Courant classique et néo-classique en économie : définition et caractéristiques
Le courant classique et ses prolongements néo-classiques forment deux étapes majeures de la pensée économique, chacune apportant des concepts structurants sur la valeur, le fonctionnement des marchés, la répartition des richesses et le rôle de l’État. Ces courants ont cherché, chacun à leur manière, à définir les mécanismes qui gouvernent l’économie et à proposer des prescriptions politiques découlant de ces mécanismes.
Définition et origine du courant classique
En économie, on appelle l'École classique l'ensemble des principaux économistes anglais et français de la seconde moitié du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe siècle. Les historiens et les économistes font souvent commencer l'École classique à la publication de « Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations » (1776) d'Adam Smith. Le terme « École classique » a été utilisé pour la première fois dans « Le Capital » par Karl Marx.
Il s’agit plus d’une période d'intense réflexion économique à la recherche de « lois universelles », que d’une véritable école de pensée strictement cohérente. Les Classiques sont des économistes anglais et français du 18e et 19e siècle : Adam Smith, Jean-Baptiste Say, David Ricardo, Thomas Malthus et John Stuart Mill. Dans un contexte de révolution industrielle, les auteurs classiques analysent les phénomènes économiques et recherchent les lois universelles de l’économie.
Problématiques et concepts centraux chez les Classiques
Leurs préoccupations sont notamment la nature de la richesse, sa création et sa répartition, la monnaie, la valeur, les prix et la croissance. Les Classiques s'interrogent tous sur l’origine et la formation des richesses. Si leurs réflexions divergent sur ce point, ils estiment cependant que l’offre et la demande tendent à s’équilibrer et que les déséquilibres ne sont que provisoires.
Pour les Classiques, contrairement aux mercantilistes, la richesse ne se trouve pas dans l’or. La monnaie n’est pas une finalité en soi mais un moyen pour faciliter les échanges. Un des questionnements majeurs des Classiques concerne le problème de la valeur : comment est déterminée la valeur d’un bien ?
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Les Classiques anglais ont une théorie objective de la valeur : il y a des facteurs objectifs (en l’occurrence le travail) qui permettent d’évaluer la valeur d’un bien. Pour Smith comme pour Ricardo, c’est le travail qui est à la base de cette valeur d’échange. La théorisation de la valeur-travail explique que ce que tous les biens échangeables ont en commun, c’est d’être obtenus grâce au travail. La valeur d’échange se rattache ainsi au coût en travail de production.
À l’opposé, les Classiques français (Say, Turgot, Condillac) ont une conception plus subjective de la valeur : la valeur d’un bien est déterminée par son utilité. Say développe la loi des débouchés (« toute offre crée sa propre demande ») et suppose que la monnaie est neutre : l’argent gagné par la vente d’un produit sert uniquement à acheter d’autres produits.
Division du travail, productivité et croissance
Pour Smith, la cause de la richesse d’une nation se trouve dans sa capacité à produire et à échanger des biens. Le facteur décisif pour la production est la productivité du travail, qui peut être améliorée avec la spécialisation (ou division) du travail. Smith valorise l’épargne que la classe capitaliste réalise avec ses profits, estimant que c’est de l’épargne que vient l’investissement.
Rôle limité de l’État selon les Classiques
Les économistes classiques sont néanmoins, dans l’ensemble, d’accord sur un point : l’intervention directe de l’État dans l’économie doit être limitée au minimum nécessaire pour garantir le bon fonctionnement du marché. La liberté est aussi économique : la libre circulation des marchandises est prônée, tout comme une intervention minimale de l’État. La métaphore de la « main invisible » de Smith signifie qu’en laissant les individus agir selon leur intérêt personnel, le bien-être général est assuré.
Transition vers le courant néo-classique : continuité et ruptures
À partir de la fin du 19ème siècle, les économistes néo-classiques vont reprendre les principes de la pensée classique. Les auteurs néo-classiques vont utiliser la formalisation mathématique pour démontrer leurs théories. La thèse centrale de l’École néo-classique est que les marchés ont des mécanismes autorégulateurs.
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Cela signifie qu’en l’absence d’intervention extérieure, ces mécanismes autorégulateurs permettent d’obtenir l’optimum économique. La pensée néo-classique a dominé la science économique jusqu’à l’avènement du keynésianisme.
Fondements méthodologiques des néo-classiques
Les néo-classiques utilisent notamment un raisonnement microéconomique à la marge fondé sur le comportement d’un agent rationnel. Celui-ci cherche, grâce à ses arbitrages, à maximiser sa satisfaction en prenant en compte les contraintes qui s’imposent à lui. Les auteurs néo-classiques utilisent le raisonnement à la marge, d’où le terme parfois utilisé de révolution marginaliste.
La microéconomie (en opposition avec la macroéconomie) base ses raisonnements sur les comportements économiques individuels. Les néo-classiques étudient donc le comportement d’un individu sur un marché et expliquent le fonctionnement général d’une économie en accumulant les comportements de tous les individus qui la composent.
LES NEO-CLASSIQUES | DME
Valeur, utilité marginale et détermination des prix
Comme leurs prédécesseurs, les néo-classiques cherchent à déterminer ce qui procure sa valeur à un bien. Ils considèrent que la valeur d’un bien dépend de l’utilité que le bien en question procure. Cela implique que le prix d’un bien dépend du désir du consommateur de l’acquérir.
La valeur d’un bien sur un marché va dépendre de l’utilité qu’il va procurer à son consommateur, et de manière plus précise, de l’utilité que va lui procurer la dernière unité consommée, c’est-à-dire l’utilité marginale. L’utilité marginale d’un bien est décroissante : au fur et à mesure qu’un bien est consommé, l’utilité de la dernière unité est plus faible que l’utilité de l’avant-dernière unité.
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Le principe de l’utilité marginale décroissante permet d’expliquer pourquoi la demande est décroissante par rapport au prix sur un marché. Le prix qu’un individu est prêt à payer afin d’obtenir un bien équivaut à l’utilité maximale qu’il accorde à ce bien.
Offre, coûts marginaux et comportement du producteur
L’offre correspond à la quantité produite proposée sur un marché par les différentes entreprises. Les producteurs subissent des coûts de production qui augmentent en même temps que le volume de la production. Le coût de la dernière unité produite, c’est-à-dire le coût marginal, est croissant. Tant que le coût marginal est inférieur au prix de vente, le producteur a intérêt à augmenter sa production.
Le profit est maximal lorsque le coût marginal est équivalent au prix de vente. Le producteur, quant à lui, décide de fabriquer tel ou tel produit dans le but de maximiser son profit, en prenant en compte son coût de production : c’est la théorie du producteur.
Facteurs de production et productivité marginale
Pour produire, un producteur doit réunir deux facteurs de production, que sont le travail (les salariés) et le capital (les machines). Pour les néo-classiques, les facteurs de production sont rémunérés selon leur productivité marginale. La productivité permet de mesurer l’efficacité des facteurs de production et de leur combinaison.
La productivité marginale mesure l’accroissement de la production à la suite de l’augmentation d’une unité de facteur, sachant que l’autre facteur reste stable. Les économistes néo-classiques ont voulu démontrer que la productivité marginale des facteurs est décroissante, mécanique qui correspond à la loi des rendements décroissants.
Concurrence pure et parfaite : conditions et rôle d'arbitre
Les économistes néo-classiques considèrent que le marché avec une concurrence pure et parfaite est le meilleur système d’organisation pour l’économie, car il permet de corriger automatiquement les déséquilibres. Pour être soumis à la concurrence pure et parfaite, un marché doit respecter cinq propriétés : l'atomicité de l’offre et de la demande, l’homogénéité des produits, la libre entrée et sortie, l’accès à une information parfaite et la fluidité de l’offre et de la demande.
- Atomicité : grande quantité d’offreurs et de demandeurs, aucun agent ne peut, seul, influencer le marché.
- Homogénéité : produits similaires ne différant que par les prix.
- Libre entrée et sortie : pas de barrières dissuasives à l’entrée/sortie du marché.
- Information parfaite : offreurs et demandeurs parfaitement informés à tout moment.
- Fluidité : facteurs de production transférables entre marchés (libre circulation).
Ces conditions servent de modèle théorique de référence ; la concurrence pure et parfaite n’existe que comme idéal, et de nombreux contre-exemples pratiques existent (par exemple, la rareté de médecins libéraux dans les zones rurales).
L’équilibre général et l’optimum de Pareto
L’économiste français Léon Walras a étudié la notion de marché et démontré mathématiquement qu’il existait un équilibre général sur tous les marchés en même temps. Dans sa logique, tous les marchés sont dépendants les uns des autres : la variation d’un prix sur l’un des marchés a des conséquences sur la demande et l’offre de tous les autres marchés.
Selon Léon Walras, pour que l’économie atteigne le prix d’équilibre, elle procède par tâtonnement, expliqué par la présence d’un agent fictif, le commissaire-priseur, qui ajuste le prix jusqu’à l’équilibre. Quand l’équilibre général est atteint, tous les facteurs de production sont utilisés à leurs capacités maximales, le plein-emploi est atteint et tous les consommateurs arrivent à trouver satisfaction de leurs demandes. L’équilibre général de Walras rejoint l’idée de la main invisible d’Adam Smith.
Vilfredo Pareto a complété les travaux de Walras en démontrant que l’équilibre général walrasien permet d’avoir une allocation optimale des ressources : il n’est alors plus possible d’augmenter la satisfaction d’un individu sans diminuer celle d’un autre, ce qui constitue l’optimum de Pareto.
Conséquences politiques : libéralisme, rôle de l’État et politiques économiques
La doctrine libérale prône la liberté du marché et la suppression des barrières à la concurrence. L’État-gendarme est une vision de l’intervention de l’État dans laquelle ce dernier doit se concentrer sur les fonctions régaliennes et veiller au bon fonctionnement du marché et au libre exercice des libertés individuelles. Sur le plan économique, il doit seulement veiller au bon fonctionnement du marché et au libre exercice des libertés individuelles.
Les économistes libéraux reconnaissent toutefois un intérêt à l’intervention de l’État pour deux catégories de besoins : d’une part les activités qui ne sont pas rentables pour les entreprises privées (grands travaux sur le long terme ou investissements très importants) et, d’autre part, la réglementation minimale nécessaire au fonctionnement du marché.
Sur la politique économique, les néo-classiques préconisent une orientation libérale : libéralisation totale des prix, privatisation des entreprises publiques, réduction des dépenses publiques et soutien des initiatives privées. Concernant la monnaie, la majorité des premiers auteurs néo-classiques adopte l’idée de la neutralité de la monnaie : la monnaie est un « voile » facilitant les échanges.
Marché du travail et chômage selon les néo-classiques
Si tous les critères de la concurrence pure et parfaite sont respectés, alors le marché du travail s’établit à l’équilibre, c’est-à-dire au plein-emploi. Selon les néo-classiques, il faut laisser le marché se réguler seul, quitte à accepter une baisse du salaire d’équilibre afin de résorber le chômage si nécessaire.
Selon la théorie néo-classique, les entreprises génèrent une demande de travail qui répond à une offre de travail des travailleurs. Les entreprises embauchent tant que la productivité marginale du travail reste supérieure au salaire proposé.
Limites et critiques
Les économistes néo-classiques présentent des hypothèses qui ne sont pas réalistes : rationalité parfaite des agents, information parfaite, mobilité parfaite des facteurs, absence de rigidités. Ces hypothèses servent seulement à démontrer le fonctionnement d’une économie dans un cadre théorique. La pensée néo-classique a été critiquée notamment par l’émergence du keynésianisme qui remet en cause la capacité d’autorégulation des marchés et l’idée que la monnaie soit neutre.
Tableau synthétique : éléments centraux des deux courants
| Thème | Classiques | Néo-classiques |
|---|---|---|
| Valeur | Théorie du travail (valeur-travail) / conception mixte | Utilité, utilité marginale (valeur subjective) |
| Méthode | Analyse historique, philosophique et descriptive | Formalisation mathématique, microéconomie à la marge |
| Marché | Confiance en l’équilibre par la concurrence | Concurrence pure et parfaite, équilibre général (Walras) |
| Rôle de l'État | Limité, fonctions régaliennes, libre-échange | État minimal (État-gendarme), interventions limitées |
| Politique économique | Soutien à la production, épargne-investissement | Libéralisation, privatisations, politiques structurelles |
Les apports des Classiques et des néo-classiques ont profondément structuré la science économique : les premiers ont posé des questionnements fondamentaux sur la richesse, la valeur-travail, la division du travail et la croissance ; les seconds ont formalisé le raisonnement marginaliste, développé les outils microéconomiques et théorisé les conditions d’un équilibre général et d’une allocation optimale des ressources.
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