Sources de financement de la campagne de Marine Le Pen: Enquête et controverses

Le financement des campagnes électorales de Marine Le Pen, figure de proue du Rassemblement National (RN), a souvent été sujet à controverse et à enquêtes. Cet article examine les différentes sources de financement de ses campagnes, les prêts contractés à l'étranger, et les soupçons de financement illicite qui pèsent sur elle.

Marine Le Pen

Les sources de financement antérieures

La candidate du Rassemblement national (RN) avait, de fait, déjà eu recours, ces dernières années, à des financements d’origine russe. En 2014, le parti, qui s’appelait alors Front national, a eu recours à des fonds russes : un prêt a été souscrit auprès de la banque russe, la First Czech-Russian Bank (FCBR), fermée en 2016. À l’époque, la révélation de cet emprunt avait suscité des soupçons sur la volonté du Kremlin de soutenir le parti de Marine Le Pen. Pour justifier de s’être tourné vers un établissement financier russe, le FN accusait, lui, les banques françaises de ne pas lui accorder de prêts.

Lors de la dernière élection présidentielle, en 2017, le parti avait financé la campagne en empruntant environ « 6 millions d’euros à Jean-Marie Le Pen », via le microparti du fondateur du FN, Cotelec. Autre source de financement pour le parti d’extrême droite : « l’emprunt patriotique », c’est-à-dire demander aux Françaises et aux Français de l’aider à se financer. Ce fut le cas en 2019 lors des élections européennes.

Le prêt hongrois de 2022

Pour la campagne présidentielle en cours, la prétendante à l’Elysée continue de se financer à l’étranger. Cette fois, ce n’est néanmoins pas l’aide de la Russie qu’elle a obtenue, la Hongrie s’étant finalement chargée d’assurer son salut. Comme on l’a appris grâce à la déclaration de patrimoine qu’elle a adressée mi-février à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, Marine Le Pen a contracté un prêt d’un montant de près de 10,7 millions d’euros auprès de la banque hongroise MKB (Magyar Külkereskedelmi Bank), pour une durée de seize mois. Ces 10 691 775 euros, pour être précis, sont présentés comme un «financement [pour la] campagne présidentielle française».

C’est la radio RTL qui, la première, avait sorti l’information, tout début février. En l’absence de déclaration patrimoniale, le nom de l’établissement bancaire prêteur restait néanmoins inconnu à ce moment-là, un cadre du RN contacté par RTL évoquant alors «une clause de confidentialité». Ce prêt devait servir notamment à financer la «convention présidentielle» de Marine Le Pen qui s’est tenue à Reims le 5 février, ou encore une opération «5 000 marchés» avec des bus chargés de sillonner tout l’Hexagone, d’après les détails donnés par les deux hommes. Le tout au service d’une campagne «au plus proche des Français, sans excès, mais avec l’esprit libéré des contraintes de la recherche de fonds».

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«Ce prêt obtenu, vous le savez, dans un contexte très difficile de durcissement des règles de financement des campagnes et de frilosité des banques pour financer la vie démocratique de notre pays va nous permettre d’aborder sereinement la dernière ligne droite de la campagne», se réjouissaient Bardella et Pfeffer. Pour cause, l’accord trouvé avec MKB faisait suite à plusieurs mois de quête d’un financement, marquée par des dizaines de refus essuyés notamment auprès des établissements français. A moins de trois mois du premier tour du scrutin présidentiel, l’obtention d’un prêt devenait urgente.

Liens avec Viktor Orbán

Le fait que la délivrance soit venue d’une banque hongroise n’a pas manqué d’immédiatement soulever des questions sur les conditions de sa négociation. En effet, Marine Le Pen s’est fortement rapprochée ces dernières années de l’ultraconservateur Viktor Orbán, qui lui permet de s’assurer un soutien sur la scène politique européenne. Ces derniers mois, leurs liens se sont encore renforcés. Avec, pour commencer, la visite rendue en octobre par la députée française au Premier ministre hongrois, lequel l’avait reçue en grande pompe (entre autres, tapis rouge et cortège officiel). Puis les sommets successifs ayant réuni les partis européens se réclamant du nationalisme et du conservatisme, notamment celui organisé à Madrid fin janvier, et en marge duquel Viktor Orbán a renouvelé son soutien à Marine Le Pen pour la présidentielle française. Pour l’officialiser, un message vidéo a été enregistré par le leader hongrois, diffusé ensuite lors du meeting de la candidate du RN à Reims.

Ajoutons que MKB, la banque ayant fini par accorder à Marine Le Pen le prêt tant attendu, est majoritairement détenue par des proches de Viktor Orbán : son ami d’enfance Lőrinc Mészáros, ainsi que l’homme d’affaires progouvernement Szíjj László.

Ces différents éléments ont conduit les journalistes de plusieurs rédactions à interroger le RN à propos du rôle d’intermédiaire qu’aurait pu jouer le Premier ministre hongrois, en appuyant auprès de son entourage les demandes du parti d’extrême droite français. Dans leurs échanges avec RTL, les cadres du RN se sont abstenus de tout commentaire. «Il y a eu un intermédiaire, mais il n’est pas politique», a simplement admis l’un d’eux. «Par rapport à toutes mes démarches dans les autres pays européens, l’atmosphère était plus libre en Hongrie», a pour sa part justifié le RN Wallerand de Saint-Just, qui s’est chargé du montage financier, joint par Mediapart. Les membres du parti contactés par CheckNews n’ont, pour l’heure, pas donné suite à nos sollicitations.

Marine Le Pen et Viktor Orban
Marine Le Pen et Viktor Orban

Si, aujourd’hui, la question de l’origine des financements de la campagne de Marine Le Pen est remise sur la table, c’est en raison de la guerre menée en Ukraine par la Russie. La prétendante à l’Elysée est jusque-là parvenue à plus ou moins échapper aux critiques sur ses accointances avec le président russe, Vladimir Poutine. Or, Viktor Orbán est lui-même connu pour être un ami de Poutine. Réélu dimanche pour un quatrième mandat consécutif, le Premier ministre hongrois semble s’être rangé dans le camp du dirigeant russe, après avoir toujours refusé de soutenir ouvertement l’Ukraine. En cause : le discours prononcé par Viktor Orbán, lors duquel il a classé le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, au rang de ses «adversaires».

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Les difficultés financières du Rassemblement national ne sont pas nouvelles. CheckNews les avait d’ailleurs évoquées dans un article de 2017, expliquant déjà que c’est faute de financement par les banques françaises que le RN se trouvait obligé de se tourner vers l’étranger. Et renvoyant vers une enquête de Mediapart qui détaillait les efforts fournis, en 2016, par l’alors-FN afin d’obtenir des prêts de la part de deux établissements russes de mauvaise réputation.

Enquête pour financement illégal en 2022

La campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2022 fait l’objet d’une enquête portant sur des soupçons de financement illégal à la suite d’un signalement de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), a indiqué mardi 9 juillet le parquet de Paris, confirmant une information de BFMTV. La CNCCFP, chargée de contrôler la régularité des dépenses des candidats, qui sont plafonnées et dont une partie est remboursée par l’État, avait adressé un signalement au parquet de Paris en 2023. Les investigations, confiées à la brigade financière de la police judiciaire parisienne, « se poursuivent donc désormais sous la direction d’un magistrat instructeur », a ajouté le ministère public.

Selon nos informations, une information judiciaire portant sur des soupçons de financement illicite de la campagne de Marine Le Pen lors de l'élection présidentielle 2022 a été ouverte le 2 juillet. Elle est ouverte pour plusieurs motifs: prêt d'une personne morale à un candidat en campagne électorale; acceptation par un candidat en campagne de prêt d'une personne morale; détournement de biens par des personnes exerçant une fonction publique; escroquerie commise au préjudice d'une personne publique; faux et usage de faux, a précisé une source judiciaire à BFMTV, puis le parquet.

Une décision prise après un signalement de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) datant de 2023. Lors de chaque élection, les candidats ont l'interdiction de dépasser un plafond de dépenses fixé par la loi. Factures à l'appui, la CNCCFP examine donc les comptes de campagne de chaque candidat pour voir s'ils sont restés dans les clous.

Si les candidats ont respecté les règles fixées, l'État leur rembourse une partie de ces frais de campagne. Mais si les candidats n'ont pas respecté les règles, la CNCCFP peut "réformer" leur compte de campagne, réduire le remboursement octroyé par l'État et, le cas échéant, saisir la justice afin que celle-ci enquête.

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C'est sur ce fondement que la CNCCFP a émis un signalement au parquet de Paris, au titre de l'article 40, concernant le compte de campagne de Marine Le Pen lors de l'élection présidentielle 2022. Interrogée il y a quelques semaines par BFMTV, la Commission reconnaissait signaler "assez fréquemment" des faits susceptibles de constituer des infractions pénales aux parquets et notamment au parquet de Paris. Ainsi, selon nos informations, Marine Le Pen n'est pas la seule candidate à l'élection présidentielle de 2022 à avoir fait l'objet d'un signalement de la part de la CNCCFP.

Dépenses retoquées et recours

Mi-décembre 2022, la CNCCFP avait retoqué les dépenses de « flocage et déflocage » de douze cars loués dans le cadre de la campagne de la cheffe de file du Rassemblement national (RN), pour un montant de 316 182 €, estimant que le recours à ce type d’affichage constituait une dépense irrégulière. La candidate du RN, battue au second tour par Emmanuel Macron, avait formé un recours devant le Conseil constitutionnel avant de renoncer.

En 2017, elle avait déjà vu 873 576 € de ses dépenses retoquées par la Commission. Elles étaient constituées à 95 % des emprunts contractés auprès du Front national (FN, devenu RN) et du micro-parti de son père Jean-Marie Le Pen. Marine Le Pen n’avait, à l’époque, pas formé de recours.

En juin, la Cour de cassation a validé définitivement la condamnation du RN pour la surfacturation des kits de campagne, utilisés par les candidats frontistes lors des élections législatives de 2012 et remboursés par l’État.

Tableau récapitulatif des sources de financement

Année Source de financement Montant
2014 First Czech-Russian Bank (FCBR) 9,4 millions d'euros
2017 Jean-Marie Le Pen (Cotelec) 6 millions d'euros
2017 Laurent Foucher 8 millions d'euros
2022 MKB (Magyar Külkereskedelmi Bank) 10,7 millions d'euros

Марин ле Пен: евро — мёртвая валюта

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