Politique économique d'Emmanuel Macron : bilan pour les PME et mesures clés

À un an de la fin de son second mandat, le président de la République semble s'être donné pour objectif de défendre le bilan de son action. Ce qui n'est pas simple. Car celui-ci s'effiloche au fil des mois qui passent. Le président de la République a pris acte du fait qu’il allait bientôt quitter la scène politique. Son second mandat s’achèvera dans un an, le 14 mai 2027. Et il a évoqué ce départ, jeudi dernier, devant des élèves d’une école franco-chypriote de Nicosie, sur l’île de Chypre, où il était en déplacement.

"J’ai pas fait de politique avant, j’en ferai pas après", a-t-il répondu à un jeune homme qui lui demandait pourquoi il avait voulu diriger la France. Il faut sans doute comprendre dans ces propos qu’il va s’éloigner du jeu politique et qu’il ne briguera pas un autre mandat électif que celui de président. Et d’ici là, le rôle qu’il s’assigne est d’essayer de défendre son bilan. Une tâche qui, à ses yeux, relève d’une gageure, ainsi qu’il l’a expliqué aux adolescents avec lesquels il échangeait à Nicosie : "Le plus dur, après neuf ans", leur a-t-il dit, "c’est de garder ce que tu as bien fait".

Bilan macroéconomique et effets pour les PME

Son action visant à favoriser les investissements et à dynamiser l’économie française semblait porter ses fruits. Le chômage a diminué pendant tout le premier quinquennat et le début du deuxième, atteignant un seuil en dessous des 7 % au début de l’année 2023. Et puis les crises internationales ont inversé la tendance, entravant la bonne marche de l’économie hexagonale et faisant à nouveau grimper le taux de chômage qui se situe, aujourd’hui, aux alentours des 8 %. Et donc Emmanuel Macron doit bien se résoudre à ce constat : son bilan s’effiloche, s’étiole, se détricote au fil des mois qui passent sans qu’il paraisse pouvoir y remédier.

En matière économique, son bilan n’est pas très reluisant. Il avait réussi à faire baisser le chômage mais celui-ci remonte, on l'a vu. Et puis, surtout, il a creusé la dette comme aucun de ses prédécesseurs ne l’avaient fait auparavant. De plus de 1000 milliards d’euros. Pour les PME, ces évolutions macroéconomiques signifient à la fois des opportunités et des risques : opportunités liées à des dispositifs d'investissement et de soutien, risques liés à la conjoncture et à la hausse du chômage.

Mesures d'urgence et soutien aux entreprises

Pour l’exécutif, la priorité est toujours de montrer que l’Etat protège les Français, à coups de mesures d’urgence et de chômage partiel. Les soutiens nécessaires aux entreprises et aux salariés ont ajourné sine die l’assainissement des comptes publics. Quelle importance accorderont-ils au remboursement de la dette alors que les soutiens nécessaires aux entreprises et aux salariés ont ajourné sine die l’assainissement des comptes publics ?

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Emmanuel Macron veut inventer un “nouveau modèle de croissance juste et soutenable”, en faveur de la mobilité sociale, et écologique. C’est la seule façon de venir à bout du chômage de masse, plaide-t-il, rappelant que ce “problème” doit être “notre priorité”. Cela passe par des incitations via des investissements, mais aussi par des économies, et une réforme de la fiscalité.

Plans d'investissement, fiscalité et impact pour les PME

Un grand plan d’investissement de 50 milliards sur 5 ans. Ce plan donne la priorité à la fois aux “compétences et qualifications” des Français, avec un “plan de formation ambitieux des jeunes et des demandeurs d’emploi”, et de manière égale à la transition écologique et énergétique. Sans en dire plus à ce stade. Un programme plus détaillé est promis pour le 2 mars.

Emmanuel Macron s’engage à une baisse nette des prélèvements obligatoires de 20 milliards, “répartie équitablement entre ménages et entreprises” pour soutenir l’investissement et le pouvoir d’achat. Côté pouvoir d’achat, le candidat mise notamment sur une suppression des cotisations salariales (maladie et assurance chômage), une mesure financée par une hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) et qui rapporterait 250 euros de plus par an à une personne au SMIC. Une hausse de 50% de la prime d’activité est également prévue.

Concernant l’impôt sur le revenu, les couples pourront choisir d’individualiser leur impôt sur le revenu. Une réforme de l’Unédic est prévue, qui permettra d’aller vers une assurance-chômage universelle. Les droits à l’indemnisation seront alors ouverts à tous ceux qui démissionnent, aux indépendants, professions libérales et entrepreneurs. Le candidat ne souhaite pas changer ni la durée, ni les montants de l’indemnisation. En revanche, les “prestations seront strictement conditionnées aux efforts de recherche avec un contrôle drastique”.

Plan d’économies et gestion des dépenses publiques

Un “plan d’économies de 60 milliards”. Le président d’En marche ne veut pas renoncer à l’engagement de la France de respecter la fameuse règle des 3% de déficit public par rapport au PIB. Avec des prévisions de croissance prudentes (1,4% cette année), le candidat estime qu’il n’est pas nécessaire de prendre de nouvelles mesures dès cet été : “ni cadeau, ni rigueur supplémentaire”. En revanche, il souhaite bien réduire la dépense publique en France pour revenir à la moyenne européenne.

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Il est cependant “possible de ne pas renouveler 120.000 postes de fonctionnaires”, assure le leader d’En marche (70.000 venant des collectivités et 50.000 de l’Etat). Pour montrer l’exemple, l’ancien ministre de l’Economie promet s’il est élu, un “gouvernement resserré d’une petite quinzaine de ministres” et une “réduction massive des cabinets de l’ordre de 5 personnes”.

Réformes structurelles : Europe, budget et gouvernance

Un “vrai budget” pour l’Europe et un ministre de l’Economie et des finances de la zone euro. Le plan d’investissement français doit s’accompagner, pour le candidat, d’une “capacité d’investissement commune [européenne] beaucoup plus ambitieuse” que le plan Juncker, dont l’objectif était de relancer l’industrie européenne en mobilisant 315 milliards d'euros d'investissements entre 2015 et 2017. Plus d’intégration donc, puisque le candidat propose de créer un “vrai budget” contrôlé démocratiquement et piloté par un ministre de l’Economie et des finances de la zone euro. Ce budget serait doté “de ressources propres qui se chiffreront en plusieurs centaines de milliards”.

Sans doute un très fort ancrage européen. Il a fait de la France l’un des moteurs et l’un des plus grands défenseurs du projet européen. En matière politique, il restera dans l’imaginaire un président qui a conquis le pouvoir inopinément, par effraction. Ce qui n’est pas sans effet sur ses contemporains car beaucoup se disent désormais : "et pourquoi pas moi, puisque lui l’a fait ?".

Limites politiques et impact sur la mise en œuvre

La dissolution ratée de juin 2024 lui a retiré ce qui lui restait de majorité à l’Assemblée nationale en même temps que son pouvoir d’action. Ça l’a conduit, dans un premier temps, à rechercher une alliance avec la droite sénatoriale. Michel Barnier en fut l’incarnation. Puis avec la gauche socialiste, l’alliance a été conclue d’abord par François Bayrou puis par Sébastien Lecornu, ce qui a conduit, in fine, à la suspension de la réforme des retraites.

Mi-avril, lors de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique, les députés ont supprimé l’une des mesures importantes de son action pour la défense de l’environnement. Les zones à faibles émissions (ZFE) qui devaient s’appliquer dans toutes les grandes villes, interdisant aux voitures les plus polluantes d’y accéder. Elles ont été rayées du projet de loi contre l'avis du gouvernement et sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit. Quelques mois plus tôt, le chef de l'État avait déjà dû renoncer à sa réforme des retraites qui portait l’âge de départ à 64 ans.

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À cette situation qu’il a lui-même créée, il faut ajouter l’impossibilité dans laquelle il se trouve de se représenter. Emmanuel Macron est le tout premier président français confronté à l’interdiction constitutionnelle qui lui est faite de briguer un troisième mandat. La réforme qui limite un président de la République à l'exercice de deux mandats consécutifs au maximum a été votée en 2008, sous Nicolas Sarkozy. Et cette interdiction fait de lui ce qu’on appelle aux États-Unis un “lame-duck”, un "canard boiteux".

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Conséquences pour les petites et moyennes entreprises

Pour les PME, les mesures de baisse d'impôts, les incitations à l'investissement et le grand plan de formation peuvent constituer des leviers de relance : baisse des prélèvements de 20 milliards “répartie équitablement entre ménages et entreprises”, soutien à la formation des jeunes et demandeurs d’emploi, et perspectives d'un investissement public massif. L'assurance-chômage universelle et l'ouverture de droits aux indépendants promettent d'améliorer la protection sociale des entrepreneurs et artisans.

Cependant, la hausse du chômage et l'instabilité politique pèsent en sens inverse : la remontée du taux de chômage autour de 8 % et le creusement massif de la dette freinent la confiance des investisseurs. Les suppressions envisageables de postes publics et les plans d'économies peuvent aussi réduire la demande intérieure, un facteur défavorable pour les PME dépendant du marché domestique.

Tableau récapitulatif des mesures et impacts potentiels pour les PME

Mesure Objectif Impact potentiel PME
Plan d'investissement 50 milliards Compétences, transition écologique Accès à financements, formation, opportunités vertes
Baisse d'impôts 20 milliards Soutien investissement et pouvoir d'achat Allègement charges, plus de trésorerie
Assurance-chômage universelle Protection des indépendants Sécurité sociale pour entrepreneurs
Plan d'économies 60 milliards Réduction déficit Risque baisse demande intérieure
Suppression ZFE (retirée) Environnement Incertitude réglementaire pour PME locales

Ce qui reste et les perspectives

Nous en sommes donc à l’heure du bilan. Ce qui nous conduit d’ores et déjà à poser cette question : que reste-t-il, que restera-t-il du macronisme ? Sans doute un très fort ancrage européen. Il a fait de la France l’un des moteurs et l’un des plus grands défenseurs du projet européen. En matière économique, son bilan comportera des avancées (formation, investissements ciblés, mesures fiscales) et des échecs ou limites (hausse du chômage, dette record, renonciations législatives).

Emmanuel Macron est tout à fait conscient de cette situation même s’il essaie de la conjurer en affirmant régulièrement qu’il gouvernera jusqu’au bout, "jusqu’au dernier quart d’heure". Il sait cependant que ce ne sera pas le cas, que ce n’est déjà plus le cas. Raison pour laquelle il laisse son Premier ministre gérer les affaires intérieures tandis que lui s’est entièrement déporté sur la géopolitique et les questions internationales. C’est ce qui occasionne, à mesure qu’on approche de l’échéance de 2027, une multiplication des candidatures à sa succession.

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