Procédure de cessation des mandats des représentants du personnel (IREP)

Tout salarié candidat lors d’une élection professionnelle, titulaire ou ancien titulaire d’un mandat de représentant du personnel ou exerçant certains mandats ou certaines fonctions extérieures à l’entreprise bénéficie d’une protection contre le licenciement. Cette protection vise à s'assurer que le licenciement n'a pas de lien avec son mandat ou sa fonction. Nous faisons un point sur la réglementation.

Qui sont les salariés protégés ?

Les principaux salariés protégés sont les suivants :

  • Membre du CSE: titulaire et suppléant
  • Délégué syndical
  • Représentant syndical au CSE
  • Représentant de la section syndicale
  • Représentant des salariés désigné dans le cadre d'une procédure de sauvegarde, d'un redressement ou une liquidation judiciaire
  • Conseiller prud'homme
  • Conseiller du salarié
  • Défenseur syndical

Nature et étendue de la protection

Afin de permettre au salarié protégé d'exercer en toute sérénité son mandat et d'être protégé contre d'éventuelles mesures de représailles ou d'intimidation de la part de l'employeur, le salarié protégé bénéficie d'une protection contre la rupture de son contrat de travail. L'employeur doit alors demander l'autorisation à l'inspecteur du travail pour rompre le contrat de travail du salarié.

La protection s'applique notamment dans les cas suivants :

  • Licenciement
  • Rupture conventionnelle
  • Mise à la retraite
  • Fin de CDD, dans certains cas
  • Fin de contrat de travail temporaire, dans certains cas

À noter : L'employeur doit également demander l'autorisation à l'inspecteur du travail à l'occasion du transfert du contrat de travail du salarié protégé dans une autre entreprise.

Lire aussi: Démarches INPI : Fermer sa Micro-Entreprise

Durée de la protection pendant et après le mandat

Le salarié protégé bénéficie d'une protection pendant toute la durée de son mandat. À la fin de son mandat, il bénéficie également, dans certains cas, d'une protection qui varie entre 6 et 12 mois.

Les durées de protection dont bénéficient les principaux salariés protégés à la fin de leur mandat sont les suivantes :

  • Membre du CSE (titulaire et suppléant) : 6 mois
  • Délégué syndical : 12 mois, s'il a exercé ses fonctions pendant 1 an au moins
  • Représentant syndical au CSE : 6 mois s'il a exercé ses fonctions pendant 2 ans au moins
  • Représentant de la section syndicale : 12 mois, s'il a exercé ses fonctions pendant 1 an au moins
  • Représentant des salariés désigné dans le cadre d'un redressement ou une liquidation judiciaire : la protection cesse lorsque toutes les sommes versées au mandataire judiciaire par les AGS ont été reversées par ce dernier aux salariés. Lorsque le représentant des salariés est membre du CSE, la protection cesse au terme de la dernière audition ou consultation prévue par la procédure de redressement judiciaire.
  • Conseiller prud'homme : 6 mois
  • Conseiller du salarié : 12 mois, s'il a exercé ses fonctions pendant 1 an au moins
  • Défenseur syndical : pas de protection

Durée du mandat et fin normale

La durée du mandat est fixée à 4 ans par le Code du travail (article L2314-33). Toutefois, il est possible de prévoir une durée de mandat inférieure par accord de branche, de groupe ou d’entreprise, dans la limite de deux ans.

Le mandat des élus CSE commence au moment de la proclamation des résultats des élections professionnelles. Et il prend logiquement fin en même temps que le CSE lui-même, autrement dit à la proclamation des résultats des élections suivantes. Sachant qu’un CSE est normalement institué pour une durée de 4 ans mais qu’une durée moindre peut être prévue. Il faut pour cela que ce soit écrit dans un accord de branche, un accord de groupe ou un accord d'entreprise. La durée du mandat ainsi fixée ne peut toutefois pas être inférieure à 2 ans.

Important : Cela ne semble pouvoir s’appliquer que pour des mandats futurs. Autrement dit, l’accord ne peut pas être conclu alors que les mandats sont déjà en cours, pour les réduire.

Lire aussi: Chômage et cessation d'activité auto-entrepreneur

Situations prolongeant le mandat

Dans certains cas, il peut être décidé de prolonger les mandats en cours par exemple pour aligner les dates d’élection de plusieurs entreprises faisant partie d’un même groupe. C’est possible si cela dure un temps restreint. Sachant que cela ne peut en aucun cas être imposé par l’employeur. Il faut un accord collectif signé entre l’employeur et l’ensemble des syndicats représentatifs dans l’entreprise.

Bon à savoir : Vous ne pouvez pas prévoir une prolongation des mandats au sein du règlement intérieur du CSE ni par une délibération. Par exception, la prolongation des mandats est automatique si l’inspection du travail est saisie d’un contentieux lié aux élections professionnelles. Il y aussi des règles particulières en cas de modification de la situation juridique de l'entreprise.

Cas entraînant une fin anticipée du mandat

Les élus n’exercent pas toujours leur mandat jusqu’aux prochaines élections professionnelles. Les situations suivantes mettent en effet fin au mandat de façon précipitée :

  • Le décès de l’élu
  • La rupture du contrat de travail : la fin du contrat de travail emporte automatiquement la fin du mandat d’élu. Peu importe la cause de la rupture, qu’elle soit subie (licenciement) ou décidée par le salarié (démission, retraite…). Rappelons que l’inspection du travail doit donner son accord pour que l’employeur mette fin au contrat d’un salarié protégé.
  • La démission du mandat : un élu peut souhaiter rester dans l’entreprise mais démissionner de son mandat. Il s’agit d’une décision personnelle. Si vous vous retrouvez dans cette situation, sachez que vous n’avez pas de préavis à respecter et vous pouvez mettre fin immédiatement à votre mandat.
  • La perte des conditions requises pour être éligible : lorsqu'un élu perd les conditions pour être éligible, son mandat prend fin. Sachant que pour être éligible, il faut : avoir 18 ans au moins ; avoir au moins 1 an d’ancienneté dans l’entreprise ; ne pas être l'époux, partenaire de Pacs, concubin, ascendant, descendant, frère, sœur et allié au même degré de l'employeur ; ne pas disposer d'une délégation écrite particulière d'autorité permettant d'être assimilé au chef d'entreprise ou ne pas le représenter effectivement devant le CSE ; pouvoir être électeur à ces élections et donc à ce titre être titulaire de ses droits civiques.
  • La révocation : l'organisation syndicale qui a présenté un candidat peut, en cours de mandat, proposer de le révoquer. Il faut pour cela organiser un vote à bulletin secret du collège électoral auquel il appartient. C’est à l’employeur de l’organiser. Si la majorité du collège électoral vote en faveur de la révocation, le mandat du salarié prend définitivement fin.
  • La disparition de l’instance : lorsque le CSE disparaît, cela emporte nécessairement la fin des mandats. Plusieurs hypothèses peuvent amener la fin du CSE comme une cessation d’activité de l’entreprise, une restructuration…

Remplacement et élections partielles

Lorsqu’un élu quitte le CSE de façon anticipée, quelle qu’en soit la raison, il est remplacé par un suppléant élu sur une liste présentée par la même organisation syndicale. Priorité étant donnée au suppléant de la même catégorie. Si n'y en a pas, le remplacement se fait alors par un candidat non élu présenté par la même organisation (celui qui vient sur la liste immédiatement après le dernier élu titulaire ou, à défaut, le dernier élu suppléant) ; à défaut, par le suppléant élu n'appartenant pas à l'organisation du titulaire à remplacer, mais appartenant à la même catégorie et ayant obtenu le plus grand nombre de voix. Le suppléant devient titulaire jusqu'au retour de celui qu'il remplace ou jusqu'au renouvellement de l'institution.

Il n’y a normalement pas d’impact sur les élections elles-mêmes. Toutefois des élections professionnelles doivent être organisées “si un collège électoral n'est plus représenté ou si le nombre des membres titulaires du CSE est réduit de moitié ou plus”. Important : L’employeur est dispensé d'organiser des élections partielles si le départ de l’élu intervient moins de 6 mois avant le terme du mandat des membres du CSE.

Lire aussi: Implications fin auto-entreprise

Entretien de fin de mandat et valorisation des compétences

Certains élus doivent bénéficier d’un entretien à la fin de leur mandat, qui passe par l’entretien de parcours professionnel. Tout dépend de la taille de l’entreprise et du nombre d’heures de délégation. Cet entretien a un double objectif : 1/ procéder au recensement des compétences acquises au cours du mandat (gestion, comptabilité, négociation…) ; 2/ préciser les modalités de valorisation de l'expérience acquise.

Retrouvez toutes les informations à ce sujet dans notre guide “Tout savoir sur l’entretien de début et de fin de mandat”.

Protection à l’issue du mandat

Même après la fin de votre mandat d’élu CSE, vous conservez votre statut protecteur. Cela dure pendant 6 mois. Cela signifie qu’un ancien élu ne peut pas être licencié pendant tout ce temps sans autorisation de l’inspection du travail. Cette protection s’applique aussi bien au terme classique du mandat qu’en cas de cessation anticipée.

Bon à savoir : L’employeur ne peut pas attendre la fin de la période de protection pour licencier un salarié sur les mêmes motifs que ceux ayant motivé le refus d'autorisation du licenciement. Dans un tel cas de figure, vous pourrez faire valoir un détournement de la procédure de protection. Important : il a été jugé que l’avis du CSE n’est pas requis lorsque l’employeur envisage de licencier un candidat aux élections CSE malgré le statut protecteur des 6 mois. Cette solution semble transposable aux anciens élus du CSE protégés.

Fin collective des mandats : transmission et obligations

Lorsque tous les mandats s’arrêtent, à partir de 50 salariés les membres du CSE sortants doivent rendre compte de leur gestion. Que ce soit en matière d’activités sociales et culturelles (ASC) comme pour les attributions économiques. Il vous faut ainsi remettre aux nouveaux membres tous les documents concernant l'administration et l'activité du comité.

Le sujet doit donc être anticipé et les documents préparés à l’avance pour assurer une transition efficace et une bonne prise en main des différents sujets en cours par la nouvelle équipe d’élus. Notez que même si les mandats s'arrêtent, le CSE conserve sa personnalité morale et que les nouveaux élus restent tenus d’honorer les engagements pris par les anciens élus.

Bon à savoir : Il faut notamment veiller à informer la nouvelle équipe : du patrimoine du CSE et de l’état de la trésorerie ; des engagements en cours avec d'éventuels fournisseurs ; des ASC déjà financées et selon quels critères ; des différents sujets sur lesquels le CSE a été consulté et les avis qu’il a pu donner ; des expertises réalisées ; des éventuels contentieux en cours.

Vous pouvez aussi y intégrer des sujets moins officiels comme votre ressenti lors des réunions CSE et vos rapports avec l’employeur. Il n’y a pas de moment défini pour effectuer la passation. La dernière réunion du CSE peut permettre de dresser le bilan et d’évoquer tous ces différents points. Ou une rencontre organisée avec la nouvelle équipe.

Focus secrétaire et trésorier CSE : Bien que cette obligation incombe selon le Code du travail à tous les membres du CSE, dans la pratique vous allez bien entendu avoir un rôle clé et c’est à vous que va revenir en premier lieu la préparation des documents nécessaires. Prenez donc de l’avance et n’attendez pas l’arrivée de la dernière réunion pour compiler les informations importantes. Il faut commencer plusieurs semaines, voir même plusieurs mois à l’avance !

Important : L’employeur aura aussi sa part à faire puisque les nouveaux élus se verront remettre, en l’absence d’accord, une documentation économique et financière sur l'organisation de l’entreprise et les perspectives économiques.

Représentants de proximité : règles spécifiques et cessation anticipée

Lorsqu’un accord d’entreprise conclu avec les organisations syndicales majoritaires fixe le nombre et le périmètre des établissements distincts pour la mise en place du CSE, il peut prévoir la mise en place de représentants de proximité qui sont soit membres du CSE, soit désignés par lui. L’accord collectif définit également le nombre de représentants de proximité, les attributions des représentants de proximité, notamment en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail ; les modalités de leur désignation ; leurs modalités de fonctionnement, notamment le nombre d’heures de délégation dont bénéficient les représentants de proximité pour l’exercice de leurs attributions.

La mise en place de représentants de proximité, qui est facultative, requiert donc la conclusion d’un accord collectif le prévoyant. La durée des mandats des représentants de proximité est alignée sur celle des membres élus du CSE, soit quatre ans, sauf dérogation conventionnelle. La cessation anticipée du mandat de représentant de proximité n’est pas expressément prévue par le Code du travail, mais, comme les autres salariés dits « protégés », le Code du travail prévoit l’application du statut protecteur au représentant de proximité, c’est-à-dire l’obligation de demander l’autorisation de l'inspecteur du travail pour procéder à la rupture du contrat de travail pendant la durée du mandat et dans les 6 mois qui suivent l'expiration de celui-ci ou la disparition de l'institution.

En l'absence de disposition légale sur la cessation anticipée du mandat, il serait logique de raisonner comme pour le délégué syndical pour lequel la jurisprudence a créé un régime prétorien relatif à la révocation du mandat en se fondant sur les règles du droit commun du mandat.

Rapprochements d'entités et conséquences sur les mandats

Qu’ils soient choisis ou subis, les rapprochements de structures associatives ou d'entreprises peuvent bouleverser la représentation existante et le rapport de force entre les organisations syndicales. Le Code du travail envisage les rapprochements par le prisme de la conséquence de l’opération : « la modification de la situation juridique de l’employeur » prévue par l’article L1224-1. Ainsi sont visées, de manière non exhaustive, les opérations de succession, vente, fusion, transformation du fonds et mise en société de l’entreprise.

Le législateur a prévu que le mandat des représentants du personnel « subsiste lorsque l’entreprise qui fait l’objet de la modification conserve son autonomie juridique ». La jurisprudence a élargi la notion d'autonomie en la considérant comme « l’autonomie organisationnelle ou concrète de l’entité transférée ». Cela signifie que l’instance subsiste dès lors que l’entité conserve son autonomie en fait. Au final, en cas de rapprochement, il est impératif d’anticiper la future architecture de la représentation du personnel et, selon le climat social, de la partager en amont avec les IRP concernées.

Des pratiques innovantes pourront être envisagées par le biais de la création d’instances ad hoc (commission/groupe de travail) visant à instaurer un dialogue entre elles, et ce en amont de l’opération de fusion. De même, la mise en œuvre de dispositions « supra légales » et favorables au dialogue social (instance élargie/organisation des élections) pourra être envisagée avec les instances. Une information préalable de la Direccte constitue également une bonne pratique.

Exemples conventionnels de révocation des représentants de proximité

Certains accords prévoient que la désignation et la révocation des représentants de proximité obéissent au parallélisme des formes. Ainsi, par exemple : l’accord l’UES ENGIE Ineo du 19 mars 2019 prévoit que la révocation de l’un des représentants de proximité ainsi désigné ne pourra être réalisée que selon les mêmes modalités que leur désignation, à savoir par une résolution du CSE adoptée à la majorité de ses membres présents. L’accord d’entreprise de la société FOOT LOCKER du 12 octobre 2020 prévoit que la révocation du mandat des représentants de proximité pourra être mise en œuvre selon des modalités de vote identiques à celles de la désignation, avec des votes successifs et des conditions particulières de délai.

Points procéduraux et jurisprudence utiles

  • La Cour de cassation a précisé que les élections partielles concernent l'ensemble des sièges vacants, titulaires et suppléants à la date du scrutin, quand bien même certains sièges étaient vacants en raison d'une carence de candidatures lors des élections initiales.
  • Une décision de justice a considéré que l’employeur commet un trouble manifestement illicite en décidant de la révocation automatique et anticipée du représentant de proximité en raison de son changement d’affiliation syndicale en cours de mandat.
  • Il a été jugé que l’avis du CSE n’est pas requis lorsque l’employeur envisage de licencier un candidat aux élections CSE malgré le statut protecteur des 6 mois (avis du Conseil d'Etat, 16 mai 2025).
  • La jurisprudence a aussi retenu la possibilité de faire valoir un détournement de procédure si l’employeur licencie après la période de protection pour les mêmes motifs qui avaient motivé le refus d'autorisation du licenciement (Cass. soc., 22 mars 2023).

Licenciement d’un salarié protégé : la procédure à suivre

Questions pratiques fréquentes

  • Est-il possible par accord de fixer une durée de mandat CSE d’une année seulement ? Non. Un accord de branche, un accord de groupe ou un accord d'entreprise peut réduire la durée de 4 ans mais sans pouvoir aller en-dessous de 2 ans.
  • Le CSE doit-il systématiquement être consulté en cas de fin anticipée d’un mandat d’un élu ? Non. La fin de mandat n’engendre pas en soi de consultation. Mais certains motifs de rupture du contrat peuvent l’imposer. Par exemple s’il s'agit d’un licenciement d’un élu dans une entreprise d’au moins 50 salariés, le CSE doit être consulté pour donner son avis sur le licenciement.
  • Si le contrat de travail est suspendu (par exemple en raison d’un arrêt maladie), le mandat prend-il fin ? Non. La suspension du contrat n’a aucun impact sur le mandat. On peut d’ailleurs exercer son mandat tout au long de la suspension. Même pendant un arrêt maladie, un élu CSE peut assister à une réunion CSE.
  • Si on est élu à la fois au CSE d’établissement et au CSE central, peut-on conserver son mandat au CSE central si on perd son mandat au CSE d’établissement ? Non, cela entraîne aussi la perte du mandat au CSE central.
  • Si je perds mon mandat d’élu CSE, est-ce que je perds aussi celui de délégué syndical ? Pas forcément. La Cour de cassation a déjà admis que l’annulation de l’élection en tant que membre du CSE n’a pas d’effet si vous avez déjà été désigné DS.

Références légales et sources

Références : Code du travail, articles L. 2314-33 à L. 2314-37 (durée et fin de mandat), L. 2314-18 à L.2314-25 (électorat et éligibilité au CSE), L.2314-10 (élections anticipées), R. 2315-39, L. 2312-57 (gestion et information des nouveaux élus). Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 portant transposition des accords nationaux interprofessionnels en faveur de l'emploi des salariés expérimentés et relatif à l'évolution du dialogue social. Jurisprudences et avis cités : Conseil d'Etat, 16 mai 2025, avis 498924 ; Cour de cassation, chambre sociale, 11 mars 1982 ; Cour de cassation, chambre sociale, 24 mai 2016 ; Cour de cassation, chambre sociale, 22 mars 2023.

balises:

Articles populaires: