Thomas Cook: analyse de la cessation d’activité et des implications financières et industrielles
Alors que l’actualité économique française est focalisée sur les difficultés voire les faillites de deux compagnies aériennes françaises, Aigle Azur et XL Airways, le Royaume‑Uni est aux prises dans un secteur similaire avec un problème bien plus grave. Thomas Cook, le plus ancien voyagiste de la planète, créé en 1841, a fait faillite le 23 septembre 2019. Le voyagiste, implanté dans 16 pays, employait 21 000 salariés (à comparer aux 1 150 de Aigle Azur et aux 600 d’XL Airways).
Les négociations ont duré tout le week-end du 21 et 22 septembre, mais le plan de sauvetage de 900 millions de livres conduit par le groupe chinois Fosun (premier actionnaire et également propriétaire du Club Méditerranée) n’a pas reçu l’aval des créanciers qui réclamaient 200 millions de plus. Et ceci même si le coût du rapatriement des clients britanniques de Thomas Cook, 113 millions de livres, le coût de la mise en difficulté de ses fournisseurs ainsi que les futures recettes fiscales perdues dépasseront vraisemblablement les 150 millions de livres qui avaient été demandées pour son sauvetage à l’État britannique.
Il réitère ainsi sans surprise la doctrine économique gouvernementale de non‑intervention dans les affaires des entreprises qui avait déjà prévalu lors de la faillite de Carillion, le n°2 britannique du BTP, en 2018. Plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer la faillite de Thomas Cook, notamment par ses dirigeants. Cette désaffection aurait en outre été renforcée par les préoccupations environnementales des consommateurs qui se sont traduites par le mouvement « no fly » ou « fly less », en particulier en Europe du Nord.
En second lieu, la concurrence des agences en lignes aux coûts plus faibles ou l’arrivée disruptive d’un concurrent comme Airbnb auraient changé les habitudes de consommation et expliqueraient les difficultés commerciales de Thomas Cook. Mais comme l’indique The Guardian, « Thomas Cook a réussi à vendre 11 millions de vacances à forfait tout compris l’année dernière. Les banques qui ont refusé le plan de recapitalisation n’ont par ailleurs cessé de demander son augmentation (de 750 millions de livres à l’origine, puis 900, puis 1,1 milliard), mais elles avancent qu’elles ont été trop sollicitées par cette entreprise depuis de trop longues années.
Si l’on essaye de démêler la situation, nous pouvons nous livrer par analogie macabre à une autopsie financière de Thomas Cook en commençant par son endettement financier, celui‑ci étant factuellement à l’origine de la faillite. Thomas Cook exerçait son activité dans deux domaines principaux et complémentaires, celle de tour opérateur proposant principalement des voyages tout compris via son réseau d’agences physiques et en ligne, et celle de transporteur aérien avec une flotte de 100 avions (dont 22 possédés en propre).
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Si l’on compare son dynamisme au groupe allemand TUI, premier groupe touristique européen, on constate que, si l’activité de Thomas Cook a connu un regain sur les deux dernières années, elle reste assez étale de 2010 à 2018. De surcroît et quelle que soit la conjoncture économique de 2010 à 2018, Thomas Cook peine à dégager des marges au niveau du résultat net (RN) qui, même au plus haut, reste très faible. Ces mauvaises performances opérationnelles pèsent alors sur les cash‑flows générés par l’exploitation.
Les résultats de cette rapide autopsie financière sont assez tranchés. Les explications externes invoquées par le management comme les circonstances conjoncturelles (climat, Brexit, prix du kérosène, etc.), les contraintes sectorielles liées à l’apparition de nouveaux concurrents, ou la trop grande frilosité des banques, ne sont certes pas anodines, mais semblent avoir moins pesé que celle de la défaillance des dirigeants. Ces derniers n’ont pas su renouveler le business model de l’entreprise au cours des années, pas plus que restructurer à froid sa structure de financement, la conduisant vers une faillite inéluctable au moindre problème conjoncturel. Le niveau très (trop) élevé de leurs rémunérations jusqu’au bout ne permet même pas de leur fournir des circonstances atténuantes.
Thomas Cook Group était une entreprise britannique du secteur touristique, originellement créée vers le milieu du XIXe siècle en Angleterre. Thomas Cook est né le 22 novembre 1808 à Melbourne dans le Derbyshire. L'histoire du voyage organisé commence : Thomas Cook organise en 1845 les premiers voyages vers Liverpool et en 1855 les premiers voyages à travers l'Europe pour les touristes britanniques. Au départ de Londres, l'itinéraire passe par Bruxelles, Cologne, Heidelberg, Baden-Baden, Strasbourg, Paris, Le Havre, Lille ou Dieppe.
En 1864, John Mason Cook rejoint son père dans les affaires. Il s’occupe en 1866 du premier voyage en Amérique. Il y a eu en 1869 la première croisière sur le Nil à bord d'un bateau à vapeur. D'autres voyages cette année mènnent en Palestine et à Suez pour l'inauguration du canal. Dans les années 1870, l'entreprise crée les tout premiers propres agences de voyages à Bruxelles, Cologne, Vienne et plus tard en 1881 à Paris. L’entreprise « Thomas Cook & Son » est fondée en 1871, avec John Mason Cook comme partenaire officiel.
En 1874 à New York, Thomas Cook introduit un autre outil important pour le tourisme : la lettre de crédit de voyages Thomas Cook, ancêtre du chèque de voyages. John Mason Cook parie sur l’internationalisation de l’entreprise familiale: il diffuse à partir de 1879 « The Excursionist », catalogue inventé en 1851 par son père. Il peut ainsi informer sur ses offres des clients en France, Allemagne, Inde, Australie, Asie, Amérique et au Moyen‑Orient. La même année, Thomas Cook se retire des affaires. Thomas Cook meurt le 18 juillet 1892 à l'âge de 83 ans, suivi en 1899 de John Mason Cook.
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En février 2007, il est annoncé que Thomas Cook AG et My Travel Group plc doivent fusionner. Les entreprises prévoient alors de réaliser des économies de plus de 75 millions de livres sterling par an, à la suite de l’intégration. En 1900, Thomas Cook & Son devient leader mondial dans la branche touristique. Après la Seconde Guerre mondiale, en 1948 Thomas Cook & Son est nationalisée et intégrée à l’entreprise des chemins de fer British Railways. Ce n’est qu’en 1972 que l’entreprise redevient une entreprise privée.
En 1977, la Midland Bank devient le seul propriétaire de Thomas Cook & Son. En 1992, la banque Westdeutsche Landesbank et la compagnie aérienne LTU absorbent Thomas Cook. La filiale de voyages d’affaires est vendue à American Express. La même année, Thomas Cook lance son site web sur Internet: Thomas Cook est la première entreprise touristique britannique à proposer en ligne des voyages et d’autres services. En 1996 Thomas Cook acquiert Sunworld et Time Off; l’entreprise fonde le département Global Services. En 1999 est créée la marque ombrelle JMC et devient le troisième voyagiste britannique.
La Preussag acquiert 24,9 % des actions de Thomas‑Cook. À partir de 2007, les dettes héritées et la concurrence numérique conduisent à une dégradation de la situation financière. Au premier semestre 2019, l’entreprise déclare une perte de plus de 1,5 milliard de livres sur un chiffre d’affaires de plus de 10 milliards. Dans la semaine du 16 au 22 septembre, des créanciers demandent 200 millions de livres supplémentaires pour un plan de sauvetage déjà accepté de 900 millions par Fosun. Le 23 septembre 2019, Thomas Cook Group PLC se place en liquidation, entraînant le rapatriement massif des clients et l’intervention des autorités nationales.
Pour le Royaume‑Uni, l’opération de rapatriement, baptisée « Opération Matterhorn », constitue la plus vaste mission de rapatriement de civils en temps de paix. En octobre 2019, Hays Travel annonce la reprise de 555 agences et 2 500 emplois. En France, Thomas Cook France, filiale locale, déclare sa cessation de paiements et organise une mise en redressement judiciaire, avec 780 salariés et 172 agences. Le tribunal de commerce de Nanterre est saisi et prévoit des offres de reprise; plusieurs repreneurs potentiels sont avancés dans les mois qui suivent.
La série noire dans le secteur du tourisme continue. La faillite n’implique pas nécessairement la fin du tourisme, mais celle d’un modèle d’intégration verticale où l’on devait être propriétaire de toute la chaîne du tourisme. Les coûts d’exploitation élevés et l’incapacité à s’adapter au numérique et aux nouvelles formes de demande ont été déterminants.
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- Rapport entre dette, modèle d’affaires et coûts d’exploitation.
- Rôle des recréanciers et des banques dans le sauvetage manqué.
- Rapatriement massif et coordination européenne des procédures d’insolvabilité.
À l’issue, l’avenir de Thomas Cook demeure incertain, mais les assets non consolidés et les marques hôtelières associées comme Casa Cook ou Cook’s Club pourraient être reprises par des opérateurs du secteur dans les mois à venir. Le processus de redressement et les audits internes révéleront les meilleures options de reprise et les voies de continuité pour les agences et les hôtels affiliés.
Faillite de Thomas Cook : quand le tourisme bat de l'aile
Le débat persiste sur le salut des filiales et la coordination européenne des procédures. Le droit applicable passe des litiges anglais aux législations nationales des pays où les filiales sont immatriculées, ce qui rend la liquidation complexe et suscitant des ouvertures temporaires de redressement dans plusieurs juridictions.
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