Conférences de Presse du Ministre des Finances: Exemples et Analyses
Depuis la nomination de Michel Barnier au poste de Premier ministre l’an dernier, la question de la dette est au cœur du débat public. Dès octobre 2024, le locataire de Matignon présentait un plan d’économies de 60 milliards d’euros pour le budget 2025. Censuré en fin d’année, Michel Barnier a été remplacé par François Bayrou.
Pour le budget 2026, François Bayrou remet le couvert, annonçant 43,8 milliards d’économies et des coupes à venir chaque année jusqu’à 2029. Objectif : réduire le déficit budgétaire pour qu’il passe sous la barre des 3 % du PIB dans quatre ans, et éviter que des déficits incontrôlés ne viennent, chaque année, creuser encore davantage la dette accumulée. Si les jours du Premier ministre sont désormais comptés, le débat sur la dette publique lui survivra.
Le débat sur la dette dure depuis au moins deux décennies. François Bayrou et les membres de son gouvernement n’ont pas dérogé à cette tradition qui consiste à noircir le tableau pour justifier des mesures extrêmement impopulaires.
Ainsi, le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a déclaré qu’il ne pouvait pas « affirmer que le risque d’une intervention de l’institution internationale n’existe pas » dans le but de prendre des mesures d’économie, même si l’hypothèse d’une intervention du Fonds monétaire international (FMI), à l’image de ce qui s’était produit en Grèce, n’est pas d’actualité. En plus d’agiter le spectre d’une intervention du FMI, le gouvernement n’a eu de cesse de comparer l’endettement de l’État à celui de ménages surendettés.
Lors de sa conférence de presse du 25 août, le Premier ministre a joué sur la corde sensible en expliquant qu’il ne voulait pas « laisser un monde écrasé de dettes » à nos enfants. Si l’argument d’une dette léguée à nos enfants est trompeur, c’est aussi un mensonge par omission. Si l’on souhaite s’aventurer sur le terrain d’un legs pour les générations futures, à propos de la situation financière de l’État, on ne peut se contenter du passif. Car en face des dettes, il y a des actifs.
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Les générations futures bénéficieront d’écoles, d’hôpitaux, de structures énergétiques, de transport, etc. « Il y a des actifs financiers : stocks d’or, participations dans le privé (EDF, Orange…), des entreprises publiques. Et il y a des actifs non financiers : le patrimoine historique (tour Eiffel, Joconde, Élysée, etc.) n’est pas pris en compte mais il y a de l’immobilier, des routes... », décrit l’économiste Éric Heyer dans un entretien à Midi Libre. Aujourd’hui, malgré la dette, « chaque Français naît avec 10 782 euros en positif », précise-t-il. Fin 2023, le patrimoine net des administrations publiques, c’est-à-dire les actifs moins les dettes, s’élevait à 786 milliards d’euros, selon les données de l’Insee.
Avec son budget adopté en début d’année, le gouvernement tablait sur un déficit contenu à 5,4 % du PIB en 2025. Et souhaite ramener celui-ci en dessous de la barre des 3 % en 2029. Pourtant, celles-ci n’ont pas réellement augmenté depuis 2017 et l’élection d’Emmanuel Macron, en proportion de la richesse produite en une année (le PIB).
Selon les données de l’Insee, les dépenses publiques représentaient 57,7 % du PIB en 2017 et 57,3 % en 2024, donc un peu moins. En revanche, les recettes ont nettement baissé pendant ses huit années de pouvoir. En 2017, elles constituaient 54,3 % du PIB, contre 51,4 % en 2024 (-2,9 points). Or, 2,9 points de PIB représentent près de 85 milliards d’euros. L’augmentation des déficits budgétaires est donc inséparable de la politique du président de la République.
Celle-ci a favorisé les entreprises et les hauts patrimoines en expliquant que leur prospérité ruissèlerait sur l’ensemble de la société. « Parmi les pays de l’OCDE, nous sommes aujourd’hui l’un de ceux qui soutiennent le plus, financièrement, leur économie marchande.
Reste la charge de la dette : c’est l’ensemble des dépenses consacrées au paiement des intérêts de la dette. Son augmentation est soit imputable à une dette qui augmente, soit à des taux d’intérêt qui montent. Où aux deux facteurs à la fois. Évidemment, une augmentation de la charge de la dette rend les remboursements de la dette plus difficiles et pèse sur les budgets de l’État. Cela valide-t-il pour autant les discours catastrophiques ? Pas entièrement.
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Certes, les intérêts de la dette dépassent les 50 milliards en volume en 2025, mais là encore, rapportés au PIB, ils restent inférieurs à 2 % de celui-ci. Une proportion similaire à il y a dix ans. Il ne s’agit pas pour autant de dire qu’il n’y a aucun risque, dans la mesure où les dettes sont contractées sur les marchés financiers. Évidemment, ceux-ci peuvent spéculer sur la dette des États et provoquer un emballement des taux d’intérêt applicables aux titres à venir.
François Bayrou n’a eu de cesse de le répéter depuis la mi-juillet : sans son plan d’économies de 43,8 milliards d’euros, la France s’enfoncera dans le chaos. Il persiste à assurer qu’il n’y a pas d’alternative. Ce n’est pas ce que pense le Parti socialiste qui se dit prêt à gouverner et a présenté la semaine dernière une proposition de budget prévoyant 21,7 milliards d’euros de réduction des déficits.
Celle-ci prévoit 14 milliards de baisse des dépenses et 27 milliards de recettes nouvelles, dont la taxe Zucman, un prélèvement de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros. Les groupes parlementaires ne sont pas les seuls à travailler à des propositions alternatives. Huit syndicats de salariés pointent ce problème de recettes. Ils réclament ainsi des « dispositifs qui taxent les gros patrimoines et les très hauts revenus, contraignent le versement des dividendes et conditionnent fortement les aides aux entreprises » pour un autre partage des richesses.
De leur côté, cinq économistes membres de l’association Attac ont signé une tribune parue dans Le Monde appelant de leurs vœux « la sortie de la dette publique de l’emprise des marchés ».
François Bayrou a appelé mardi 15 avril à une "prise de conscience", au moment de faire le point sur la situation budgétaire du pays, à l'issue d'un "Comité d'alerte du budget" qui a réuni plusieurs membres de son gouvernement ainsi que des parlementaires, des représentants d'organismes de sécurité sociale ou encore syndicaux. "Il est des heures de vérité décisives et celle-ci en est une".
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Lors d’une conférence de presse, le Premier ministre a fait savoir que "les grandes orientations" du budget 2026 seraient présentées "avant le 14 juillet", et a déploré, graphiques à l'appui, que la France "manque de moyens" pour financer ses politiques parce "qu’elle ne produit pas assez et ne travaille pas assez". "La politique de retour de la production et de réindustrialisation […] doit devenir une obsession pour notre nation", a-t-il expliqué, estimant que "seule une prise de conscience de nos concitoyens peut soutenir une action déterminée".
Évoquant une "heure de vérité décisive", il a espéré que "la confrontation les yeux ouverts avec la vérité de notre situation" puisse permettre au gouvernement d’obtenir le "soutien" des Français."Si notre production par habitant était dans la même gamme que celle de nos voisins européens, nous n’aurions pas de déficit budgétaire", a-t-il notamment observé, déplorant aussi "un taux d’emploi plus faible" chez les jeunes et les seniors.
"La dette est un piège dangereux"Cela conduit à une aggravation de la dette - 3 305,3 milliards d'euros en 2024, soit 113 % du PIB - qui devient "un piège dangereux, potentiellement irréversible", selon le Premier ministre. "Nous ne pourrons pas en supporter durablement la charge" qui pourrait "atteindre 100 milliards d'euros en 2029", a-t-il prévenu, jugeant cela "moralement inacceptable" pour les générations à venir.
"Si les taux d'intérêt explosent, alors nous allons être étouffés, c'est l'explosion assurée" à laquelle aucun gouvernement ne résistera, a-t-il insisté, un leitmotiv de longue date chez lui.Dans un contexte de ralentissement de la croissance pour 2025, rabotée à 0,7 % dans les prévisions du gouvernement, après 1,1 % en 2024, le Premier ministre n'a donné aucun chiffre sur le volume d'économies à réaliser en 2026.
Il a simplement qualifié "d'ordre de grandeur" le montant de 40 milliards d'euros annoncé dimanche par son ministre de l'Economie Eric Lombard pour réduire le déficit de 5,4 % du PIB - objectif 2025 - à 4,6 % en 2026.Sur quels leviers agir ? Dépenses sociales, retraités, exonération des entreprises... François Bayrou a simplement exclu "d'augmenter les prélèvements" car c'est "intenable".
"Si nous choisissions de continuer à augmenter ces prélèvements, c'est notre pays qui, au bout du compte, en souffrirait", a-t-il dit.Quant à passer par une hausse des dépenses publiques, "l’excès de dépenses publiques ne fait pas le bonheur des citoyens", a-t-il balayé. Les dépenses publiques "n’ont pas l’efficacité à laquelle nos concitoyens devraient avoir droit. Pour parler simplement, ils n’en ont pas pour leur argent", a tranché François Bayrou.
Il a néanmoins annoncé "sans doute un effort de 3 milliards supplémentaires" pour la défense dans le budget 2026, en raison de "l’ouragan en marche sur la planète" depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, encore "aggravé" par le retournement stratégique des États-Unis. "L’Union européenne a le devoir impérieux de construire une défense autonome", grâce à "un immense effort partagé, nécessaire de la part des autres pays européens" dans lequel l'"effort français" sera "renforcé".
Première des "quatre orientations" souhaitées par le Premier ministre, elle est suivie du "refus du surendettement", jugé "politiquement insoutenable" et "moralement inacceptable". La troisième concerne "la refondation de l’action publique" via "une véritable remise à plat des missions et des budgets de nos administrations". La quatrième orientation enfin vise encourager et aider "l’activité économique".
Pour les mener à bien, "nous avons décidé d’aller plus vite, de prendre les devants, de choisir un calendrier beaucoup plus ambitieux et beaucoup plus exigeant", a déclaré François Bayrou. Le Premier ministre François Bayrou a donné une conférence de presse de rentrée ce lundi. Un mois et demi après ses annonces visant à économiser 44 milliards d'euros en 2026, le chef du gouvernement a annoncé sa volonté de demander un vote de confiance le 8 septembre prochain à l'Assemblée.
François Bayrou se mobilise. Ce lundi 25 août, le Premier ministre a donné une conférence de presse de rentrée, un mois et demi après celle du 15 juillet consacrée au budget 2026. Celle-ci a particulièrement marqué les esprits puisque le locataire de Matignon y a énuméré les mesures - suppression de deux jours fériés, année blanche fiscale... - visant à faire 44 milliards d'euros d'économies. François Bayrou prend le risque de tomber avant même la fin de l'été.
"Oui, c'est un risque", confirme-t-il. À travers cette décision, François Bayrou veut placer le Parlement devant ses responsabilités. Le Premier ministre va demander à l'Assemblée nationale un vote de confiance le 8 septembre prochain, soit deux jours après la journée de mobilisation voulue par de nombreux syndicats. Ce qui signifie qu'il engagera, ce jour-là, la responsabilité du gouvernement et s'exposera donc à une motion de censure.
"Le débat devrait être centré sur la nécessité vitale de dépenser moins et de produire plus", estime le Premier ministre qui poursuit : "Ce débat a été dévoyé et déplacé. Il n'a plus été question de l'impérieuse nécessité d'agir mais seulement des mesures prises une par une".
"La dette, ce ne sont pas les gouvernements qui la consomment. Elle a été consommée en dépense courante et en protection de nos concitoyens", estime François Bayrou, citant notamment l'exemple du Covid. "Notre liberté et notre souveraineté sont en jeu", assure François Bayrou. "Il serait beaucoup plus facile de ne rien voir.
"La charge de la dette va devenir cette année le budget le plus important de la nation. "Un danger immédiat pèse sur nous. Citant tous les atouts dont dispose la France - les sciences, les mathématiques, l'automobile, le luxe ou encore l'agriculture - François Bayou pointe néanmoins un "paradoxe". Le Premier ministre vient d'arriver devant les journalistes.
François Bayrou va prendre les Français à témoin pour essayer de faire pencher la balance en sa faveur. "J'ai la certitude que les Français prendront conscience de la gravité de la situation", a affirmé le Premier ministre dans les colonnes du Parisien. Pour survivre à la motion de censure qui sera déposée par la France insoumise, François Bayrou mise sur une vaste adhésion populaire à son programme.
Une conférence de presse typique du ministre des Finances.
Tableau: Évolution des Finances Publiques
| Année | Dépenses Publiques (% du PIB) | Recettes Publiques (% du PIB) | Déficit Budgétaire (% du PIB) |
|---|---|---|---|
| 2017 | 57.7% | 54.3% | -3.4% |
| 2024 | 57.3% | 51.4% | -5.9% |
| 2025 (Prévision) | - | - | -5.4% |
| 2026 (Objectif) | - | - | -4.6% |
| 2029 (Objectif) | - | - | < 3% |
Dette : Emmanuel Macron a-t-il détruit l’économie française ? - Analyse de Jacques Sapir
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