Systèmes de financement des retraites en Europe : comparaison et enjeux
Le panorama publié par le Conseil d’orientation des retraites (COR) en décembre 2020 porte sur les systèmes de retraite en France et dans dix autres pays de l’OCDE (Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, États-Unis, Italie, Japon, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède). Cet ensemble permet d’examiner les mécanismes de financement, les niveaux de dépense, les âges de départ et les niveaux de vie des retraités, ainsi que les dynamiques démographiques et économiques qui les underlie.
Repères sur les coûts et les objectifs des systèmes de retraite
La France reste au deuxième rang avec un total de 14,2 % du PIB en dépenses de retraite, derrière l’Italie, lorsque l’on inclut les dépenses publiques et privées. L’ajout des dépenses privées relève le montant des dépenses de retraite surtout dans les pays où les pensions publiques sont particulièrement faibles. L’écart entre les dépenses publiques de retraite de la France et des autres pays explique une part importante de l’écart entre le total des dépenses publiques de la France et des autres pays.
Pour financer les retraites publiques en France sans recourir à l’emprunt, il faudrait prélever chaque année 13,9 % du PIB à travers des impôts et cotisations sociales versés obligatoirement à des régimes publics de retraite en situation de monopole. L’objectif est alors de comparer des systèmes où les primes obligatoires publiques n’ont pas la même nature que des primes facultatives versées à des régimes privés en concurrence (fonds de pension).
Le COR distingue des régimes à deux conceptions: bismarckien assurantiel et beveridgien solidaire. Les régimes bismarckiens sont financés par des cotisations sociales, ceux beveridgiens par des impôts, avec un minimum garanti même lorsque la pension dépend des cotisations. En France, le minimum contributif représente 22 % du salaire moyen en 2018, mais ce minimum ne concerne que le régime général et est souvent complété par une retraite complémentaire. Les pensions minimales universelles existent dans certains pays, mais ne couvrent pas les accidents de carrière comme le chômage ou les arrêts maladie.
Âges effectifs de départ et durée de retraite
Les âges légaux et effectifs de départ varient selon les pays et les carrières. En France, l’âge effectif moyen de sortie du marché du travail était de 60,7 ans pour les hommes en 2022, le plus bas des pays étudiés. L’âge moyen de liquidation dans le privé était de 62,6 ans pour les femmes et 62,0 ans pour les hommes en 2019. En revanche, le Japon, les États‑Unis et la Suède affichent les âges effectifs les plus élevés. La durée moyenne de la retraite est de 23,3 ans pour les hommes en France en 2022, la plus longue des pays examinés (comparativement à 18,8 ans en Allemagne).
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Les systèmes européens présentent deux modes dominants de calcul: les systèmes par annuités (prestations définies) et les systèmes en points ou comptes notionnels (cotisations définies). Le système par annuités est basées sur une prestation future garantie à partir d’un nombre de trimestres-travail et d’un taux de liquidation, tandis que les systèmes en points et en comptes notionnels lient le montant estimé de la retraite au capital virtuel accumulé et à des paramètres variables (prix du point, coefficients de conversion). La valeur du point dépend de facteurs démographiques et macroéconomiques nationaux.
Comparaisons par grands blocs européens
- France et Allemagne : en Allemagne, le système est passé d’un modèle purement bismarckien à une combinaison avec un volet capitalisé invitant à l’épargne volontaire; en France, le système de répartition est fragmenté et reste en partie géré par les partenaires sociaux, avec des régimes séparés pour diverses catégories professionnelles.
- Royaume-Uni : transition vers un système de revenu de base garanti avec des retraites supplémentaires gérées par des fonds professionnels ou privés; progression graduelle de l’âge de départ à la retraite dans le cadre d’un modèle influencé par les plans d’austérité et les exigences de Maastricht et de l’Union européenne.
- Reste nordique (Suède et pays nordiques) : premier pilier Beveridgien répartition, complété par un deuxième pilier obligatoire et des retraites d’entreprise capitalisées. La Suède a réformé en profondeur pour instaurer un système qui recalcule les prestations sur les 15 meilleures années et intègre des fonds de capitalisation, avec incitation à reculer l’âge de départ.
- Pays-Bas et Espagne : les Pays-Bas présentent une part significative de retraites complémentaires, avec environ 32 % des retraites totales proviennent des régimes complémentaires; en Espagne, le système est marqué par un mixte entre répartition et capitalisation, avec des fonds privés qui se sont développés fortement à partir des années 1990 et 2000.
- Italie et Espagne : l’Italie se distingue par des incitations à travailler plus longtemps et par des réformes visant à accroître la durée de cotisations; l’Espagne montre des réformes anciennes et le recours croissant à des fonds privés complémentaires, tout en conservant un régime public contributif important.
- Japon et Canada : le Japon affiche une grande longévité et un taux de remplacement des pensions relativement élevé mais le vieillissement démographique pèse fortement; le Canada montre des systèmes mixtes avec des prestations publiques et des régimes privés facultatifs qui renforcent le niveau de remplacement.
Indices de remplacement et pauvreté des seniors
Le taux de remplacement net de l’impôt sur le revenu et des cotisations est d’environ 70 % en France, et inférieur à celui de l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas lorsqu’on regarde les prestations au moment de la liquidation. Ces taux restent faibles au Japon et dans les pays anglo-saxons si l’on ne compte que les retraites publiques obligatoires, mais peuvent être plus élevés aux États-Unis et au Canada si l’on inclut les régimes privés facultatifs. Le taux de pauvreté monétaire des seniors est le plus faible aux Pays-Bas et en France (environ 4,4 % en 2020), et le plus élevé aux États-Unis (22,8 % en 2020, 11,0 % en Allemagne). Le niveau de vie des plus de 65 ans est presque équivalent à celui de l’ensemble de la population en France et en Italie, phénomène unique parmi les pays étudiés.
Le patrimoine net médian des 65-74 ans est le plus élevé en France dans la tranche d’âge, et les pensions de réversion représentent environ 1,7 % du PIB en France en 2017, soit une moyenne OCDE d’environ 1,0 %. Les pensions de réversion restent une composante statistique distincte dans les comparaisons internationales et peuvent influencer le niveau moyen des prestations constaté.
Projections et défis pour l’avenir
Les réformes des retraites visent essentiellement à adapter les systèmes au vieillissement démographique et à la dynamique économique. La Grande-Bretagne a accéléré l’augmentation de l’âge légal de départ et a réorienté son système vers un socle de prestations universel complété par des régimes complémentaires. En Espagne, l’ajustement des périodes de calcul du salaire moyen et l’introduction de fonds privés complémentaires visent à stabiliser les dépenses face à l’évolution démographique et budgétaire. Le COR insiste sur l’importance d’examiner les âges effectifs moyens de sortie du marché du travail et de liquidation, plutôt que les âges légaux, afin de mieux refléter les trajectoires réelles des travailleurs dans les analyses comparatives.
Au niveau européen, la plupart des pays s’inscrivent dans une logique de trois piliers : capitalisation, régime public et épargne individuelle, afin de préserver le niveau de retraite face au financement par répartition et d’offrir une marge pour l’épargne privée. Si l’Union européenne ne peut imposer largement des réformes, elle recommande ce modèle tripartite et appelle à une gestion coordonnée des réformes, tout en respectant les contraintes budgétaires et macroéconomiques des États membres.
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Les pratiques de négociation autour des réformes varient selon les pays: en Allemagne, Autriche ou Pays-Bas, les partenaires sociaux jouent un rôle clé; en Suède et dans les pays nordiques, l’État organise des commissions parlementaires et cherche un consensus politique. En France et dans les pays d’Europe du Sud, les compromis syndicaux sont souvent plus difficiles, ce qui peut retarder les reformes et intensifier les tensions sociales.
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Tableau récapitulatif des points clés
| Pays | Mode de financement principal | Part des dépenses de retraite dans le PIB | Âge légal de départ | Remplacement moyen net (au moment de liquidation) |
|---|---|---|---|---|
| France | Répartition, compléments privés | 14,2 % du PIB (publics + privés) | 62/67 | ≈70 % |
| Italie | Mixte, capitalisation croissante | plus élevé que France | +65 | plus élevé que France |
| Suède | Répartition + comptes notionnels + capitalisation | Modéré à élevé | 65 (réformes) | Élevé |
| Espagne | Répartition + fonds privés | Relativement élevé | 65 | Modéré |
| Royaume-Uni | Public revenu de base + compléments privés | Variable selon sources | 65-68 | Variable |
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