Formes et modèles de l'entrepreneuriat social
L’entrepreneuriat social et solidaire, c’est le fait de créer votre entreprise tout en apportant des solutions à des problèmes sociétaux. L’entrepreneuriat social et solidaire fait naître des pratiques managériales, créatrices de valeur sociétale ou sociale. Ces pratiques dégagent naturellement des bénéfices parce qu’aujourd’hui les consommateurs sont de plus en plus en quête de valeurs et de sens. L’histoire de l’entrepreneuriat à impact s’ancre dans celle de l’économie sociale et solidaire qui rassemble l’ensemble des structures dont le fonctionnement et les activités sont fondés sur un principe de solidarité et d’utilité sociale.
Objectifs et finalités
Un projet d’ESS a généralement pour finalité de répondre à un besoin d’utilité environnementale ou sociale, et ce, dans l’intérêt public. L’entrepreneur social mobilise souvent un budget moyen de 500 000 euros. En effet, il se doit de trouver un modèle économique viable pour atteindre le seuil de rentabilité. Une fois qu’elle est en mesure de subvenir à ses besoins financiers, l’entreprise sociale pourra satisfaire un besoin réel de la population. En toute logique, elle n’aura pas la possibilité d’aider les autres si elle se trouve en situation précaire.
Valeurs, gouvernance et mission
Bon à savoir : l’entrepreneuriat social et solidaire incarne des valeurs fortes d’entraide et de solidarité. Elle place la personne au centre de l’activité économique, avec un projet d’entreprise à finalité sociale et par un partage collectif des richesses qui sont produites. Parmi les principes affirmés dans les statuts des entreprises sociales, on distingue le souci de répondre à des besoins collectifs et l’absence d’enrichissement personnel. Les mutuelles comptent parmi les personnes morales de droit privé que l’entrepreneur social peut constituer. Elles se créent sur la base d’une solidarité territoriale ou professionnelle.
Formes juridiques et statuts possibles
Les coopératives font aussi partie des sociétés que l’entrepreneur social peut créer. À noter : les CAE ou coopératives d’activité donnent la possibilité de tester un projet en tant qu’entrepreneur-salarié avant de monter une entreprise. En choisissant cette option, l’entrepreneur solidaire peut recruter des salariés et mener s’il le souhaite une activité à but lucratif. Quel que soit son type, une fondation permet de mettre des fonds privés à disposition d’une cause publique.
A noter : L’entreprise à mission est un nouveau statut d’entreprise introduit par la loi PACTE du 22 mai 2019. Soulignons que les entreprises solidaires n’appartiennent pas forcément à l’économie sociale. Elles poursuivent surtout une finalité sociale et bénéficient de droit de l’agrément ESUS. En outre, sous certaines conditions, il est possible d’immatriculer au RCS les sociétés commerciales d’utilité sociale.
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Agrément ESUS et reconnaissance
Au sujet de l’agrément ESUS ou Entreprise solidaire d’utilité sociale, il existe depuis l’année 2014. Sa demande s’effectue auprès de la DIRECCTE. Depuis 2015, les entreprises de l’ESS peuvent le demander à la préfecture de leur siège social. Pour y être éligibles, elles doivent avoir un objet social d’ordre social et adopter une gouvernance démocratique en leur sein. En raison de leur activité, certaines structures relevant de l’ESS bénéficient de l’agrément. À noter : il faudra demander le renouvellement de l’agrément ESUS tous les 5 ans.
Modèles économiques : non lucratif, lucratif et hybrides
Ils pourront ainsi sélectionner le business model qui correspondra le mieux à leurs missions sociales et à leurs objectifs économiques parmi les trois principaux que nous avons identifiés : à but non lucratif, à but lucratif, ou hybrides. Les entreprises sociales à but non lucratif, contrairement à ce que leur nom indique, peuvent générer des profits ou des bénéfices grâce à leurs activités commerciales. Cependant, les revenus supplémentaires ne peuvent pas être partagés ni redistribués entre les propriétaires ni les actionnaires. Pour autant, une entreprise à but non lucratif présente un avantage non négligeable : celui de sa flexibilité en termes de solution de financement.
Mais les entreprises sociales peuvent aussi être à but lucratif. Elles se différencient alors de leurs homologues sans but lucratif à deux niveaux. D’abord, le point fort de ce type de structure à but lucratif est de pouvoir lever des fonds de capital-risque et d’investisseurs providentiels. Il existe enfin des entreprises entre les modèles à but lucratif et sans but lucratif : ces structures tirent leur caractère hybride du choix qu’elles ont d’adopter un type de structure ou un autre, selon la flexibilité juridique et financière attendue pour rester au plus proche de leurs missions.
| Type | Caractéristiques principales | Avantage |
|---|---|---|
| Sans but lucratif | Revenus non distribuables, mission prioritaire | Flexibilité de financement, exonérations possibles |
| À but lucratif | Peut attirer capital-risque, vise impact et profit | Accès aux investisseurs financiers |
| Hybride | Combinaison de structures et financements | Adaptabilité juridique et financière |
Financements et ressources
L’entrepreneur solidaire peut collecter des fonds auprès des fondations ou des proches, mais dans la plupart des cas, le financement de départ provient des pouvoirs publics. Aux États-Unis, un programme nommé Investing in Innovation (I3) investit dans les projets les plus innovants issus du secteur privé non lucratif. Des ressources « en nature », des parrainages et des remises chez les fournisseurs sont souvent disponibles pour les entreprises sociales, en particulier les organismes à but non lucratif, qui peuvent également être considérées pour le statut d'exonération fiscale. Co-innovation avec d'autres entreprises : 71% (+17%) déclarent que leur budget vient de la vente de produits ou de services, une donnée qui montre bien que les business model innovants mis en place par ces entrepreneurs rencontrent une réelle demande.
Processus de conception du projet et business model
Avant de démarrer son activité, l’entrepreneur devra d’abord se repérer dans l’entrepreneuriat social, en se préparant à cette aventure entrepreneuriale et en se faisant accompagner afin d’avancer plus sereinement dans son projet. La démarche de définition du besoin peut être découpée en deux étapes principales : l’identification du besoin, puis sa caractérisation précise. L’entrepreneur doit en effet vérifier qu’un marché existe pour le produit ou service qu’il veut vendre. Il doit déterminer son public cible, constitué de ses clients potentiels et positionner son offre par rapport à la concurrence.
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La démarche de définition du besoin doit être complétée par une étude de marché. Les exemples de Lita.co, Siel Bleu et de la SCIC Vigne de Cocagne du domaine Mirabeau, nous montrent que si l’entrepreneuriat social repose sur une activité marchande pour financer en tout ou partie sa mission sociale, il est nécessaire de compléter cette analyse d’opportunité auprès des bénéficiaires, par une étude de marché. Toute démarche entrepreneuriale doit sa réussite (ou son échec) à l’identification et la validation d’un besoin auprès d’une clientèle suffisamment solvable pour développer un modèle économique viable.
Compétences, gouvernance et rôles de l'entrepreneur social
Les conditions d’accès au statut d’entrepreneur social ne sont pas nombreuses. L’entrepreneur social adopte généralement un mode de gestion participatif et démocratique. En prenant des décisions, il est indispensable qu’il prenne en compte celles de tous les acteurs de l’entreprise. Étant à l’origine du projet d’ESS, il se doit de savoir comment fonctionnent les différents acteurs avec lesquels il aura à tisser des rapports. Pour ce faire, il doit être suffisamment motivé pour affronter les barrières sociales et administratives imposées par la société.
Il convient de noter qu’il y parviendra plus facilement en s’entourant des bonnes personnes. N’étant pas forcément compétent dans tous les domaines, il faut qu’il construise un réseau de contacts pertinents pour pouvoir développer son activité. L’entrepreneur solidaire doit développer aussi de fortes capacités d’adaptation afin de pouvoir surmonter les tensions entre l’objet social ou sociétal et les exigences de viabilité économique. Pour pouvoir tenir ses rôles, il doit par ailleurs bien connaître le secteur, le droit et les politiques publiques.
Formes concrètes d’entrepreneuriat social et exemples
Tout comme il existe d'innombrables expressions de l'entrepreneuriat, il existe également d'innombrables formes d'entrepreneuriat social. Vous pourriez créer une organisation à but non lucratif qui fournit des financements à des entrepreneurs défavorisés. Peu importe le type d'entrepreneuriat social que vous choisissez, vous devrez être passionné par votre cause et avoir un fort engagement pour changer les choses. Vous pouvez devenir entrepreneur social en démarrant votre propre entreprise à but lucratif ou organisation à but non lucratif.
- Une entreprise à but non lucratif : Hot Bread Kitchen (New York), Led By Her (Paris).
- Entreprise à but lucratif : UNICUS (Norvège), Pura Vida Coffee.
- Structures hybrides : exemples mêlant commercial et mission sociale, comme Destiny en Inde.
- Coopératives et mutuelles, CAE pour tester un projet en tant qu’entrepreneur-salarié.
La mission peut venir en premier pour les entrepreneurs sociaux, mais cela n'éclipse pas l'importance de choisir les bons produits à fabriquer et à vendre. La seule condition est que votre processus de développement de produit doit être aligné avec votre mission.
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L'entrepreneuriat social est un rêve réaliste | Stéphanie Goujon | TEDxPanthéonSorbonne
Exemples d’initiatives inspirantes
Favoriser l’intégration des réfugiés dans le marché de l’emploi, faire revivre l’artisanat marocain tout en développant l’éducation des filles, relancer l’emploi par l'upcycling des pneus au Sénégal : voici 5 initiatives d'entrepreneuriat social à la fois admirables, inspirantes et courageuses ! Ces exemples d’entrepreneuriat social montrent comment ces acteurs du “social business” veulent changer les choses et oeuvrer au bien-être de la communauté.
Le Baluchon
C’est ainsi qu’est né Baluchon en 2014 en tant qu’ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale), agrément qui atteste de son caractère solidaire : sa priorité n’est pas le profit mais la recherche d’utilité sociale et son mode de gouvernance est démocratique. En plus de développer l’insertion professionnelle dans le territoire de Romainville, Baluchon offre à la population locale une alimentation responsable dans son restaurant.
Kodiko
Kodiko a été créée pour venir en aide aux réfugiés dans leur recherche d’emploi. L’idée est partie d’un constat alarmant : un réfugié met en moyenne 5 ans à trouver un emploi stable avec une rémunération décente. À travers ses dispositifs de “co-training” innovants, les réfugiés apprennent à connaître les rouages du monde professionnel, épaulés par des salarié-volontaires qu’ils rencontrent régulièrement.
Amaz
Amaz relance l’artisanat au Maroc en créant une marque de chaussures fabriquées selon les traditions de l’artisanat marocain et vise à démocratiser l’éducation des filles.
E-Cover
Yaye Souadou Fall a lancé E-Cover au Sénégal pour recycler les pneus usagés en matière exploitable, utilisée pour terrasses, aires de jeux et semelles de chaussures. Avec un budget très faible, E-Cover a su faire preuve d’ingéniosité dans ses levées de fonds et a opté pour des investissements durables.
Gawad Kalinga
Tony Meloto a fondé Gawad Kalinga aux Philippines pour lutter contre la pauvreté en créant des structures de travail et des projets agricoles solidaires. Les nombreuses constructions d’habitats ainsi que le développement de projets agricoles solidaires ont déjà permis de sortir plus d’un million de personnes de la précarité.
Enjeux, obstacles et perspectives
Le secteur de l'ESS a été largement encouragé ces dernières années, notamment par la loi de 2016 qui réforme notamment le statut juridique des entreprises sociales. Selon les chiffres du gouvernement français, depuis 2000, l’emploi dans le secteur de l’économie sociale et solidaire a augmenté de 24 %, pour représenter au moins 10 % du PIB. Bon à savoir : en France, 7 % des entreprises exerçant des activités économiques à des fins sociales et génèrent 10 % du PIB.
Malgré ces avancées, des freins à une accélération de l’ESS subsistent, en particulier la difficulté d’élaborer puis de mettre en œuvre un business model social viable. Lors du lancement d’une entreprise sociale, l’élaboration du business model reste donc une étape aussi cruciale que compliquée. Pour passer à l’échelle supérieure, ces entrepreneurs sociaux réclament à 65 % davantage de moyens financiers, mais aussi le développement de partenariats avec d’autres entreprises (52%).
À la vue de ces résultats, pour Jean Michel Severino, Président de Convergences, «l’entrepreneuriat social s’affirme de plus en plus comme une réponse crédible et innovante aux grands défis du 21ème siècle.» L’opinion des consommateurs semble également renforcer cette tendance : 64% (+7% vs 2013) des Français connaissent le terme «économie sociale et solidaire». 31% des français déclarent connaître l’«entrepreneuriat social». Si elle reste minoritaire, cette connaissance est en forte progression depuis 2012 (+13%).
Les entreprises apparaissent toujours comme les plus innovantes (39%), et les plus utiles (61%), dans la résolution des problèmes environnementaux et sociaux devant les pouvoirs publics, la société civile et les entreprises classiques. 90% : c’est le pourcentage des entrepreneurs sociaux qui pensent pouvoir recruter dans les prochaines années. Un chiffre qui montre que l’entrepreneuriat social s’installe de plus en plus dans le paysage économique hexagonal.
Accompagnement, formation et diffusion des pratiques
Pour devenir entrepreneur social, il est essentiel de développer un certain nombre de qualités personnelles et professionnelles. Il est par exemple préférable d’être quelqu’un de déterminé. Il est tout aussi important de suivre une formation diplômante. Aujourd’hui, un grand nombre d’établissements en proposent. Mais il convient de savoir que les entrepreneurs sociaux actuels sont nombreux à s’instruire par eux-mêmes. Le mot « commerce » laisse beaucoup de gens perplexes, car il est souvent associé aux maux du capitalisme. Les entrepreneurs sociaux se distinguent des entrepreneurs traditionnels de par leur principal objectif basé sur l’intérêt général.
Le rôle d’incubateurs, de certifications et de systèmes d’accompagnement est central. Le MOOC, les parcours d’experts et les structures comme Antropia ESSEC ou d’autres organismes peuvent aider à cheminer vers un projet concret de création d’une entreprise à impact. Le business plan demeure un outil utile pour structurer l’offre, définir la stratégie et convaincre financeurs et partenaires.
Bonnes pratiques pour construire une entreprise sociale viable
- Identifier et caractériser précisément le besoin social ou environnemental.
- Valider l’opportunité par une étude de marché et la définition d’un public cible solvable.
- Choisir un modèle économique adapté : non lucratif, lucratif ou hybride.
- S’entourer des bonnes personnes et construire un réseau de partenaires et financeurs.
- Adopter une gouvernance démocratique et transparente, alignée sur la mission.
- Expérimenter en début d’activité, mesurer l’impact et adapter le modèle.
La transparence et l'impact durable sont essentiels pour une entreprise sociale réussie. Selon votre mission, vous pouvez directement mettre en œuvre vos plans de changement en tant qu'entrepreneur social et élargir vos contributions à mesure que vous développez. Mais si vous choisissez de vous associer à des organisations à but non lucratif (OBNL) pour aider à exécuter la partie « sociale » de votre entreprise sociale (comme beaucoup le font), assurez-vous de bien vous renseigner avant de les contacter.
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