Gaffin, la revue réformée et le cessationnisme expliqué

Le but de cet article est d'expliquer sommairement la position cessationniste modérée, c’est-à-dire un cessationnisme dépouillé des excès et caricatures que l’on peut avoir en tête. En écrivant cet article, j’hésite même à utiliser le mot « cessationnisme » tant il a mauvaise presse dans certains milieux. Un peu comme le mot « charismatique » a mauvaise presse dans d’autres milieux. Mettons de côté nos à priori et cherchons simplement à comprendre ce qui a cessé depuis le temps des apôtres et ce qui continue. Car tous sont d’accord pour dire que des choses ont cessé et que d’autres continuent. Tout le monde, en un sens, est cessationniste et tous sont continuationnistes.

Dans le monde évangélique, le rôle du Saint-Esprit dans la vie de l’Église fait parfois l’objet de débats passionnés. Deux positions principales se distinguent : le continuationisme et le cessationnisme. Ces deux approches cherchent à comprendre si les dons spirituels surnaturels - comme les prophéties, les guérisons ou le parler en langues - sont encore à l’œuvre aujourd’hui, ou s’ils ont cessé avec les apôtres du Nouveau Testament.

Définitions et distinctions importantes

Définissons « miracle » par tout ce qui trouve sa source dans une action extraordinaire et surnaturelle de Dieu. En soi, le cessationniste n’a aucun problème à admettre un miracle de nos jours. Par exemple, il n’a pas de problème à l’idée que Dieu guérisse une personne miraculeusement. Il n’a, bien évidemment, aucune objection au fait que Dieu régénère une personne, ce qui est un miracle. Notre foi ne repose pas sur les miracles mais sur les promesses de Dieu.

Un miracle n’est pas non plus nécessairement un signe de bénédiction et d’approbation divines. En effet, Christ nous dit que parmi ceux qui auront fait « beaucoup de miracles » en son nom, certains seront perdus (Matt 7:22). Christ nous encourage alors à plutôt chercher à accomplir sa volonté qu’à faire des miracles (7:24-29).

Certains miracles, appelés « signes » dans la Bible, avaient un rôle unique qui ne saurait être répété dans l’histoire. L’exemple le plus flagrant est celui du miracle des miracles, la résurrection du Christ. Christ n’a pas besoin de ressusciter à notre époque, il est ressuscité une fois pour toutes et des témoins fiables ont fait parvenir la nouvelle dans tous les siècles.

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De même, plusieurs des miracles du Christ (si ce n’est tous) avaient pour but de confirmer un enseignement donné, comme lorsqu’il multiplie les pains pour nous apprendre qu’il est le pain de vie. Il ne s’agit pas de dire que Dieu n’est plus capable de multiplier des pains, de ressusciter des morts, ni qu’il ne l’a plus jamais fait depuis ces jours (qui sait ?) ; mais de reconnaître que certains miracles, que nous pourrions appeler des « signes » avaient un rôle unique de confirmation du message du Christ et de ses apôtres.

Que revendique le cessationnisme réformé ?

Ce qui a cessé, ce sont des révélations doctrinales nouvelles, un genre de complément à la Bible, comme si elle n’était pas suffisante. Comme le montre Richard Gaffin et comme le dit Paul, ce que la Bible appelle prophétie ce n’est pas simplement une connaissance surnaturelle mais c’est une révélation d’un « mystère », c’est-à-dire d’une vérité théologique et historico-rédemptive qui était cachée auparavant et qui est alors révélée.

Ainsi, dans son sens large, la prophétie n’a pas cessé. Mais dans le sens strict et le plus courant dans la Bible, elle a cessé. Les cessationnistes affirment que des signes et des prodiges ont été nécessaires pour le fondement de l’Église, un fondement établi une fois pour toutes par les apôtres et les prophètes (Éph 2.20 ; Jude 3). Ces signes, qui ont rempli leur but, ne sont donc plus nécessaires dans ce sens.

Lorsque Dieu transmet une nouvelle révélation spéciale, il utilise des méthodes extraordinaires telles que la prophétie et les langues pour transmettre cette révélation et des signes extraordinaires tels que les miracles pour confirmer ceux que nous devons recevoir (les prophètes et les apôtres) comme étant les transmetteurs inspirés de cette révélation. Si la révélation divine spéciale n’a pas pris fin, si la prophétie et les dons connexes continuent, nous n’avons pas d’autre choix que d’enregistrer cette révélation et de la suivre, car Dieu exige que nous gardions et suivions sa Parole.

Apôtres, prophètes et fondement de l’Église

Tout comme pour le mot « prophétie », le mot « apôtre » revêt divers sens en théologie et même dans la Bible. On peut désigner par apôtre tout simplement quelqu’un qui est envoyé pour transmettre un message ou des biens d’une église à une autre. On peut aussi appeler apôtre une personne qui est envoyé en mission pour évangéliser une région donnée. Enfin, on peut désigner par apôtres ceux que le Christ a directement institué pour être les témoins oculaires « officiels » de sa résurrection. Ce dernier sens est présent dans la Bible de façon claire en Actes 1 lors de la désignation de Matthias pour remplacer Judas.

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Éphésiens 2.20 nous dit que vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre de l’angle. Ce texte est super important, parce qu’il montre que l’objectif des apôtres et des prophètes était de poser le fondement de toute l’Église. Nous sommes aujourd’hui posés sur un fondement achevé, révolu, objet ultime de la révélation.

Le cas particulier du parler en langues

C’est sur la question des langues que le cessationniste se distingue le plus clairement du continuationniste. Le cessationniste croit que ce que la Bible appelle parler en langues a cessé. Pour pouvoir expliquer ce point de vue sans caricature, il faut définir d’abord quel type de miracle était le parler en langues. Le parler en langues consistait à parler des merveilles de Dieu dans un langue réelle qu’un homme n’avait jamais apprise. « Ils se mirent à parler en d’autres langues […] chacun les entendait parler dans sa propre langue. […] Comment les entendons-nous chacun dans notre propre langue maternelle ? »

Ce don des langues témoignait du fait que l’Évangile allait s’étendre aux nations du monde entier. En annonçant que l’Évangile allait s’étendre aux nations, les langues envoyaient un message de condamnation au peuple d’Israël et signifiaient, pour reprendre les mots du Christ, « le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits » (Matthieu 21:43).

Paul lui-même relie les langues à cette annonce du jugement : « C’est par des hommes d’une autre langue, et par des lèvres d’étrangers que je parlerai à ce peuple, et ils ne m’écouteront pas même ainsi » dit le Seigneur. Les langues sont un signe pour les non-croyants Juifs car elles leur annoncent que le moment est venu d’être jugé. Tout comme le don de construire le tabernacle n’a plus de sens une fois le tabernacle construit, le don des langues n’a plus de sens une fois que ce qu’il annonçait est venu.

Glossolalie versus don biblique des langues

Je présume honnêtes tous mes frères qui disent parler en langues. Je ne pense pas que leur expérience soit feinte. Je pense simplement que cette expérience n’est pas ce que la Bible appelle parler en langues. Le phénomène observé dans les assemblées charismatiques s’appelle glossolalie. Il consiste en un certain état émotionnel et s’accompagne d’une suite de syllabes incompréhensibles.

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Je ne pense pas que ceux qui pratiquent la glossolalie pèchent ni que la glossolalie soit mauvaise en soi. Je pense tout simplement qu’il ne s’agit pas d’un don de l’Esprit mais d’une manière naturelle qu’ont certains d’exprimer leurs émotions. Je pense, par ailleurs, que ce n’est pas ainsi que la Bible nous enseigne à prier et qu’il serait bien dommage que la majorité de la vie de prière d’une personne soit occupé par cette pratique.

Arguments bibliques souvent avancés

Les arguments souvent avancés en faveur du cessationnisme incluent :

  • 1 Corinthiens 13:8-10, interprété comme annonçant la disparition de certains dons à l’arrivée de la “perfection” (comprise comme la révélation biblique complète).
  • Le fait que les dons miraculeux avaient un but temporaire de fondation (Hébreux 2:3-4).
  • L’absence de tels dons dans la plupart des écrits chrétiens des premiers siècles.
  • Éphésiens 2.20 : l’Église est fondée sur le ministère achevé des apôtres et prophètes.

Les continuationnistes, de leur côté, soulignent des passages comme Actes 2:17-18 (« Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair. ») et 1 Corinthiens 12-14, où Paul encourage l’usage ordonné et discerné des dons. Ils invoquent aussi Hébreux 13.8 : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et éternellement. »

Points de convergence, nuances et prudence

Malgré leurs différences, cessationistes et continuationnistes partagent plusieurs convictions fondamentales :

  • Le Saint-Esprit est pleinement Dieu et agit dans le cœur de chaque croyant.
  • La Bible reste l’autorité suprême, au-dessus de toute expérience spirituelle.
  • Les dons spirituels doivent toujours être exercés avec amour, discernement et ordre (1 Corinthiens 13-14).

Il existe aussi des positions intermédiaires : certains se disent « ouvert mais prudent », reconnaissant la possibilité de manifestations spirituelles extraordinaires, tout en appelant à la vigilance et à la soumission à l’Écriture. De plus, des églises disent être continuationnistes mais ne pratiquent pas ou peu certains dons ; on trouve aussi des continuationnistes « non pratiquants ».

Pratiques pastorales et vie de l’Église

Les cessationnistes ne refusent pas la prière pour les malades ni l’onction d’huile (Jc 5.14-20). De nombreuses Églises cessationnistes pratiquent l’onction d’huile de cette manière, ou plus généralement la prière pour les malades. Dans certaines assemblées, on a vu Dieu à l’œuvre au travers de cette pratique, la guérison de personnes dépressives par exemple ou le don de la vie pour des femmes qui étaient stériles.

La Bible doit juger notre expérience et non l’inverse. Une expérience ne peut donc pas trancher un débat car qui sait si cette expérience correspond à ce que la Bible appelle prophétie, langues, etc. ? Là où les cessationnistes font preuve de prudence, c’est vis-à-vis de l’importance des émotions. Elles sont utiles, mais doivent fonctionner dans un écosystème où les prises de décisions sont aussi guidées par la Parole, la réflexion et par un grand nombre de conseillers (Prov 11.14).

Histoire et théologie réformée

À la lumière de la très haute doctrine de l’Écriture dans la théologie réformée, il n’est pas étonnant que le cessationnisme ait été la position réformée standard. En fait, croire que les dons des langues, des prophéties et des miracles ont cessé est tellement lié à la compréhension réformée confessionnelle de la Parole de Dieu inscrite dans les Écritures et du pouvoir déclaratif de l’Église post-apostolique qu’il est vraiment impossible d’être réformé et de croire que les dons susmentionnés continuent, si l’on maintient la clôture du canon.

Les cessationnistes ne croient pas que l’Esprit est incapable de parler par des prophètes aujourd’hui, mais seulement qu’il a choisi de ne pas le faire. Les cessationnistes croient que l’Esprit peut guérir et guérit souvent les gens de manière inattendue lorsque nous prions pour eux. Le canon des Écritures a été reconnu par l’Église grâce au rôle du Saint-Esprit dans le cœur des croyants, confirmant la Parole vivante dans les cœurs.

Dialogue, respect et coopération

Bien-sûr, le but de cet article n’est pas de chercher à convaincre mais de casser les mythes qui courent sur le cessationnisme. C’est pour cette raison que je ne réponds pas ici à toutes les objections qui pourraient être soulevées. En restant fermes sur certains points, il n’y a pas de raison pour lesquelles les cessationnistes et continuationnistes devraient être empêchés de travailler ensemble.

Nous devrions centrer notre adoration publique et privée, ainsi que notre culte communautaire sur Christ, car c’est vers lui que le Saint-Esprit veut diriger nos regards. Le Saint-Esprit glorifie Christ, il instruit l’Église sur ce qui se rapporte à la deuxième personne de la Trinité. Au final, l’enjeu du débat se situe au niveau de la compréhension du mot « prophétie ».

Conférence prophétique Xpression 25' | Jour 3

Ressources et recommandations

Pour approfondir le thème abordé dans cet article, voici quelques ouvrages recommandés :

  • Les dons de l'Esprit : G. Winston (avec commentaires de R. Reeve et F. Varak)
  • Saint-Esprit & Dons spirituels : F. Varak

Ces lectures permettent d’avoir un panorama des arguments et des nuances entre continuationnisme et cessationnisme, tout en cultivant le respect et la charité entre frères et sœurs. Le débat ne doit pas diviser les chrétiens, mais plutôt les inviter à approfondir leur compréhension du Saint-Esprit.

Puissions-nous, à l’exemple d’une démarche de dialogue respectueux, cultiver une foi solide, humble et ouverte à la manière dont Dieu agit aujourd’hui encore par son Esprit.

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