Dépenses Contraintes : Définition et Impact sur le Pouvoir d'Achat en France

Il existe parfois un décalage entre la façon dont l’Insee calcule l’évolution du pouvoir d’achat et le ressenti des Français. Souvent évoquée dans le débat public, la notion de dépense contrainte n’est pas toujours définie très clairement. Le terme « dépenses contraintes » est souvent utilisé. Cependant, l’Insee préfère le terme synonyme de dépenses pré-engagées.

Selon la définition de l'Insee, les dépenses contraintes, ce sont toutes les factures que les Français doivent payer, car ils sont liés à un abonnement ou à un contrat. L'Insee emploie l’expression « dépenses préengagées ». Il s’agit de dépenses des ménages « réalisées dans le cadre d’un contrat difficilement renégociable à court terme », sous-entendu qu’il est particulièrement complexe de faire diminuer en cas de baisse de revenus.

Les dépenses préengagées comprennent aussi les services de télécommunication, les frais de cantine, les services de télévision (redevance et abonnements) ainsi que les assurances et les services financiers (frais bancaires). Cet ensemble comprend d’abord les dépenses pour le logement, les loyers et les charges diverses (eau, électricité, gaz, etc.).

Évolution des dépenses contraintes en France

La part des dépenses contraintes [1] dans le revenu des ménages est passée de 13 % au début des années 1960 à 28 % en 2022, selon l’Insee. La hausse a surtout eu lieu des années 1960 jusqu’au milieu des années 1980 : le taux est alors multiplié par plus de deux, de 12 % à 26 % entre 1959 et 1985.

Si la question des dépenses contraintes revient régulièrement sous les feux de l’actualité, ce n’est pas seulement du fait de la stagnation des revenus. C’est aussi que ces dernières ont nettement progressé au cours des dernières décennies : leur part est passée de 12,6 % du revenu disponible brut dans les années 1960 à 28,8 % en 2019, selon l’Insee. Quand on y regarde de plus près, la hausse est loin d’être linéaire. En réalité, l’augmentation s’effectue surtout entre les années 1960 et 1980. Au cours de cette période, la part des dépenses préengagées dans le revenu disponible brut a doublé, de 12,6 % donc en 1960 à 26 % en 1987. Le ratio est quasiment stabilisé durant les années 1990 et se remet à augmenter au cours des années 2000 pour atteindre 29 % dès 2008.

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Dans les années récentes, la part des dépenses contraintes a légèrement diminué, de 30 % en 2013 à 28 % en 2022. Elles ont augmenté au même rythme que celui des revenus, et même, pour le logement, un peu moins vite. Assiste-t-on à un plafonnement durable de ce type de dépenses ? Il faut tout de même noter que les mécanismes qui empêchaient les hausses des tarifs du gaz et de l’électricité ont joué jusqu’en 2023. La situation risque d’être différente à partir de 2024.

Évolution des dépenses contraintes en France de 1960 à 2022
Source: INSEE

L'impact du logement sur les dépenses contraintes

Globalement valable, l’observation détaillée des postes amène à nuancer ce constat. Le logement représente les trois quarts de la dépense contrainte. C’est bien lui qui pèse. Hormis quelques épisodes de répit, comme au cours des années 1970 ou entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2000, les dépenses de logement n’ont quasiment jamais cessé de s’élever, de 9 % à 23 % du budget des ménages. Elles représentent 23 % du revenu disponible brut en 2019 contre 9,5 % en 1960.

L’élévation des charges de logement est le résultat d’une amélioration notable des conditions d’habitation, notamment des années 1960 à 1990. On est contraint, mais on vit dans des logements plus grands, mieux chauffés, mieux équipés, etc. Elle correspond aussi à la hausse des charges d’électricité et de chauffage. Mais elle reflète aussi, en particulier dans les grandes villes, une élévation des loyers liée au déséquilibre entre l’offre de construction et la demande des ménages. S’il y a eu un effet qualité (un meilleur logement), il y a eu aussi un effet prix (on paie plus cher un logement équivalent) qui a accru la contrainte de budget des ménages locataires, notamment chez les jeunes et pour les plus petites surfaces, comme l’a analysé dès le milieu des années 2000 l’économiste Gabrielle Fack 2.

Rien qu’entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 2000 le résultat brut par logement (c’est-à-dire le profit une fois les charges déduites), tous types de logement confondus et sur l’ensemble du territoire, a été multiplié par trois inflation déduite, de 1 000 à 3 000 euros 3.

Inégalités face aux dépenses contraintes

La hausse des dépenses contraintes n’a pas le même effet selon les niveaux de vie. Pour les 20 % du bas de l’échelle des revenus, ces dépenses représentent près du tiers de leur revenu, contre moins d’un cinquième pour les 20 % les plus riches, selon une étude de l’Insee [2](données 2017, les dernières disponibles). « Pour les ménages les plus modestes, les choix de consommation sont plus contraints », résument les auteurs. Et encore, la tranche des 20 % des plus modestes est une fourchette très large. Pour les plus démunis d’entre eux, la part du budget contraint, notamment le loyer, est bien plus élevée et, pour certains, ce qui reste à la fin du mois est quasiment nul.

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Les dépenses pré-engagées pèsent principalement sur les ménages modestes. En effet, pour les plus pauvres (niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté soit 60 % du niveau de vie médian), les dépenses pré-engagées représentent 61 % du revenu disponible.

Comment réduire ses dépenses

Impact sur le revenu arbitrable

Le calcul des dépenses pré-engagées permet de calculer le revenu arbitrable. Il s’agit du revenu disponible duquel on a retiré les dépenses pré-engagées. Les dépenses pré-engagées représentent une part croissante du revenu des ménages, ce qui pèse sur la perception qu’ils ont de leur pouvoir d’achat.

En 1959, les dépenses pré-engagées représentaient en moyenne 12,3 % du revenu disponible des ménages. En 2016 elles atteignaient 29 % du revenu disponible.

Dans un régime de croissance faible depuis près de vingt ans, les tensions sur les revenus et le pouvoir d’achat s’accroissent. Ce sont les dépenses « contraintes ». Le sujet revient régulièrement dans l’actualité à la faveur de la hausse des prix du gaz ou de l’électricité notamment. Le plus souvent, les associations caritatives soulignent la faiblesse de ce qu’il reste aux ménages les plus pauvres pour dépenser librement, une fois payées les charges qui reviennent chaque mois de manière imposée.

« Plus de la moitié des ménages accueillis disposent de moins de 9 euros de reste pour vivre par personne. Quatre ménages sur dix sont même dans l’incapacité de couvrir leurs dépenses », indique le Secours catholique dans son « État de la pauvreté en France 2020 » 1. Un quart des ménages accueillis par l’association disposerait de 4 euros par jour pour l’équivalent d’un adulte. « Le reste pour vivre, lorsqu’il existe, est avant tout un “reste pour survivre” », note le Secours catholique.

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Tableau récapitulatif des dépenses contraintes

Type de Dépense % du Revenu en 1960 % du Revenu en 2019
Logement 9.5% 23%
Assurances 2% 6% (années 1980) puis 3%
Télévision et Télécommunications - 3% (début des années 2000) puis 2%
Manifestation contre la hausse des prix

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