Impact des drogues sur la créativité des artistes TPE
Il est habituel, lorsqu’on parle de drogues, de dire que les artistes en feraient un usage fréquent. Les études dans ce domaine sont rares, elles sont par ailleurs difficiles à mener dans ce milieu mais également au sein de la population générale, car ce n’est pas un sujet sur lequel on s’épanche aisément. L’usage de drogues et de substances psychoactives n’est pas réservé aux populations d’artistes, tous les milieux sociaux sont touchés. Les artistes ne sont pas de gros consommateurs réguliers d’alcool, du moins on peut dire que sur ce point, bien d’autres corps professionnels en font un usage plus important.
Par définition, les drogues créent des états modifiés de conscience chez l’usager, tout comme le font les champignons hallucinogènes, les plantes psychotropes mais aussi la transe chamanique ou le yoga. Ce psychotrope engendre une « hypersensorialité, une exacerbation des sens, ou du moins de certains sens, l’audition et/ ou la vision », écrit Jean Costentin, professeur en pharmacologie à la faculté de Rouen, directeur d’une unité de recherche en neuropsychopharmacologie associée au CNRS et Président du Centre national de prévention, d’études et de recherches en toxicomanie, dans son ouvrage Halte au cannabis !
Ce dernier permet notamment d’accroître la capacité à percevoir plus distinctement les sons. À l’écoute d’un quatuor à cordes, par exemple, nous serions davantage en mesure d’entendre et d’écouter isolément le violoncelle en tant que violoncelle, et non plus que comme un instrument mêlé à une nappe sonore plus ou moins uniforme. Depuis une quinzaine d’années, la recherche en neurologie et en neuropsychologie s’est largement penchée sur l’effet des drogues sur la cognition du consommateur et leurs effets sur sa potentielle créativité.
Histoire et cultures de la prise
Les drogues ont accompagné la création des œuvres d’art, des objets symboliques et des instruments de rituels à toutes les époques et sur tous les continents. Mais cette relation, facilement acceptée quand il s’agit de cultes fondés sur la transe par exemple, provoque la méfiance dans nos sociétés où l’hygiène et l’obsession sanitaire n’autorisent l’absorption des psychotropes qu’en tant que médicaments reconnus, contrôlés par la médecine et par les assurances maladies. Aujourd’hui, l’usage non médicalisé des drogues est associé au risque, à la violence, au trafic, à l’addiction, à la déchéance sociale et individuelle, souvent à la répression.
C’est pourtant un adjuvant fréquent de la création artistique depuis le xixe siècle. Il a été défendu et pratiqué de manière semipublique, parfois même soutenu par des écrits ou des manifestes, par Charles Baudelaire, par les surréalistes, ou plus récemment, dans les années 1960-1970, par les adeptes des voyages sous LSD et de l’art psychédélique. Le statut de la drogue dans l’art reste pourtant ambigu. Les expériences extrêmes et la transgression provoquent autant de fascination que de réprobation.
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Drogues et création: exemples artistiques
Nombreux sont les créateurs, tous domaines et époques confondus, à s’être drogués pour optimiser leur inventivité. Steve Jobs confiait que prendre du LSD avait représenté « une expérience profonde ». Le biologiste Francis Crick, à qui l’on doit la découverte de la structure en double hélice de l’ADN en 1953, semblerait lui aussi avoir touché à la marijuana et au LSD.
Les drogues ont souvent inspiré aux écrivains, musiciens, peintres du XXe siècle leurs œuvres les plus fortes. Les drogues ont toujours été de belles béquilles pour la création artistique. Que ce soit dans la peinture, la littérature, la musique ou le cinéma, les artistes n’ont jamais hésité à utiliser des substances pour développer leur imagination à travers les paradis artificiels. Ainsi, d’Antonin Artaud à Lou Reed, en passant par Jean-Paul Sartre, Jack Kerouac ou William S. Burroughs, le réalisateur invite à un voyage où l’on découvre que les diverses drogues n’ont pas les mêmes effets selon la personnalité de l’usager, le psychédélisme étant « un révélateur d’âme ».
C’est au XXe siècle que la drogue a provoqué le plus d’effets créateurs, notamment chez les musiciens et les écrivains. Parmi eux, quelques génies comme Miles Davis ou Thelonious Monk, qui ont révolutionné le jazz avec des improvisations inspirées par les effets du haschich et de l’héroïne. Mais la drogue les a aussi détruits, comme le montre le cinéaste Otto Preminger dans L’Homme aux bras d’or (1955).
Par la suite, les autres artistes ont plus penché pour le LSD ou la mescaline, nettement plus libératrice pour la création. « Il n’y a rien d’équivalent », assure le peintre Alex Grey, dont les œuvres psychédéliques s’arrachent à prix d’or. Mais c’est dans la littérature que la drogue a eu le plus d’effet. Dès 1936, le poète surréaliste Antonin Artaud part au Mexique pour y rencontrer les Indiens Tarahumaras qui l’initient aux rites du soleil et lui font découvrir le peyotl, sorte de cactus contenant de la mescaline.
Contre-cultures et mouvements
Si le jazz a été profondément révolutionné grâce à la drogue, il en est de même pour la pop music qui se développe avec la contre-culture, née dans les années 1960, et se poursuit dans la foulée des mouvements de 1968. C’est l’apparition des hippies, de groupes comme Grateful Dead et ses sons opiacés, Velvet Underground avec les précurseurs Lou Reed et Andy Warhol, ou les Doors, entraînés par Jim Morrison (« l’ange »), qui décédera à Paris d’une overdose à 28 ans. Tout un univers que l’on retrouve au cinéma avec notamment Easy Rider, de Dennis Hopper, ou dans la BD avec Robert Crumb.
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Selon le réalisateur, les derniers effets des drogues sur l’art se situent au début des années 1990 avec l’apparition des substances de synthèse qui n’ont plus le même effet. Un déclin raconté par l’écrivain Hunter S. Thomson dans son roman Las Vegas Parano, adapté avec succès au cinéma, et qui signe la fin d’une époque.
Drogues et création, une histoire de paradis artificiels - bande annonce (2014)
Expositions et représentations muséales
La maison rouge est un centre d’art parisien privé créé par le collectionneur Antoine de Galbert. Elle invite à un parcours singulier, sans doute jamais vu ailleurs, dans un art réputé marginal, celui des œuvres réalisées après des prises de stupéfiants ou présentant les moyens et les effets des drogues, 250 œuvres de plus de 90 artistes. Le titre, Art sous influences, est conventionnel puisqu’il est difficile d’imaginer un art qui ne le soit pas.
Antoine de Galbert explique dans le catalogue que cette exposition est le fruit de sa rencontre avec Antoine Perpère : « Lors d’un dîner en sa compagnie, écrit-il, la discussion nous entraîna sur son sujet de prédilection, la relation entre psychotropes et création artistique. Il y réfléchissait depuis longtemps et avait déjà son exposition dans la tête ; il ne lui restait plus qu’à trouver un lieu pour l’accueillir. Je pris la décision de lui proposer une carte blanche à La Maison rouge avant l’arrivée du dessert. »
Antoine Perpère est entré comme cadre infirmier au Centre Médical Marmottan de Paris, au service d’hospitalisation d’usagers de drogues à la fin des années 1970. Et depuis 1991, il dirige le service éducatif du Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie de l’association Charonne de Paris. C’est donc un expert, côté médecine, accueil, soins et prévention. Mais c’est aussi un artiste. L’un ne peut pas ignorer l’autre.
Le parcours commence par un bas-relief mésopotamien du viiie siècle avant J.-C., Un personnage tenant une fleur de pavot. Manière de rappeler discrètement l’antiquité des liens entre l’art et les stupéfiants. Puis un couloir-tunnel fragile et tremblant de l’artiste contemporain Carsten Höller, un sas entre le monde ordinaire et le monde extra-ordinaire conduisant à l’exposition.
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Il y a bien sûr de nombreuses œuvres réalisées sous psychotropes qui constituent la partie la plus passionnante de l’exposition, celles d’Henri Michaux ou d’Arnulf Rainer pour ne citer que deux artistes très connus. Il y a des œuvres de partage, comme les photographies de Nan Goldin ou de Larry Clark dans le monde des drogués. Il y a des preuves d’expériences, comme la longue vidéo où Rodney Graham est filmé endormi par un puissant hypnotique, l’Halcion, dans une voiture en mouvement.
L’impression générale est celle de la dispersion, d’une diversité et d’une individualisation extrêmes. Et, en même temps, celle de la persistance de schémas de langages et d’images stéréotypés qui sont signes de l’influence, de la présence des produits dictant partiellement leur loi dans le processus de création.
Quelques artistes et œuvres marquantes
- Francis Picabia, les opiacés à l’œuvre - Punk avant l’heure, dandy dada puis surréaliste, Francis Picabia était un provocateur inventif.
- Henri Michaux, chronique d’une addiction - cultivait un faible pour la mescaline, personnage principal de Misérable Miracle.
- Antonin Artaud, la drogue à la folie - addiction profonde pour l’opium et découverte du peyotl au Mexique.
- Yayoi Kusama, hallucinants mirages - performeuse et plasticienne représentante du mouvement psychédélique.
- Carsten Höller, troublantes perspectives - installations générant le doute et pièces comme Love Drug.
- Jeanne Susplugas, pharmacopée inspirée - œuvres incorporant médicaments et structures chimiques.
- Bryan Lewis Saunders, autoportraits sous influence - séries d’autoportraits réalisés sous différentes drogues.
Effets positifs et négatifs sur la créativité
Les drogues sont perçues comme un moyen d’accroître la sensibilité, d’élargir les perceptions et d’ouvrir des voies nouvelles à l’imagination. Elles ont souvent inspiré aux écrivains, musiciens, peintres du XXe siècle leurs œuvres les plus fortes. C’est ce que nous raconte Jérôme de Missolz dans son documentaire, excellent « trip » sur l’influence psychédélique de la drogue dans l’art à travers des entretiens, très pertinents, et des extraits d’expériences visuelles et sonores impressionnantes.
Des improvisations géniales ont émergé, notamment dans le jazz et la pop, mais la drogue a aussi détruit des carrières et des vies. La drogue les a aussi détruits, comme le montre le cinéaste Otto Preminger dans L’Homme aux bras d’or (1955). Le constat est donc ambivalent : adjuvant fréquent de la création, elle reste associée au risque et à la déchéance.
Variabilité des effets
Ainsi, d’Antonin Artaud à Lou Reed, en passant par Jean-Paul Sartre, Jack Kerouac ou William S. Burroughs, le réalisateur invite à un voyage où l’on découvre que les diverses drogues n’ont pas les mêmes effets selon la personnalité de l’usager, le psychédélisme étant « un révélateur d’âme ». Selon le contexte, la substance et la vulnérabilité individuelle, l’usage peut favoriser l’émergence d’images, d’associations inédites, ou au contraire provoquer des distorsions et des ruptures préjudiciables à la production artistique durable.
Perspectives et questionnements pour les TPE artistes
Pour les très petites entreprises artistiques (TPE) et les créateurs indépendants, la question demeure complexe : jusqu’où la recherche d’un état modifié vaut-elle le risque sanitaire, social et professionnel ? Les études sont rares et difficiles à mener, mais la longue histoire de l’association entre drogues et création, les témoignages et les œuvres elles-mêmes forment un corpus d’observations qui invite à la prudence et à la nuance.
| Aspect | Effet possible |
|---|---|
| Perception sensorielle | Hypersensorialité, synesthésie, accentuation de certains sens |
| Créativité | Nouvelles associations, idées inédites, improvisation |
| Risques | Addiction, déchéance sociale, altération durable des fonctions cognitives |
| Variabilité | Effets dépendants de la personnalité, du contexte et de la substance |
La maison rouge et d’autres lieux d’exposition montrent que l’art sous influence existe comme fait culturel et historique, mais ils mettent aussi en lumière la diversité des trajectoires - de la création stimulée à la destruction - et la persistance de schémas identifiables dans les œuvres. Loin d’un mythe monolithique, la relation entre drogues et créativité est faite d’ambivalences, d’expériences personnelles et d’impacts variables selon les contextes et les individus.
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