Le Contrôleur Général des Finances sous Louis XV: Un Pilier de la Monarchie Française

Le Contrôleur général des Finances a révolutionné la gestion des finances monarchiques. À sa mise en place en 1661, il est le fruit d’une transformation statutaire riche de sens : alors que le Contrôleur général est avant cette date un office (acheté et hérité), il devient une fonction exercée sur nomination du roi.

Alors qu’il est essentiellement une fonction de vérification - le vrai pouvoir financier étant exercé par un surintendant des finances dont le dernier sera Nicolas Fouquet, arrêté à Vaux-le -Vicomte en 1661.

Aux origines du contrôle général des Finances

1661 marque un tournant et la création véritable du Contrôle général des finances : Nicolas Fouquet, devenu dangereux et trop ostentatoire, tombe en disgrâce auprès de Louis XIV et est arrêté ; il est déchu de son office que le roi supprime. Il place Jean-Baptiste Colbert, d’abord unique intendant, puis Contrôleur général en 1665.

Marie-Laure Legay nous explique "Jean-Baptiste Colbert inaugure la fonction et il rétablit l'ordre dans les finances. Il met en place en nouvelle comptabilité et une nouvelle manière de gérer les finances publiques. Celle-ci est basée sur plusieurs éléments, dont la nécessité, pour l'ensemble des comptables de la monarchie de transmettre leurs comptes un an après l'exercice. Et de les transmettre non pas aux chambres des comptes, c'est-à-dire les juges, comme cela se faisait depuis le Moyen-Âge, mais de la transmettre au ministère des finances. Cela va accélérer toute la gestion du royaume...il y a également la mise en place de l'ordonnancement, c'est-à-dire que Cobert donne au roi et au roi uniquement, et donc pas aux ministres, et particulièrement au ministre de la guerre ou de la marine, l'ordonnancement des dépenses, afin d'avoir le contrôle. D'où cette appellation nouvelle du ministère des finances en Contrôle général de finances".

L'Etat de justice devient à ce moment-là un Etat de finance, Marie-Laure Legay complète "à partir du moment où l'ensemble des agents, c'est-à-dire des receveurs de taille, des receveurs des impôts, des trésoriers, trésoriers de guerre ou de la marine etc. à partir du moment où ils sont amenés à rendre compte de leur gestion le plus rapidement possible une fois que l'exercice est fait, ils ont un an pour remettre leurs comptes au bureau de vérification des états du roi, les juges ne vont solder ces comptes qu'après la vérification du ministre".

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Pour mieux comprendre l'évolution des finances sous Louis XV, voici un tableau récapitulatif des principaux Contrôleurs généraux et leurs périodes d'exercice :

Contrôleur Général Début de Mandat Fin de Mandat
Jean-Baptiste Colbert 1665 N/A
Abbé Terray Décembre 1769 1774
Turgot N/A N/A
Philibert Orry N/A 5 décembre 1745
Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville 5 décembre 1745 N/A
Jean-Baptiste Colbert

Jean-Baptiste Colbert, premier Contrôleur général des Finances sous Louis XIV.

Terray annonciateur de la faillite d’un modèle

Le poste de Contrôleur général des finances, pour aussi prestigieux qu’il soit, est très impopulaire ; il devient difficile au XVIIIe de trouver des candidats qui acceptent de se confronter à l’exercice difficile de réduction de la dette et de là, de s’exposer à la vindicte générale, Marie-Laure Legay précise "l'abbé Terray est nommé en décembre 1769 et quitte ses fonctions en 1774 après le décès de Louis XV. Il arrive après la guerre de 7 ans, de 1756 à 1763, qui a changé la donne. Elle a coûté énormément d'argent et quand l'abbé Terray prend ses fonctions, les caisses sont vides et en plus les recettes de l'année 1770 ont été déjà consommées, et même celles d'une partie de l'année 1771. A l'époque, on anticipait sur les recettes, c'est-à-dire que les receveurs généraux faisaient des avances, le système était déjà perverti à son arrivée. Par ailleurs, il arrive dans une ambiance particulièrement délétère".

Il faut néanmoins mentionner que Terray est un réformateur plutôt favorable à un rééquilibrage de la pression fiscale : il s’attaque aux rentiers et se verra puni pour cela, Marie-Laure Legay ajoute "il a un parcours atypique, c'est un travailleur, il s'embarrasse peu de l'opinion publique, et heureusement car il est très décrié...Sur la question de la fiscalité, il est un réformateur. Il souhaite poursuivre la réforme de Machault d’Arnouville concernant le vingtième, dont il comprend très bien l'intérêt. Cette réforme fiscale consiste à demander des déclarations fiscales pour faire en sorte que l'impôt direct pèse en proportion des richesses. Il veut améliorer cette réforme du vingtième et il est convaincu de l'intérêt de cet impôt territorial".

À lire aussi Pour aller plus loinMarie-Laure Legay : Finance et calomnie. Ministre de Louis XV, l'abbé Joseph Marie Terray accède au poste de contrôleur général des Finances du Roi le 22 décembre 1769.

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Après le renvoi, en 1770, du duc de Choiseul, il devient l'un des hommes forts du Triumvirat, et obtient finalement la prestigieuse charge de directeur des Bâtiments du Roi en juillet 1773. Un an plus tard, il doit démissionner avec l'avènement de Louis XVI.

C'est alors qu'il se retire en son château de La Motte Tilly, qu'il avait acquis en 1748 et fait reconstruire selon les plans de l'architecte François Nicolas Lancret.

Château de la Motte Tilly

Le Château de la Motte Tilly, où l'abbé Terray se retira après sa démission.

Parfait exemple de l'architecture du XVIIIe siècle, le vaste domaine de La Motte Tilly témoigne, par ses jardins à la française ainsi que par le luxe, la fantaisie et la modernité de sa demeure de plaisance, d'un certain art de vivre au Siècle des Lumières.

Cette publication retrace l'histoire du maître des lieux, et, de manière inédite, celle du domaine de La Motte Tilly jusqu'à la Révolution. Réunis pour la première fois, des documents d'archives, des objets d'art précieux, des dessins et des tableaux contribuent à mettre en lumière ce chef-d'œuvre architectural trop longtemps ignoré.

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Cette présentation s'inscrit autour du portrait officel que Terray commande en 1773 à Alexandre Roslin (1718 - 1793). Né en 1727 à Paris, fils du Prévôt des marchands, Anne Robert Jacques Turgot devient prieur de la Sorbonne en 1749.

Il renonce, en 1751, à entrer dans les ordres et rejoint le Parlement de Paris où il occupe diverses fonctions avant d’acheter, en 1753, la charge de maître des requêtes. Il collabore avec Vincent de Gournay, intendant du commerce, fervent partisan de la liberté économique, et l’accompagne dans ses tournées en province.

Fidèle à ses principes libéraux, Turgot instaure la liberté de circulation et des prix sur les grains. Mais les mauvaises récoltes entraînent la hausse du prix du pain. Des émeutes éclatent en province et en région parisienne.

En 1776, le ministre s’oppose aux puissantes corporations en décrétant la liberté d’entreprise et de concurrence. Il remplace également la corvée en nature par une taxe sur les propriétaires. L’impopularité de ces mesures, auprès du peuple comme des classes privilégiées, fragilise sa position.

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Hyacinthe Rigaud utilise une mise en scène qu’il reproduit à l’envi (9) pour les hauts prélats et les grands serviteurs du roi représentés assis ou debout, dans un décor palatial agrémenté d’accessoires. Philibert Orry apparaît de trois quarts, debout jusqu’aux genoux, devant un fauteuil et une table.

La composition s’insère dans un cadre luxueux qui comprend à l’arrière-plan une colonne double et un rideau de velours dont les reflets moirés constituent une marque de fabrique du peintre. Orry pose sa main gauche sur la tranche d’un volume en maroquin (10) rouge tenu debout, ce qui évoque son travail quotidien, en particulier son expertise administrative. La luxueuse table comprend également un encrier argenté et des lettres cachetées de cire rouge.

Philibert Orry

Portrait de Philibert Orry par Hyacinthe Rigaud.

Dans sa main droite, Orry tient une lettre adressée « Au Roy » qui rappelle son devoir de conseil et son rôle majeur dans le gouvernement. Ce splendide portrait d’apparat répond donc à des commandes d’usage, tout en mettant en scène la carrière d’un grand commis de la monarchie française.

Il naît en Champagne en 1689 au sein d’une famille de financiers. Son père est envoyé en Espagne au début du XVIIIe siècle où il exerce la charge de veedor general (contrôleur général). Après un engagement dans l’armée, son fils s’oriente vers la magistrature au sein des parlements de Metz et Paris.

Devenu maître des requêtes (11), il accède à des commissions d’intendant (12) à Soissons, en Roussillon et en Flandre. Son action ministérielle s’inspire de son illustre prédécesseur, ce qui en fait le « Colbert du règne de Louis XV ».

Dans la tradition colbertiste, il mène une politique d’équilibre budgétaire assortie de mesures protectionnistes, d’enquêtes multiformes, d’un soutien du commerce, du développement des manufactures ou encore d’une vaste politique de rénovation des routes. Doté d’une importante capacité de travail, il entretient une colossale correspondance administrative, suggérée sur la toile par les lettres et le livre.

Il accumule les postes et les honneurs : ministre d’État en 1736, directeur général des Bâtiments en 1737, conseiller d’État ordinaire en 1742, grand trésorier commandeur des ordres du roi en 1743. En tant que protecteur des Arts, le ministre côtoie régulièrement les artistes, en particulier Hyacinthe Rigaud qu’il emploie à des missions d’expertise et pensionne après la mort de sa femme en 1743.

Affaibli par les querelles de pouvoir, Orry quitte le Contrôle général le 5 décembre 1745, remplacé par Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville (1701-1794) (12). Perçu comme ambitieux, avide et libertin, le ministre déchaîne les passions à une époque où la calomnie est une puissante arme politique pour dénoncer en vrac les arrêts du Conseil, la favorite du Barry, les dépenses de cour ou les financiers, en bref le despotisme ministériel.

Ce ministre est pourtant doté d’un esprit de modération, d’une grande capacité de travail et, n’en déplaise à ses détracteurs, d’une sensibilité raisonnée pour le peuple, dont il défendit les intérêts dans la guerre des grains. Père d’une fille naturelle qu’il tente de protéger, il a quelques amis auxquels il reste fidèle, sans appartenir néanmoins à aucun clan.

Dans cette biographie, la première sur ce personnage, Marie-Laure Legay brosse le portrait d’un homme méprisé, avec en toile de fond les dernières années du règne de Louis XV, entre relâchement des mœurs et triomphe de la spéculation.

« Derrière les attaques virulentes, ce ne sont pourtant pas les hommes du peuple qu’il faut rechercher mais bien les puissants qui, face aux volontés de l’abbé libertin et ambitieux, perdaient beaucoup !

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