillement reste stable ou augmente faiblement.
Tendances Récentes de la Consommation
Depuis la crise sanitaire, la consommation des ménages français n’a plus atteint son niveau de croissance d’avant crise. Entre 2000 et 2007, elle augmentait en moyenne de 2,2 % par an. Puis après 2008, la consommation augmentait de seulement 0,9 % par an. Elle avait ensuite repris son cours entre 2015 et 2019, malheureusement la crise du COVID-19 a torpillé la consommation et les répercussions sont aujourd’hui encore visibles. La progression de la consommation subit des à-coups. La consommation de voitures est l’exemple le plus marquant. L’achat de véhicules représentait en 2014 près de 38 % de la consommation totale en valeur. Or ces achats étaient fortement liés aux dispositifs gouvernementaux, principalement à la prime à la casse.
En valeur, le revenu disponible brut des ménages s’est accru péniblement en 2023 (+ 0,8 %), soit mieux que les 0,3 % de 2022, mais plutôt en dessous des valeurs d’avant crise. Dans le même temps, l’inflation des prix à la consommation a été de 7,1 % en 2023. Autrement dit, le revenu des ménages a augmenté bien plus faiblement que les prix des biens à la consommation. Cette évolution assez faible de la consommation trouve donc une partie de son origine dans une moindre hausse du revenu, mais aussi dans un taux d’épargne qui reste conséquent. Celui-ci est estimé par la Fédération des banques de France à 17 % en 2023, ce qui est supérieur à la moyenne depuis l’an 2000 qui s’établit à 15 %. Il semble donc que les Français préfèrent continuer à épargner significativement quitte à consommer moins. Les dépenses de consommation des ménages, qui comprennent uniquement les dépenses que les ménages supportent directement.
Le pouvoir d’achat des Français augmente à nouveau timidement à partir de 2023 après une année 2022 très en dessous de sa valeur pré-pandémie. Cependant, cette hausse est reste peu marquée. L’achat de produits alimentaire a continué de baisser sous l’effet de l’inflation, idem pour les dépenses d’énergie. De manière générale, après le rebond de 2022, l’année 2023 marque de gros ralentissements dans de nombreux domaines comme les loisirs, l’hébergement-restaurations, le transport.
À partir des données de l’Insee, nous pouvons retracer l’évolution de la consommation des Français depuis les années 1950. Entre 1959 et 2023, la consommation des Français a augmenté chaque année, sauf en 1993, 2012 et en 2020. L’augmentation n’a pas été continuellement la même. Pendant les Trente Glorieuses, de l’après-guerre au premier choc pétrolier de 1973, l’augmentation annuelle moyenne de la consommation a été de 4,1 % au niveau individuel. Depuis, la croissance a été beaucoup moins dynamique à environ 1,9 % par an, ce qui représente néanmoins une multiplication par un peu plus de deux du volume de consommation depuis 1975. La progression globale recouvre de profonds changements dans la répartition du budget des ménages entre les différents postes de dépenses.
La part en valeur des dépenses d’alimentation (y compris le tabac), est passée de 29 % du budget de consommation en 1960 à 15,9 % en 2023. Le poids de l’alimentation est d’autant plus élevé que le niveau de vie des ménages est faible. Les 10 % des ménages qui ont le niveau de vie le plus faible consacrent une part bien plus importante à l’alimentation à domicile que pour les 10 % qui ont le niveau de vie le plus élevé. Depuis le début du siècle, si les écarts entre riches et pauvres augmentent à nouveau et l’alimentation est particulièrement touchée. Selon une étude du CREDOC en 2022,16 % de personnes déclaraient ne pas manger à leur faim.
La part budgétaire consacrée au logement (y compris l’énergie et l’ameublement) a progressé sensiblement entre 1960 (24 %) et 1975 (30 %). Le taux d’équipement des ménages en automobiles était de 30 % en 1960. Il en a résulté une part croissante des dépenses d’utilisation des véhicules personnels dans le budget des ménages à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Cependant, la tendance est depuis 20 ans plutôt à une baisse de la consommation allouée au transport. Cela s’explique par le développement des transports en commun, les nouvelles générations qui sont moins enclines à posséder une voiture que leurs ainés.
Alors qu’en 2023, la santé représentait près de 9 à 10 % du PIB français, les dépenses de santé prises en charge directement par les ménages ne représentent que 3,8 % de leur budget. Dans cet ensemble, la consommation de communication est celle qui a augmenté le plus vite, notamment depuis le milieu de la décennie 1990 avec la téléphonie mobile et Internet. Les dépenses « pré-engagées », ou dépenses contraintes, sont les dépenses difficilement négociables à court terme, qui dépendent d’un contrat signé.
| Poste de dépense | Part du budget en 1960 | Part du budget en 2023 |
|---|---|---|
| Alimentation (y compris tabac) | 29% | 15,9% |
| Logement (y compris énergie et ameublement) | 24% | Environ 30% en 1975 |
| Santé | Non spécifié | 3,8% (dépenses directes) |
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