Régime fiscal des primes des Jeux olympiques : ce que gagnent (et paient) les médaillés

La ferveur des JO a gagné les bureaux de Cashbee. Impossible de ne pas saluer les dernières prouesses des athlètes autour de la machine à café, de s’enthousiasmer des événements sportifs extraordinaires vécus en live et de jeter un œil aux finales, surtout quand un(e) athlète français(e) y participe. Mais nous sommes des professionnels de l’épargne et de l’investissement. Donc nous nous sommes posé la question : au-delà d’une belle médaille, ça paye combien de gagner aux JO ?

Montants des primes versées aux médaillés français

C’est un peu la cerise sur le gâteau. Au-delà du grand frisson du titre ou de la médaille, l’État verse une prime pour récompenser les sportifs français des Jeux olympiques ou paralympiques : 80 000 euros pour l’or, 40 000 euros pour l’argent et 20 000 euros pour le bronze. Le gouvernement a prévu dans un arrêté du 30 janvier 2024 que chaque Français médaillé olympique recevra une prime en fonction du titre obtenu : 80 000 euros pour la médaille d’or, 40 000 euros pour l’argent et 20 000 euros pour le bronze. Ces montants sont en nette hausse par rapport aux JO de Tokyo en 2021 (respectivement, 65 000 euros pour l’or, 25 000 euros pour l’argent et 15 000 euros pour le bronze).

Primes et imposition : le régime applicable

Mais alors qu’elles étaient défiscalisées depuis les Jeux d’Albertville en 1992 (hormis Vancouver 2010, Londres 2012 et Sotchi 2014), ces sommes sont à nouveau soumises à l’impôt sur le revenu depuis les JO de Tokyo en 2021. Dans le régime de droit commun, les athlètes concernés verront donc l’an prochain leur prime imposée au barème progressif, après abattement de 10 % ou déduction des frais réels. Légalement, ces primes sont imposables depuis 2011. Maître Scaglia, avocate fiscaliste, explique que la taxation des athlètes français sur leurs primes est tout à fait normale : «Il s’agit du régime général de l’imposition sur le revenu dans lequel, à partir du moment où l’argent que quiconque perçoit est taxable, sauf exonération expresse».

Exemples chiffrés

Si l’on prend le cas d’un médaillé d’or dont les autres revenus le positionnent déjà à un taux marginal d’imposition de 30 %, il devra tout de même verser 21 600 euros supplémentaires au fisc. Ainsi, compte tenu du barème de l’impôt 2024, un sportif célibataire sans enfant qui remporterait une médaille d’or olympique devrait payer, après déduction forfaitaire au titre des frais professionnels (art. 83 du CGI) 14 886,23 € d’impôt sur les 80.000 € de prime, sous réserve qu’il s’agisse de son seul revenu de l’année. Pour une médaille d’or rapportant 80 000 euros, chaque sportif touchera directement 8 000 euros d’abattement de 10 % et la base de son revenu imposable sera ainsi réduite en conséquence.

Dispositifs permettant d’atténuer l’impact fiscal

Heureusement pour eux, il existe des moyens de réduire la facture. Les athlètes français peuvent choisir de bénéficier du dispositif d’étalement des primes versées aux sportifs médaillés des Jeux olympiques et paralympiques prévu dans le code général des impôts. Son montant est alors divisé en quatre parts égales qui viendront s’ajouter aux revenus de 2024, 2025, 2026 et 2027. Le député Les Républicains Olivier Marleix a proposé mardi de légiférer pour exonérer d’impôts les primes reçues à chaque médaille par les champions olympiques français.

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Une autre solution consiste à opter pour le système du quotient afin, toujours, d’éviter la progressivité de l’impôt. Il s’agit alors d’ajouter le quart du revenu exceptionnel et le supplément d’impôt dû sera multiplié par quatre. Ce procédé permet par exemple d’éviter de changer de tranche d’impôt. La loi n° 2015-1785 du 29 décembre 2015 de finances pour 2016 a créé un dispositif d’étalement (art.). Ce dispositif n’est pas cumulable avec celui, similaire, dit du “quotient” (art.).

Dispositif du bénéfice moyen

Ce dispositif permet au sportif d’être imposé sur son bénéfice moyen des trois ou cinq dernières années, sur option, ce qui limite, à court terme, les effets d’une hausse de revenu exceptionnelle. Il s’agit d’une option intéressante pour les athlètes qui peuvent avoir un revenu plus faible que les autres, et évite à un contribuable, ayant peu de revenus puis assistant à une forte hausse de ceux-ci, de se retrouver immédiatement très fiscalisé.

Cas particulier des résidents à l’étranger

Des considérations fiscales ne concernent pas les sportifs français résidant à l'étranger puisque, par définition, ils ne paient pas l'impôt sur le revenu dans l’Hexagone. L’arrêté du 30 janvier 2024 relatif au versement des primes aux médaillés français prévoit donc que celles versées aux sportifs dont la résidence fiscale n’est pas en France soient minorées de 15 %. Ainsi avec ses quatre médailles d’or et le bronze en relais, Léon Marchand va se voir retenir 51 000 euros sur les 340 000 euros auxquels il aurait pu prétendre.

Répartition des primes et versements aux fédérations

La somme versée aux fédérations sportives délégataires auprès desquelles sont licenciés les médaillés équivaut à 100 % du montant total des sommes versées, dans une discipline, au titre des médailles obtenues à titre individuel. Pour les médailles obtenues dans les épreuves par équipe, cette somme est divisée par le nombre de sportifs et, le cas échéant, de guides récompensés. Cette somme totale versée aux fédérations est répartie entre les encadrants selon plusieurs critères, dont les missions et le degré de contribution du bénéficiaire à la performance du médaillé.

Conséquences pratiques et conseils

Quand on reçoit une somme d’argent importante, en reconnaissance d’un effort et d’un investissement en temps monumental, on peut être tenté de procéder à des dépenses plaisir ! Et qui sommes-nous pour vous faire la morale ? Mais nous savons que pour bon nombre d’entre vous, les primes reçues vont simplement contribuer au budget du quotidien, indispensable pour la poursuite de votre carrière sportive. Et cela, après avoir payé les impôts sur la prime bien sûr.

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Débats publics et perspectives politiques

Une sortie médiatique de l'ancien judoka et ministre des Sports David Douillet, regrettant l'imposition liée aux médaillés olympiques, a relancé les débats. « Fiscaliser ça ? Je trouve que c'est une honte », a décrié David Douillet, ancien judoka et champion olympique, au micro de RMC. Le jackpot des médaillés fait débat. Les athlètes français qui se sont invités sur un podium lors des Jeux Olympiques vont toucher des primes allant de 20 000 euros pour le bronze à 80 000 euros pour un titre, et seront imposés sur ces sommes.

Bruno Le Maire s’est prononcé en faveur d’une exonération d’impôt sur le revenu des primes perçues par les vainqueurs de médailles aux Jeux olympiques de Paris et a déclaré : « Je proposerai qu’elles soient défiscalisées dans le prochain budget 2025 ». Le député Olivier Marleix a proposé une proposition de loi visant à exonérer d'impôt les primes versées par l’État aux athlètes français aux Jeux olympiques et Paralympiques, visant à marquer un moment d’unité nationale.

Comparaisons internationales (contexte)

Il y a le tableau des médailles… et celui des bonus ! Car si le Comité Olympique International ne verse pas de primes aux sportifs victorieux, de très nombreux pays, dont la France, accordent des bonus aux athlètes qui gagnent des médailles. Sur les plus hautes marches du podium des bonus, distinguons Hong Kong et Singapour, particulièrement généreuses avec leurs sportifs de haut niveau. Un médaillé d’or hongkongais recevra 6 millions de Hong Kong Dollars, soit pas loin de 700 000 euros. Notons que les délégations des deux pays sont modestes (ce qui limite le risque de devoir débourser, au total, une somme trop importante).

Certains pays vont au-delà des primes financières et ajoutent des avantages en nature. Ainsi, les champions Kazakhs reçoivent un appartement de la part du gouvernement. Avantage en nature dont jouissent également les athlètes victorieux malaisiens, qui bénéficient également d’une voiture « d’une marque étrangère ». Plus surprenant, l’athlète polonaise Klaudia Zwolinska a indiqué avoir reçu de la part du Comité Olympique polonais une peinture, une bourse étudiante, un bon cadeau et un diamant, en reconnaissance de sa médaille d’argent au canoë. Le plus extravagant ? Aux JO de Tokyo, deux athlètes médaillés indonésiens avaient reçu cinq vaches et un restaurant de boulettes de viande.

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Points clés à retenir pour un athlète médaillé

  • Les primes pour Paris 2024 : 80 000 € (or), 40 000 € (argent), 20 000 € (bronze).
  • Ces primes sont en principe imposables au barème progressif, après abattement de 10 % ou déduction des frais réels.
  • Options d’atténuation : étalement sur 4 ans, système du quotient, dispositif du bénéfice moyen.
  • Les résidents fiscaux à l’étranger voient leurs primes minorées de 15 %.
  • La somme égale est versée aux fédérations pour récompenser l’encadrement.
  • Un accompagnement par un expert-comptable ou un conseiller fiscal est recommandé pour choisir la meilleure option.

Tableau récapitulatif

Prime Montant Options fiscales
Médaille d'or 80 000 € Abattement 10 %, étalement 4 ans, quotient, bénéfice moyen
Médaille d'argent 40 000 € Idem
Médaille de bronze 20 000 € Idem

Un énorme bravo à tous les athlètes, français et étrangers, pour ce beau spectacle que vous nous offrez. Lorsque l’on reçoit une somme importante, connaître les règles fiscales et les options disponibles permet de préserver son avenir financier et d’optimiser l’usage de ces primes.

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