Définition, enjeux et mécanismes de la finance climatique

La finance climatique désigne un ensemble de financements locaux, nationaux ou transnationaux, issus de sources publiques, privées et alternatives, visant à soutenir des actions d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Elle constitue un levier essentiel pour réussir la transition vers une économie mondiale bas-carbone et résiliente, nécessaire pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Définition de la finance climatique

La finance climatique englobe l’ensemble des flux de capitaux destinés à réduire les émissions de gaz à effet de serre (atténuation) et à aider les sociétés à s’adapter aux impacts inévitables d’un climat qui se réchauffe (adaptation). Elle se compose de financements pouvant provenir de sources publiques, privées ou mixtes, et vise à combler l’écart colossal d’investissements requis pour répondre aux besoins climatiques mondiaux.

Selon la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), il s’agit d’« un financement local, national ou transnational - provenant de sources de financement publiques, privées et alternatives - qui vise à soutenir des actions d’atténuation et d’adaptation qui lutteront contre le changement climatique » (CCNUCC 2023). L'Accord de Paris réaffirme également l’obligation pour les pays développés de fournir des « ressources financières nouvelles et additionnelles » aux pays en développement.

Les enjeux majeurs de la finance climatique

Le changement climatique représente l’un des défis globaux les plus urgents : hausse des températures, catastrophes naturelles accrues, perte de biodiversité, impacts économiques. Pour y répondre, des investissements massifs sont indispensables. L’OCDE a estimé en 2017 que 6,3 billions d’euros par an seraient nécessaires à l’échelle mondiale d’ici à 2030 pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Malgré cette nécessité, le niveau actuel des financements climatiques est largement insuffisant. Par exemple, en 2019-2020, on évaluait les flux financiers liés au climat à 803 milliards de dollars par an, ce qui représente moins de 15 % des besoins estimés. Cette insuffisance engendre un retard dans la mise en œuvre des actions indispensables pour limiter le réchauffement climatique et renforcer la résilience des populations.

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Une autre problématique est la répartition déséquilibrée des fonds : 89,7 % des financements sont dédiés à l’atténuation, tandis que l’adaptation demeure gravement sous-financée avec environ 7,5 % seulement des fonds alloués, alors que les besoins en adaptation augmentent rapidement.

En outre, la question des pertes et dommages liés aux effets climatiques extrêmes devient centrale. Lors de la COP27, un mécanisme de financement dédié aux pertes et dommages a été créé, mais le volume des ressources à mobiliser, estimé à 400 milliards de dollars annuels, reste un défi majeur.

Les mécanismes de la finance climatique

Les deux grands canaux

  • Financement de l’atténuation : il s'agit du volet principal, orienté vers la réduction ou l’évitement des émissions de gaz à effet de serre. Il comprend notamment le soutien aux projets d’énergies renouvelables (solaire, éolien, hydroélectricité), les investissements dans l’efficacité énergétique des bâtiments et des industries, ainsi que le développement des transports durables (ex : infrastructures pour véhicules électriques). Il inclut également les mécanismes de tarification du carbone, tels que les systèmes d’échange de quotas d’émissions (ETS).
  • Financement de l’adaptation : ce canal vise à renforcer la capacité des communautés et des écosystèmes à faire face aux impacts climatiques inévitables. Cela passe par la construction d’infrastructures résilientes (digues, systèmes de drainage), le développement de cultures résistantes aux sécheresses, la gestion durable de l’eau et la mise en place de systèmes d’alerte précoce pour les événements extrêmes.

Les sources de financement

Les fonds proviennent à la fois d’institutions publiques (gouvernements, banques de développement), d’acteurs privés (entreprises, investisseurs particuliers) et de la finance mixte (« blended finance »), qui combine des capitaux publics et privés afin de réduire les risques d’investissement. Parmi les fonds multilatéraux accessibles aux pays en développement figurent le Fonds vert pour le climat (FVC), le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et le Fonds pour l’adaptation (FA).

Exemple concret : le Fonds vert pour le climat utilise des fonds apportés par les pays développés pour financer des projets d’atténuation et d’adaptation dans les pays émergents, tels qu’une centrale solaire de grande échelle ou un programme de résilience côtière.

Le secteur privé joue un rôle croissant, notamment à travers des instruments financiers innovants comme les obligations vertes, l’investissement direct dans des actifs climatiques, ou encore la participation aux marchés du carbone (exemple : achat de quotas EU ETS via des plateformes spécialisées).

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Les instruments financiers

  • Subventions et dons : fonds non remboursables permettant de financer des projets à fort impact climatique mais peu rentables.
  • Prêts concessionnels : prêts à taux réduits assortis de conditions avantageuses visant à soutenir des initiatives climatiques.
  • Garanties : engagements assurant aux créanciers le remboursement des dettes, encourageant ainsi les investissements risqués.
  • Participations en capital : prise de parts dans des entreprises ou projets visant des résultats climatiques.
  • Obligations vertes : emprunts émis par des gouvernements ou entreprises dédiés au financement d’actions climatiques.
  • Mécanismes de compensation carbone : paiement pour réduire ou éviter une tonne d’équivalent CO2, avec échange de crédits carbone sur les marchés.

Le financement climatique basé sur la performance

Ce type de financement associe directement les décaissements financiers à l’atteinte de résultats climatiques spécifiques, quantifiables et vérifiés de manière indépendante. Plutôt que de financer des intentions, cette approche récompense les résultats effectifs, améliorant ainsi transparence, responsabilité et efficience.

Il existe deux grandes catégories :

  1. Approches de marché : où les résultats climatiques (réduction des émissions, par exemple) sont traduits en actifs échangeables, achetés et vendus selon des principes de marché.
  2. Approches non marchandes : octroi de paiements ou récompenses économiques pour inciter à une action climatique continue, fonctionnant comme des politiques incitatives complémentaires aux réglementations gouvernementales.

Pour que ce financement fonctionne efficacement, des systèmes robustes de mesure, notification et vérification (MNV) sont indispensables, ainsi qu’une gouvernance claire. Ce type de financement favorise l’innovation, la durabilité des projets et l'implication accrue des parties prenantes, notamment les communautés locales et les peuples autochtones.

Le rôle des acteurs et la répartition des fonds

Les financements climatiques proviennent d’un large éventail d’acteurs. Les institutions financières de développement nationales, bilatérales et multilatérales dominent les financements publics. Les gouvernements régionaux et locaux participent aussi via leurs budgets pour soutenir les infrastructures bas-carbone.

Les investisseurs privés, entreprises et institutions financières commerciales jouent un rôle accru. Les particuliers contribuent à hauteur de 10 % des fonds totaux engagés.

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Toutefois, il est crucial que les financements publics servent à catalyser des investissements privés, indispensables pour combler les milliards nécessaires.

Les défis de la finance climatique et perspectives

La complexité du suivi des fonds dédiés au climat réside dans la difficulté à distinguer ce qui relève spécifiquement de la finance climatique versus l’aide au développement classique, étant donné le chevauchement des objectifs. La transparence et la rigueur dans la mesure des résultats financiers et climatiques sont fondamentales pour éviter l’écoblanchiment.

À l’échelle internationale, les discussions restent intenses pour fixer de nouveaux objectifs quantifiés de financement climatique, notamment lors des COP (Conférences des Parties), en particulier dans la perspective de la COP29. Les deux prochaines années sont jugées décisives pour augmenter les trésors alloués à l’action climatique.

Par ailleurs, le déséquilibre entre financements pour l’atténuation et ceux dédiés à l’adaptation doit être comblé pour mieux protéger les populations vulnérables aux impacts du changement climatique.

Enfin, il est essentiel d'intégrer la finance durable globalement, incluant des critères environnementaux, sociaux, économiques et de gouvernance, pour garantir un développement cohérent avec les objectifs climatiques.

Les contraintes liées à la finance climat | Moubarak Moukaila | TEDxTokoin

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