Le mécanisme de financement des fonds propres des banques grecques par la BCE : enjeux, méthodes et conséquences
Alors que la Grèce sort officiellement de la spirale des plans de sauvetage, la réalité économique et financière du pays demeure profondément marquée par la crise bancaire et les mécanismes de soutien mis en place par la Banque centrale européenne (BCE). Comprendre comment la BCE finance indirectement les fonds propres des banques grecques implique d’examiner l’ELA, les rachats d’actifs pourris, le plan Hercules, les interventions de la BEI et les mécanismes de garantie qui ont transformé la nature du système financier grec.
Contexte historique et fragilité persistante du système bancaire grec
La crise grecque qui a éclaté en 2010 est d’origine bancaire privée. Elle n’est pas le résultat d’un excès de dépenses publiques. Pour la période 1996-2008, à première vue, l’évolution de l’économie grecque ressemble à une success story ! L’intégration de la Grèce au sein de l’Union européenne et à partir de 2001 dans la zone euro a l’air de réussir.
Jusqu’en 1998, 70 % du système bancaire grec était public. Par la suite, la situation changea radicalement. Durant la période 1998-2000, les banques publiques furent vendues à des prix bradés au capital privé et quatre grandes banques émergèrent, représentant 65 % du marché bancaire : la Banque nationale de Grèce, Alpha Bank, Eurobank et Piraeus Bank.
Les grandes banques privées et d’autres institutions financières des économies du centre ont prêté de l’argent aux secteurs privé et public des économies périphériques car il était plus profitable d’investir dans ces pays que dans les marchés nationaux des économies du centre. Cela a créé une bulle du crédit privé, touchant principalement le secteur immobilier, mais aussi celui de la consommation.
ELA : le dernier ballon d’oxygène des banques grecques
La procédure connue sous le nom d'ELA (Emergency Liquidity Assistance), constitue un des derniers ballons d'oxygène des banques grecques, qui elles-mêmes permettent à l'État grec de se financer en achetant les obligations qu'il émet. En fixant un cadre très généreux à ce mécanisme ELA, dernier parachute, la BCE, après avoir envoyé un signal politique à Athènes, s'assure que le système bancaire grec ne sera pas pour autant à sec dans les semaines à venir.
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La BCE avait décidé de priver les banques grecques d'un autre canal de financement, en faisant sauter un régime de faveur qui leur permettait de se refinancer auprès d'elle en fournissant comme garanties des obligations émises par Athènes, soit des titres de moindre qualité que ceux acceptés habituellement. Mais le conseil des gouverneurs a maintenu la procédure qui permet aux établissements hellènes d'obtenir des liquidités d'urgence auprès de la Banque centrale grecque.
Plan Hercules, titrisation des prêts non performants et extraction de richesse
Si la BCE soutient les obligations grecques, c’est parce qu’un mécanisme inédit est apparu ces dernières années, permettant d’extraire de la richesse des États en faillite. Les pouvoirs en place ont instauré le plan Hercules, qui retire les obligations des bilans des banques pour les vendre à des fonds vautours basés aux îles Caïman.
Ces fonds deviennent la propriété d’investisseurs étrangers, de dirigeants de banques grecques, et de familles élargies de la classe politique. Ils ont la possibilité d’acheter un prêt non productif d’une valeur de 100.000 euros pour seulement 3.000 euros, tout en sachant pertinemment qu’ils ne pourront pas récupérer leur argent. Ils peuvent en revanche, s’ils vendent la garantie attachée au prêt pour 50 000 euros, empocher 47 000 euros sans avoir à déclarer un centime une fois les fonds transférés aux îles Caïmans.
Cette manœuvre permet d’extraire environ 70 milliards d’euros d’une économie qui en produit moins de 200 milliards par an. De tels profits n’existent nulle part ailleurs : la Grèce est une véritable poule aux œufs d’or. De plus, ce plan Hercules, approuvé par le Parlement grec, garantit au moins 23 milliards d’euros. L’État grec et la BCE soutiennent donc les intérêts de ces fonds vautours s’ils ne parvenaient pas à extraire suffisamment de richesses par les dépossessions.
Comment la BCE contribue indirectement aux fonds propres bancaires
La raison pour laquelle les investisseurs rachètent des obligations grecques malgré l’insolvabilité connue de l’État tient au fait que la Banque Centrale Européenne a annoncé qu’elle garantissait les obligations grecques. Déclarer la Grèce solvable en 2023 découle d’une manœuvre politique du même ordre que celle qui a consisté à la déclarer insolvable en 2010. Pour Christine Lagarde et ses laquais, il s’agit là d’un clin d’œil adressé aux investisseurs.
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Lorsque la BCE garantit ou accepte comme collatéral certains actifs, elle augmente la liquidité disponible pour les banques grecques et abaisse le coût auquel elles peuvent se refinancer. En l'absence d'un apport direct en capital public, ce soutien de la BCE et le recours à des mécanismes comme l’ELA permettent aux banques de restaurer une apparence de solvabilité et de reconstituer des fonds propres par des montages comptables, des émissions d'obligations garanties ou des ventes d'actifs.
Conséquences sociales et économiques de ces mécanismes
Le niveau de vie de la population grecque a baissé en moyenne de 20 % depuis 2010. Mais c’est une moyenne, si l’on regarde la situation de la classe ouvrière, le PIB par habitant a chuté de 45 % ! Pour ce qui est de la dette du secteur privé, environ 2 millions de Grecs sur 10 millions ont des fonds propres négatifs et des prêts non productifs. C’est un record mondial, une situation inédite.
À première vue, il pourrait donc sembler paradoxal pour la presse financière de vanter les mérites d’une économie dont les secteurs public et privé sont à ce point en faillite. Mais en tenant compte des profits que tirent les investisseurs étrangers d’une telle situation, on comprend ces commentaires élogieux. Ces manœuvres n’ont pas créé de capital productif : l'augmentation des investissements directs étrangers (IDE) traduit souvent l'achat de prêts non performants, de biens immobiliers pour Airbnb, ou des privatisations, plutôt que la construction d'une capacité de production durable.
Alternatives proposées : Odysseus, banque publique et outils de souveraineté financière
MeRA25 propose des solutions concrètes pour contrer l’extraction de richesse par des investisseurs privés et les mécanismes actuels de la BCE. Un des points essentiels du programme consiste à instaurer une banque publique qui remplacerait le système Hercules afin d’empêcher l’achat et la vente de prêts non performants sur les marchés financiers. Cette banque, appelée Odysseus, absorberait ces prêts et permettrait aux individus menacés de liquidation ou de vente de sauver leur propriété en échange d’une redevance qui ne dépasserait pas un sixième de leurs revenus disponibles.
Les banques cèderaient leurs prêts pourris à Odysseus, qui les gèlerait ensuite par l’émission d’obligations. L’idée étant qu’une fois que le prix d’une propriété excède la valeur nominale des prêts gelés, des négociations peuvent avoir lieu entre les emprunteurs et Odysseus. Les emprunteurs ne perdraient pas la part qu’ils ont déjà payée, ceci permettrait de mettre un terme au transfert de richesses vers les îles Caïmans, et aux dépossessions qui sont une véritable catastrophe sociale.
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Après mon départ du ministère des Finances, un « super fonds » a été imposé pour administrer les biens publics. Cette situation, unique dans l’histoire, représente le pire exemple de néo-colonialisme. Le fonds étant géré directement par la Troïka, les biens grecs sont donc légalement entre les mains de puissances étrangères. Nous proposons de démanteler ce fonds et de transférer ces biens vers une banque publique de développement dont le stock de capital servira notamment à financer la transition énergétique ou l’agriculture biologique.
Mesures monétaires et numériques pour réduire la dépendance à la BCE
Nous proposons également une autre institution, une plateforme de paiement numérisée, basée sur les données de l’administration fiscale grecque. Chacun pourra recevoir et envoyer de l’argent via son numéro de déclaration fiscale, ce qui permettra d’effectuer des transactions en dehors du carcan de la BCE, des banquiers privés, ou des systèmes Mastercard et Visa. Ce projet nous ferait économiser deux milliards d’euros par an, mais reste une mesure controversée, car elle sort du cadre établi par la BCE.
L’objectif est de nous rendre hors de portée des mesures de chantage que le système bancaire grec a subies en 2015. De telles initiatives visent à restaurer une marge de manœuvre macroéconomique et à réduire la capacité des créanciers étrangers à extraire des richesses via des mécanismes financiers opaques.
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Rôle complémentaire de la BEI et autres soutien à l'économie réelle
La Banque européenne d’investissement (BEI) et les quatre banques grecques d’importance systémique ont scellé une nouvelle collaboration sous la forme d’un programme de garantie de 700 millions d’euros destiné à soutenir les entreprises de taille intermédiaire (ETI) en Grèce. Plus précisément, la BEI s’est engagée à couvrir, sur une base individuelle pour chaque prêt, 50 % des pertes qui pourraient survenir.
Le Groupe BEI a fait état de la signature de financements en Grèce pour 2,5 milliards d’euros en 2023, dont 36 % ont servi à soutenir les PME et les ETI. Ces instruments jouent un rôle crucial pour l’économie réelle et illustrent un niveau d’intervention différent de celui des mécanismes servant à restaurer la santé comptable des banques.
Privatisations, IDE et effets pervers sur le marché domestique
Les IDE ont pour but de tirer profit du marché de l’immobilier, des prêts non performants et des privatisations, tous préjudiciables au fonctionnement d’une économie réellement productive. Un fonds vautour qui achète un prêt de 100.000 euros pour 3.000 euros est comptabilisé comme un IDE. Pourtant cela ne rapporte qu’une faible somme d’argent, qui permet d’extraire un montant bien plus élevé par une dépossession. On n’y trouve pas le moindre signe de capital productif.
Par ailleurs, le système de « visa doré » laisse circuler dans l’espace Schengen quiconque pouvant investir 250.000 euros dans le pays. Pourtant cela ne provoque aucun investissement productif : on achète des appartements pour les convertir en Airbnb, ce qui affaiblit l’offre immobilière et force les locaux à se loger ailleurs. Les IDE servent souvent à profiter du marché immobilier, des prêts non performants et des privatisations plutôt qu’à construire un capital productif national.
Tableau synthétique : mécanismes et impacts
| Mécanisme | Description | Impact principal |
|---|---|---|
| ELA | Assistance d'urgence via la Banque centrale grecque, soutenue politiquement par la BCE | Maintien de la liquidité bancaire, dépendance accrue à la BCE |
| Plan Hercules | Vente de prêts non performants à des fonds privés/« vautours » | Extraction de richesse, transfert d'actifs vers paradis fiscaux |
| Garanties BEI | Garanties et financements ciblés pour PME/ETI | Soutien à l'économie réelle et aux investissements productifs |
| Odysseus (proposé) | Banque publique absorbant NPLs et négociant avec emprunteurs | Préservation des biens des ménages, réduction des dépossessions |
| Plateforme de paiement fiscale | Systeme numérique national de paiements via numéro fiscal | Moindre dépendance aux systèmes bancaires internationaux |
Perspectives : entre restauration de la souveraineté financière et contraintes européennes
Déclarer la Grèce solvable en 2023 découle d’une manœuvre politique du même ordre que celle qui a consisté à la déclarer insolvable en 2010. Si la BCE soutient désormais les obligations grecques, c’est en raison d’un cadre qui favorise l’extraction privée via des montages financiers. Un changement de politique publique, via la création d’institutions publiques comme Odysseus ou une plateforme de paiement nationale, pourrait inverser la tendance et empêcher le transfert massif de richesse vers les investisseurs étrangers et les paradis fiscaux.
En parallèle, il conviendrait de privilégier des instruments de la BEI et d'institutions publiques favorisant des investissements productifs, tout en démantelant progressivement les structures et fonds imposés par la Troïka qui dépossèdent l’État de sa capacité décisionnelle sur les biens publics.
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