Jean-Baptiste Colbert: Biographie du Ministre des Finances de Louis XIV

Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) a été l'un des plus importants ministres de Louis XIV. Recommandé par le cardinal Mazarin, Colbert devient rapidement l’un des principaux conseillers du jeune roi.

Né en 1619 et fils d’un marchand drapier qui n’avait pas fait de très bonnes affaires, Colbert commença sa carrière comme petit commis dans les bureaux de la Guerre, sous Le Tellier. En 1645, après avoir été quelque temps commis dans une maison de banque, le jeune Jean-Baptiste fut placé par M. de Saint-Pouange, son cousin et beau-frère du secrétaire d’État à la Guerre Michel Le Tellier (père du marquis de Louvois), dans les bureaux de ce ministre. Un stage chez un procureur complète ensuite sa formation et lui apporte des rudiments de droit. Conseiller d’État en 1649, il devint « domestique » de Mazarin, dont il tint les comptes et géra les biens personnels.

Devenu l’homme de confiance du cardinal, il lui rendit de grands services et fut son agent à Paris lorsque Mazarin dut s'exiler durant les troubles de la Fronde. Mais c’était un travailleur acharné, épris d’ordre et de méthode, un homme de cabinet aux dossiers bien tenus, un fonctionnaire sérieux, incontestablement dévoué à l’État. Dès ce moment Colbert faisait acte de candidature à la succession de Fouquet.

Mazarin, peu avant de mourir (1661), le recommanda spécialement au jeune roi. Lorsque meurt le ministre de Louis XIV, le 10 mars 1661, le roi décide de gouverner seul. Nommé intendant des Finances (1661), Colbert continua de constituer patiemment, sans bruit, un lourd dossier concernant les malversations de Fouquet; il éclaira, harcela le roi en secret et ce long travail de sape aboutit enfin à la chute du surintendant (septembre 1661). Surintendant des Bâtiments et Manufactures (1664), il reçut l’année suivante la charge de contrôleur général des Finances (1665), qui ne lui donnait pas tous les pouvoirs de Fouquet car Louis XIV, décidé à régner personnellement se réservait l’ordonnancement des dépenses.

Dès sa venue aux affaires, Colbert avait cependant pris des mesures draconiennes pour faire rendre gorge aux puissances d’argent. La chambre de justice de 1662 réussit à obtenir quelques restitutions des fermiers de l’État. Pourtant, Colbert s’était attaqué à un des aspects essentiels du problème financier, la réforme du système fiscal. En raison de la diversité de l'ancienne France, encore hérissée de privilèges et de libertés, la fiscalité était d’une confusion et d’une variété extrêmes. Mais ces mesures n’eussent pu produire tout leur effet que si elles se fussent inscrites dans le cadre d’une rationalisation générale de l’administration.

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Pendant près de vingt-cinq ans, Colbert porta la responsabilité de toute la vie économique et financière de la France. Il fut un des plus grands ministres de la monarchie, le principal artisan de la puissance de Louis XIV. Son action réformatrice s’exerça dans les domaines les plus divers, financier, économique, commercial, maritime, intellectuel, avec le souci constant de la richesse et de la gloire du roi, c’est-à-dire de l’État. «Nous ne sommes pas en un règne de petites choses », disait-il dès 1664.

Colbert donne une impulsion sans précédent au commerce et développe l’influence du royaume dans le monde avec la création dans les années 1660 et 1670, des compagnies commerciales, à l’image de la Compagnie des Indes Orientales. Bâtisseur, il s’occupe également de Paris avec notamment l’aménagement de nombreuses places et du jardin des Tuileries.

«Pour le roi souvent; pour la patrie toujours». Telle est la devise de Jean-Baptiste Colbert, laborieux «grand commis de l’État», qui naît le 29 août 1619, à Reims. Très influent, il cumule les postes: surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures de France, Contrôleur Général des Finances, secrétaire d’État de la Maison du roi... Et agit dans tous les domaines,à l’exception de la guerre et des Affaires étrangères: les finances, la marine, la législation, la culture... Son œuvre est considérable, même si les succès ne sont pas toujours au rendez-vous.

La cour le détestait, mais il ignorait la cour. Il plaça ses frères, ses filles (qui devinrent duchesses de Chevreuse, de Beauvilliers et de Mortemart), ses fils (l’un alla à la Marine, l’autre à l’archevêché de Rouen), son beau-frère, son neveu, ses cousins... Du gouvernement, ne lui échappaient que les Affaires étrangères (à Lionne) et la Guerre (à Le Tellier).

Si l’homme n’éveille guère la sympathie - surtout en contraste avec sa victime, le séduisant Fouquet -, la grandeur du ministre est indéniable. C’était un froid bureaucrate, «capable de perfidies noires, de violences, de bassesses» (Lavisse).

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Colbert et l'Économie

C’est à l’économie, condition de la santé financière et de la puissance politique de l’État, que Colbert s’est surtout attaché. Son gouvernement marque l’apogée du mercantilisme français, auquel on a justement donné le nom de «colbertisme». En fait, Colbert fut moins un théoricien que le réalisateur des idées exprimées avant lui en France par Montchrétien et Laffemas.

Mercantilisme

Principes du mercantilisme.

Comme tous les spécialistes européens de son temps, il était convaincu que la richesse d’un État réside essentiellement dans la quantité de numéraire qu’il possède; il croyait également que la quantité disponible de métaux précieux est fixe et que le volume du commerce mondial est stable. «Il est certain, écrit-il, que pour augmenter les cent cinquante millions qui roulent dans le public, de vingt, trente, soixante millions, il faut bien qu’on le prenne aux Etats voisins.

Dès lors, le commerce n’est rien d’autre qu’une guerre d’argent, «une guerre perpétuelle et paisible d’esprit et d’industrie entre toutes les nations». Puisqu’une nation ne peut s’enrichir qu’en ruinant les autres pays, il faut assurer une plus-value des exportations sur les importations, vendre beaucoup, acheter peu afin de constituer en France une grande réserve de métaux précieux. L’État de Colbert fut résolument protectionniste : le tarif douanier de 1664 fut aggravé par le tarif de 1667, qui prohibait pratiquement les produits hollandais et anglais (mais il fallut y renoncer après 1678). Cet État se montrait également dirigiste. il intervenait sans cesse et prétendait réglementer toute la vie économique.

Pour vendre à bon compte, Colbert imposa une politique de bas salaires, mais, comme il fallait permettre à la main-d’œuvre de vivre, l’État sacrifia pratiquement l’agriculture en fixant au plus bas possible les prix agricoles (les paysans se virent accorder, en compensation, une protection contre les excès du fisc). Colbert sut comprendre que la France, ne disposant pas comme l'Espagne, des mines d'or et d'argent de l'Amérique, ne pouvait s’enrichir que par une puissante expansion industrielle et commerciale.

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La grande industrie naquit en France avec Colbert, mais sous l’orientation et le contrôle de l’État, qui lui imposa des règlements minutieux. Certaines manufactures étaient dirigées par l'État (Gobelins, Beauvais), d’autres simplement encouragées et privilégiées; leur installation fut facile et rapide car, la plupart du temps, la manufacture faisait travailler une foule de petits ateliers dispersés. Colbert accomplit un effort immense dans le domaine de la marine, estimant que «la prospérité de la marine marchande est le meilleur critérium de la prospérité du commerce extérieur».

On agrandit et aménagea les ports de Brest, Cherbourg, Rochefort, Toulon. Sur le modèle des sociétés anglaises et hollandaises, on créa des compagnies de commerce monopolistes et privilégiées (Compagnie des Indes orientales, 1664; Compagnie des Indes occidentales. 1664; Compagnie du Nord, 1669; Compagnie du Levant, 1670). En résumé, le colbertisme constitua un effort sans précédent pour émanciper l’économie française du cadre désuet des diversités régionales et locales, et des corporations en voie de sclérose; il fut à l’origine de la prospérité durable de villes comme Amiens, Aubusson, Saint-Étienne, Elbeuf.

Malgré une certaine perte d’influence à la fin de sa carrière, Colbert ne sera jamais disgracié. Il est l’un des rares hommes dont Louis XIV sera toujours sûr. Il meurt en 1683 et est enterré à l’église Saint-Eustache.

Colbert et les Arts

Cette même passion d’ordre, d’unité et de réglementation rationnelle, Colbert, en sa qualité de surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures, la manifesta lorsqu’il entreprit d’organiser pour le service de l’État la vie artistique et intellectuelle. Grand dispensateur du mécénat royal, il fonda l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1663), l’Académie des sciences (1666), l’Académie de France à Rome (1666); il réorganisa les académies de peinture et de sculpture (1664), de musique (1669), d’architecture (1671); on lui doit également l’observatoire de Paris. Il trouva en Le Brun l’agent d’un académisme artistique orienté vers la louange du Roi-Soleil.

Observatoire de Paris

L'Observatoire de Paris, fondé sous l'impulsion de Colbert.

Il fut sous le protectorat de Séguier et jusqu’à sa mort le véritable protecteur de l’Académie française, sans en avoir le titre. « Il fut le canal par où passèrent les immenses gratifications que le roi fit, dans toutes les parties de l’Europe, à tout ce qu’il y avait de savants illustres. » (d’Olivet). Il fut élu à l’Académie au mois de mars 1667 en remplacement de Silhon.

« Quoique l’Académie fut l’ouvrage d’autrui, quelle tendresse et quels égards n’eut-il pas pour elle ? Il contribua plus que personne à la faire connaître, à la faire aimer du roi. Il lui attira la plupart des grâces dont elle fut comblée sous son ministère ; et non content des grâces qui tombaient sur la Compagnie en corps, il en procura de particulières à tous ceux des académiciens dont la fortune ne répondait pas au mérite.

Il était attentif et ingénieux à mettre leurs talents en œuvre. Plus sa place l’élevait au-dessus d’eux, plus il s’étudiait à leur témoigner qu’avec eux il n’était que leur confrère. Il leur donnait des fêtes dans sa belle maison de Sceaux. Enfin, avec le titre d’académicien, on pouvait compter sur ses bienfaits, et, pour dire quelque chose de plus, son amitié. Il se servit de Chapelain et de Perrault pour ses rapports avec l’Académie et il ne cessa de s’intéresser à sa gloire et à ses travaux.

« Il trouvait que le travail du Dictionnaire n’avançait pas assez à son gré ; et ce qu’on lui alléguait là-dessus en faveur de la Compagnie lui semblait suspect d’exagération. Il voulut en juger par ses propres yeux et indépendamment du témoignage d’autrui. Il vint pour cet effet à une des assemblées ordinaires de l’Académie, lorsqu’on ne l’y attendait pas. Il assista deux heures durant à l’examen du mot AMI dont on faisait la révision. Il vit proposer, agiter et résoudre les différentes questions qui se présentèrent là-dessus ; et enfin le ministre le plus laborieux qui eût jamais été, et le meilleur ménager de son temps, sortit pleinement convaincu que la lenteur qu’il avait reprochée lui-même à l’Académie ne venait point de sa faute et qu’il était impossible qu’une Compagnie allât plus vite dans un travail de cette nature.

Fin de Vie et Héritage

Lorsque Colbert tente de restreindre les dépenses royales, il perd de son influence auprès du Roi Soleil et, à partir de 1680, il est progressivement remplacé par le marquis de Louvois. Dédaigneux de l’«intendance», Louis XIV n’hésitait pas à anticiper largement sur les recettes, et Colbert ne réussit pas à éliminer le déficit qui reparut dès la guerre de Hollande (1672), pour ne plus disparaître.

On ne lui rendit pas justice de son vivant pour les immenses services qu’il rendit à la France, et il mourut dans l’impopularité ; l’Académie lui témoigna sa reconnaissance en tenant au Louvre une séance extraordinaire, dans laquelle l’abbé P.

Colbert mourut en 1683 , épuisé par le travail, rongé par les inquiétudes et le chagrin, luttant avec peine contre les embarras présents, et prévoyant’avec effroi ceux dont l’avenir menaçait encore l’État. Le peuple, dont il avait été le plus zélé défenseur, le poursuivit dans son aveugle haine, troubla ses funérailles et voulait violer son cercueil.

Jean-Baptiste Colbert fut le seul ministre des finances qui, chez nous, ait conservé son emploi jusqu’à sa mort : c’est peut-être aussi celui qui connut le mieux cette maxime, que les intérêts du peuple sont les véritables intérêts du souverain : il la mit en pratique avec une rare persévérance ; et si Louis XIV obtint le titre de grand, c’est surtout à Colbert qu’il en est redevable.

Ses Lettres, Instructions et Mémoires ont été publiés par P.

Références:

  • Le grand Colbert, de Thierry Sarmant et Mathieu Stoll.
  • Colbert : La politique du bon sens, de Michel Vergé-Franceschi.
  • Colbert : la vertu usurpée, biographie de François d'Aubert.

COLBERT : le génie économique derrière LOUIS XIV

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