Répartition de la valeur ajoutée dans la filière pomme de terre
Au Maroc, l’agriculture joue un rôle crucial dans l’économie nationale en employant 37 % de la main d’œuvre. Les politiques agricoles marocaines, notamment le Plan Maroc Vert (PMV), visent à améliorer les circuits de production, de commercialisation et de valorisation des produits alimentaires. La filière pomme de terre est particulièrement emblématique dans cette dynamique, même si les producteurs peinent à dégager des marges rémunératrices suffisantes malgré l’importance croissante du tubercule dans la consommation alimentaire marocaine.
La filière pomme de terre regroupe environ 50 000 à 60 000 petits et moyens agriculteurs en régions irriguées, avec des parcelles allant de 0,5 à 3 hectares. En 2016, la superficie nationale consacrée à la pomme de terre atteignait près de 60 000 hectares, générant entre 2 et 2,5 milliards de dirhams et assurant 20 millions de journées de travail. Une croissance notable a été observée dans les régions Tanger-Tétouan-Hoceima (TTH) et Centre, où la production s’est accrû significativement depuis le lancement du PMV. Entre 2009 et 2017, la superficie emblavée dans la région TTH a plus que triplé, tandis que la production a aussi été multipliée par trois, représentant à elle seule environ 15 % de la production nationale.
La chaîne de valeur de la pomme de terre démarre avec les producteurs, souvent réunis en coopératives, qui conduisent leur production soit vers le marché, soit vers la valorisation (stockage ou transformation). La commercialisation fait intervenir plusieurs intermédiaires : courtiers, grossistes, détaillants, vendeurs ambulants, distributeurs, supermarchés et grandes surfaces (GMS). La marchandise circule classiquement via un marché de gros, principal point d’interconnexion entre production et consommateurs finaux.
La valorisation secondaire inclut le stockage frigorifique et la transformation en produits tels que les frites ou chips. Ces unités de transformation s’approvisionnent à la fois directement auprès des agriculteurs et via le marché national voire international, avec de fréquents circuits informels. Cette diversité des flux illustre la complexité fonctionnelle de la filière.
Analyse financière de la filière pomme de terre
L’analyse des coûts et des marges met en lumière plusieurs constats. Pour un rendement moyen de 40 tonnes par hectare, le coût de revient pour le producteur s’établit à environ 63 000 dirhams/hectare, soit 1,6 dirham/kg. Les coûts d'amortissement des équipements spécifiques n’ont pas été pris en compte par manque de données précises.
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Chez les intermédiaires, les détaillants supportent les coûts les plus élevés, avec un coût de revient moyen de 3,80 dirhams/kg, justifié par la multiplication des charges accumulées tout au long de la chaîne, notamment les frais de transport, de main-d'œuvre et les taxes pour les grossistes (3,15 dirhams/kg).
Les marges bénéficiaires maximales sont réalisées par les détaillants, avec environ 24 % de marge. Ces derniers peuvent librement fixer leurs prix, qui fluctuent selon la localisation et la concurrence. En période de stockage, les prix peuvent atteindre jusqu’à 7 dirhams/kg auprès des consommateurs. En fin de chaîne, les détaillants supportent aussi les risques liés à la périssabilité des tubercules. Le producteur, quant à lui, dégage une marge bénéficiaire d’environ 0,35 dirhams/kg, ce qui représente un bénéfice annuel de 10 500 dirhams par hectare.
| Acteur | Coût de revient (Dh/kg) | Marge bénéficiaire (%) | Bénéfice annuel (Dh/ha ou autre) |
|---|---|---|---|
| Producteur | 1,6 | - | 10 500 Dh/ha |
| Grossiste | 3,15 | - | 438 000 Dh/an |
| Détaillant | 3,80 | 24% | - |
Forces, faiblesses, opportunités et menaces (SWOT) de la filière pomme de terre
La pomme de terre est le légume le plus consommé au Maroc avec environ 40 kg/habitant/an, ce qui témoigne de son fort potentiel de développement. Les avancées dans l’irrigation localisée et l’amélioration des pratiques culturales constituent des atouts majeurs. Par ailleurs, l’existence d’un marché favorable à la valorisation des produits (frites, chips) encourage les agriculteurs à s’organiser en organisations de producteurs agricoles (OPA) pour mieux répondre à la demande nationale.
Cependant, la filière souffre de plusieurs faiblesses, parmi lesquelles les capacités techniques limitées des producteurs, la forte dépendance aux semences importées coûteuses (entre 6 et 14 dirhams/kg), la faible utilisation de plants certifiés et le manque de diversification variétale.
Les opportunités incluent la croissance rapide du marché international, avec des possibilités d’exportation vers l’Afrique subsaharienne, ainsi que le développement du secteur national de transformation. Malgré cela, la filière fait face à des menaces climatiques importantes, notamment les irrégularités pluviométriques et la rareté des ressources en eau d’irrigation.
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Perspectives et propositions pour le développement de la filière
L’analyse globale de la chaîne de valeur conduit à la proposition d’un plan d’action structuré autour de quatre axes :
- Développement de l’amont agricole : Amélioration de la productivité et organisation améliorée des producteurs.
- Développement de l’aval de la filière : Construction d’unités de stockage, de conditionnement et de transformation (notamment en frites).
- Développement de la commercialisation : Expansion du marché intérieur et augmentation des exportations via des projets d’agrégation régionaux.
- Renforcement des coopérations : Mise en place de projets d’agrégation entre producteurs et industriels pour consolider une filière durable et compétitive.
Dans la région du nord (TTH), le projet d’une unité de stockage co-gestionnaire par une coopérative est déjà envisagé par l’Office Régional de Mise en Valeur Agricole du Loukkos (ORMVAL). Une unité de transformation complémentaire (pommes frites) est également proposée pour renforcer la valorisation locale.
Dans la région du centre, une étude de faisabilité pour une unité de stockage et conditionnement a été conduite, avec pour objectif d’améliorer l’intégration de la production locale sur le marché.
Malgré une forte augmentation de la production, le problème de la qualité des tubercules limite encore les possibilités d’exportation vers des marchés exigeants comme l’Europe et handicape la valorisation industrielle nécessitant des variétés spécifiques.
Situation en Europe et en France : un contraste intéressant
En Europe, notamment en France, la pomme de terre est une production majeure, concentrée surtout dans les Hauts-de-France, représentant les deux tiers de la production nationale. La France est le premier exportateur mondial, avec 2,6 millions de tonnes exportées annuellement, grâce à la qualité et à la diversité de son offre, ciblant les marchés européens et au-delà.
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Le marché français du frais est largement autosuffisant, principalement destiné à la consommation domestique, tandis que 21 % de la production est destinée à la transformation industrielle. La filière a su évoluer avec des variétés adaptées aux attentes des consommateurs (Charlotte, Belle de Fontenay, Amandine, etc.) et une segmentation culinaire précise.
La pomme de terre reste le légume préféré des Français, malgré une consommation inférieure à celle d’il y a 50 ans, grâce à son usage simple et sa polyvalence culinaire.
Répartition de la valeur ajoutée dans la filière alimentaire : un défi commun
Une problématique majeure pour la filière pomme de terre, tant au Maroc qu’en France, est la répartition inégale de la valeur ajoutée. En France, selon une commission d’enquête récente, seulement 8% de la valeur ajoutée revient aux agriculteurs, tandis que 40 % est captée par la distribution et les services, 35 % par les importations, et 14 % par les transformateurs et industriels.
Cette répartition déséquilibrée s’explique notamment par la forte concentration de la grande distribution, possédant des centrales d’achat qui imposent leur pouvoir dans les négociations commerciales. Ces pratiques, souvent qualifiées de « prédatrices », fragilisent les producteurs et les PME agroalimentaires, ralentissant leurs capacités d’investissement et conduisant à une augmentation des importations.
Des recommandations législatives sont en cours de préparation pour mieux protéger les agriculteurs, réguler les négociations commerciales, augmenter la transparence et rééquilibrer les relations entre fournisseurs et distributeurs.
Situation économique de la culture de pomme de terre en Wallonie
En Wallonie, la superficie consacrée à la pomme de terre de conservation a atteint 43 801 hectares en 2024, avec une répartition tendre entre cultures mi-hâtives et tardives. Plus de 67 % de ces surfaces sont concentrées dans des exploitations spécialisées en grandes cultures.
Le rendement moyen est décevant, inférieur à 39 tonnes par hectare, mais les prix restent attractifs, environ 228 €/tonne, ce qui permet un revenu brut de la culture de 8 866 €/ha. La culture est souvent réalisée sous contrat, avec un suivi spécialisé des travaux culturaux.
Les charges opérationnelles élevées, notamment dues à l’achat des plants qui représente environ 50 % des coûts, pèsent fortement sur la rentabilité. Le traitement phytosanitaire et la fertilisation sont aussi des postes de dépenses significatifs, en particulier pour lutter contre des maladies comme le mildiou.
La marge brute par hectare s’élève à environ 5 700 €, ce qui est supérieur à celle des grandes cultures classiques comme les céréales ou les betteraves sucrières. Cependant, la culture de la pomme de terre exige souvent des infrastructures spécifiques, comme des structures de stockage frigorifique, générant des charges supplémentaires.
Une segmentation importante apparaît selon la performance des exploitations : les producteurs les plus performants atteignent près de 47 t/ha et vendent à des prix élevés (environ 248 €/t), ce qui induit un différentiel de marge brute significatif par rapport à la moyenne.
Importance de la filière plants et pommes de terre de primeur en Europe de l’Ouest
La filière plants est un segment spécifique et stratégique, fournissant les tubercules de semence pour les nouvelles plantations. En Europe, les pommes de terre primeur représentent une production supplémentaire qui varie entre 40 000 et 60 000 tonnes selon les années.
La pomme de terre préfère les régions tempérées et humides avec de grandes surfaces. En France, la région des Hauts-de-France est la principale zone de production pour le marché du frais et pour la transformation industrielle.
Grâce à la qualité et à la segmentation de l’offre, la France a pu conquérir des parts de marché historiquement en Europe du Sud et plus récemment au-delà, confirmant la pomme de terre comme un produit alimentaire stratégique et attractif.
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