Entreprises PME de la Petite Montagne et du Jura : diversité, innovation et perspectives

Technologie et créativité sont les maîtres mots des petites et moyennes entreprises du canton du Jura et du Jura bernois. Des atouts qui permettent à ces sociétés de se démarquer de la concurrence étrangère et de se diversifier.

Un tissu industriel historique en mutation

Longtemps concentrées sur le secteur horloger, plusieurs d’entre elles ont ainsi pu étendre leurs activités au médical, à l’aéronautique, à la construction ou encore à la défense. Le tissu des PME jurassiennes reste, en outre, fortement marqué par la sous-traitance.

Diversification et montée en gamme : exemples locaux

Historiquement, Pibor se positionne sur un marché de niche. La PME fondée par la famille Bourquard en 1952 fabrique essentiellement des couronnes et poussoirs - les boutons qui permettent d’actionner le mouvement des montres - pour l’industrie horlogère suisse. «Nous valorisons actuellement notre savoir-faire afin de proposer nos compétences d’usinage, de finition et d’assemblage à d’autres marchés ayant besoin de pièces de précision», explique Cédric Bourquard.

Deux événements récents ont pourtant accéléré la mutation de l’entreprise. La crise horlogère, qui s’est soldée par une année 2017 particulièrement difficile pour la société, ainsi que l’arrivée de Cédric Bourquard et de son frère Jérôme à la tête de la PME, en 2015.

Dans un avenir proche, ce dernier souhaite voir passer les productions non horlogères de Pibor de 10% à 25% de l’activité environ. La valorisation du savoir-faire passe concrètement par des investissements annuels représentant 5 à 10% du chiffre d’affaires. «Nous avons investi des montants importants dans l’achat de machines, et cela même au plus fort de la crise.» La société a également redoublé d’efforts pour obtenir de nouvelles certifications. «Pour se distinguer de nos concurrents et offrir à nos clients des garanties, nous respectons depuis trois ans les standards du Responsible Jewellery Council (conseil de la joaillerie responsable).» Pibor mise enfin sur la formation du personnel avec un fonds dédié. «Cela va de la formation aux machines, en passant par le management ou le contrôle qualité.

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Start‑ups et innovation en matériaux

Le succès d’INNOmaterials est intimement lié à celui de son fondateur, Filomeno Corvasce. Ce Français, titulaire d’un doctorat à l’Université de Metz en physique des matériaux, a une carrière déjà bien riche derrière lui. Avec sa start-up de cinq personnes, il produit ses propres mélanges d’élastomères et travaille sur mandats. «Nos clients viennent chez nous pour que nous imaginions la recette de cuisine du matériau désiré. Nous mettons au point cette formule et faisons tous les tests nécessaires sur les prototypes. Nos machines peuvent produire jusqu’à 100 tonnes de matière.»

«Nous travaillons à 50% pour l’horlogerie, mais aussi dans d’autres domaines tels que les pneumatiques, les implants oculaires, les revêtements routiers, etc.» Filomeno Corvasce est propriétaire majoritaire d’INNOmaterials, à hauteur de 66%, aux côtés de la fondation Fitec, actionnaire à 34%. La PME bénéficie aussi du soutien de Creapole et de la Promotion économique du Jura. « Cette année, plusieurs projets de R&D passeront en mode industriel.

Industrie 4.0, machines-outils et collecte de données

C’est le potentiel de Productec qui a convaincu le Jurassien Cyrille Monnin de reprendre l’entreprise en 2016, après une carrière internationale. Productec développe deux types de services pour ses clients. D’une part, elle implémente et personnalise, depuis 1988, des logiciels de commande de machines-outils. D’autre part, elle connecte les machines d’un atelier afin de récolter de l’information.

«Nous nous reposons sur des années d’expérience dans l’informatique des machines-outils pour proposer aujourd’hui un véritable tableau de bord digital pour les ateliers de fabrication de pièces.» La société, dont l’augmentation du chiffre d’affaires annuel est comprise entre 5 et 10%, table aussi sur une présence accrue en Suisse alémanique ces prochaines années.

La complexité des machines de Willemin-Macodel n’a fait que s’accroître ces quinze dernières années, selon Olivier Haegeli, directeur adjoint. «Nos solutions d’usinage reflètent les évolutions de ces dernières années. Elles comprennent une part d’automation et de robotisation ainsi que des systèmes de récolte et de traitement des données. Nous servons aussi toujours plus de ’one-stop-shop’. Autrement dit, nous gérons, pour le compte de nos clients, les contacts avec les sous-traitants impliqués dans la fabrication des pièces.»

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Robots, capteurs et cellule de chronométrie

L’année 2017 fut importante pour CLA. La PME a fêté ses 20 ans et a fait parler d’elle en livrant à la fabrique horlogère Vaucher Manufacture Fleurier une cellule de chronométrie dernier cri. Celle-ci certifie la fiabilité des montres et mouvements en toute autonomie et de manière continue. «Nous misons sur des mandats à forte valeur ajoutée et avec une complexité élevée», souligne le directeur, Patrick Fleury.

Internet des objets et plateformes connectées

L’année 2016 a constitué un tournant pour Stemys. «Avant cela, nous proposions notre plateforme logicielle directement aux entreprises industrielles, explique Frédéric Baetscher, CEO et actionnaire principal. Puis, nous avons décidé de nous appuyer sur un réseau de partenaires pour commercialiser notre solution.» La PME a même fait entrer dans son capital la société Brütsch/Rüegger Werkzeuge, fournisseur de composants pour l’industrie.

Les solutions de la PME regroupées sous le nom Jellix permettent de créer une interface en temps réel avec tout type d’équipements ou de logiciels. «Nous jouons la carte du ’Swiss made’ auprès de nos partenaires et clients, actifs principalement en Suisse, mais aussi en France, en Allemagne, en Hongrie ou en Chine.

Bois, construction et nouvelles applications locales

Née de la collaboration de plusieurs entreprises et faîtières du bois en Suisse, dont Forêt Jura et le Groupe Corbat, Fagus Suisse mise sur le hêtre pour redynamiser la filière. Une halle de production entrera en activité en 2019 aux Breuleux pour produire des produits de lamellé-collé innovants utilisables dans la construction. L’activité devrait créer d’ici cinq ans une vingtaine d’emplois directs ainsi que des débouchés pour les acteurs de la branche.

«Solide, le hêtre peut, dans de nombreux cas, remplacer l’acier ou le béton. Il séduit en outre par son caractère écologique, régional et bon marché.» La décision de s’installer dans le Jura s’est faite naturellement. «Les machines seront placées dans un bâtiment appartenant au Groupe Corbat, un actionnaire important.»

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Santé, matériaux durables et économies d’énergie

Les technologies médicales sont un secteur d’avenir pour CLA. «Le domaine médical, basé sur la qualité ’Swiss made’, requiert une grande sécurité des produits. L’historique de fabrication doit être consultable à tout moment.

Joulia propose un exemple d’innovation écologique locale. Jusqu’à 42% d’économie d’eau chaude par rapport à une douche classique: les gains promis par la start-up Joulia sont importants. Son système comprend le placement de conduites d’eau froide dans une rigole de douche. Ainsi, au lieu de partir dans les canalisations, l’eau chaude usée s’écoule dans ces conduites, préchauffant l’eau froide avant que celle-ci ne monte dans le pommeau de douche. «La chaleur est récupérée après dix secondes d’utilisation», indique le directeur, Reto Schmid.

La reconnaissance en août 2017 du caniveau de douche à récupération de chaleur par le label Minergie a constitué une étape importante vers la rentabilité. Tout comme les partenariats conclus avec le fabricant suisse de cuisines Franke ou le constructeur de panneaux de douche Duscholux.

Numérique, e‑commerce et services locaux

Jeune entreprise informatique créative, JuraTronic développe des produits pour des clients très différents. A destination du grand public, elle a mis au point un sac connecté dont le contenu est consultable sur une application. Elle a également imaginé la plateforme Dansmonquartier.ch, un site d’e-commerce commun à plusieurs enseignes en Ajoie.

La majeure partie de son activité se concentre néanmoins sur la vente de produits IT aux entreprises. «Nous vendons des logiciels de gestion web à des marques ou à des sous-traitants actifs principalement dans l’horlogerie et le médical», explique le propriétaire et fondateur de la société, Yannick Farrer. Ces outils informatiques appelés ERP permettent de gérer les stocks, la facturation, le suivi du temps de travail, etc. «L’idée est de saisir l’information une fois, puis de l’utiliser partout. Nous attachons aussi une grande importance à la personnalisation de la plateforme pour le client et à son ergonomie.»

Avec 5000 abonnés en Suisse romande, le guide en ligne Ebook-card.ch imaginé par Coyote Concept a trouvé son public. A sa création en 2014, la société se concentrait sur la gastronomie: elle proposait une carte permettant la réservation de tables dans des restaurants partenaires, assortie d’une série de rabais. Puis, en octobre dernier, l’entreprise a étendu son offre à la réservation de loisirs. Le concept, né dans les Franches-Montagnes, repose sur la digitalisation. «Avec l’ebook-card, les clients peuvent réserver leur table ou leur activité depuis leur téléphone et sont immédiatement tenus au courant des disponibilités grâce à notre agenda dynamique.

Formation, certifications et soutien aux PME

La valorisation du savoir-faire passe concrètement par des investissements annuels représentant 5 à 10% du chiffre d’affaires. La société a également redoublé d’efforts pour obtenir de nouvelles certifications. Pibor respecte depuis trois ans les standards du Responsible Jewellery Council (conseil de la joaillerie responsable). Pibor mise enfin sur la formation du personnel avec un fonds dédié. «Cela va de la formation aux machines, en passant par le management ou le contrôle qualité.

La PME bénéficie aussi du soutien de Creapole et de la Promotion économique du Jura. « Cette année, plusieurs projets de R&D passeront en mode industriel.

Tableau synthétique des PME citées

Entreprise Activité principale Aspect prometteur Lieu
Pibor Usinage de pièces horlogères Diversification, certifications, formation Glovelier
INNOmaterials Élastomères, silicones Formulations sur-mesure, R&D Jura / Luxembourg
Productec Logiciels machines-outils, connectivité Industrie 4.0, tableau de bord digital Rossemaison
CLA Microtechnique, robotique, instrumentation Cellules robotisées et chronométrie Delémont
Stemys Plateforme IoT (Jellix) Gestion d’équipements connectés Porrentruy
Fagus Suisse Lamellé-collé hêtre Matériaux bois pour la construction Les Breuleux
Joulia Systèmes économes en eau pour salle de bain Récupération de chaleur, labels durabilité Bienne
JuraTronic Solutions IT, ERP, e‑commerce local Produits digitaux et plateformes locales Porrentruy

Perspectives et atouts régionaux

L’informatique et le digital constituent un autre domaine d’avenir pour la région. En l’espace de quelques années, des start-up prometteuses se sont constitué une solide clientèle dans ce secteur. Plusieurs PME misent sur des mandats à forte valeur ajoutée, l’automation, la robotisation et la récolte de données pour se différencier.

La décision de s’implanter ou de développer des projets dans le Jura s’explique par la proximité d’un tissu industriel dynamique, des compétences locales en micromécanique et par des partenariats entre entreprises, centres de recherche et institutions de soutien économique. Ces éléments créent un écosystème propice à la diversification et à l’innovation.

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