Méthode de comptabilisation des émigrés et statistiques du chômage

Depuis le début du recensement des chômeurs en 1896, la mesure du chômage s’est progressivement affinée, devenant de plus en plus sensible politiquement au fil des décennies. Cela s’explique notamment par les débats autour de la définition même du chômage et de sa mesure. L’économiste Bénédicte Reynaud a révélé dans son article de 1984 comment la catégorie de chômeur est apparue à la fin du XIXe siècle, parallèlement à celle de travailleur salarié. Au milieu du XXe siècle, la définition officielle du chômage inclut non seulement les salariés ayant subi une rupture de contrat, mais aussi les personnes n’ayant jamais travaillé et qui recherchent un emploi, comme les jeunes ou les femmes.

Cependant, dès la fin des années 1960, des débats surgissent concernant notamment l’effectivité de la recherche d’emploi et la distinction parfois floue entre emploi et chômage. En raison du développement des contrats aidés et politiques d’emploi, des formes atypiques d’emploi se sont multipliées, s’éloignant de l’emploi à temps plein classique. Ainsi, en 1992, l’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE) a mis en place huit catégories distinguant les demandeurs d’emploi selon qu’ils sont sans emploi total ou exercent une activité réduite de courte ou longue durée.

Depuis la transformation de l’ANPE en Pôle Emploi en 2008, la classification des demandeurs d’emploi s’est simplifiée en cinq catégories :

  • Catégorie A : sans emploi.
  • Catégorie B : activité réduite courte.
  • Catégorie C : activité réduite longue.
  • Catégories D et E : demandeurs non tenus à des actes positifs de recherche d’emploi.

Ces catégories permettent de mieux appréhender la diversité des situations de chômage et facilitent les politiques d'emploi adaptées. La publication des chiffres du chômage, en particulier de la catégorie A, est devenue très sensible politiquement, ce qui a conduit à une publication trimestrielle depuis 2018 au lieu d’une publication mensuelle.

Comparaison internationale : les règles du calcul du taux de chômage

Pour permettre des comparaisons internationales fiables, une autre source importante est l’enquête Emploi réalisée régulièrement par l’INSEE. Cette enquête suit les règles établies par le Bureau International du Travail (BIT) qui définit strictement le concept de chômeur. Selon le BIT, un chômeur doit remplir simultanément trois conditions :

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  1. Être sans emploi durant une semaine précise dite "semaine de référence".
  2. Être disponible pour travailler dans les deux semaines à venir.
  3. Avoir effectué une démarche active de recherche d'emploi au cours des quatre dernières semaines ou avoir conclu un emploi à commencer dans les trois mois.

Ces critères rigoureux permettent de publier un taux de chômage comparable entre les pays. Cependant, il existe souvent des différences notables entre les chiffres issus des données administratives de Pôle Emploi et ceux obtenus par l’INSEE. Cela s’explique notamment par le "halo du chômage" : certaines personnes inscrites à Pôle Emploi ne répondent pas aux critères du BIT, tandis que certains chômeurs remplissant les critères ne sont pas inscrits, souvent par découragement.

Ségrégation professionnelle et chômage chez les immigrés

Le ministère du Travail, via sa direction de la recherche (Dares), a publié une étude détaillée sur la situation des immigrés et descendants d'immigrés en âge de travailler en 2021. Sur 4,7 millions d’immigrés et 4 millions de descendants recensés, soit plus d’un actif sur cinq, le constat majeur est une forte ségrégation professionnelle. Les actifs d'origine immigrée sont surreprésentés parmi les ouvriers et employés tandis qu'ils sont sous-représentés dans les cadres, ce qui tend à s’atténuer chez leurs descendants.

La Dares a indiqué que pour que la répartition professionnelle des descendants d’immigrés soit équivalente à celle des personnes sans ascendance migratoire, il suffirait que 10,3 % d’entre eux changent de métier. En revanche, ce ratio dépasse 25 % chez les immigrés eux-mêmes, témoignant du poids important des barrières professionnelles.

Malgré une amélioration globale du marché du travail, le taux de chômage reste nettement plus élevé chez les immigrés, à 12,7 %, et leurs descendants, à 11,6 %, comparé à 6,8 % pour ceux sans ascendance migratoire. Cet écart tend cependant à diminuer au fil des années.

La population d'origine africaine est particulièrement touchée, avec des taux de chômage à 15,3 % pour les immigrés et 15,6 % pour leurs descendants, bien au-dessus de la moyenne nationale. Toutefois, cet écart a diminué, passant de près de 14 points en 2015 à moins de 9 points en 2021. La probabilité d’être au chômage a parallèlement baissé, passant de 2,57 en 2014 à 1,96 en 2021 pour ces populations.

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Précarité de l’emploi chez les immigrés et leurs descendants

Les immigrés et leurs descendants sont aussi plus exposés à la précarité. En 2021, près de 20 % des immigrés étaient en contrat temporaire (intérim ou CDD), ainsi que 17 % des descendants, contre environ 14 % pour ceux sans ascendance immigrée. L’exposition est encore plus forte pour les personnes d’origine extra-européenne.

Évolution des politiques d’emploi et impact sur la mesure du chômage

À la fin des années 1980, les politiques spécifiques d’emploi ont été remises en question. Une étude de l’OCDE en 1994 pointait les rigidités du marché du travail, notamment les règles encadrant l’embauche et la rupture des contrats. Ces critiques ont conduit à une évolution des politiques d’emploi reposant sur une nouvelle conception du chômage, intégrant notamment l’allégement des cotisations sociales et des réformes du droit du travail. Ces mesures ont marqué un tournant dans la politique d’emploi, impactant indirectement les méthodes de comptabilisation du chômage.

Les catégories du chômage A B C D formation

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