Calcul de la valeur ajoutée et du coût de production pour un élevage bovin nomade au Kenya
Calculer son coût de production en vaches laitières permet de prendre de bonnes décisions stratégiques pour son atelier. Le coût de production est un outil d’analyse puissant car il met en évidence les postes de charges sur lesquels il faut agir en priorité. Cet article vous explique la méthodologie de calcul du coût de production, puis vous guide dans l’analyse du résultat pour faire les meilleurs choix stratégiques.
Pourquoi mesurer la valeur ajoutée et le coût de production ?
Dans un contexte de plus en plus instable (volatilité des prix, variabilité des facteurs de production comme l’énergie, les engrais), il est périlleux de mener son élevage sans suivi économique. Un bon chef d’entreprise dispose d’indicateurs fiables (marge brute, budget de trésorerie, coût de production, …), utilisés à bon escient et en temps voulu. Le but est de : maîtriser ses charges, maximiser ses produits, anticiper l’avenir.
La valeur ajoutée, c’est l’argent restant sur la ferme après les ventes encaissées et le paiement des intrants. En prenant du recul sur la situation, l’idée est de se demander : pour 100 € qui entrent dans la ferme, combien d’argent reste dans le système ? Car l’argent qui reste sur la ferme peut être utilisé pour payer du capital et rémunérer l’éleveur∙se. Cette notion est calculée en divisant la valeur ajoutée par le produit des activités.
Définition du coût de production en élevage
Le coût de production est l’ensemble des charges courantes (opérationnelles et de structure) + les amortissements + les charges supplétives, mises en œuvre pour produire un bien (lait, viande, culture, …). Ce résultat permet de connaître le seuil minimal de charges à couvrir. L’atelier commence à dégager une marge quand le prix du marché dépasse ce seuil.
Le coût de production relève d’une approche dite « comptable ». Il permet de calculer le coût d’un atelier sans tenir compte du niveau d’autofinancement et de la propriété des moyens de production. En complément, le prix de revient peut être calculé de manière à comparer les charges de l’atelier au prix de vente.
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Méthodologie : comment calculer son coût de production ?
Quelque soit votre production, vous pouvez calculer votre coût de production. Il est conseillé de se munir de ses résultats comptables (bilan, compte de résultat et grand livre). Ensuite, il suffit de suivre les étapes suivantes :
- Choisir l’atelier à étudier
Vous devez choisir l’atelier que vous souhaitez étudier : l’atelier laitier, l’atelier viande, l’atelier cultures, etc. Si vous souhaitez être plus précis, vous pouvez sélectionner l’activité spécifique d’un atelier. Par exemple, l’activité « orge » de l’atelier cultures.
- Lister les charges
Vous devez lister l’ensemble des 3 types de charges (les dépenses) au sein de l’atelier étudié, sur la dernière année d’exercice comptable :
a) Les charges courantes
Les charges courantes sont toutes les charges opérationnelles, y compris les variations de stocks : alimentation achetée, approvisionnement des surfaces, frais d’élevage. Les céréales autoconsommées, intégrées sur la base de leur coût de production et non d’un prix de cession. Attention, les cotisations sociales exploitant ne sont pas prises en compte dans les charges courantes mais intégrées dans les charges supplétives.
Les charges de structure, telles que les charges liées à la mécanisation, aux bâtiments et installations, frais divers de gestion, foncier et capital. Répartir ses charges de structure est souvent un casse-tête. Il est en effet difficile de savoir le nombre d’heures que le tracteur a consacré aux vaches. Si plusieurs ateliers sont présents sur l’exploitation, vous tâcherez de répartir la charge selon vos ateliers, en affectant un pourcentage identique à celui de votre chiffre d’affaires. Dans les logiciels professionnels, des coefficients d’affectation sont attribués selon la règle des clefs de répartition officielles.
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b) Les amortissements
Les amortissements sont des charges calculées, qui correspondent à la décote et à l’usure du matériel, des bâtiments et des installations.
Exemple : un tracteur de 100 CV acheté neuf à 39 700 €. Les amortissements linéaires sur 5 ans sont de 7 940 €/an alors que les amortissements dégressifs se calculent selon :
1ère année : 40% de la valeur d’achat soit 39 700 x 40% = 15 880 €; 2ème année : 40% de la valeur résiduelle soit 23 820 x 40% = 9 528 €; 3ème année : 40% de la valeur résiduelle soit 14 292 x 40% = 5 717 €…
c) Les charges supplétives
Les charges supplétives sont calculées pour rémunérer les facteurs de production que met l’éleveur à disposition de son entreprise :
- Les terres en propriété : la rémunération des capitaux propres fonciers correspond à la valeur locative des terres en propriété, soit le montant brut du fermage moyen de la région, qu’aurait supporté le propriétaire exploitant s’il avait exploité ces terres en fermage.
- Les capitaux propres : la rémunération des capitaux propres d’exploitation est calculée en multipliant les capitaux propres d’exploitation à date de fin d’exercice, par un taux d’intérêt annuel fixé.
- Le travail : sur la base d’une rémunération à hauteur de 2 SMIC brut par unité de main d’œuvre (SMIC net + 30% de cotisations sociales).
- Lister les produits
Vous devez lister l’ensemble des produits (les recettes) réalisées par l’atelier étudié : les ventes du produit principal : le lait ou la viande; les autres produits : vente d’animaux, de produits transformés, de fourrages; les aides, couplées et découplées affectées à l’atelier.
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Analyser son coût de production
La disposition des résultats en histogramme facilite l’analyse du coût de production. Pour plus de lisibilité, vous pouvez créer deux histogrammes : l’histogramme de gauche accumule les charges illustrant le coût de production. L’histogramme de droite accumule les produits. Si l’histogramme du coût de production dépasse celui des produits, alors cela signifie que votre atelier est plus dépensier que rémunérateur.
Dans l’exemple ci-contre, le coût de production dépasse les produits. L’atelier laitier ainsi étudié n’est pas suffisamment optimisé pour que les produits couvrent les charges. Le coût de production est un outil d’aide à la décision de la conduite technique et économique de votre atelier (par exemple : est-il pertinent de saturer son robot de traite ?). Il faut pouvoir l’intégrer dans l’étude de la cohérence globale de votre exploitation.
Outils recommandés et fréquence d’analyse
Il n’est pas facile pour un agriculteur de calculer son coût de production seul, si son exploitation est composée de différents ateliers (lait, viande, cultures). Plusieurs outils professionnels existent. Le plus connu et le plus efficace est le logiciel Couprod, développé par l’Institut de l’Elevage. Il permet de simplifier la saisie, vérifier la cohérence, appliquer les clefs de répartition entre ateliers, analyser l’existant, simuler des évolutions possibles…
Il est recommandé de calculer et analyser son coût de production au moins tous les 2 ans. Le cœur de l’accompagnement Seenovia repose sur un suivi mensuel de la marge sur coût alimentaire. À partir des consommations réelles (concentrés, fourrages), un indicateur dynamique est mis à jour pour permettre des ajustements rapides. Seenovia met à disposition des éleveurs un référentiel technico-économique par système, race et mode de production.
Coût de Production Lait
Exemples et leviers d’amélioration pour les élevages au Kenya
En tant que l'un des secteurs laitiers les plus développés d'Afrique subsaharienne, celui du Kenya contribue aux moyens de subsistance de près de 2 millions de personnes tout au long de la chaîne de valeur. Il représente 14 % du PIB agricole national. Au Kenya, la production laitière est essentiellement gérée par de petits exploitants qui assurent environ 70 % de la production du pays.
En général, la productivité des vaches laitières est faible et entraîne une pénurie de produits. Les rendements laitiers varient de moins de 1 à 10 litres par vache et par jour dans les systèmes extensifs, et de 9 à 18 litres par vache et par jour dans les systèmes intensifs. Les rendements laitiers sont très variables en raison de la disponibilité limitée des ressources alimentaires, des maladies et d'une mauvaise gestion des exploitations.
En 2015, les systèmes d'élevage de vaches laitières du Kenya étaient responsables d'environ 12,3 millions de tonnes d'équivalent de dioxyde de carbone d'émissions de gaz à effet de serre. Plus de 85 % de ces émissions proviennent du méthane entérique et près de 11 % de la gestion du fumier stocké. À l’échelon national, l'intensité des émissions du lait produit était en moyenne de 4 kg d'équivalent CO2 par kilogramme de lait corrigé en matières grasses et en protéines (FPCM).
| Système d'élevage | Intensité d'émission (kg éq. CO2 / kg FPCM) | Rendement laitier (L/j/vache) |
|---|---|---|
| Extensif | 7 | <1 à 10 |
| Semi-intensif | 4 | variable |
| Intensif | 2 | 9 à 18 |
Des interventions d'atténuation ont montré des gains simultanés en productivité et en réduction d'émissions : l'utilisation de résidus de culture traités à l'urée peut réduire l'intensité des émissions du Kenya de 8 %, tandis que l'ajout de vignes de patates douces et d'ensilage de sorgho peut les diminuer de près de 50 %. L'étude a révélé que toutes les interventions ont eu un effet positif sur la productivité, avec des augmentations de la production laitière allant de 6 % (résidus de culture traités à l'urée) à 95 % (supplémentation avec des vignes de patates douces et de l'ensilage de sorgho).
Stratégies pour augmenter la valeur ajoutée
Pour augmenter la valeur ajoutée et le solde d’efficience, différents leviers sont possibles : diminuer le coût des intrants (biens et services) notamment en renforçant les processus biologiques. Une première stratégie, fréquemment mobilisée, consiste à augmenter les produits de la ferme en augmentant le volume des productions agricoles. Une autre stratégie consiste en l’augmentation du revenu en maintenant le niveau de production mais en diminuant les intrants consommés.
Ces deux exemples reprennent deux stratégies différentes, mais des nuances existent et sont présentes sur le terrain. Alors que faut-il regarder? Tout dépend des objectifs. Et justement, se fixer ses propres objectifs est une étape importante, souvent négligée. Je souhaite augmenter mon revenu, avec quelles conséquences sur ma charge de travail? Ma ferme reste-t-elle en cohérence avec mes valeurs? Je souhaite modifier certaines pratiques pour renforcer la cohérence avec mes valeurs, quelles sont les implications sur mon revenu? L’objectif de cette vision est de mettre en lumière les tensions qui peuvent exister entre différentes composantes.
Politiques publiques et investissement au Kenya
Au Kenya, le gouvernement prévoit la mise en œuvre d’un programme d’investissement de 5 milliards de shillings destiné à soutenir et moderniser le secteur de l’élevage. Selon un communiqué publié par le ministère de l’Agriculture, les interventions visent principalement les communautés pastorales vivant dans les zones arides et semi‑arides (ASALs). Au centre du dispositif se trouve la création de County Livestock Investment Companies, des structures établies au niveau des comtés et chargées d’organiser les éleveurs.
Dans ce contexte, l’enjeu pour Nairobi de cibler les ASALs pour son nouveau plan d’investissement dans l’élevage est d’autant plus stratégique quand on sait que les systèmes agropastoraux dans ces régions concentrent près de 70 % du cheptel bovin du pays et génèrent environ 76 % de la valeur totale de la production de viande bovine.
Indicateurs opérationnels pour piloter un atelier bovin nomade
- Marge brute et marge sur coût alimentaire : suivi mensuel recommandé, comme le propose Seenovia.
- Coût de production par litre de lait ou par kg de viande : comparer au prix de marché pour évaluer la compétitivité.
- Valeur ajoutée / produit des activités : pour mesurer la part de revenu restant sur la ferme.
- Suivi des consommations réelles (concentrés, fourrages) et ajustements rapides des rations.
La performance technico-économique ne se décrète pas. Elle se mesure, se compare, se pilote, et surtout, se projette. Seenovia favorise les dynamiques de progrès collectif à travers des groupes d’éleveurs. Des questions types guident les décisions : “Comment améliorer mon EBE en cas d’agrandissement ?” “Puis-je changer de système et supprimer un atelier pour en introduire un autre ?” “Comment installer un associé tout en maintenant un équilibre de travail ?”
Pratiques concrètes pour un élevage nomade
- Optimiser l’utilisation des parcours et la gestion des pâturages pour réduire les achats d’aliments.
- Intégrer résidus de culture traités à l’urée et cultures fourragères locales (patate douce, sorgho) pour améliorer l’alimentation et réduire les émissions.
- Suivre rigoureusement les comptes et établir un budget de trésorerie pour anticiper les périodes de stress (sécheresse).
- Utiliser des référentiels technico-économiques par système et race pour comparer sa performance.
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