Scandale Cahuzac : L'Ascension et la Chute d'un Ministre des Finances

L'affaire Cahuzac a secoué la scène politique française, révélant les dessous troubles d'un ancien champion de la rigueur. Jérôme Cahuzac, ex-ministre délégué au Budget, et son ex-épouse Patricia ont été jugés par le tribunal correctionnel de Paris pour fraude et blanchiment, accusés d'avoir dissimulé au fisc français des comptes en Suisse, à Singapour et sur l'île de Man.

Jérôme Cahuzac

L'enquête a mis en lumière l'utilisation de comptes appartenant à la mère de l'ancien élu socialiste, Thérèse Cahuzac. Entre 2003 et 2010, près de 240 000 euros de chèques provenant de patients de la clinique d'implants capillaires que Jérôme et Patricia Cahuzac géraient ensemble ont été déposés sur ces comptes.

Les Dépenses Familiales et les Comptes Dissimulés

Cet argent était destiné aux "dépenses familiales", selon les déclarations des époux. La vieille dame signait des chèques pour financer des vacances "dans les mers du Sud", en Corse ou à l'hôtel Ermitage de La Baule, pour un montant total de 127 100 euros.

En 2002, Jérôme Cahuzac perd son siège de député et se consacre à sa municipalité de Villeneuve-sur-Lot, délaissant la chirurgie esthétique. "Mes revenus s'en ressentent très fortement. Je suis déjà très souvent absent physiquement, absent psychologiquement. En 2003, je ne peux pas financer les vacances", relate-t-il.

Patricia Cahuzac assure que c'était important pour son mari mais pas pour elle: "J'aurais été aussi contente de me retrouver dans une maisonnette à Belle-Ile ou à la campagne avec mes parents, avec un poulet rôti le dimanche". Piqué , l'ancien chirurgien rétorque n'avoir "jamais eu le sentiment que ces vacances aient été un sacrifice pour quiconque".

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La Spirale du Mensonge

Les années suivantes, les mêmes opérations se répètent sur les comptes de Thérèse Cahuzac. "Ce que je pensais être une facilité en 2003 devient une habitude", reconnaît l'ancien ministre, à l'origine du plus retentissant scandale du quinquennat Hollande. Une habitude, mais "pas un système organisé", se défend-il, décrivant un "enchaînement" plus qu'un projet concerté. Une "spirale", dira son ex-épouse.

Alors que l'ancien ministre explique qu'ils choisissaient ensemble les chèques à verser sur les comptes de Thérèse Cahuzac, "chacun se prononçant pour ses patients", Patricia Cahuzac nie et affirme n'avoir jamais remis elle-même un chèque à sa belle-mère.

La confrontation tourne à l'aigre concernant un chèque encaissé en novembre 2010, soit dix mois après l'arrivée de Jérôme Cahuzac à la tête de la commission des finances de l'Assemblée nationale. "En 2010, j'arrête tout. Je n'aurais jamais versé un nouveau chèque", dit-il.

"L'un de vous ne dit pas la vérité", regrette le président, avant d'égrener dans le détail les montants non déclarés par les Cahuzac, année par année, au titre de l'impôt sur le revenu et sur la fortune. Les ex-époux Cahuzac, jugés avec leurs anciens conseillers, encourent jusqu'à sept ans de prison et un million d'euros d'amende.

L'affaire Cahuzac est "un scandale d'Etat", selon Patrick Kanner

L'Ascension Politique et la Chute

Le 16 mai 2012, Jérôme Cahuzac est nommé ministre délégué au Budget par Jean-Marc Ayrault, le premier ministre. Après avoir emprunté un chemin politique long et tortueux, il fera partie du gouvernement de la «République exemplaire» voulue par François Hollande. Un poste convoité, autrefois occupé par Laurent Fabius, qui devint premier ministre, ou par Nicolas Sarkozy, qui devint président de la République.

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Militant socialiste depuis 1977, Jérôme Cahuzac profite en 1988 de la réélection de François Mitterrand et de la nomination de Michel Rocard comme premier ministre pour se frayer un chemin jusqu'à Claude Évin, alors ministre de la Santé, dont il devient le conseiller. Il a alors 36 ans.

Finalement écarté au motif d'un remaniement, on ne retrouve Jérôme Cahuzac qu'en 1997, fraîchement élu député de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne. Une ascension qui le conduit jusqu'à la mairie de Villeneuve-sur-Lot en 2001 et lui offre un ancrage local.

Expert des questions budgétaires, médecin de profession, Jérôme Cahuzac devient en 2010 président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Poste qui le mènera tout droit au ministère du Budget, comme une évidence.

Jérôme Cahuzac à l'Assemblée Nationale

La Révélation et le Mensonge

À peine sept mois plus tard, le 4 décembre 2012, tandis que l'opinion publique s'écharpe autour de la question du «Mariage pour tous», Mediapart publie une enquête intitulée: «Le compte suisse du ministre du Budget». L'article affirme que Jérôme Cahuzac aurait longtemps détenu «un compte bancaire non déclaré à l'Union des banques suisses (UBS) de Genève», clôturé à la hâte en 2010 lors d'un discret voyage en Suisse.

Il s'agirait d'argent obtenu grâce à une clinique de chirurgie esthétique spécialisée dans les micro-greffes de cheveux, créée avec son épouse Patricia Cahuzac et de sa société de conseil fondée en 1993. Coup de tonnerre, «l'affaire Cahuzac» est née.

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Jérôme Cahuzac dément immédiatement ces informations, qu'il qualifie de «diffamatoires». Dans la même journée, le 5 décembre, Mediapart publie un nouvel article pour justifier ses révélations. Titré «l'aveu enregistré», il reprend une conversation téléphonique dans laquelle Jérôme Cahuzac évoque détenir un compte en Suisse.

Jérôme Cahuzac s'enferme alors dans la spirale infernale du mensonge. Devant l'Assemblée nationale, il répond au député UMP Daniel Fasquelle, qui l'interpelle sur les révélations de Mediapart, et dément les allégations sans trembler.

L'Enquête et les Aveux

Le 8 janvier 2013, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour «blanchiment de fraude fiscale» afin de vérifier si Jérôme Cahuzac a réellement détenu un compte caché en Suisse. La justice entend notamment «faire procéder, sans attendre, aux vérifications relatives à la réalité et au contenu de l'enregistrement».

Le 8 février, Jean-Jacques Bourdin reçoit Jérôme Cahuzac au micro de RMC. L'un en face de l'autre, le journaliste lui demande «les yeux dans les yeux» s'il possède un compte à l'étranger. «Je n'ai pas, je n'ai jamais eu de compte en Suisse, à aucun moment, et la réponse apportée aux autorités françaises par la Suisse, permettra, je l'espère, très vite, et le plus vite serait le mieux, d'en finir avec ces saletés», martèle Jérôme Cahuzac.

Le 15 mars, elle parvient finalement à établir scientifiquement que la voix de l'enregistrement de Michel Gonnelle est sans doute celle de Jérôme Cahuzac.

Le 19 mars, le parquet de Paris annonce ouvrir une information judiciaire contre X pour «blanchiment de fraude fiscale». Jérôme Cahuzac ne s'en relèvera pas. Il démissionne le jour même mais continue de nier «en bloc et en détail», comme aveuglé par son propre mensonge.

Pourtant, le 2 avril, Jérôme Cahuzac passe aux aveux. Il indique aux juges qu'il a bien possédé un compte en Suisse, transféré à Singapour, sur lequel se trouve environ 600.000 euros. Sur son site internet, il écrit: «J'ai mené une lutte intérieure taraudante pour tenter de résoudre le conflit entre le devoir de vérité auquel j'ai manqué et le souci de remplir les missions qui m'ont été confiées et notamment la dernière que je n'ai pu mener à bien.

Les Conséquences et la Condamnation

Le 19 septembre 2013, il est mis en examen pour fraude fiscale et blanchiment. C'est la fin du parcours politique de Jérôme Cahuzac et de la plus importante faillite politique et morale du quinquennat Hollande.

Son procès s'ouvre en septembre 2016, aux côtés de son ex-épouse Patricia. Cette dernière avoue au pôle financier avoir menti en niant avoir su quoi que ce soit sur d'éventuels comptes cachés: «En février 2013, mon mari, ministre de la République, niait avoir un compte en Suisse, je ne me voyais pas le contredire. J'ai menti pour protéger ma famille».

Le 8 décembre 2016, il est condamné à trois ans de prison ferme, sans aménagement de peine, pour fraude fiscale et blanchiment, et à cinq ans d'inéligibilité.

Ce mardi 15 mai, Jérôme Cahuzac a été condamné par la cour d'appel de Paris à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, pour fraude fiscale et blanchiment. La peine a été assortie d'une amende de 300.000 euros et de cinq ans d'inéligibilité.

Avec cette condamnation, Jérôme Cahuzac devrait bénéficier d'un aménagement de peine.

Récapitulatif des condamnations de Jérôme Cahuzac
Date Instance Condamnation
8 décembre 2016 Tribunal correctionnel 3 ans de prison ferme, 5 ans d'inéligibilité
15 mai Cour d'appel de Paris 4 ans de prison dont 2 avec sursis, 300.000 euros d'amende, 5 ans d'inéligibilité

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