Comment le Rassemblement National compte financer son programme économique
Le Rassemblement National (RN) a dévoilé son programme économique en vue des élections législatives, promettant "l'ordre dans la rue, l'ordre dans les comptes publics". Jordan Bardella a cherché à rassurer en affirmant que "les mesures sont chiffrées, elles sont raisonnables". Cependant, peu de chiffres détaillés ont été présentés, tant lors de la conférence de presse que dans le programme mis en ligne par le parti.
Les promesses phares du RN
Lutte contre la fraude fiscale et sociale
Jordan Bardella a promis une "lutte sans merci" contre "les fraudes fiscales et sociales", affirmant qu'elles "coûtent des dizaines de milliards d'euros chaque année". Le programme du RN détaille ce point, estimant la fraude à la TVA à environ 15 milliards d'euros par an et la fraude aux prestations sociales entre 10 et 25 milliards d'euros. Ces estimations sont cependant jugées "fantaisistes" par certains économistes, car elles sont nettement supérieures à celles de la Cour des comptes, qui a estimé la fraude aux prestations sociales entre 6 et 8 milliards d'euros par an en 2023.
Baisse de la TVA sur les produits énergétiques
Le RN propose de baisser la TVA sur les produits énergétiques à 5,5 % au lieu de 20 %, ce qui nécessiterait une modification de la directive européenne sur la TVA, un processus exigeant l'unanimité des pays de l'UE. Le RN estime que cette mesure coûterait 7 milliards d'euros "d'ici la fin de l'année" et 12 milliards d'euros sur une année pleine. L'Institut Montaigne évalue plutôt ce manque à gagner à 11,3 milliards d'euros par an, tandis que l'Ifrap l'estime à 16,7 milliards d'euros.
Les sources de financement envisagées
Suppression de niches fiscales
Pour financer la baisse de la TVA, le RN compte supprimer la niche fiscale pour les armateurs, ce qui rapporterait 1,2 milliard d'euros pour 2024. Il promet également une "baisse de la contribution au budget de l'Union européenne" de l'ordre de deux milliards, envisageable seulement à partir de 2028.
Contribution sur les rentes inframarginales
Le RN évoque également trois milliards d'euros tirés du "rehaussement de la contribution sur les rentes inframarginales", ciblant les profits des énergéticiens gonflés par la hausse des prix de l'énergie. Cependant, en faisant l'addition, les 7 milliards d'euros ne sont pas tout à fait couverts.
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Autres coupes budgétaires
Le RN entend réaliser d'autres coupes dans le budget de la France, en supprimant des agences de l'État, comme les Agences régionales de santé (ARS), jugées trop axées sur une "vision comptable de la santé".
Suppression de l'Aide médicale d'État (AME)
Le Rassemblement national martèle également son intention de supprimer l'Aide médicale d'État (AME), la remplaçant par une aide couvrant uniquement les "urgences vitales". Cette suppression permettrait de financer en partie l'abrogation de la réforme des retraites.
Sylvain Bersinger (Asterès) : Analyse du programme économique du RN
Réforme des retraites : un coût en évolution
L'abrogation de la réforme des retraites pèserait finalement "9 milliards d'euros, à terme" et serait compensée par d'autres mesures, selon le député RN Jean-Philippe Tanguy. Le parti compte aussi tirer des économies de son projet de réserver les aides sociales aux citoyens français et de conditionner certaines prestations, dont le RSA, à cinq ans de travail en France. L'Ifrap estime que cette seconde mesure représenterait une économie d'environ 13 milliards d'euros, mais souligne que cette proposition "n'apparaît par constitutionnelle en l'état".
Critiques et évaluations
Le manque de chiffres globaux et de détails dans le programme du RN, ainsi que l'ampleur des ajustements annoncés au fil de la campagne, sont critiqués par nombre d'économistes. "Le programme du Rassemblement national tient sur un post-it et change tous les jours", juge l'économiste Michaël Zemmour. Elvire Guillaud juge son projet économique "fuyant, changeant et peu précis".
Le flou autour du financement du programme relève d'une "stratégie de campagne électorale que l'on connaît bien", selon le politologue Bruno Cautrès. Il s'agit de "mettre en exergue quelques têtes de chapitre faciles à mémoriser, qui parlent aux gens". Jordan Bardella a renvoyé à un "second temps", après un audit des comptes de l'État, la décision sur la possibilité de mettre en œuvre certaines propositions s'il accédait à Matignon.
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Estimant que le camp présidentiel a mis la France dans une situation de "situation de quasi-faillite", avec un déficit public atteignant 5,5% du PIB en 2023, Jordan Bardella a aussi mis en garde sur la minceur des "capacités financières mobilisables pour réformer".
Un programme dédié aux patrons et aux marchés
Le Rassemblement national vient de dévoiler le détail de son programme économique, un document dédié aux patrons et aux marchés intitulé « La France entreprend ». D’ailleurs la mesure phare de la campagne Bardella, celle qui figurait en tête de sa profession de foi, a purement disparu : c’était la baisse de TVA de 20 à 5,5 pour les carburants, l’électricité, le gaz et le fioul domestique. Mesure qui aurait coûté 17 milliards € annuels.
Le RN maintient quand même une baisse immédiate de 30% des prix de l’électricité et promet -je cite- de « refaire de la France un paradis énergétique au service des entreprises ». Emmanuel Macron a lancé le chantier de 6 nouveaux réacteurs EPR. Le RN en voudrait une vingtaine, en disant stop à l’énergie solaire et aux éoliennes, dont certaines seraient démantelées.
Pour les entreprises, le RN propose la suppression de la cotisation foncière des entreprises (CFE), la suppression partielle de la cotisation sociale de solidarité des sociétés (C3S), l'exonération des cotisations patronales sur les hausses de salaires de 10% et l'exonération d’impôt sur le revenu des moins de 30 ans.
Oubli des préoccupations climatiques et de la compétitivité
Une dimension presque absente des deux programmes est celle du climat. Dans le programme du RN, le rejet d’une « écologie punitive » aboutit à une absence totale, voire à une régression. La baisse des taxes sur les produits énergétiques dont l’essence augmenterait les émissions de gaz à effet de serre. Aucun ne propose des mesures visant à stimuler l’innovation, l’usage des nouvelles technologies, ou plus globalement la productivité ou la compétitivité.
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Les scénarios possibles et leurs impacts sur les marchés financiers
Pour analyser ce que pourraient être la réaction des marchés financiers aux résultats des législatives, nous simplifions l’offre électorale à trois blocs, de gauche à droite : le NFP, le bloc centriste et enfin le RN et ses affiliés. Dans le scénario « chaos », les taux d’intérêt à long terme s’envolent, les marchés craignant que la crise politique française ne provoque une profonde fracture au sein de la zone euro. Les actions continuent à chuter, les marchés anticipant une récession et les valorisations étant laminées par la montée des taux d’intérêt. La crise française s’étend aux pays les plus faibles de la zone euro, à commencer par l’Italie.
| Mesure | Coût estimé (milliards d'euros par an) | Source de financement proposée |
|---|---|---|
| Baisse de la TVA sur les produits énergétiques | 12 à 16.7 | Suppression de la niche fiscale pour les armateurs (1.2), Baisse de la contribution à l'UE (2), Contribution sur les rentes inframarginales (3) |
| Abrogation de la réforme des retraites | 9 | Suppression de l'AME |
En conclusion, le programme économique du Rassemblement National suscite de nombreuses interrogations quant à son financement et à sa faisabilité. Les promesses électorales, bien que populaires, pourraient entraîner une explosion des déficits et une instabilité financière, selon plusieurs experts.
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