Freelance et valorisation des déchets : opportunités et guide pratique
Notre système économique a un fonctionnement quasi-linéaire : les ressources naturelles sont extraites, puis transformées en produits, qui sont utilisés avant d’être jetés. L’économie circulaire vise donc à prévenir l’épuisement des ressources et à limiter les impacts environnementaux, tout en incluant les enjeux sociétaux. En pratique, l’économie circulaire commence dès l’étape de conception pour que l’objet produit dure plus longtemps, puis soit facilement réparé et partagé, et enfin qu’il puisse être recyclé une fois qu’il n’est plus possible de prolonger sa durée de vie.
Pourquoi la valorisation des déchets est un enjeu majeur
Alors que la France produit environ 310 millions de tonnes de déchets chaque année, leur traitement est aujourd’hui un enjeu clé pour les collectivités locales. Il s’agit de sortir du modèle linéaire « extraire, fabriquer, consommer et jeter » pour tendre vers une consommation responsable des ressources naturelles et des matières premières primaires. L’objectif est donc de passer d’une société du tout jetable à un modèle économique plus circulaire en développant le réemploi, la réutilisation, le recyclage et la valorisation de ce qui est aujourd’hui considéré comme des déchets.
En premier lieu, traiter de façon satisfaisante les déchets est une nécessité environnementale et une obligation légale pour l’« émetteur ». Le traitement moderne des déchets, avec une répartition bien établie des rôles, remonte aux années 70 en France et conduisait à un schéma production de déchets/collecte/traitement. Mais ce cycle s’est progressivement enrichi dans le cadre d’une économie qui se veut de plus en plus circulaire, par nécessité et par opportunité.
État des lieux des déchets en France
Le volume de déchets représente aujourd’hui environ 310 M de tonnes chaque année en France, dont environ deux-tiers sont générés par les activités de construction (bâtiment et travaux publics). Par ailleurs, les déchets des entreprises représentent quant à eux environ un cinquième du total. Les « déchets ménagers et assimilés », dont les collectivités ont la responsabilité, ne représentent que 13 % du total, mais ce sont les déchets les plus complexes à gérer et ils représentent in fine plus de 65 % des coûts totaux générés.
Les déchets ménagers représentent tout de même plus d’une demi-tonne générée par an par chacun de nos foyers : ordures ménagères (« poubelle grise »), tri sélectif (« poubelle jaune »), collecte séparée (encombrants, déchetteries, verre…) des ménages, des collectivités et des petites entreprises.
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Traitement et différentes formes de valorisation
On se retrouve ainsi rapidement face aux notions d’écoconception, de réparation, de réemploi, de limitation du gaspillage, mais aussi plus en aval, face au tri, à la récupération et la valorisation des ressources, qu’elles soient énergétiques (comme l’énergie produite par nos incinérateurs de nouvelle génération) ou liées à de la matière (recyclage, réutilisation, matières premières secondaires, …). Ainsi la question des déchets s’inscrit-elle dans le sujet encore plus large de l’économie circulaire avec pour ambition la gestion durable des ressources.
Deux-tiers des déchets sont considérés comme « recyclés », mais essentiellement dans ce qu’on appelle le « remblayage » s’agissant des déchets du BTP qui constituent le gros des volumes. Environ 28 % partent en « élimination » ou sont enfouis et le reste, soit 6 %, est valorisé en énergie. Cette partie valorisée a connu une forte progression en 10 ans (+ 59 %) et constitue un des leviers d’une énergie de récupération produite localement pour les territoires, avec des débouchés vertueux comme l’industrie ou les réseaux de chaleur.
Il est intéressant de noter que la moitié de nos aciers sont issus du recyclage, et que deux-tiers du papier et du carton produits viennent de nos poubelles jaunes. Le sujet est très encadré au niveau européen et par les pouvoirs publics. Un certain nombre d’objectifs, de jalons à atteindre ont été fixés d’ici 2040 pour progresser dans la gestion et la valorisation des déchets.
Objectifs et jalons clés
- Développer le tri et le recyclage en matières premières secondaires pour atteindre 65 % de recyclage pour les déchets non dangereux et non inertes en 2025 ;
- Soutenir la préparation de combustibles solides de récupération (« CSR ») et leur valorisation énergétique pour réduire de 50 % l’enfouissement des déchets ménagers et déchets d’activité économique en 2025 par rapport à 2010 ;
- Accompagner la collecte séparée des biodéchets, imposée par la loi depuis le 1er janvier 2024, et développer les projets de valorisation des déchets sous forme de biogaz ou gaz et carburants de synthèse ;
- Moderniser les incinérateurs en les convertissant en unités de valorisation énergétique pour multiplier par 5 la chaleur de récupération livrée par les réseaux de chaleur en 2030 ;
- Moderniser la filière des centres de tri, pour trier plus et mieux ;
- Réduire en 2030 de 15 % le ratio Déchets ménagers et assimilés (DMA)/habitant par rapport à 2020 ;
- Envoyer 10 % maximum de DMA en stockage en 2035 ;
- Organiser la fin des emballages plastiques à usage unique pour 2040.
Types de projets de valorisation et acteurs impliqués
Il existe différents types de projets de gestion et de valorisation des déchets. Il y a tout d’abord les projets liés à la valorisation de la matière : recyclage mécanique ou chimique pour produire des matières premières secondaires ; méthanisation/compostage de biodéchets et déchets fermentescibles ; production de combustibles (CSR, bois déchet) ou carburants à partir de déchets et sous-produits d’activités économiques ; gazéification de déchets industriels.
Il y a également les projets liés à la valorisation énergétique des déchets : valorisation énergétique des ordures ménagères résiduelles dans des incinérateurs modernisés ; valorisation énergétique des combustibles solides de récupération pour fournir de la chaleur à des réseaux de chaleur ou des sites industriels. Il y a enfin les projets de tri, de collecte et de massification des flux de déchets.
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Les acteurs de ce domaine sont nombreux : industriels du secteur des déchets ; collectivités en charge de la gestion des déchets ; producteurs de déchets ayant des obligations de traitement ; utilisateurs d’énergie souhaitant verdir leur mix énergétique ; acteurs de l’économie sociale et solidaire ; investisseurs (fonds, etc.) ; éco-organismes ; start-ups et structures de l'ESS.
Rôle et opportunités pour les freelances
Dans ce contexte, le marché du freelance se développe rapidement, offrant aux professionnels la possibilité de contribuer à cette transformation tout en bénéficiant d’une flexibilité accrue dans leur travail. Les freelances, avec leur capacité à travailler à distance et leur flexibilité, sont devenus des partenaires privilégiés pour les entreprises souhaitant adopter une approche circulaire.
Les freelances jouent un rôle crucial dans cette dynamique, car ils apportent une expertise spécialisée et une agilité qui permettent aux entreprises de s’adapter rapidement aux nouvelles exigences du marché. Par exemple, des professionnels du design durable ou de la gestion des déchets peuvent collaborer avec des entreprises pour développer des produits éco-conçus ou optimiser leurs processus de recyclage.
Compétences recherchées
- Compréhension approfondie des principes de durabilité et d’économie circulaire ;
- Compétences en gestion de projet et en ingénierie de flux (stratégie de flux, coopération territoriale, faisabilité) ;
- Compétences techniques : CAO pour éco-concepteurs, connaissances sur les systèmes de tri et de recyclage ;
- Capacités en communication, sensibilisation et formation ;
- Compétences en financement de projets, structuration financière et montage de dossiers ;
- Capacité à collaborer avec différentes parties prenantes (collectivités, industriels, éco-organismes).
Secteurs porteurs pour freelances
| Secteur d’activité | Opportunités pour les freelances |
|---|---|
| Gestion des déchets | Prestations de conseil, gestion de projet, sensibilisation |
| Éco-conception | Réalisation d’études d’impact environnemental, accompagnement à la conception de produits durables |
| Énergies renouvelables | Installation, maintenance et conseil dans le domaine des énergies propres |
| Économie de la fonctionnalité | Conception de modèles économiques basés sur l’usage et la durabilité des produits |
Plusieurs secteurs d’activité se révèlent particulièrement porteurs pour les freelances dans le cadre de l’économie circulaire. Le secteur de la mode durable est l’un des plus dynamiques, avec une demande croissante pour des vêtements fabriqués à partir de matériaux recyclés ou biologiques. L’agriculture durable et les solutions technologiques facilitant le recyclage ou la réutilisation des produits offrent également des opportunités intéressantes.
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Outils, plateformes et financement
Pour naviguer efficacement dans le monde du freelance au sein de l’économie circulaire, plusieurs outils et plateformes se révèlent indispensables. Des plateformes comme Upwork ou Freelancer permettent aux freelances de trouver facilement des missions correspondant à leurs compétences tout en élargissant leur réseau professionnel. Des logiciels comme Trello ou Asana peuvent aider les freelances à organiser leurs tâches et à collaborer efficacement avec leurs clients.
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L’innovation joue un rôle clé dans cette transition avec le développement de la méthanisation ou la production de combustibles solides de récupération. Les freelances doivent également connaître les mécanismes de financement et les acteurs institutionnels qui soutiennent le secteur : ADEME, Régions, État (DEAL, DGPR), AMORCE/FNCCR, associations professionnelles (FNADE, FEDEREC, SNER, SNEFID) et banques publiques comme la Banque des Territoires.
La Banque des Territoires peut en effet répondre aux besoins de conseils en ingénierie de projet (stratégie de flux, coopération territoriale, faisabilité, choix du mode de gestion et structuration financière), et de financements du secteur des déchets côté public et privé, sur fond de volumes d'investissements importants ou via des offres ciblées de prêt long terme.
Exemples d’appui et financements
- Prêt Transformation écologique pour financer les projets dédiés dans tout ou partie du cycle de valorisation des déchets (collecte, tri, traitement) ;
- Prêt Renouvellement Urbain (PRU), dédié aux projets publics et privés situés en géographie prioritaire ;
- Consignation/garantie financière pour couvrir les obligations liées aux ICPE, au transport transfrontalier de déchets ou au traitement pour les éco-organismes.
En 2024, la Banque des Territoires a principalement financé des projets de construction d’usine, centre de tri et valorisation des déchets, acquisition de locaux de collecte de déchets. Dans ce cadre, 19 projets ont été signés pour un montant de 236 M€.
Projets concrets et retours d’expérience
Des plateformes de tri des déchets, à l’instar de celle portée par la SCOP Demain à Lons-le-Saunier, révolutionnent le recyclage des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). Alliant savoir-faire humain, juxtapositions de process mécaniques et nouvelles technologies, cette ligne apporte des réponses aux grands enjeux de la filière : miniaturisation des flux, dépollution et séparation des déchets contenant des substances chimiques dangereuses.
Des opérations de recyclage comme celle de la Société guyanaise de Recyclage (SGR), du recyclage de véhicules hors d’usage en Guyane, montrent que des interventions peuvent réussir malgré des montants limités. Des opérations de valorisation énergétique existent tant sur des objets publics comme à Nice ou Toulouse, que totalement privées comme sur le projet de valorisation énergétique des CSR de Novasteam.
L’entrée au capital de sociétés en forte croissance, proposant des services innovants de lavage de gaz, d’air et de fumées avec récupération d’énergie, ou collecte et tri de déchets des activités de construction, illustre la variété d’interventions possibles. On retrouve aussi des structures positionnées sur la prévention des déchets à travers la réparation et le reconditionnement du parc existant, à l’instar de Vesto, qui développe une nouvelle filière industrielle de reconditionnement de matériel professionnel de restauration.
Avantages et défis pour le freelance
Travailler en tant que freelance dans l’économie circulaire présente plusieurs avantages significatifs. La flexibilité est un atout majeur : les freelances peuvent choisir leurs projets et clients, ce qui leur permet de se concentrer sur des missions qui correspondent à leurs valeurs et à leurs compétences. Cette autonomie favorise également un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. De plus, le travail indépendant dans ce domaine offre la possibilité de contribuer activement à la transition vers un modèle économique plus durable.
Cependant, le travail freelance dans l’économie circulaire n’est pas exempt de défis. L’un des principaux obstacles réside dans la précarité financière souvent associée au statut de freelance. Les revenus peuvent être irréguliers et dépendent largement de la capacité à trouver des clients et à négocier des contrats avantageux. Un autre défi majeur concerne la nécessité d’une mise à jour constante des compétences.
Les freelances doivent donc investir du temps et des ressources pour se former régulièrement afin de rester compétitifs sur le marché. Cela peut inclure la participation à des ateliers, des conférences ou même la poursuite de certifications spécifiques liées à la durabilité ou à la gestion des ressources.
Perspectives et recommandations pour se lancer
- Se spécialiser : choisir un créneau (méthanisation, tri/centre de tri, éco-conception, reconditionnement, etc.) et développer une expertise reconnue.
- Se former continuellement : suivre des formations sur les réglementations, les nouvelles technologies et les outils de gestion de projets durables.
- Construire un réseau : collaborer avec collectivités, industriels, associations de l’ESS et organismes financeurs pour accéder à des missions et des financements.
- Valoriser son offre : proposer des prestations intégrées (diagnostic, ingénierie, montage financier, pilotage de projet) et démontrer des réalisations concrètes.
- Anticiper le financement : connaître les dispositifs (prêts, subventions, garanties) et accompagner les clients dans le montage des dossiers.
- Communiquer sur l’impact : mesurer et valoriser les bénéfices écologiques, sociaux et économiques des projets réalisés.
À l’horizon 2025, le marché du freelance dans l’économie circulaire devrait continuer à croître, soutenu par une prise de conscience accrue des enjeux environnementaux et par une demande croissante pour des solutions durables. Les freelances joueront un rôle clé dans cette transition en apportant leur expertise et leur flexibilité aux entreprises cherchant à adopter des pratiques plus responsables.
En parallèle, il sera essentiel pour ces professionnels d’adapter continuellement leurs compétences afin de répondre aux besoins changeants du marché. L’innovation et la coopération territoriale restent des leviers majeurs pour transformer la gestion des déchets en opportunités économiques et sociales, et les freelances peuvent y participer pleinement en tant qu’acteurs agiles et spécialisés.
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