Classe Moyenne : Définition et Réalités en France Selon l'INSEE

Le débat sur les « classes moyennes » est un sujet récurrent dans la vie politique française. Mais de quoi se compose cette classe du milieu, entre la France populaire et celle d'en haut ? Autant le débat fait rage, autant les définitions sont rares. Il est donc crucial de tenter de combler ce vide.

Dans le débat public, les « classes moyennes » sont souvent définies par leurs niveaux de vie : ce sont ceux qui sont ni modestes, ni aisés. Il est important de noter qu'il n'existe aucune définition officielle de la classe moyenne.

Comment l’Etat APPAUVRIT la CLASSE MOYENNE (volontairement) 😟

Définitions et Approches

La définition de la classe moyenne varie sensiblement selon l’organisme auquel on se rapporte. Dit autrement, il n’existe pas de définition précise, bien que le concept soit très souvent utilisé.

L'Observatoire des Inégalités

L’Observatoire des inégalités, par exemple, considère que les classes moyennes ont un niveau de vie après impôts et prestations sociales compris :

  • entre 1 495 euros et 2 693 euros pour une personne seule ;
  • entre 1 944 euros et 3 501 euros pour une famille monoparentale ;
  • entre 2 243 euros et 4 040 euros pour les couples sans enfant ;
  • entre 2 691 euros et 4 847 euros pour les couples avec un enfant de moins de 14 ans ;
  • entre 3 738 euros et 6 733 euros pour un couple avec deux enfants de plus de 14 ans.

Pour l’Observatoire des inégalités, les classes moyennes définissent les populations qui se situent entre les 30 % les plus pauvres, et les 20 % les plus riches. Cela équivaut à un Français sur deux.

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L'INSEE et les Ménages Médians

Dans une étude publiée en 2017, l’Insee avait préféré employer le terme de « ménages médians » : en langage statistique, la médiane partage un effectif en deux, autant se trouve au-dessous, autant au-dessus. La médiane se distingue de la moyenne.

Pour l’Insee, les « médians » se situent entre les catégories modestes dont le niveau de vie pouvait représenter jusqu’à 90 % du niveau de vie médian (1 880 euros en 2020) et les catégories « plutôt aisées », au-delà de 110 % de ce niveau de vie. À noter que selon l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), le niveau de vie médian de la population française s’élève à 23 160 euros annuels (2021).

La définition de l’Insee est sans doute restrictive, mais jusqu’où aller ? Celle de l’Observatoire des inégalités fixe une barre laissant 30 % en bas et 20 % en haut, est-ce juste ? Il n’existe aucune méthode scientifique pour trancher.

Les Catégories Socioprofessionnelles

Une autre manière de procéder, beaucoup moins employée, est de raisonner en utilisant les professions des personnes, par le biais de ce que l’on appelle les « catégories socioprofessionnelles ». Cette méthode a plus de sens d’un point de vue sociologique : elle cherche à distinguer les personnes situées à un niveau intermédiaire, entre des catégories supérieures qui décident et des classes populaires qui exécutent.

Le cœur de cet ensemble est constitué des anciens « cadres moyens » aujourd’hui appelés par l’Insee « professions intermédiaires ». On y rassemble nos contremaitres, mais aussi des techniciens, des agents de maitrise, des professeurs des écoles, des infirmières, etc. Typiquement, ce sont les professions en expansion à partir des années 1960 à la faveur du développement des services et des emplois du secteur public.

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Ces professions intermédiaires représentent un quart de l’emploi en 2021, selon l’Insee. Les professions intermédiaires (les emplois qui se situent entre les employés et ouvriers, d'une part, et les cadres, de l'autre), les enseignants et professeurs des écoles, les indépendants, les artisans et commerçants ou encore les ouvriers les plus qualifiés forment le gros de la classe moyenne.

Considérer que les classes moyennes se résument à ces professions est aussi restrictif. Depuis 40 ans, le groupe des cadres supérieurs a doublé de taille, pour représenter plus de 20 % des emplois : il comprend une part de « moyens », des professions qui ne sont pas réellement en position dominante.

Inversement, une partie des employés et les ouvriers les plus qualifiés, notamment ceux qui ont le plus d’ancienneté ne sont plus uniquement des exécutants et occupent une position, par leur niveau de vie notamment, plus proche de la moyenne que du bas de l’échelle.

Il n’existe aucune méthode définitive pour délimiter une frontière sociologique. Dans un article, nous avons posé des limites arbitraires incluant par exemple 20 % des cadres supérieurs ou des ouvriers parmi les classes moyennes. Nous arrivons alors à un ensemble qui regrouperait 42 % des emplois, laissant d’un côté 39 % de classes populaires et 19 % de classes supérieures.

Pour définir la classe moyenne, on peut se référer aux professions et catégories socioprofessionnelles, ce que l'on appelle les "PCS", un outil élaboré par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) qui permet de décrire la société française par le prisme des professions.

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Cette classe moyenne regroupe aussi le plus souvent des catégories de professions plus larges. Dans sa définition la plus stricte (les professions intermédiaires de l'Insee), la classe moyenne s'est accrue ces quarante dernières années (elle est passée de 19 % à 25 % des emplois).

On voit bien donc la place essentielle des classes moyennes dans la société française et les enjeux politiques qui se jouent autour de cette catégorie sociale comme l'indique le Centre d'observation de la société : "se dire "moyen" quand on appartient aux plus favorisés est une manière de tenter d’échapper à l’effort de solidarité collectif.

Pour essayer de se rapprocher le plus de la définition de la classe moyenne, on peut aussi essayer de savoir quels sont ses revenus. Comme précisé auparavant, il n'existe pas de définition officielle de la classe moyenne et même en termes de niveau de vie.

L'Observatoire des inégalités, tout comme le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc), définit ainsi les classes moyennes comme celles qui se situent en termes de revenus entre les 30 % les plus démunis et les 20 % du haut de l'échelle des revenus.

Pour aller encore plus loin dans la définition de la classe moyenne, l'Observatoire des inégalités considère les revenus de cette catégorie sociale selon le type des ménages.

De son côté, l'Insee adopte une définition de la classe moyenne plus large d'un point de vue monétaire. L'Insee raisonne en effet en niveau de vie moyen par décile.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) donne aussi sa définition de la classe moyenne.

Le revenu médian est en France de 1 930 euros mensuels en 2021 selon l'Insee.

Que retenir de ces enseignements ? Une conception trop étroite des classes moyennes rend mal compte des transformations de la société française et du rôle essentiel joué par ce groupe intermédiaire. Inversement, une extension trop importante vers le haut incorpore des personnes dont la position n’est guère moyenne.

Il faut être conscient des enjeux politiques du débat : se dire « moyen » quand on appartient aux plus favorisés est une manière de tenter d’échapper à l’effort de solidarité collectif.

Selon le président de la République, Emmanuel Macron, les classes moyennes sont celles qui sont "trop riches pour être aidées, et pas assez riches pour bien vivre".

Appartenance et Sentiment d'Appartenance

Il existe souvent une distinction entre appartenance et sentiment d’appartenance à la classe moyenne.

Selon une étude de l'Ifop parue en 2019, le nombre de Français déclarant appartenir à cette catégorie sociale ne cesse de diminuer.

Niveau de Vie et Revenus

Plusieurs indicateurs sont pris en compte pour définir la classe moyenne. Ainsi, les revenus seuls ne suffisent pas à catégoriser les individus parmi les classes populaire, moyenne et aisée.

Composition de la Famille

La composition de la famille impacte par exemple l’appartenance ou non à la classe moyenne. Avec le même niveau de revenus, on vit en effet beaucoup mieux seul qu’avec un conjoint et un ou plusieurs enfants.

Revenus des Catégories Populaires, Moyennes et Aisées Selon le Type de Ménage (Euros Mensuels)

Le tableau ci-dessous illustre les revenus mensuels par ménage, après impôts et prestations sociales, pour différentes catégories :

Type de Ménage Seuil de Pauvreté Classes Populaires Classes Moyennes Classes Aisées Seuil de Richesse
Personne Seule 1 073 Moins de 1 683 De 1 683 à 3 119 Plus de 3 119 4 293
Famille Monoparentale avec un enfant de moins de 14 ans 1 395 Moins de 2 188 De 2 188 à 4 055 Plus de 4 055 5 581
Couple sans Enfant 1 610 Moins de 2 525 De 2 525 à 4 679 Plus de 4 679 6 440
Couple avec un enfant de moins de 14 ans 1 931 Moins de 3 029 De 3 029 à 5 614 Plus de 5 614 7 727
Couple avec deux enfants de plus de 14 ans 2 683 Moins de 4 208 De 4 208 à 7 798 Plus de 7 798 10 733
Couple avec trois enfants, dont un de moins de 14 ans 3 004 Moins de 4 712 De 4 712 à 8 733 Plus de 8 733 12 020

Source : Observatoire des inégalités, données 2023.

Lecture : Les personnes seules aisées ont des revenus situés au-dessus de 3 119 euros par mois. Les personnes seules sont ainsi considérées comme pauvres si leur revenu est inférieur à 1 100 euros mensuels (Insee, données 2023). Jusqu’à 1 700 euros environ, elles appartiennent aux classes populaires et, entre 1 700 et 3 100 euros, aux classes moyennes (montants arrondis). Pour les couples sans enfant, le seuil de pauvreté se situe à 1 600 euros par mois. Ces couples appartiennent aux classes moyennes s’ils disposent de revenus compris entre 2 500 et 4 700 euros.

Répartition des classes sociales en France

Comment Comparer les Revenus des Ménages Différents ?

Pour comparer le revenu de ménages de composition différente, on utilise une échelle d’équivalence appelée « unités de consommation (UC) » dans le jargon des statisticiens. Il s’agit d’un système qui consiste à diviser le revenu du ménage en fonction d’un certain nombre de parts. Le premier adulte vaut une part, le second compte pour 0,5 part. Un couple n’a pas besoin de gagner deux fois plus qu’un célibataire pour vivre aussi bien : on n’a pas besoin de deux chaudières ou de deux cuisines, par exemple. On estime que le niveau de vie d’un couple est équivalent à 1,5 fois (1 part + 0,5 part) celui d’un célibataire. De même, les enfants comptent pour 0,5 part s’ils ont plus de quatorze ans et pour 0,3 part s’ils sont plus jeunes.

Classe moyenne en France par niveau de vie

Évolution des Classes Moyennes

Le sort des classes moyennes est un classique du débat de la société française. Après avoir célébré leur avènement dans les années 1980, on a annoncé leur disparition sous l’effet de ce que l’on nomme la « polarisation des emplois », c’est-à-dire le développement à la fois de postes très peu qualifiés et très qualifiés.

Les classes moyennes dans les pays de l'OCDE

Selon nos calculs, la part des classes aisées - principalement des cadres supérieurs - a doublé, de 9 % à 19 % entre 1982 et 2021. Le cœur des classes moyennes est composé des professions intermédiaires. Entre 1982 et 2021, leur part s’est, elle aussi, accrue de 19 % à 25 % des emplois.

Si l’on y ajoute une fraction des ouvriers, des employés, ainsi que des cadres supérieurs, nos estimations aboutissent à une progression de l’ensemble des classes moyennes de 39 % à 42 % des emplois en trente ans. Depuis 2014, leur proportion a même dépassé celle des catégories populaires - surtout des employés et des ouvriers -.

Cette évolution est cohérente avec les observations de l’OCDE qui estime que la part des classes moyennes, définies sur la base des revenus, a augmenté en France entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 2010, contrairement ce qui se passe dans d’autres pays.

Par ailleurs, la part des classes populaires a diminué assez nettement, de 49 % à 38,5 %. La part des classes moyennes progresse modestement, au fil de l’élévation globale de la qualification des emplois. Mais cette expansion quantitative est marquée par des fragilités. Les classes moyennes ne sont pas « étranglées », mais voient leurs revenus stagner depuis 2008. Dans l’emploi, la crainte du chômage reste vive pour les salariés du privé.

L’évolution actuelle est-elle destinée à durer ? Pas forcément. La baisse de l’emploi qualifié des employés et des ouvriers, dont la partie supérieure appartient à l’univers des classes moyennes, joue en sens inverse. Depuis presque dix ans, la part des professions intermédiaires n’augmente plus. Beaucoup dépendra du type d’emplois créés dans les années qui viennent.

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