Grève des transporteurs routiers au Chili : causes et conséquences
Le gouvernement chilien s'apprête à affronter ce vendredi l'une des épreuves les plus difficiles qu'il ait connues depuis près de deux ans. En effet, les commerçants ont décidé de se mettre en grève à la suite des transporteurs routiers.
Déclenchement et revendications des transporteurs
Les transporteurs routiers ont lancé leur mot d'ordre de grève, au départ limité à vingt - quatre heures, pour protester contre le projet de création d'une entreprise nationale de transport routier dont ils craignent la concurrence. Les transporteurs routiers ont lancé leur mot d'ordre de grève, au départ limité à vingt - quatre heures, pour protester contre le projet de création d'une entreprise nationale de transport routier dont ils craignent la concurrence.
Après une bagarre entre grévistes et non grévistes, qui a fait un mort mardi, le gouvernement a décrété l'état d'urgence dans deux, puis dans dix provinces. Deux cents entrepreneurs de transports ou chauffeurs de camions ont été arrêtés. Parmi eux, le président de la fédération des transporteurs, M. Léon Vilarin, et quatre autres dirigeants du syndicat.
Extension du mouvement et solidarité des commerçants
Par solidarité avec les transporteurs routiers, qui font grève depuis lundi, la Chambre de commerce centrale du Chili, qui groupe les commerçants détaillants, a décidé que les magasins n'ouvriraient pas leurs portes ce vendredi 13 octobre. Cette nouvelle menace, qui, si elle était mise à exécution, perturberait encore plus le ravitaillement du pays, a conduit le chef de la zone d'urgence de Santiago, le général Hector Bravo, à annoncer jeudi à la radio que "les plus sévères sanctions seraient appliquées contre les commerçants qui n'ouvriraient pas leurs magasins".
De son côté, le département national des JAP (comités de quartier qui contrôlent le ravitaillement et luttent contre le marché noir) a déclaré dans un communiqué que ses militants se réservaient le droit d'ouvrir les portes des magasins qui feraient grève et d'en prendre le contrôle.
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Mesures de l'État et état d'urgence
L'état d'urgence a été décrété dans la province de Santiago, ainsi que dans neuf autres provinces du centre et du sud du Chili, qui sont les plus affectées par la grève des transporteurs routiers. Dans sa déclaration radiodiffusée, le général Hector Bravo a annoncé une série de mesures intéressant la capitale : interdiction de manifester dans les rues ; de publier, pendant la durée de l'état d'urgence, des informations pouvant être considérées comme "alarmistes, exagérées, tendancieuses ou provocatrices" ; interdiction aux civils de porter des armes à feu ; contrôle de la circulation dans les rues ; patrouilles de police pour empêcher que des grévistes ne dressent des barrages sur les routes, comme les camionneurs l'ont fait mercredi en bloquant la route panaméricaine ; rationnement de l'essence.
Les moyens de transport ont été réquisitionnés. Le gouvernement a fait appel aux volontaires pour conduire les camions réquisitionnés, et assurer ainsi l'approvisionnement de la capitale, qui est le plus menacé. De source officielle, on annonce que cinq mille volontaires se sont présentés.
Conséquences économiques et sociales immédiates
Des centaines de camions ont circulé à basse vitesse le long d'une autoroute principale qui borde la capitale, Santiago. Entre immobilisation forcée, files d'attente interminables et retards, le transport routier de marchandises est frappé de plein fouet. Au cinquième jour du mouvement (la grève du zèle a débuté lundi 4 mars), l'inquiétude gagne le secteur du transport routier de marchandises.
« La grève impacte non seulement les conducteurs en direction de la Grande-Bretagne mais aussi l'ensemble du transport de la région du fait des différentes mesures de stationnement et de circulation prises sur de nombreux axes routiers », soulignent les transporteurs et déménageurs. « Mercredi, près de 2 000 camions étaient à l'arrêt à 16h30. Au niveau des conditions de travail des conducteurs d'abord. Les conducteurs sont bloqués dans leurs véhicules pendant plusieurs heures, sans possibilité parfois de boire ou de se nourrir. Au niveau économique ensuite. Pour une entreprise de transport routier de marchandises, chaque minute d'arrêt équivaut à environ un euro de perte par camion. »
« C'est une conséquence lourde sur l'activité d'un secteur qui se relève des blocages successifs dus au mouvement des gilets jaunes (2 milliards d'euros de perte d'exploitation) et aux épisodes neigeux (de 1 à 2 jours de perte d'exploitation) », explique la FNTR.
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Contexte plus large : grèves et mouvements sociaux au Chili
Les plus de 200 syndicats et organisations sociales qui composent le mouvement Unité sociale ont organisé une grève générale dans tout le pays pour protester contre les politiques mises en place par le gouvernement de Sebastián Piñera. Ils disent que les solutions proposées par le gouvernement ne répondent pas à leurs revendications en vue d’un changement social. Les manifestations au Chili durent depuis plus de six semaines. Les manifestants réclament des changements structurels dans l’économie et les politiques publiques afin de mettre un terme aux inégalités sociales généralisées.
Le diagnostic qui s’est dégagé du congrès de la CUT, tenu en janvier, est qu’il existe au Chili une alliance politique entre une droite et un patronat qui ne permettent pas les réformes dont le Chili a besoin pour avancer et un gouvernement qui, face à ce chantage, cède, parce qu’il s’est montré, en termes politiques, beaucoup plus centriste ou même de droite que ce à quoi tout le monde s’attendait.
Lors de notre congrès, nous avons élaboré une stratégie visant à sortir de cette impasse politique et la « grève nationale active » d’aujourd’hui fait partie de cette rupture dans laquelle la CUT a un rôle important à jouer. Nous sommes parvenus à un accord sur cette ligne de conduite avec la plupart des syndicats et avons rendu public notre « manifeste social » de 11 revendications qui sont à l’origine de la grève et qui sont liées, avant tout, au débat national sur les salaires.
Revendiations sociales et réformes demandées
Aujourd’hui, les Chilien·nes ont besoin d’un salaire de subsistance bien supérieur au minimum actuel de 500 000 pesos (490 euros) par mois pour survivre. Une famille de quatre personnes, dont une seule travaille, a besoin d’un minimum de 630 000 pesos (616 euros). Notre manifeste demande un plan national pour l’emploi et, en outre, nous demandons le renforcement de l’éducation publique, le droit à un logement décent et une réforme structurelle du système de santé qui permette des soins décents et complets. Les travailleurs des transports publics exigent un tarif social et accessible pour le Transantiago et tous les transports publics du pays.
Nous pensons que l’État devrait jouer un rôle beaucoup plus proactif, avec son propre plan pour l’emploi, y compris la débureaucratisation des mécanismes d’investissement public et l’accent mis sur une infrastructure routière nationale. En d’autres termes, le ministère des Travaux publics doit devenir un moteur de développement économique qui ne dépend pas uniquement du grand capital, mais qui utilise les ressources dont dispose l’État.
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Tensions, répression et réactions populaires
Vendredi a été un jour de révolte spontanée dans la capitale du pays. Le gouvernement a réagi par un état d’urgence en remettant le commandement de la capitale Santiago au général Javier Iturriaga et, pour la première fois depuis le retour à la démocratie en 1990, en faisant descendre les militaires dans la rue, pour installer la peur, affirmant que le crime et le vandalisme avaient été déchaînés. Déployer les militaires pour faire face à la mobilisation populaire, une mesure sans précédent dans la démocratie chilienne post-dictature.
La rage continue d’éclater. Si le vendredi a été historique, la réponse populaire contre l’état d’urgence a été encore plus impressionnante. Les militaires étaient stationnés dans les principaux axes de Santiago, essayant de dissuader les manifestations. Mais la réalité a été tout autre, marquée par plus de colère et d’indignation. Les images du soulèvement en Équateur sont restées dans la mémoire vive de millions de personnes et beaucoup l’ont mentionné comme source d’inspiration.
Dans l’après-midi, avec l’interruption du métro, les rues coupées et les barricades dans différents quartiers de la ville, des centaines de milliers, voire des millions de travailleurs ont marché en l’absence de moyens de transport dans les rues engorgées pour regagner leurs foyers. Beaucoup ont adhéré aux chants. Le gouvernement s’est réuni en urgence dans l’après-midi et le ministre de l’Intérieur Andrés Chadwick, sur la chaîne nationale, a annoncé la mise en œuvre d’une loi dictatoriale : la Loi sur la sécurité intérieure de l’État, une loi qui renforce les peines pour les délits commis lors de rébellions ou lors de manifestations de masse. Mais les annonces n’ont fait qu’enflammer les esprits et la réponse a été impressionnante avec des cacerolazos dans différentes parties de la ville, y compris dans les quartiers riches.
Les images du soulèvement en Équateur sont restées dans la mémoire vive de millions de personnes et beaucoup l’ont mentionné comme source d’inspiration. La révolte a été spontanée. C’est l’explosion d’une rage accumulée lors de laquelle la jeunesse a joué le rôle d’une étincelle qui s’est rapidement répandue.
Organisation et appels à la grève générale
Les étudiants qui se sont auto-organisés ont été l’étincelle. Elle s’est rapidement propagée à de larges secteurs de la société. Les premières initiatives organisationnelles ont commencé à voir le jour. La Confederación de Estudiantes de Chile [CONFECH], l’Asamblea Coordinadora de Estudiantes Secundarios (ACES) et la Coordinadora Nacional de Estudiantes Secundarios (CONES) ont appelé à une grève nationale lundi, convoquant des assemblées d’urgence dans les universités et à des journées de protestation pour cette journée.
Des organisations comme le Coordinadora 8M ont repris l’appel à la grève et se sont jointes aux appels à la mobilisation. Cependant, des organisations comme la Central Unitaria de Trabajadores [CUT] dirigée par le Parti communiste et d’autres organisations syndicales dirigées par le Frente Amplio, ont refusé pour l’instant d’appeler à une grève nationale. L’appel des dockers à la grève générale devient urgent. Ils ont été rejoints par les travailleurs du métro et les camionneurs.
Les principales organisations syndicales, les étudiants, la Coordinadora NO+AFP et les autres organisations regroupées au sein de la "table sociale", doivent appeler à une grève générale. En commençant par faire tomber l’état d’urgence et provoquer le départ des militaires des rues, cette grève générale doit permettre d’avancer vers la démission du gouvernement et l’obtention de revendications telles que la nationalisation des transports publics sous la direction des travailleurs et usagers, la réduction de la journée de travail avec un salaire minimum en fonction du panier familial et la répartition des heures de travail entre salariés et chômeurs, la fin des AFP et pour un système de retraite par répartition géré par les travailleurs et retraités.
Arrestations, violences et mémoire historique
Après une bagarre entre grévistes et non grévistes, qui a fait un mort mardi, le gouvernement a décrété l'état d'urgence dans deux, puis dans dix provinces. Deux cents entrepreneurs de transports ou chauffeurs de camions ont été arrêtés. Parmi eux, le président de la fédération des transporteurs, M. Léon Vilarin, et quatre autres dirigeants du syndicat.
Une image explicite et brutale de l’héritage de la dictature. Comme nous l’avons dit, si le gouvernement voulait imposer la peur, c’est le contraire qui s’est produit. « J’ai combattu en 1973 [lors de la dictature de Pinochet, ndt] et je suis de nouveau ici avec les jeunes. »
Perspectives et demandes structurelles
Il s’agit maintenant de pousser le système politique à laisser de côté ses « discussions et ses querelles » et à écouter le mouvement social et, en fin de compte, le peuple chilien. Nous ne pouvons qu’espérer que la police, en particulier ses unités spéciales, comprendra nos intentions pacifiques et verra peut-être même notre protestation comme étant en fin de compte bénéfique pour elle-même, d’autant plus que des questions telles que le plan de sécurité nationale font partie du manifeste et contiennent une demande d’amélioration des conditions de travail et des salaires du personnel de la police.
Nous pensons que cela peut parfaitement se faire en utilisant la capacité de production des PME (les petites et moyennes entreprises représentent 47 % de l’activité totale des entreprises) et des coopératives (avec deux millions de membres représentant 10 % de la population et actives principalement dans les secteurs de l’épargne, du crédit et de l’énergie).
Tableau récapitulatif - Acteurs, revendications et mesures
| Acteurs | Revendiations principales | Mesures gouvernementales |
|---|---|---|
| Transporteurs routiers | Opposition à une entreprise nationale de transport, conditions de travail | Arrestations, réquisition de camions, état d'urgence |
| Commerçants (Chambre de commerce centrale) | Solidarité avec les transporteurs, fermeture des magasins | Menaces de sanctions, contrôle par les JAP |
| Syndicats et Unité sociale (CUT, étudiants, dockers) | Augmentation des salaires, réformes sociales, tarif social transport | Appels à grève générale, manifestations |
| État (gouvernement) | Maintien de l'ordre public, gestion de l'approvisionnement | État d'urgence, réquisition, loi sur la sécurité intérieure |
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