Éric Lombard : Un Technicien de l'Économie Nommé Ministre de l'Économie et des Finances

Éric Lombard, 66 ans, ancien directeur de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), a été promu ministre de l'Économie et des Finances le 23 décembre dernier. Ce technicien de l'économie, un temps conseiller sous Mitterrand, aura la tâche de doter la France d'un budget pour 2025. Le nouveau ministre de l'Économie et des Finances, Éric Lombard, a pris ses fonctions lundi 23 décembre, en remplacement d'Antoine Armand.

Ancien directeur de la Caisse des dépôts et consignations, présenté par François Bayrou comme un homme de gauche, ce technicien de l'économie, fort d'un bilan favorable à la tête de la puissante institution publique, était déjà pressenti à Bercy en mai 2022. Son premier défi, de taille, sera de faire passer un budget pour 2025 à l'Assemblée nationale, là où le 4 décembre, le précédent gouvernement a été renversé par une motion de censure.

Les 4 vérités - Eric Lombard

Un Parcours Éclectique : De la Banque à la Direction de la CDC

Originaire de Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine, Eric Lombard grandit à Troyes, dans l'Aube. Son diplôme d'HEC en poche en 1981, c'est à la banque Paribas qu'il entame sa carrière. Mais "l'action publique [l]e passionne", affirmait-il en 2020 dans une interview à la Caisse des dépôts. Soutien de Michel Rocard lors de la présidentielle de 1988, il rejoint la mitterrandie en 1989 comme conseiller auprès de Michel Sapin notamment. Un banquier d'affaires de gauche, donc.

Il revient cependant à Paribas au lendemain du revers de la gauche aux législatives de 1993, et y fera l'essentiel de sa carrière. Il y occupe plusieurs postes, grimpant les échelons, dont celui de responsable des fusions et acquisitions en banque et assurance. En parallèle, il est un temps conseiller municipal de Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne.

À partir de 2004, Éric Lombard pilote l'assurance pour la filiale maison du désormais BNP Paribas, puis bascule en 2013 chez l'assureur Generali France. Il est poussé dehors en 2017 par le nouveau directeur général du groupe italien Philippe Donnet. Dans la foulée, au terme d'un feuilleton de plusieurs semaines, il obtient finalement le poste à la tête de la CDC fin 2017 en remplacement de Pierre-René Lemas, poussé vers la sortie par Emmanuel Macron après avoir atteint l'âge de retraite préfectorale, malgré un mandat courant jusqu'en 2019. Il s'était opportunément proposé à la fonction de directeur général de la Caisse des dépôts "si le poste devait être vacant" moins de deux semaines après l'élection d'Emmanuel Macron en 2017.

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Éric Lombard
Éric Lombard, Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations

Bilan à la Tête de la CDC : Performance et Initiatives

Grand communicant, le directeur de la CDC parle volontiers aux médias et multiplie les déplacements. Le patron de La Poste Philippe Wahl, interrogé sur lui en 2022, lui prête de grandes compétences techniques et des qualités relationnelles indéniables. Sous sa tutelle, le bras financier de l'État, à la tête duquel il est reconduit en 2023, réalise l'an dernier un bénéfice net de 3,9 milliards d'euros. Parmi les autres faits d'armes du nouveau ministre des Finances également, la création de la Banque des territoires, qui finance les collectivités locales et les entreprises publiques, le redressement en catastrophe d'Orpea (aujourd'hui Emeis) ou encore le rapprochement entre CNP Assurances et la Banque Postale.

Réalisations Description
Bénéfice net de la CDC 3,9 milliards d'euros (l'an dernier)
Création de la Banque des territoires Financement des collectivités locales et entreprises publiques
Redressement d'Orpea (Emeis) Gestion de crise et restructuration
Rapprochement CNP Assurances et Banque Postale Consolidation financière

Positionnement Politique et Prises de Position

Sortant de la réserve attendue d'un patron de la Caisse des dépôts, le nouveau ministre de l'Économie et des Finances s'exprime régulièrement sur la politique, se disant par exemple "en phase avec l'itinéraire et le projet d'Emmanuel Macron". Il n'hésite pas pour autant à lui décocher quelques flèches, notamment contre la réforme des retraites, la gestion de l'Agence des participations de l'État et le Trésor public.

Dans son livre "Au cœur de la finance utile", paru début 2022, Éric Lombard expliquait avoir été marqué par deux figures : son grand-père, Pierre Lévy, fondateur du groupe textile Devanlay, et le socialiste Michel Rocard. Mélomane, amateur de piano, il est aussi, depuis 2020, président du Théâtre des Champs-Élysées, et a rejoint en 2023 le conseil d'administration du Louvre. Une fibre artistique héritée de son grand-père, puisque l'industriel du textile était aussi un mécène et grand collectionneur d'art.

Éric Lombard

Réactions et Défis Immédiats

Aujourd'hui âgé de 66 ans, "on ne le ressent pas en interne comme un homme de gauche", observe Salomé Vaillant, secrétaire générale du syndicat Unsa. "Pour tout ce qui est social, il n'est pas vraiment au rendez-vous", déplorait-elle lundi, auprès de l'AFP. En juin dernier, alors que l'intersyndicale de la Caisse des dépôts avait déposé un préavis de grève, les cinq organisations syndicales représentatives dénonçaient dans un courrier l'"obstination (...) uniquement guidée par une logique budgétaire ne prenant absolument pas en compte l'impact humain" de leur patron.

Il est pourtant aujourd'hui le seul ministre à trouver grâce aux yeux d'Olivier Faure, le patron des socialistes, qui le qualifie lui d'"homme de gauche". Mais aura-t-il "les mains libres", "noyé au milieu de personnalités en contradiction complète avec ses positions" ? se demande-t-il.

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Priorités et Orientations Économiques

À peine nommé, le nouveau ministre de l'Économie a immédiatement appelé à "traiter notre mal endémique, le déficit" qui devrait culminer au-dessus de 6% cette année. "Plus nous sommes endettés, plus la dette (...) étouffe le pays", a-t-il fait valoir au cours d'une cérémonie de passation de pouvoirs au ministère de l'Économie et des Finances. "Nous devons réduire le déficit sans tuer la croissance. C'est cet équilibre que nous devons rechercher".

Appelant à une meilleure "répartition des revenus", il dit aussi vouloir "protéger nos entreprises" : "Trop de nos concitoyens ont des revenus insuffisants pour vivre dignement et il nous faut ici travailler à une meilleure répartition des revenus, augmenter dans les mêmes mouvements, la quantité de travail et aussi la justice sociale", a-t-il expliqué lundi, tout en affirmant que "le moteur de notre économie, ce sont les entreprises. Il faut protéger, il faut développer nos entreprises".

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