Finance islamique et Rothschild : Analyse et perspectives
La finance islamique s’est fortement développée depuis sa création dans les années 1970 en Egypte et en Malaisie et attire aujourd’hui l’attention du monde de la finance conventionnelle. Elle représente aujourd'hui l'une des branches les plus dynamiques du secteur financier mondial. Fondée sur des principes éthiques et religieux, elle offre une alternative aux systèmes financiers conventionnels tout en répondant aux besoins d’une clientèle de plus en plus exigeante en matière de conformité avec ses valeurs.
Bien que les préceptes religieux de la finance islamique aient été théorisés au 7ème siècle, c’est dans les années 1970 en Egypte et en Malaisie que sont nées les premières banques islamiques.
La Finance Islamique en France : Comment elle fonctionne ? Quels sont les principes ?
Principes fondamentaux de la finance islamique
La finance islamique repose sur des principes fondamentaux issus de la charia, la loi islamique. Elle s’adosse à plusieurs principes religieux. Ainsi, les bénéfices des parties prenantes d’un contrat financier doivent tenir compte du risque encouru par chacun. Contrairement à la finance conventionnelle, elle interdit strictement le riba (l'intérêt), le gharar (l'incertitude excessive) et le maysir (le jeu). Elle exclut par principe l’idée d’une rémunération fixe, déconnectée de la rentabilité de l’actif financé et considère que le fondement de la rémunération de l’argent placé est la rentabilité de l’actif ainsi financé et elle seule.
C’est une des raisons pour laquelle le prêt à intérêt (riba en arabe) est prohibé, puisqu’il fait porter le risque, presque exclusivement, sur l’emprunteur. Le principe central de la finance islamique est celui du partage des risques et des profits. Dans ce système, le prêteur et l'emprunteur partagent les bénéfices comme les pertes, créant ainsi une relation plus équilibrée que dans la finance conventionnelle.
Instruments financiers islamiques
Plusieurs instruments financiers ont été développés pour respecter ces principes tout en répondant aux besoins modernes de financement. Le principe de partage des pertes et profits est utilisé dans plusieurs techniques de financement islamique tel que le Murabaha, une forme d’emprunt sans intérêts.
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Son principe : lorsqu’un client veut acheter un bien, la banque en fait l’acquisition à sa place. Le client lui rembourse ensuite en une ou plusieurs fois le montant du bien, majoré d’une commission déterminée à l’avance et qui reste fixe. La banque supporte pleinement les pertes et partage les profits avec son client. A l’échéance du contrat, la banque transfère la propriété du bien à son client. Un autre outil de financement, le Musharakah, permet à la banque et l’entrepreneur de s’associer dans un projet.
La banque islamique va devenir propriétaire d’une partie du capital social de l’entreprise avec laquelle elle s’associe. Ces méthodes de financement se rapprochent du capital-risque où l’investisseur va financer la phase d’amorçage de l’entreprise. Parmi les produits que propose la finance islamique, on trouve également les Sukuks qui sont les équivalents islamiques des obligations.
Il s’agit de produits financiers adossés à un actif tangible -souvent financé par un contrat Murabaha ou Musharakah- et à échéance fixe. Le porteur d’un Sukuk reçoit une partie du profit attaché au rendement de l’actif sous jacent. Le plus courant est le murabaha, une forme de vente à crédit où la banque achète un bien puis le revend à son client avec une marge bénéficiaire convenue à l'avance. Un autre instrument important est l'ijara, similaire à un crédit-bail, où l'institution financière achète un bien et le loue à son client, qui a la possibilité de l'acquérir à la fin du contrat.
Les sukuk, souvent appelés "obligations islamiques", représentent une part croissante du marché. La mise en œuvre de ces principes se matérialise à travers plusieurs types d'institutions financières. Les banques islamiques, entièrement conformes à la charia, proposent une gamme complète de services similaires à ceux des banques conventionnelles, mais structurés différemment.
Pour les investisseurs, la finance islamique offre plusieurs avantages. Elle permet d'investir dans des actifs réels et productifs, réduisant ainsi l'exposition aux bulles spéculatives. La structure des produits islamiques, avec leur accent sur le partage des risques, peut également offrir une meilleure protection contre les crises financières.
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Croissance et défis de la finance islamique
Depuis sa création, la finance islamique a connu une croissance exceptionnelle. Le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale et d’autres organismes financiers internationaux estiment que les avoirs des banques islamiques ont été multipliés par neuf entre 2003 et 2013, soit une progression de 16% par an. Ils dépasseraient actuellement les 2000 milliards en 2015 selon Standard & Poors.
Plus de 40 millions de personnes dans le monde sont actuellement clientes d’une banque islamique. Ce secteur va encore doubler de volume à 4000 milliards de dollars en 2020, selon Standard & Poors. Les pistes de développement pour la finance islamique sont donc très importantes et aucun gouvernement ne reste insensible aux liquidités immenses des pays du Golfe. Les pays d’Afrique de l’Ouest commencent eux aussi à s’ouvrir à la finance islamique. De ce fait, les gouvernements et les acteurs de la finance conventionnelle s’intéressent de plus en plus à ce domaine.
Le Trésor britannique a d’ailleurs émis sa première obligation islamique -un Sukuk- en 2014. Idem pour les grandes banques. Les spécialistes religieux des produits financiers « Charia-compatibles » avaient refusé que Goldman Sachs émette pour 2 milliards de dollars d’obligations islamiques en 2011. Finalement la banque américaine a émis pour 500 millions de dollars d’obligations islamiques en 2014.
En Malaisie, la finance islamique devra embaucher près de 40 000 personnes d’ici à 2020 du fait du développement de ses activités selon la Banque Centrale malaisienne. Et ce sont 17 000 postes qui vont être crées en Indonésie dans les 5 prochaines années. Selon Moody’s, l’émission d’obligations islamiques a dépassé un nouveau record en 2014 pour un montant de près de 300 milliards de dollars dont 36% sont des obligations souveraines (115 milliards de dollars).
Malgré sa croissance rapide, la finance islamique doit encore relever plusieurs défis. L'un des principaux est l'harmonisation des normes et des pratiques à l'échelle internationale. Un autre défi majeur est la formation des professionnels. La finance islamique nécessite des compétences spécifiques qui ne sont pas toujours enseignées dans les cursus financiers traditionnels. Cependant, ces défis s'accompagnent d'opportunités significatives. La demande croissante pour des produits financiers éthiques dépasse largement le monde musulman, attirant des investisseurs de toutes confessions soucieux de l'impact de leurs placements.
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Acteurs majeurs et présence internationale
Parmi les banques conventionnelles, les banques anglo-saxonnes ont particulièrement développé leur offre de produits de financement islamique. HSBC est la banque la plus importante sur ce marché avec 25,7% des émissions de titres, suivie par Maybank Investment Bank qui profite de sa domination sur le marché malaisien. Viennent ensuite CIMB Groupe, Standard Chartered et Deutsche Bank.
Les banques françaises sont elles aussi actives dans ce secteur : BNP Paribas (Bahreïn), mais aussi Société Générale et Natixis (actives depuis Londres). Les opportunités de carrière dans la finance islamique au Maghreb et dans les pays du Golfe sont nombreuses et les nouveaux géants du Sud-Est asiatique comme l’Indonésie et la Malaisie sont devenus des acteurs incontournables dans ce domaine.
Selon un chasseur de têtes basé à Dubaï, il est préférable de se faire embaucher dans une banque conventionnelle pour ensuite développer son expertise dans le domaine de la finance islamique qui reste un secteur de niche. Une spécialisation académique en finance islamique n’est pas obligatoire et les banques préfèrent les qualifications plus communes comme le CFA, avant de former ses équipes aux principes de la finance islamique.
Le rôle de Rothschild
Par le passé, Rothschild a été saluée pour ses temps de travail équilibrés. Elle a mis en place une politique de week-ends protégés ; en France, elle interdit de travailler le week-end, et après 20 h en semaine. Il est particulièrement difficile de travailler à Dubaï et que Rothschild n’est pas la seule banque à sursolliciter ses juniors : « c’est comme une cocotte-minute.
D’après les juniors de Rothschild à Dubai, on leur demande souvent de faire des journées sans fin, au point de mettre leur santé en danger. Une junior de Rothschild dans l’émirat a été hospitalisée avec des douleurs thoraciques et le souffle court à son retour de vacances le 13 mai. Son état ne serait toutefois pas lié à son activité professionnelle.
Critiques et limites de la finance islamique
Si elle est en forte croissance, la finance islamique représente à peine 1% de la finance mondiale et occupe parfois une place marginale dans les pays majoritairement musulmans (en Arabie Saoudite elle ne représente « que » 50% des actifs). La plupart des banques islamiques demeurent des établissements de taille petite ou moyenne à l’ancrage régional et les grandes banques internationales font de la finance islamique une activité marginale.
Bien entendu, l’introduction de produits islamiques ne va pas en elle-même réformer le système financier international et ce choix de financement reste contraignant et limité. Plus encore, certains produits financiers développés par les banques islamiques comme le Murabaha ressemblent fortement à ceux proposés par les banques conventionnelles. Pour rappel, la banque islamique ne peut pas proposer à un entrepreneur un prêt classique, mais elle pourra en revanche, avec un contrat Murabaha, acheter à sa place ses équipements, puis les lui revendre en y ajoutant une commission importante.
Dans la réalité, ces frais sont égaux ou supérieurs aux sommes perçues au titre de l’intérêt par les banques conventionnelles. Difficile, donc, de justifier une différence morale entre produits islamiques et prêts classiques. La finance islamique demeure une alternative intéressante à la finance conventionnelle dans des pays détenteurs de liquidités importantes ou dans des pays émergents.
Ce développement reste néanmoins freiné plus par l’offre de produits financiers, à cause de la régulation importante autour de leur émission, plutôt que par la demande des investisseurs qui reste soutenue. Par ailleurs, une autre contrainte de la finance islamique réside dans la faible liquidité de ses produits qui sont obligatoirement adossés à des actifs tangibles. Le marché est donc peu profond.
De plus, la plupart des banques islamiques opèrent dans un environnement où les marchés interbancaires et monétaires islamiques sont inexistants ou sous-développés. La majorité des emprunts et des facilités des Banques Centrales ne s’accommodent donc pas avec la Charia. Ainsi, en raison de leur accès limité au marché interbancaire islamique et aux facilités de prêteur en dernier ressort, les banques islamiques doivent « assurer » elles-mêmes leurs activités et se prémunir contre les imprévus en conservant d’importantes liquidités.
Comparées aux banques conventionnelles, les banques islamiques gardent alors 40% de plus de liquidités en moyenne.
| Caractéristique | Finance Islamique | Finance Conventionnelle |
|---|---|---|
| Intérêt (Riba) | Interdit | Autorisé |
| Partage des risques | Obligatoire | Limitée |
| Investissement dans des actifs réels | Privilégié | Non obligatoire |
| Spéculation (Gharar) | Interdite | Autorisée (sous conditions) |
Impact sur les institutions financières conventionnelles
L'essor de la finance islamique a un impact croissant sur les institutions financières conventionnelles. De nombreuses banques internationales ont développé des divisions spécialisées dans les produits islamiques, reconnaissant ainsi l'importance de ce marché. Pour les sociétés financières, l'intégration de principes islamiques peut offrir plusieurs avantages. Elle permet d'élargir leur base de clients, notamment dans les pays à majorité musulmane où la demande pour ces produits est forte.
La finance islamique représente bien plus qu'une simple niche financière. Elle incarne une approche alternative et complémentaire aux systèmes financiers traditionnels, offrant des solutions adaptées à une clientèle de plus en plus diversifiée et exigeante. Pour les étudiants en finance, comprendre les principes et les mécanismes de la finance islamique devient de plus en plus important. Cela ouvre non seulement des perspectives de carrière dans un secteur en pleine expansion, mais offre également une vision plus large des possibilités en matière de finance éthique et responsable.
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