Définition du mot entrepreneur: Histoire, motivations et distinctions

Le terme "entrepreneur" est spécifiquement français, au point d’avoir été repris dans la langue anglaise. Mais savez-vous réellement ce que cela signifie ? Voici quelques repères pour y voir clair.

Opportunité d'affaires

Origines et évolution du mot entrepreneur

Apparu dès le Moyen Âge, ce mot a d’abord été lié à l’univers de la chevalerie avant de toucher la sphère économique. Au XIIe siècle, de fait, quand le mot commence à être utilisé régulièrement, il dépend de l’univers de la chevalerie : le “chevalier entrepreneur” dans le roman courtois, est celui qui mène des actions héroïques de combat, visant à défendre une cause juste.

Au XIIIe siècle, l’entreprise est le fait de mener une action sur la base d’un contrat préalable, où le prix est négocié à l’avance. Et du côté de ce qu’on appelle les métiers, c’est-à-dire l’ensemble des artisans, sont “entrepreneurs” ceux qui viennent déroger aux règles qui régissent les différents corps de métier.

De façon schématique, c’est bien le XVIIIe siècle qui va consolider l’appartenance des termes “entrepreneur” et “entreprise” à la sphère économique, à condition de garder à l’esprit le fait que ces deux mots ont eu des sens très flous et glissants, preuve de l’évolution historique à l'œuvre.

Le XVIIIe siècle est aussi celui des premières théories économiques, qui s’efforcent de donner corps au terme entrepreneur. "L’entrepreneur” est de plus en plus remplacé par exemple par “l’entrepreneur en bâtiment”. La construction est d’ailleurs le premier domaine où le terme d’entrepreneur s’applique sans ambiguïté, puisque dans les dictionnaires, l’entrepreneur est celui qui conduit un ouvrage en bâtiment.

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Chez le français Cantillon, l’entrepreneur est celui qui s’engage dans une activité par son travail et son argent, mais sans certitude de l’avantage qu’il en tirera. Dans cet effort de définition de l’entrepreneur, les notions de risque et d’innovation émergent pour imprégner durablement le mot jusqu’à nos jours.

Au tournant du 19e siècle, apparaît l’expression d’entrepreneur “en industrie”. Avec l’affirmation progressive d’une logique capitaliste (investir pour gagner plus en retour), la définition de l’entrepreneur oscille alors entre la conduite d’une industrie et la gestion d’un capital.

Qu'est-ce qu'un entrepreneur aujourd'hui?

Difficile de donner une définition de l'entrepreneur tant les profils sont divers. Les transformations profondes (digitalisation de l'économie, globalisation des activités, mutation des relations employeurs-employés) que nous vivons, individuellement et collectivement, ont une implication majeure : nos économies et nos organisations ont un besoin croissant d'entrepreneurs passionnés, motivés et préparés pour affronter les défis d'un monde de plus en plus complexe et incertain.

Selon économie.gouv.fr, l'âge moyen des entrepreneurs en France était de 38 ans et demi en 2016. Alors que le nombre de créations d’entreprises progresse chaque année en France, alors que de plus en de Français, notamment les jeunes, se tournent vers l’entrepreneuriat, alors que les mythes des grands chefs d’entreprises tels que Steve Jobs séduisent (les succès cinématographiques et de librairie en témoignent), il peut être intéressant de se pencher sur ce qu’est un entrepreneur.

Un entrepreneur est une personne à l'origine de la création d'une activité économique, dans la plupart des cas ex nihilo. Formulé différemment, un entrepreneur est un chef d'entreprise qui possède les compétences et la motivation suffisantes pour créer une activité économique, se lancer sur un secteur d'activité, créer des emplois, etc.

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Il est également un terme qui apparaît dans la définition de Cantillon est qui fait intégralement partie du concept d’entrepreneur : le risque. Car créer une entreprise, c’est déjà investir des fonds propres, toujours. Aucune banque ne financera un projet dans lequel l’entrepreneur lui-même n’investit pas.

Mais être entrepreneur c’est être aussi responsable, légalement et financièrement, des actions de son entreprise. Mais c’est aussi au quotidien de l’exploitation que l’entrepreneur est confronté au risque : lancement d’un nouveau produit, réalisation d’un investissement, choix d’un prestataire ou d’un fournisseur, embauche d’un salarié, management d’une équipe, réalisation d’une prestation, etc.

L’entrepreneur est celui qui découvre, crée ou exploite les opportunités de mettre sur le marché de nouveaux biens et services, par qui et avec quelles conséquences. Car c’est aussi cela être entrepreneur : savoir saisir et créer des opportunités, constamment, tout en pesant les risques liés à ces opportunités, pour la pérennité de l’entreprise.

En définitive, à la question « entrepreneur est-il un métier ? » ou « qu’est-ce que le métier d’entrepreneur ? », il est difficile de donner une seule et unique réponse. Car pour être agile, proactif et piloter son entreprise, avec une vision, vers l’avenir, il faut à la fois être gestionnaire, commercial, manager, responsable ressources humaines, responsable marketing, communicant, etc… En tout cas au début.

Il apparaît cependant que les définitions « classiques » de l’entrepreneur, héritées de celles de Cantillon, Adam Smith ou encore David Ricardo considèrent que l’entrepreneur a pour « mission », pour fonction sociale, et pour récompense des risques qu’il prend, d’accumuler du capital.

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Et si, certes, « gagner plus d’argent » est la motivation pour 30% des Français qui envisagent de créer une entreprise, d’autres visions voient le jour depuis la fin des années 80. Parmi celles-ci, le concept d’entrepreneuriat social s’est considérablement développé ces dernières années.

Ainsi, en définitive, un entrepreneur est-il avant tout, comme on le considérait déjà au 16ème siècle, « un acteur essentiel du processus économique ». Comme en témoignent les chiffres de la création d’entreprise, en progression constante depuis 2000 : il se créait en moyenne 2,8 fois plus d’entreprises en 2018 qu’en 2000 (et jusqu’à 12 fois plus, concernant les sociétés unipersonnelles par exemple). passant de 47 291 en 2000 à 74 102 en 2017 !

Les 17 qualités indispensables d'un entrepreneur à succès

Les motivations de l'entrepreneur

Les nombreuses études réalisées sur des entrepreneurs font ressortir des motivations et des ressorts psychologiques largement partagés au sein de cette catégorie d'acteurs économiques. Mais cela ne veut pas dire que tous les entrepreneurs présentent ces caractéristiques au même niveau et avec une intensité similaire.

Deux types de motivations sont généralement distinguées, qui conduisent à deux types d'entrepreneurs et d'entrepreneuriat. Les motivations dites pull (du verbe « tirer » en anglais), comme le besoin d'indépendance, d'accomplissement, la recherche d'autonomie, de liberté, de reconnaissance, de statut, de « fun », ou encore l'envie du challenge, de gagner de l'argent, de relever des défis, viennent de facteurs plutôt positifs. Dotés de ces motivations pull, les entrepreneurs concernés s'engagent dans un entrepreneuriat d'opportunité.

Le second type de motivations est qualifié de push (du verbe « pousser » en anglais), et entraîne souvent les individus dans un entrepreneuriat de nécessité ou de survie. Les motivations pull constituent déjà de puissants ressorts psychologiques.

Dans une approche volontairement restrictive, la documentation existante proposant plusieurs dizaines de facteurs, nous considérons qu'il est difficile d'entreprendre et d'avoir des comportements entrepreneuriaux sans disposer d'un contrôle interne (sentiment de contrôler directement le cours des choses) et d'un minimum de confiance en soi, de tolérance à l'ambiguïté, de résistance au stress, de persistance et de résilience (capacité à rebondir dans des circonstances d'erreurs et d'échecs aux conséquences importantes).

Un construit de psychologie reprend certains de ces facteurs, et de nombreuses études ont montré que les entrepreneurs disposent d'un capital psychologique élevé. Comme nous l'avons vu précédemment, ces différences ne portent pas sur ce qu'ils sont, mais sur ce qu'ils font, sur la manière singulière dont les entrepreneurs pensent, décident et agissent dans des situations difficilement prédictibles.

Les qualités de l'entrepreneur

Entrepreneur vs Manager vs Chef d'entreprise

Entreprendre est un processus de création de valeur nouvelle, dans une double dynamique de changement pour l'individu et pour l'environnement, qui a un début, une durée et une fin. Il n'y a pas de statut d'entrepreneur comme il y en a un pour des chefs d'entreprise et des dirigeants, lié à leurs mandats sociaux.

Tous les chefs d'entreprise ne sont pas des entrepreneurs, ils peuvent être dans d'autres situations et fonctions, non reliées à l'entrepreneuriat. Tous les entrepreneurs ne sont pas des chefs d'entreprise (l'abbé Pierre, par exemple, a été un entrepreneur lorsqu'il a créé le mouvement Emmaüs).

Nous allons développer plus précisément dans ce qui suit les différences entre deux fonctions, celle qui permet d'explorer (l'entrepreneuriat) et celle qui permet d'exploiter le résultat de l'exploration (le management). Nous allons utiliser deux approches pour essayer de bien mettre en évidence les différences en termes de comportements et de compétences.

L'exploration est la fonction principale de l'entrepreneur en situation. L'exploration peut consister à s'aventurer dans des territoires inconnus (nouveaux marchés), à développer des produits nouveaux, à inventer de nouvelles technologies, à apporter des solutions innovantes.

Dans une seconde approche, l'entrepreneur est distingué du manager par son orientation vers les opportunités, sa propension à se saisir rapidement des opportunités identifiées, son rapport aux ressources (capacité à faire beaucoup de choses avec peu de moyens) et le type d'organisation qu'il met en place (structure plate, flexibilité, polyvalence, agilité).

Logique causale vs logique effectuale

La logique causale voit dans l'acteur économique un individu rationnel qui décide d'abord des objectifs et, ensuite, identifie et sélectionne les moyens-ressources nécessaires pour atteindre ces objectifs. Dans cette perspective, l'action est pensée comme un processus linéaire dans lequel la volonté de l'acteur dirige la planification et la gestion des activités. La logique causale sous-tend la démarche de planification et légitime le business plan.

La logique effectuale caractérise le comportement des acteurs économiques confrontés à un niveau d'incertitude élevé. Dans ces situations, ils adoptent une logique de pensée, de décision et d'action différente de celle décrite dans un modèle traditionnel, plus rationnel, de prise de décision (voir le modèle de la causation). Lorsque le niveau d'incertitude est élevé, les objectifs changent, sont façonnés et construits chemin faisant et peuvent parfois relever de contingences et d'aléas.

Au lieu de se focaliser sur les buts, l'acteur s'efforce de contrôler le processus à partir d'une focalisation sur les moyens-ressources disponibles et sous son contrôle. Ces ressources concernent notamment des connaissances, des compétences et des relations.

Penser le comportement entrepreneurial à travers la logique de l'effectuation suppose que le processus soit initié par un examen des ressources disponibles, en se centrant sur une série de questions : Qui suis-je ? Qu'est-ce que je sais ? Qui je connais ? Ces questions permettent d'envisager, compte tenu des réponses apportées, ce qui peut être fait et de choisir entre les différentes possibilités.

Tableau récapitulatif des différences

Caractéristique Entrepreneur Manager
Fonction principale Exploration Exploitation
Orientation Opportunités Objectifs
Ressources Faire beaucoup avec peu Allocation des ressources
Structure Plate, flexible, agile Hiérarchique, structurée
Logique Effectuale Causale

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