Définition du commerce et de l’artisanat et rôle dans la vie économique
Les villes constituent un foyer de demande et d’échanges très actif. Vers l’an mil, le grand commerce se limitait au trafic de produits de luxe réservés à une infime minorité de puissants : l’aristocratie foncière. Mais en l’espace de trois siècles, du 11e au 13e siècle, il s’ouvre à des matières premières, des denrées alimentaires et des produits fabriqués devenus indispensables à des groupes sociaux plus larges : la bourgeoisie urbaine.
Connaissant un climat plus chaud et une plus grande sécurité qu’auparavant, les campagnes du 11e au 13e siècle produisent des surplus agricoles (essentiellement le vin et les céréales) et artisanaux (le plus souvent textiles) qui sont échangés dans des foires locales, puis acheminés vers des foires plus importantes. Les marchands longtemps itinérants (on les appelait « les pieds poudreux ») ont en effet besoin de rendez-vous réguliers pour traiter d’affaires en gros volumes. Les foires répondent à cette demande.
Elles se multiplient dans les régions animées par le grand commerce international : la Flandre (Lille), l’Île-de-France (Saint-Denis), la Champagne (foires de Troyes, Provins, Lagny et Bar-sur-Aube). Leur extraordinaire développement est dû au dynamisme des comtes de Champagne qui ont tout fait pour canaliser dans leur comté ces flux de marchands. Ils ont amélioré le réseau routier (en construisant de nombreux ponts et en entretenant les routes) et fixé des lieux de foires, dont le calendrier couvre presque toute l’année. Les quatre principales villes (Lagny, Troyes, Provins et Bar-sur-Aube) deviennent des lieux de rencontres commerciales recherchés.
Le maître des foires s’appuie sur une chancellerie chargée de rédiger les contrats de vente marqués du sceau des foires (à partir de 1247) et sur des sergents qui veillent à la régularité des accords. Deux tribunaux, l’un comtal et l’autre relevant du maître des foires, traitent les litiges commerciaux, nombreux dans un monde où la monnaie, les poids et les mesures varient d’une région à l’autre. Les marchands étrangers venus de toute l’Europe sont logés par « nations » dans des pâtés de maisons séparés. Les Anglais vendent de la laine, les Flamands des draps et des toiles, les Italiens des soieries, des épices, de l’alun et des produits de luxe (venus d’Orient). Les marchands du Midi offrent des cuirs et les Allemands des fourrures et des cuirs.
Les agents de cette activité se diversifient ; ce ne sont plus quelques spécialistes juifs et italiens, mais des intermédiaires chargés par les seigneurs d’écouler des surplus agricoles, des fils de paysans, des bateliers et des débardeurs prêts à toutes les aventures pour sortir de leur modeste condition. De plus, l’Orient musulman aux grandes villes luxueuses (Bagdad, Alexandrie, Damas) manque de matières premières : bois, fer, étain et main-d’œuvre. Cette demande incite l’Occident à exporter ces produits. Mais, au début du 14e siècle, de nouveaux itinéraires commerciaux délaissent la Champagne. Des Italiens s’établissent en Flandre et en Angleterre, où ils achètent directement les draps. Le marchand sédentaire, représenté dans plusieurs succursales par des facteurs, remplace le marchand itinérant. Paris devient alors, grâce aux Lombards, une grande place financière ; les foires de Champagne périclitent inexorablement, malgré les ordonnances des rois de France pour tenter de les soutenir.
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L’artisanat urbain se distingue de l’artisanat rural par une extrême division des tâches. De plus, l’apprêtage du tissu est bien plus élaboré en ville. Entre l’arrivée de la laine brute et la présentation d’un drap prêt pour la vente, des opérations mécaniques, manuelles et chimiques sont nécessaires : le triage de la laine, le battage, le dégraissage, le peignage ou le cardage, le filage et le dévidage. Vient ensuite le tissage sur des métiers sans cesse perfectionnés. Les dernières opérations sont le foulage, la teinture et les ultimes apprêts du drap. Ces dernières activités très polluantes sont rejetées loin du centre-ville, près des cours d’eau. Les teinturiers ont en permanence les mains en contact de produits corrosifs, d’où leur surnom péjoratif d’ « ongles bleus ».
Les métiers de l’alimentation sont également très dynamiques dans les villes ; de la même manière, une hiérarchie existe entre chaque catégorie, selon des critères de spécialisation mais aussi de pureté et d’impureté : les bouchers qui font couler le sang sont tenus à l’écart. Le terme de « corporation » a été inventé au 18e siècle. Au Moyen Âge, l’on parle d’art, de guilde, de hanse ou de métier, pour désigner des groupements de droit quasi public qui soumettent leurs membres à une discipline collective dans l’exercice de leur profession. Ces groupements accèdent rapidement à la personnalité juridique. Leurs statuts, approuvés et garantis par la commune et/ou le souverain, leur confèrent le monopole dans leur secteur d’activité (tout travail « libre » est dès lors interdit), les chargent de réglementer la profession et leur attribuent une police. Les membres du « métier juré » font le serment de respecter ses statuts et de s’assister mutuellement. Dans le Sud, les métiers reçoivent leurs statuts de la commune, et ce sont les gardes consulaires qui assurent la police de la profession, notamment en Languedoc. Ces « métiers réglés » sont donc soumis aux ordonnances municipales. La hiérarchie interne des métiers repose sur la domination des maîtres sur les compagnons et les apprentis. L’accès à la maîtrise tend à se fermer à la fin du Moyen Âge et à se transmettre au sein des mêmes familles. La vocation de la corporation consiste à défendre les intérêts du groupe, lutter contre la concurrence et organiser l’entraide sociale (secours-maladie et secours-vieillesse).
Tout au long du Moyen Âge, des paysans quittent leur village pour s’installer en ville. Les notions de profit, d’ascension sociale et de liberté, propres à la ville, exercent une attraction certaine sur les paysans plus strictement encadrés dans les contraintes de la seigneurie, lieu de pouvoir et de prélèvement seigneurial. En ville, les bourgeois se créent de nouveaux réseaux de solidarité qui s’entremêlent : la paroisse, la confrérie et le métier, où se retrouvent des compagnons de la même profession. Une véritable culture urbaine voit le jour. Les institutions communales sont le fruit d’un compromis, plus ou moins pacifique, entre le seigneur et une conjuration d’habitants pour obtenir des privilèges : droit de se réunir, de délibérer et de juger. Le mouvement d’affranchissement touche les campagnes comme les villes, qui obtiennent, soit par négociation (Bourges en 1181), soit par la violence (Laon, 1111), des « libertés urbaines ». L’emprise des seigneurs sur les villes est limitée, et ces derniers reconnaissent la montée en puissance (économique et politique) des bourgeoisies marchandes et artisanales. Le plus souvent, contre le paiement annuel d’un cens au seigneur, les habitants de la ville échappent aux multiples redevances et services que ce dernier est en droit d’exiger d’eux. Ces franchises urbaines permettent aux marchands, majoritaires dans le mouvement communal, d’échapper aux tracasseries féodales et d’exercer leur métier en toute sécurité. Dans ce sens, ce mouvement prolonge celui de la paix de Dieu, apparu dès la fin du 10e siècle.
Dans un premier temps, au 12e siècle, les Capétiens tolèrent ces franchises urbaines, puis, au cours du 13e siècle, ils reprennent en main les villes du royaume. La commune de Laon est ainsi cassée par Philippe Auguste dès 1190. Ce nouveau corps politique crée ses propres institutions : conseil d’échevins ou de consuls, dirigé parfois par un magistrat élu pour une année (maire ou bourgmestre). En Italie du Nord et du Centre, ce mouvement aboutit à la création de quasi-républiques urbaines qui imposent durement leur domination aux campagnes environnantes (contado). Les monuments emblématiques du mouvement communal sont l’hôtel de ville avec son beffroi, dont les cloches rythment « le temps du marchand » par opposition au « temps de l’Église » (J. Le Goff). Ces institutions produisent leurs propres archives authentifiées par leur sceau et conservées avec le trésor dans la salle du conseil. Des chroniques urbaines transmettent la mémoire propre à la ville.
Entre la plomberie, la maçonnerie, la restauration, la boucherie, la coiffure ou l'aide à la personne, les points communs sont rares. Les métiers de l'artisanat sont regroupés en quatre grandes familles : l'alimentation, le bâtiment, la production et les services. Au-delà des métiers classiques traditionnels, il existe une multitude de métiers reposant sur l’innovation qui appartiennent au secteur de l’artisanat. De nouveaux métiers se développent avec l’apparition de matériaux innovants, des moyens de communication modernes et des technologies de pointe.
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Artisanat aujourd’hui et chiffres clés
L’artisanat aujourd’hui en quelques chiffres: Au premier janvier 2014, on recensait 1 223 615 entreprises artisanales, en croissance de 11,3% sur un an avec une part de 32,3% de part de marché dans le secteur marchand. Le nombre d’actifs en 2013 atteint 2 163 200 salariés et 909 900 non salariés. Le salaire annuel moyen des indépendants est de 23 300€.
Les entreprises artisanales se caractérisent par leur dimension et la nature de leur activité à taille humaine. Elles emploient, dans leur majorité, moins de 10 salariés et se situent souvent dans une logique d’indépendants. Elles forment un tissu dense d'activités au service de la population et de l’économie locale. L’accès à la maîtrise tend à se fermer à la fin du Moyen Âge et à se transmettre au sein des mêmes familles.
En revanche, le statut d’auto-entrepreneur, apparu plus tard, représente une part significative des créations artisanales. En 2014, ils représentent 50% des créations (181 000), avec une croissance de 8%. Cela entraîne parfois des tensions en matière d’équité avec les artisans plus contraints administrativement.
Quelles sont les origines de l'artisanat ? Si on remonte au temps de la Grèce antique, Héphaïstos symbolise le travail manuel et l’artisanat divin. Les grandes révolutions industrielles marquent le début de la disparition progressive des pratiques traditionnelles qui organisaient le monde du travail. Aujourd’hui, les artisans se définissent comme des hommes et des femmes de savoir-faire, qualifiés dans leur métier et dépositaires de ce savoir par l’apprentissage. Ils sont chefs d'entreprise indépendants, tournés vers l’innovation et la durabilité.
On peut définir quatre catégories: l’artisan, le maître-artisan, le maître d’apprentissage et l’artisan d'art. Les entreprises artisanales jouent un rôle social important en termes de créations d’emplois, notamment pour les jeunes, les femmes et les personnes en insertion. Elles constituent un vecteur d’équilibre pour les villes moyennes et les bourgs et créent des liens de proximité avec les habitants et les populations de passage.
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En Île-de-France, entre 15% et 20% de ces entreprises se renouvellent chaque an, et l’espérance de vie moyenne est d’environ 8,2 ans en 2023. Des artisans durables deviennent des pépites locales, tissant des liens avec leur clientèle et leur territoire. L’ancrage territorial est renforcé par la quasi-totalité des dirigeants résidant sur le territoire où ils exercent. Les métiers d’art occupent une place particulière parmi les secteurs artisanaux, soutenus par une stratégie nationale visant à préserver les savoir-faire et à promouvoir la qualité locale.
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Impact contemporain et enjeux
Le commerce et l’artisanat restent le premier pourvoyeur d’emplois en France dans les secteurs du commerce, de l’artisanat et de la restauration. L’économie présentielle, qui s’appuie sur une demande locale et touristique, montre l’importance de l’ancrage territorial des artisans. Les institutions actuelles, comme le Conseil national du commerce et la CNAC, visent à structurer le secteur et à assurer un aménagement harmonieux du territoire, tout en protégeant les consommateurs et l’environnement.
Les artisans contemporains conjuguent savoir-faire traditionnel et innovation, tout en restant sensibles aux défis actuels tels que les modes de consommation numériques et les plateformes de commerce en ligne. La sauvegarde des métiers d’art et le soutien à l’entrepreneuriat artisanal demeurent des priorités pour un développement territorial équilibré et durable.
- Horaires et réseaux de solidarité: paroisse, confrérie et métier.
- Hiérarchie et formation: maître, compagnon et apprenti.
- Rôle social: création d’emplois, lien social et dynamisme local.
| Catégorie | Exemple | Rôle économique |
|---|---|---|
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