Frédéric Moulin : biographie, parcours artistique et œuvres
Fin de week-end frileux à Paris qui vient de vivre un épisode neigeux. Il fait assez froid mais le sourire du pétillant comédien réchauffe vite l’atmosphère dans ce Café du Quartier des « Arts et Métiers ». Aurait-on trouvé mieux que cet endroit pour parler d’Art et de métiers, de mots et de théâtre !
Frédéric est toujours sémillant, et son sourire laisse percevoir à la fois un amusement, une réflexion profonde, une envie de faire et de se dire ; et en même temps laissant la place à une belle retenue. On est quelqu’un sur la scène et quelqu’un autre sans doute dans la vie ; et parfois ces deux façons d’être s’interpénètrent. Le souriant Frédéric Moulin cherche à comprendre ce monde, et à sa mesure essaye de mettre le curseur là où la vérité et l’espérance se rencontrent.
Formation et influences
Sa vie de comédien se noue entre Rhône et Saône ; à Lyon. Frédéric Moulin se forme au Théâtre de l’Iris de Villeurbanne. Frédéric Moulin suit sa formation de comédien au Théâtre de l’Iris de Villeurbanne dans la classe de Philippe Clément. Il suit des stages dirigés par Jean-Louis Hourdin, Grégoire Ingold ainsi qu'à l'Atelier International de Blanche Salant.
Il travaille au théâtre avec Robert Cantarella, Philippe Clément, Karelle Prugnaud, George Montillier, Pierre Kuentz, Ester Cerruti. Il a travaillé avec Robert Cantarella, Philippe Clément, Karelle Prugnaud. Il travaille au théâtre avec Robert Cantarella, Nicolas Maury, Philippe Clément, George Montillier, Karelle Prugnaud, Pierre Kuentz, Ester Cerruti.
Chaque comédien est façonné par des jeux d’acteurs, par des metteurs en scène, par des Troupes de théâtre. Lui, se reconnaît véritablement dans les propositions artistiques de Antonioni, de Pasolini…, des Italiens en général ; mais aussi de Kuruzawa et de Robert Hirsch. Néanmoins, un écrivain a sa préférence. Une œuvre rebelle laissant un message de résistance contre les tyrannies familiales, conjugales, sociales : Franz Kafka.
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Théâtre : créations, mises en scène et textes joués
Frédéric Moulin met en scène Ni Une Ni Deux d’Eugène Durif. Il met également en scène plusieurs spectacles de théâtre-danse dont Madame Jonas d’Elie-Georges Berreby, Mise au banc (co-écrit avec Céline Champinot), Ni une ni deux d’Eugène Durif. Il écrit et met en scène Mise au Banc, et À rendre à M. Morgenstern en cas de demande.
Il interprète La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, L’Opérette Imaginaire de Valère Novarina ainsi que des textes d’Audiberti, Lope de Vega, Cocteau, Feydeau, Dario Fo. Il interprète La Nuit juste avant les forêts de Koltès, L'Opérette imaginaire de Novarina et des textes d'Audiberti, Lope de Vega, Monique Enckell, Cocteau, Feydeau, Dario Fo.
La Pièce « À rendre à M. » privilégie une confrontation directe avec les faits. La Pièce. La Pièce privilégie une confrontation directe avec les faits. Le théâtre devient un espace de réflexion collective, où le spectateur est invité à s’interroger sur son propre rapport à la mémoire, à l’oubli et à l’héritage historique.
Kafka sur scène : une passion artistique et intellectuelle
« Il y a tout, dit-il. J’y trouve une complétude, une intégrité, une plénitude. J’ai monté le spectacle à l’occasion du centenaire de sa mort en 2024. Je me sens en phase avec lui. Tout est aligné. Il a une sensibilité que je voudrais vivre et partager, et la rendre au public sur scène. Il est, en fait, ce que je veux dire et que je veux faire aujourd’hui en tant que comédien et en tant qu’homme. Kafka me convoque et me conforte. La distance qu’il propose, sa littérature, sa philosophie et son humour sont de vraies portes d’entrée ».
Kafka, selon Frédéric Moulin, est dans le « fortuit ». C’est ce qu’il essaye de laisser transparaitre dans son jeu : des gens qui se rencontrent. Son écriture est un besoin viscéral, une nécessité impérieuse et douloureuse, un don total de sa personne, allant jusqu’à la perte de son identité : « une ouverture totale du corps et de l’âme » (Kafka).
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L’œuvre se caractérise par une atmosphère étrange, lourde, parfois absurde, voire cauchemardesque, où la bureaucratie et la société impersonnelle étouffent l’individu jusqu’à l’annihiler. Une ambiance qui évolue dans une situation sinistre ou dérisoire ; et apparemment sans issue. Pour lui, l’écriture est assez similaire à un tunnel sombre, dans lequel ses personnages s’engagent sans savoir quel sera leur sort ultérieur.
Lorsqu’il joue Kafka le public semble répondre favorablement. Il est accroché et embarqué. Durant une représentation donnée à des élèves de 5ème, il s’est rendu compte aussitôt de l’accessibilité à ce qu’il dit, à ce qui « est fragmenté » s’apparentant à ce qu’ils vivent sur leurs consoles et leurs smartphones. C’est l’ère du zapping. Il a également joué Kafka à la synagogue Massorti « Adath Shalom » (Paris) chez le Rabbin Ryvon Krugier.
À rendre à M. Morgenstern : enquête, mémoire et théâtre
La vie de Frédéric Moulin est bouleversée par la découverte d’une boîte d’archives conservée par sa famille depuis plusieurs décennies. À la mort de sa grand-mère, en 2018, il ouvre cette boîte ayant appartenu à son grand-père Louis Moulin. Il découvre une quantité importante de documents administratifs et personnels appartenant à une famille juive réfugiée, les Morgenstern-Singer, couvrant la période allant de la fin du 19ème siècle à 1942.
Une note manuscrite de son grand-père accompagne ces papiers : « À rendre à M. Morgenstern en cas de demande ». Il entreprend une longue enquête historique afin de comprendre pourquoi ces documents se sont retrouvés en possession de son grand-père et ce qu’il est advenu de leurs propriétaires. Il plonge dans les archives, consulte des historiens, étudie les listes de convois et affronte la possibilité traumatisante que la famille Morgenstern ait été déportée.
Après plusieurs années de recherches Frédéric Moulin parvient finalement à retrouver Robert Singer, petit-fils de Léopold Morgenstern, et lui restitue les documents. La restitution des documents marque l’aboutissement concret et symbolique de cette démarche : un acte de réparation et de transmission qui dépasse la simple enquête historique. On passe de quelque chose de familial en une réflexion universelle sur l’Holocauste, la nécessité de faire parler les traces du passé.
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Cette quête inachevée devient la matière d’une œuvre théâtrale, dans laquelle Frédéric Moulin met en scène son propre parcours à travers le personnage incarné par Sabine Moindrot. La jeune femme décide de rendre les documents aux descendants de Léopold. Sur scène. La vie de Sabine bascule le jour où elle découvre dans les affaires de son grand-père, imprimeur pendant la Seconde Guerre mondiale. Les papiers personnels de Léopold Morgenstern refont surface. Elle décide de rendre les documents aux descendants. Recherches, révélations, immersion dans l’intime et l’Histoire. Sabine mène l’enquête, affronte les non-dits de sa famille, partage son expérience de reconstruction de mémoire. Elle plonge dans l’absurdité de cette époque effroyable. Avec un regard incisif et tendre, Sabine partage son expérience de reconstruction de mémoire.
La pièce a été jouée de très nombreuses fois en France et en Suisse dans des théâtres, établissements scolaires, Musées et Mémoriaux. Cette Pièce a été présentée également dans des synagogues telle que la Synagogue libérale de Genève en 2023 tout comme dans celle de Lyon. Le dénouement partiel de l’enquête souligne un enjeu éthique fondamental : l’acte de réparation. Cela rejoint la démarche juive fondamentale du « Tikoun olam » (réparation du Monde).
Cette découverte soulève une question centrale : que faire des traces du passé lorsque leurs propriétaires ont disparu ? L’enjeu principal du récit est celui de la mémoire, la responsabilité individuelle, le poids des silences, le désir et la peur de savoir. Une injonction morale oblige l’auteur à affronter à la fois l’histoire collective de la Shoah et celle plus intime de sa propre famille.
Au cinéma et rôles marquants
Au cinéma, il joue dans les films de Rose Bosch, Laura Morante, Alexandre Sokourov, et en italien avec Alessandro D’Alatri, Checco Zalone, Letizia Lamartire. Au cinéma il joue dans La Cerise sur le gâteau de Laura Morante et La Rafle de Rose Bosch. Dans le film « La rafle » (2010), il joue le rôle de René Bousquet, Secrétaire général de la Police de Vichy ayant participé à la déportation de dizaines de milliers de Juifs en France. En 2017, il est auditionné pour jouer René Bousquet pour un document-fiction « La Police de Vichy ».
Comment passer d’un personnage à l’autre ? Être un jour René Bousquet et autre jour, passer de l’autre côté du miroir ? Jouer Kafka ? Il faut tout l’art du comédien, et la magie du théâtre pour trouver les passages nécessaires pour devenir des hommes…, un Homme !
Engagements, distinctions et autres activités
De: Moulin (Frédéric) titulaireObjet: au conseil du Comité national de la conchyliculture. De: MOULIN Frédéric gardien de police municipaleObjet: Au titre de l'agrafe « Police municipale » la médaille de la sécurité intérieure. De: Moulin (Frédéric)Objet: le diplôme de l'Ecole nationale supérieure des ingénieurs des études et techniques d'armement aux élèves par ordre alphabétique, qui ont satisfait aux conditions imposées en 2001. De: Moulin (Frédéric, Paul, Gilbert)Objet: aux concours ouverts en 1999 pour l'admission à l'Ecole nationale supérieure des ingénieurs des études et techniques d'armement élève ingénieur des études et techniques d'armement. De: Moulin (Frédéric)Objet: élèves civils à l'Ecole nationale supérieure des ingénieurs des études et techniques d'armement.
Participation culturelle
Frédéric Moulin apparaît dans la distribution de plusieurs événements culturels à Paris ou dans sa région ! Allons le voir sur scène. Un comédien à rencontrer et à suivre.
Œuvres principales et mises en scène (sélection)
| Année / Période | Œuvre / Rôle | Remarques |
|---|---|---|
| - | Kafka (spectacle) | Montage pour le centenaire, joué en écoles et synagogues |
| - | À rendre à M. Morgenstern | Pièce tirée d'une enquête familiale et restitution aux descendants |
| - | Mise au Banc | Écrit et mis en scène (co-écriture pour certains projets) |
| - | Ni Une Ni Deux | Mise en scène d’Eugène Durif |
| - | La Nuit juste avant les forêts, L'Opérette imaginaire, textes classiques | Interprétation des grands textes au théâtre |
Approche artistique et intentions
« Depuis huit ans, je réalise « mes projets ». C’est certain. C’est plus dur ! C’est comme si je revendiquais une certaine indépendance à un moment où la situation est devenue difficile pour moi ; et pour beaucoup ». Silence. Frédéric Moulin a commencé à monter sur les planches à Lyon. Période qui se dispute entre l’envie, comme beaucoup de jeunes comédiens, « d’images » et le besoin de mettre les pieds où la Comédie se fait, là où le drame se vit, là où la dramaturgie et la réalité de la vie se côtoient devant un public à qui on doit raconter une histoire.
Mettre un personnage devant un obstacle et traverser « cette histoire » en une heure de temps. Un dramaturge n’impose plus un scénario/un conflit. « Soyons dans la réaction entre deux êtres qui se rencontrent. Il n’y a rien qui préexiste. Tout est à faire. Il faut accepter le Temps, l’alignement ! Kafka explose tout ça en les mettant ensemble pour qu’ils se rencontrent. »
Selon Hannah Arendt, Kafka pénètre, comme personne le monde dont il est contemporain. Ses récits possèdent « le pouvoir des rayons X de mettre à nu la structure interne » des sociétés européennes au début du 20ème siècle. Elle l’inscrit dans l’héritage du 18ème siècle ; c’est-à-dire de l’Aufklärung. Selon son point de vue, il a pris au sérieux la promesse d’émancipation des Lumières. L’univers de Kafka pense-t-elle, présente un conflit entre un monde où les Hommes obéissent aveuglément à des règles leur paraissant inéluctables et un héros qui s’engage sur une voie divergente.
Pour Frédéric Moulin, l’écriture et la scène servent à interroger la mémoire, les responsabilités et la capacité de réparer. Le geste de restitution permet de « réparer le temps », et de redonner une place aux victimes.
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