Concept et méthodes de création de valeur en finance d’entreprise
En finance d'entreprise, la création de valeur est un objectif central. Elle se définit comme la capacité d'une entreprise à réaliser des investissements dont le taux de rentabilité est supérieur au coût du capital investi, créant ainsi un surplus économique pour ses investisseurs. Pour mesurer cette création de valeur, différentes méthodes de valorisation sont utilisées, intégrant à la fois les actifs, les bénéfices futurs, et le contexte de marché.
La valorisation en finance d’entreprise : concepts clés
La valorisation d’une entreprise est un exercice fondamental en M&A et Corporate Finance. Elle ne correspond pas à un prix fixe, mais plutôt à une fourchette de valeurs exprimées notamment par l’« Enterprise Value » (valeur totale de l'entreprise indépendamment de sa structure financière) et l’« Equity Value » (valeur revenant aux actionnaires). Ces valeurs servent à définir un prix plancher lors d’une vente, un prix plafond dans une acquisition ou une estimation préliminaire dans un pitch commercial.
Il est essentiel de comprendre que la valorisation repose sur l’évaluation de plusieurs éléments :
- Les actifs détenus par l’entreprise, net du passif (méthode patrimoniale).
- Les performances économiques futures anticipées et leur actualisation (méthode intrinsèque ou DCF).
- Les comparaisons avec d’autres entreprises similaires ou opérations récentes (méthodes analogiques).
Les principales méthodes de valorisation
1. Les méthodes comparatives
Les méthodes analogiques regroupent les comparables boursiers et les transactions précédentes. Elles consistent à analyser un échantillon d’entreprises analogues cotées en bourse ou récemment acquises, pour en extraire des multiples financiers (classiquement EV/EBITDA).
Le banquier d’affaires applique ainsi la moyenne ou la médiane de ces multiples sur l’entreprise cible pour estimer sa valeur. Ces méthodes s’appuient sur la disponibilité de données fiables et une sélection rigoureuse des comparables. Elles reflètent le prix que le marché ou les acquéreurs ont récemment accepté de payer pour des entreprises similaires.
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2. La méthode intrinsèque par Discounted Cash Flows (DCF)
La méthode DCF évalue la valeur de l’entreprise à partir de la valeur actualisée des flux de trésorerie futurs disponibles (« Free Cash Flows ») qu’elle générera. Elle se base principalement sur le plan d’affaires de l’entreprise sur une période généralement de 5 à 7 ans.
Les flux sont actualisés au taux moyen pondéré du capital (WACC ou CMPC) qui reflète le coût global du financement et le risque associé. La somme des flux actualisés sur l’horizon explicite, à laquelle s’ajoute la valeur terminale - calculée souvent via la méthode de Gordon-Shapiro ou sur la base des multiples - aboutit à la valeur globale de l’entreprise. Cette approche est dite « intrinsèque » car elle repose sur les fondamentaux économiques de la cible elle-même.
3. Autres méthodes complémentaires
On recense également :
- La méthode du cours de l’action (« Share Price »), qui se base sur la moyenne récente du cours boursier, utile en contexte d'offres publiques.
- La méthode LBO, utilisée par les fonds de Private Equity pour déterminer le prix d’achat maximal qu’ils peuvent justifier en fonction des contraintes de financement et de rendement.
- Les méthodes patrimoniales, qui évaluent séparément les actifs et passifs de l’entreprise avant de calculer la valeur nette. Utile notamment pour les entreprises sans projet de croissance active ou en liquidation.
La mesure de la création de valeur économique : l’Economic Value Added (EVA)
La création de valeur au sein d’une entreprise peut être quantifiée par l’Economic Value Added (EVA). Cette mesure économique correspond à la différence entre le résultat d’exploitation et le coût du capital utilisé (coût moyen pondéré du capital appliqué aux actifs économiques).
Un EVA positif indique que l’entreprise génère un « surprofit » au-delà du rendement exigé par les investisseurs, tandis qu’un EVA négatif signifie une destruction de valeur. Cette notion met l'accent sur la nécessité de générer des profits qui couvrent le coût des ressources engagées.
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Il est important de ne pas réduire la création de valeur aux seuls actionnaires. En effet, une entreprise doit aussi considérer les intérêts des créanciers, salariés, clients, et autres parties prenantes. Dans ce cadre, l’EVA peut être généralisé pour prendre en compte la valeur créée ou captée par chacun de ces groupes, étendant ainsi la mesure classique aux dimensions liées à la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE).
L’EVA et les relations entre actionnaires et créanciers
Souvent, la création de valeur pour l’actionnaire ne coïncide pas exactement avec la valeur créée pour les créanciers. Par exemple, si l’entreprise choisit une politique d’investissement plus risquée, cela peut accroître l’EVA des actionnaires mais réduire la valeur des dettes en raison du risque accru. Ainsi, la création de valeur globale de l’entreprise est la somme de la création de valeur pour les actionnaires et les créanciers :
EVA (Actif économique) = EVA (Fonds propres) + EVA (Dette)
L’EVA et les intérêts des salariés
Au-delà des actionnaires et créanciers, les salariés contribuent aussi par leur capital humain. Le surplus lié à une rémunération inférieure ou supérieure au niveau normal peut être assimilé à des formes de capture ou d’exploitation, affectant la création et la répartition de valeur au sein de l’entreprise.
Des études empiriques, notamment aux États-Unis, indiquent que la rentabilité actionnariale élevée ne s’accompagne pas forcément d’une baisse de la rentabilité salariale, témoignant d’une corrélation positive entre bénéfices pour actionnaires et salariés dans certains secteurs, ce qui suggère que la rente créée profite à tous.
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Approches opérationnelles pour créer et capter la valeur
1. Comptabilité par activités (ABC)
Cette méthode consiste à identifier et affecter précisément les coûts aux activités génératrices de valeur, permettant de révéler les coûts cachés et d’orienter les efforts d’optimisation.
2. L’approche Kaizen
Originaire du Japon, Kaizen prône une amélioration continue et graduelle des processus, impliquant tous les collaborateurs et privilégiant la standardisation et l’élimination des gaspillages.
3. Cartographie de la chaîne de valeur (VSM)
Ce puissant outil Lean visualise les flux matériels et d’information, identifie les goulets d’étranglement, met en évidence activités à valeur ajoutée et gaspillages pour structurer les plans d’amélioration.
4. Gestion stratégique des approvisionnements
Elle dépasse la simple négociation des prix pour instaurer une collaboration avec les fournisseurs qui crée de la valeur partagée, en optimisant le coût total d’acquisition et intégrant les fournisseurs dans l’innovation.
5. Tarification basée sur la valeur
Cette méthode ajuste les prix en fonction de la valeur perçue par les clients plutôt que des coûts ou de la concurrence, maximisant ainsi la marge tout en renforçant la satisfaction client.
Implantation d’un système de gestion par la valeur
La création de valeur est une démarche stratégique qui doit être intégrée dans tous les niveaux et fonctions de l’entreprise, avec des outils adaptés aux différentes unités opérationnelles (« rivières de valeur »). Cela implique :
- La mesure fine du profit économique à chaque niveau (SBU, division, produit, marché…).
- La liaison entre performance et politique de rémunération (salaires fixes et bonus variables).
- L’adaptation du système d’information pour suivre les indicateurs clés et réaliser des simulations.
- Une communication interne et externe cohérente, facilitant la prise de décisions stratégiques et opérationnelles.
Cette démarche peut nécessiter plusieurs mois voire années selon la taille et la complexité de l’entreprise, mais elle favorise une valorisation durable grâce à une meilleure maîtrise des facteurs économiques et humains.
Les fondements théoriques complémentaires
La théorie du signal souligne que les décisions financières peuvent être utilisées pour réduire l’asymétrie d’information entre acteurs internes et externes à l’entreprise, influençant la valorisation et les politiques d’investissement. Par ailleurs, la théorie de l’agence met en lumière les divergences d’objectifs entre actionnaires, dirigeants, et créanciers, justifiant certains mécanismes (endettement, actions de performance) pour réaligner ces intérêts vers la création de valeur.
En définitive, la création de valeur en entreprise est à la fois un objectif économique et un processus managérial complexe, nécessitant une combinaison de méthodes d’évaluation rigoureuses, une gestion stratégique des ressources et une intégration des parties prenantes internes et externes.
Finance : Comprendre les différentes méthodes de valorisation !
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