Financement de la campagne de Nicolas Sarkozy : Enquête et Procès

L'affaire du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 est une affaire politico-financière qui a éclaté en 2012 avec les premières révélations de Médiapart.

Cette affaire a conduit à la mise en examen de Nicolas Sarkozy pour détournements de fonds publics libyens, financement illégal de campagne et corruption.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi lors d'une rencontre officielle.

Contexte et Révélations

Les années 2000 signent le retour en grâce de Mouammar Kadhafi, jusqu’alors mis au ban de la communauté internationale pour ses méthodes autocratiques et ses liens supposés avec le terrorisme.

En 2012, Médiapart publie les premières révélations concernant l’affaire politico-financière dite du « financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy ».

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Dans la suite du séisme provoqué par les révélations de Médiapart, Sherpa se constitue partie civile en 2013 dans l’affaire du financement libyen. Un dossier qui soulève également le rôle des entreprises privées dans les affaires de corruption transnationale.

L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, est jugé devant le tribunal de Paris pour des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.

Les Accusations et le Procès

L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, est jugé devant le tribunal de Paris pour des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Il s'est exprimé ce jeudi 9 janvier à la barre, affirmant n'avoir "rien" à se reprocher. Il encourt dix ans de prison, 375 000 euros d'amende, et jusqu'à cinq ans d'inéligibilité.

Au dernier jour de son procès, Nicolas Sarkozy a qualifié le réquisitoire de "politique et violent".

Au dernier jour de son procès, Nicolas Sarkozy n'a pas beaucoup parlé, mais il a dénoncé un "réquisitoire politique et violent".

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Les trois procureurs du Parquet national financier ont entamé mardi leur réquisitoire, prévu pour durer deux jours et demi.

Au premier jour de ses réquisitions, le Parquet national financier a déjà réclamé la condamnation de Nicolas Sarkozy et de ses complices présumés dans l’affaire des financements libyens.

Sept ans de prison ferme, 300 000 € d’amende et cinq ans d’inéligibilité. C’est la lourde peine réclamée ce jeudi 27 mars, par le ministère public contre Nicolas Sarkozy, 70 ans, au procès du financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007.

Assis devant ses avocats, il est resté visage fermé au terme du long réquisitoire qu’il a écouté attentivement durant trois jours, tour à tour concentré, bouillonnant ou affligé, et en prenant beaucoup de notes.

Celui qui porte un bracelet électronique depuis février pour sa condamnation dans l’affaire «Bismuth», jugé pour corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs, a réagi peu après: considérant que « la fausseté et la violence des accusations et l’outrance de la peine réclamée » ne visaient qu’à « masquer la faiblesse des charges alléguées ».

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À ses côtés était assis Éric Woerth, 69 ans. Un an de prison ferme aménageable et 3 750 € d’amende a été demandé contre l’ex-ministre. Ainsi que six ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende à l’encontre de Claude Guéant, 80 ans, et trois ans ferme avec 150 000 € d’amende contre Brice Hortefeux, 66 ans, tous deux absents à l’audience.

Le parquet national financier (PNF) a réclamé aussi trois ans de prison et 150 000 € contre Thierry Gaubert, ex-proche de Nicolas Sarkozy.

En entamant leur réquisitoire, mardi, les trois procureurs ont d’abord chargé Nicolas Sarkozy.

Il a été conclu selon eux d’une poignée de main avec le « Guide autoproclamé » le 6 octobre 2005 lors d’une visite officielle du ministre de l’Intérieur français à Tripoli.

Rencontre entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi

Rencontre entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi.

Des déplacements avant et après de Claude Guéant et Brice Hortefeux étant destinés à le « préparer » et le « finaliser », lors de rencontres « planifiées » avec Abdallah Senoussi, beau-frère du « colonel », condamné en France à la perpétuité pour terrorisme.

Guéant comme Hortefeux ont affirmé qu’ils étaient tombés dans un « guet-apens », n’ayant jamais eu l’intention de le voir. Des « explications rocambolesques », a dit le PNF, estimant qu’ils se sont surtout vus « confier le rôle d’hommes de mains ».

Ce qui démontre, a-t-il ajouté, que « Nicolas Sarkozy était le décisionnaire ».

Une façon habile, pour le ministère public, d’expliquer l’absence de preuve documentaire irréfutable dans ce dossier, martelée par l’ex-président.

Les magistrats du parquet ont insisté sur le « faisceau d’indices », qui « permet comme une trace ADN ou l’arme du crime d’entrer en voie de condamnation ».

Ce dernier a fait aussitôt un virement à Thierry Gaubert, ex-proche de Nicolas Sarkozy, qui a, lui, noté sur son agenda : « NS campagne ».

Les investigations ont identifié au total trois versements d’entités libyennes à Takieddine en 2006, pour un total six millions d’euros.

Des montants « concordants avec ceux mentionnés dès 2007 » dans le journal de Choukri Ghanem.

L’ex-ministre libyen, mort en 2012, les énumère dans son récit d’un « déjeuner avec des dignitaires au cours duquel a été fait état d’un financement de la campagne de M.

C’est, pour le ministère public, une « preuve déterminante » au « soutien de la réalité du pacte de corruption ».

Le PNF est longuement revenu aussi sur les « contreparties » promises d’après lui en échange d’un financement.

À commencer par un « soutien diplomatique » pour « consolider le retour de la Libye sur la scène internationale » après la levée en 2003 de sanctions internationales pour son soutien au terrorisme.

Mais aussi la « promesse de trouver une issue à la situation juridique d’Abdallah Senoussi », qui « voulait voir annulée sa condamnation » à la perpétuité pour l’attentat du DC-10 d’UTA qui a fait 170 morts, en 1989.

Autre élément « renforçant la réalité du pacte de corruption », d’après l’accusation, c’est « l’exfiltration de France, organisée par les proches de Nicolas Sarkozy » de Bechir Saleh, aujourd’hui en fuite.

L’ex-directeur de cabinet de Kadhafi, soupçonné d’avoir remis du cash à Claude Guéant, était réfugié dans l’Hexagone depuis fin 2011.

Mais visé par un mandat d’arrêt sur plainte des nouvelles autorités libyennes, « l’homme qui en savait trop » a décollé vers le Niger le 3 mai 2012 à bord d’un jet privé.

L’ex-ministre Éric Woerth, était trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Reste les « traces d’argent liquide » illégal dans la campagne de 2007.

Quelques dizaines de milliers d’euros retrouvés, loin de « six millions versés », d’après l’accusation, « dans le pacte de corruption ».

Avant de rappeler des témoignages et l’enquête montrant que de l’argent partait de Libye et d’évoquer Ziad Takieddine, « en capacité de porter des valises ».

Des sommes « devant être remises à Claude Guéant », qui a « loué une chambre forte près du QG de campagne sans pouvoir expliquer pourquoi ».

Nicolas Sarkozy et son avocat

Nicolas Sarkozy arrive à l’audience avec son avocat Me Christophe Ingrain.

Les Protagonistes Principaux

Yannick Kergoat cite les 12 accusés : "l'ancien président de la République de 2007 à 2012, Claude Guéant, son directeur de cabinet puis secrétaire général de l'Élysée ; Brice Hortefeux, ministre des Collectivités locales, devenu ministre de l'Immigration en 2007 ; Éric Woerth, trésorier de la campagne présidentielle, ensuite nommé ministre du Budget. Pour la partie libyenne, Bechir Saleh, l'ex-chef de cabinet de Kadhafi. Et enfin, des hommes d'affaires comme Ziad Takieddine, Alexandre Djouhri et quelques autres. Après 13 années d'investigation et de rebondissements, ces figures se retrouvent face à la justice."

L'ancien chef de l'Etat était, à l'époque de sa visite, ministre de l'Intérieur. Il est soupçonné d'avoir à ce moment-là évoqué un financement de sa campagne pour la présidentielle de 2007.

Parmi les mis en cause, la reine des paparazzis Mimi Marchand, l’intermédiaire Noël Dubus, déjà condamné pour escroquerie, le puissant chef d’entreprise David Layani, etc.

Les poursuites contre le financier Pierre Reynaud, mort en mai, sont éteintes.

La première étape de l’opération aurait d’abord consisté à obtenir la rétractation des accusations contre Nicolas Sarkozy du sulfureux intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, fin 2020 en échange d’une possible rémunération.

Ce revirement avait donné lieu à une retentissante interview sur BFMTV et Paris Match, point de départ de l’enquête.

Puis, au premier semestre 2021, certains des mis en cause auraient tenté d’obtenir une preuve que le retentissant document libyen publié dans l’entre-deux-tours de la présidentielle 2012 par Mediapart, évoquant un financement à hauteur de 50 millions d’euros, était un faux.

D’après une source judiciaire, Nicolas Sarkozy a par ailleurs été placé sous statut de témoin assisté pour l’infraction de participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre l’infraction de corruption active de personnel judiciaire étranger au Liban.

Certains protagonistes de cette opération sont en effet soupçonnés d’avoir tenté de corrompre des magistrats libanais pour qu’ils libèrent un fils Kadhafi détenu dans ce pays, afin que la famille du défunt dictateur libyen facilite la mise hors de cause de Nicolas Sarkozy.

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