Principes de comptabilisation des bonnes actions (mitsvot) en judaïsme
La religion juive est basée sur l’idée de Mitsvot. Ce système met constamment l’être humain devant des choix existentiels et moraux. Les Mitsvot concernent tous les domaines de la vie de sorte que nous pouvons être constamment en réflexion par rapport aux Mitsvot à faire ou à ne pas faire. Toute sa vie l’être humain doit progresser spirituellement. Ce progrès est très difficile et les occasions d’échec nombreuses.
Le nombre et la nature des mitsvot
Le Talmud (traité Makot 23b) nous enseigne qu’il y a 613 commandements dans la Torah ; 248 Commandements Positifs (« fais ») et 365 Commandements Négatifs (« ne fais pas »). Plusieurs grands sages du Judaïsme ont compilé une liste complète de ces commandements. Bien qu’ils s’accordent sur la grande majorité des commandements, ils sont en désaccord sur un petit nombre d’entre eux. La tradition affirme qu’il y a 613 mitsvot dans la Torah. L’auteur entraîne le lecteur dans une réflexion sur l’important sujet des mitsvot: la tradition affirme qu’il y a 613 mitsvot dans la Torah.
Distinction fondamentale : mitsvot positives et négatives
Les positives concernant ce que nous devons faire (la circoncision, le respect du prochain, le respect des fêtes et du Shabbat, soutenir les faibles, étudier la Torah, etc.). Les Mitsvot négatives sont des interdits, des choses à ne pas faire (tuer, voler, humilier son prochain, transgresser le Shabbat, manger quelque chose d’interdit par les lois de la Cashroute, mentir, etc.). Les Mitsvot sont donc liées à l’idée de spiritualité.
Objectif ultime : la relation au divin
Le divin. C’est une Mitsva que de faire un travail spirituel (c’est même pour le judaïsme le seul but de l’existence humaine). Nous devons prendre conscience du divin et de son unité (texte du Shéma Israël). Nous devons craindre Dieu, c’est-à-dire avoir peur de mal faire et de ne pas être digne de notre existence propre. Nous devons prier Dieu et prononcer des bénédictions chaque fois que nous le pouvons, c’est-à-dire chercher à être en connexion avec la dimension spirituelle du monde. Nous devons étudier la Tora à toute occasion et chercher par cette étude à nous améliorer et à rendre le monde meilleur et plus cohérent.
Kavanah : l’intention dans l’accomplissement des mitsvot
La Halakha stipule : « Mitsvot Tsrikhot Kavana » - Pour qu’une Mitsva soit accomplie, il faut avoir l'intention de faire une Mitsva. Si l’on fait une bonne action sans avoir la bonne Kavana, est-ce comptabilisé comme une Mitsva ou est-ce simplement considéré comme un mérite, comme l’acte d’Og susmentionné ? Cette question est sujette à débat parmi les décisionnaires, qui se basent sur plusieurs cas rapportés par nos Sages.
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Le Sifra statue que si quelqu’un fait tomber de l’argent par terre et qu’un pauvre le trouve et l’utilise pour pourvoir à ses besoins, Hachem accorde une bénédiction à celui qui a perdu cet argent. Sur la base du cas précité, les décisionnaires estiment que cela ne s’applique pas dans les relations interpersonnelles. Ils expliquent qu’il existe deux sortes de Mitsvot ; parfois tout le but de la Mitsva est d’effectuer une certaine action, sans résultat tangible, sans conséquence directe et visible. Par ailleurs, il existe d’autres Mitsvot, en particulier celles Ben Adam La’havéro, dont le but est le résultat ; par exemple, donner de la Tsédaka à un pauvre. Dans ce cas, même si l’on n’a pas de bonne intention en accomplissant la Mitsva, le but a été atteint, étant donné que le pauvre s’est enrichi.
Cependant, d’autres décisionnaires objectent et estiment que toute Mitsva effectuée sans Kavana n’est pas considérée comme telle. Ils pensent que les Mitsvot Ben Adam La’havéro ne sont pas différentes des autres Mitsvot. Le Sifra est alors compris différemment ; la personne a un mérite et reçoit une bénédiction, parce que quelqu’un a trouvé son argent, mais elle n’a pas accompli de Mitsva.
Exemple littéraire et moral : l’affaire d'Og
Quand le peuple juif s’approcha du pays de Bachan, son puissant roi, Og, sortit en guerre contre lui. Hachem rassura Moché et lui promit que les Juifs sortiraient vainqueurs. Le fait qu’Hachem enjoigne à Moché de ne pas avoir peur prouve qu’il redoutait cette bataille, chose que nous ne voyons pas lors d’autres combats. Rachi précise la raison de l’appréhension de Moché ; Og avait un mérite spirituel. Plusieurs siècles auparavant, il avait prévenu Avraham que Loth avait été kidnappé, ce qui permit le sauvetage de ce dernier. Mais le Midrach nous révèle que les intentions d’Og n’étaient pas louables du tout. Il savait qu’Avraham allait tenter de sauver son neveu et espérait qu’il soit tué pour pouvoir se marier avec Sarah Iménou. D’après le Kli Yakar, Moché ne connaissait pas les véritables intentions d’Og et il craignait donc que son mérite ne le protège lors de sa bataille contre le peuple juif. Mais étant donné ses viles intentions, il ne méritait aucune protection. Rav Steinman en déduit que toute action aux conséquences positives est récompensée, même si les intentions que l’on avait en l’accomplissant étaient impures, méprisables.
Revenons à Og. Il fit une bonne action à l’égard d’Avraham et fut récompensé par une longue vie. Mais ses mauvaises intentions limitèrent son mérite. Ceci s’applique aussi aux actions qui nous semblent banales, comme le fait de nourrir un enfant ou de s’occuper de lui. Rav Chlomo Wolbe énuméra les nombreuses Mitsvot que l’on peut accomplir au sein de son foyer, uniquement en travaillant sur la Kavana.
Hiérarchie des mitsvot : existe-t-il une mitsva supérieure?
L’auteur prend le sujet sous un autre angle. Celui de la hiérarchie des mitsvot. Les sources traditionnelles de la halakha enseignent à propos de plusieurs mitsvot différentes que certaines sont « LA mitsva la plus importante de la Torah » ? Les Richonim se sont intéressés en leur temps à la question de la hiérarchie entre les mitsvot tout en mettant l’accent sur le caractère fondamental de chaque mitsva. L’auteur enquête sur cette étrange affirmation. Pour ce faire, il examine chacune de ces mitsvot en tentant de résoudre l’énigme posée par l’affirmation de nos Sages. Après avoir lu l’enquête de Rav Eliyahou Bakis, il devient clair que ce n’est que selon certains facteurs que ces mitsvot ont été définies comme telles. Le lecteur comprend que la qualification d’une mitsva par l’appellation de « mitsva la plus importante de la Torah » est relative. Il utilise différents paramètres pour « mesurer » la grandeur d’une mitsva (voir la première partie, pp. 1 à 45).
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Inhabituel, son tableau de la page 41 est cependant instructif. La comparaison détaillée de ces deux mitsvot fait l’objet des deux parties suivantes (l’étude de la Torah aux pp. 46 à 64 ; la brit-mila aux pages 65 à 86). Ces développements permettent de répondre à l’ultime question : existe-t-il dans la Torah une mitsva supérieure à toutes les autres?
Récompenses et temporalité des bénédictions
Hachem a promis de nous envoyer toutes les bénédictions si nous respections les mitsvot « aujourd’hui ». Les Sages se sont interrogés sur cette promesse et expliquent que par la pratique des mitsvot aujourd’hui dans ce monde-ci, on méritera une récompense demain, dans le monde futur. Cependant, la volonté de pratiquer les mitsvot nous fait bénéficier d’une autre récompense, en ce monde-ci. Ce qui nous permet d'accomplir la Torah et de pratiquer d’autres mitsvot ...
Pratique quotidienne et rituel
Le rituel quotidien. C’est le cadre traditionnel qui nous permet une relation formelle au divin. Nous devons lire le Shema Israël matin et soir. Nous devons mettre un châle de prière (Talit) et des Tefilines chaque jour (sauf Shabbat et fêtes). Mettre une Mezouza à la porte de la maison.
Le Shabbat et les fêtes. Le calendrier juif est très important et nous devons tout faire pour le respecter. Cela nous permet de spiritualiser le temps qui est une dimension essentielle pour l’être humain et de garder notre identité. Nous devons nous abstenir de tout travail le Shabbat. Nous devons le sanctifier par le kiddoush et nous consacrer à l’étude de la Torah et à nos proches ce jour-là.
La Kashrout. Nous devons manger kasher, nous abstenir de certains aliments interdits et ne pas mélanger le lait et la viande.
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Dimensions éthiques et sociales des mitsvot
Le prochain. Nous devons aimer les autres êtres humains comme nous-mêmes. Ne jamais faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Respecter l’étranger. Aider le faible. Soutenir les pauvres. Donner de l’argent à la Tsedaka. Visiter les malades. Ne pas tuer. Ne pas voler. Ne pas tromper. Ne pas faire honte. Ne pas vexer. Rendre l’objet que quelqu’un a perdu. Porter secours à toute personne en danger. Rendre les autres heureux.
La famille. Respect des parents. Souvenir des ancêtres. Devoir de fonder une famille juive et de faire des enfants. Respect de son conjoint. Éducation des enfants dans les Mitsvot. Paix du foyer. Avoir une maison accueillante et ouverte aux autres.
Responsabilité. Si nous commettons un dommage, nous devons le réparer et dédommager la victime. Si nous faisons du mal à quelqu’un, nous devons lui demander pardon. Nous sommes responsables de nous-mêmes et de nos biens.
Justice. Nous devons la rechercher et vouloir son règne. Nous ne devons pas juger les autres.
Respect de l’Autre. Ne pas profiter à mal de sa force ou de sa position. Ne pas blesser un converti par des paroles. Ne pas mal payer les employés. Ne pas exploiter les travailleurs étrangers. Ne pas tromper en affaires. Faire son travail correctement. Interdiction d’être injuste. Ne pas faire de mal à une bête.
Parole. Interdiction de la médisance. Ne pas dire des choses négatives. Interdiction de mentir. Interdiction d’insulter. Ne pas être grossier. Interdiction de maudire les autres.
Sentiments. Interdiction de convoiter ce qui est aux autres. Interdiction de haïr son prochain. Interdiction de vouloir se venger et de porter rancune. Nous devons travailler sur nous même pour avoir un sentiment d’amour et de compassion envers chacun.
Respect du corps. Nous avons l’obligation de nous garder en bonne santé. Interdit du tatouage. Interdit de faire mal à son corps ou de consommer quelque chose de mauvais pour la santé (fumer et boire trop d’alcool par exemple).
Respect de la création. Interdit de détruire quoi que ce soit sans raison. Ne pas tuer un animal pour rien. Ne pas abîmer les plantes ni les arracher. Ne pas jeter de nourriture. Ne pas gâcher de l’argent.
Dimension collective : amour d’Israël et appartenance
Amour d’Israël. Nous devons aimer le peuple juif et tout faire pour sa grandeur et sa survie. Être membre d’une communauté juive et ne pas s’isoler d’elle. Nous devons aimer la terre d’Israël et la préserver. Nous devons apprendre l’hébreu et la culture juive. Nous devons chercher à vivre dans l’Etat d’Israël et en tout cas y aller le plus souvent possible. Nous devons étudier l’histoire juive, nous rendre compte de la valeur infiniment précieuse que chaque juif a en lui. Respecter les rabbins et les livres de Torah. Etre solidaire de tout juif en détresse. Rendre aimable le judaïsme aux yeux de tout juif et le rapprocher de la Torah et de sa tradition.
Découverte des 613 Mitsvot 1ère partie Olami Cadet
Pratique, échec, respect et héroïsme
Beaucoup de juifs ne les respectent pas ou peu, on peut le regretter mais une des Mitsvot de la Torah nous oblige à ne pas juger les autres et à les aimer. Chacun doit donc s’occuper de progresser lui-même avant de critiquer les autres. Par ailleurs, certains juifs très respectueux des Mitsvot le font de façon si mécanique qu’ils en perdent une grande part du bénéfice spirituel. De plus, la plupart des gens font des Mitsvot sans y penser et progressent donc spirituellement inconsciemment de toute façon. Par contre, celui qui travaille vraiment en conscience sur lui-même et respecte les Mitsvot avec discipline et intelligence atteindra un niveau spirituel supérieur et mérite le plus grand respect ; c’est le plus grand des héros pour le judaïsme. Ce héros s’appelle en hébreu un « Tsadik ». Si tout juif devrait aspirer à être un « Tsadik », très peu réussissent.
Enseignement et ressources contemporaines
Rav Eliyahou Bakis (mohel et rabbin célébrant les mariages) vient de publier un nouveau livre en hébreu : « La porte des Mitsvot ». Nous avons le plaisir de le présenter aux lecteurs de notre site qui ne manqueront pas d’être intéressés par ce sujet : tout juif pratiquant pratique les commandements divins au quotidien. Le livre est complété par un fort utile index des raché tévot utilisées (p. 99-106), et une bibliographie (p. 109-114). Ce livre fait partie d’une collection dont le nom est דֶּֽרֶךְ־מִצְוֹתֶ֥יךָ ‘La voie de Tes mitsvot’ (Téhilim119, 32). Cette collection vise à éclairer et développer divers sujets halakhiques (voir p. 115 et p. zayin).
Rav Eliyahou Bakis a fondé cette collection en 2015 en publiant quelques notes et articles ; depuis, il a édité et publié sept ouvrages de plusieurs auteurs dont 4 ouvrages en hébreu et 3 ouvrages en français sur les sujets suivants : Lois et séder de la circoncision, Lois de l’isolement, Lois du mariage et des témoins, étude bibliographique des références halakhiques récentes présentées dans le style du Michna Béroura, Lois de pureté familiale et Mesures et monnaies de la Bible et du Talmud et leurs implications halakhiques. Cette collection réunit des textes dont la qualité est attestée par les recommandations rabbiniques qui les précèdent. Ajoutons que cette collection est ouverte aux étudiants des Instituts talmudiques et halakhiques : leur projet d’ouvrage est porté à un niveau de qualité supérieur grâce aux conseils avisés du directeur de la collection. Nous lui souhaitons, ainsi qu’à sa collection, de continuer à faire mériter le plus grand nombre pour le plus grand bénéfice de tout le ‘am Israël.
Remarques finales sur la comptabilisation des actions
Les Sages se sont interrogés sur la promesse de bénédictions et expliquent que par la pratique des mitsvot aujourd’hui dans ce monde-ci, on méritera une récompense demain, dans le monde futur. Cependant, la volonté de pratiquer les mitsvot nous fait bénéficier d’une autre récompense, en ce monde-ci. On apprend également que si Og avait eu de bonnes intentions en sauvant Loth, ce petit acte de bonté lui aurait peut-être octroyé le mérite de remporter la bataille contre le peuple juif. Si l’on fait une bonne action sans avoir la bonne Kavana, la question de savoir si elle est comptabilisée comme une mitsva reste débattue; certaines décisions reconnaissent un mérite sans pour autant qualifier l’acte de mitsva, tandis que d’autres exigent la Kavana pour que la mitsva soit véritablement accomplie.
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