Bilan de François Hollande et la Finance : Une Analyse Approfondie
Le quinquennat de François Hollande, marqué par un contexte de crise économique en Europe, a été une période de défis et de paradoxes. Élu en 2012, Hollande avait promis une nouvelle orientation pour l'Europe, axée sur la croissance et la renégociation du Pacte budgétaire européen (TSCG).
Alors en campagne, le candidat socialiste avance un large programme de réformes, avec pour objectif premier l'Europe de la croissance. Sa promesse phare : la renégociation du Pacte budgétaire européen (TSCG). Signé le 9 octobre 2011 par Nicolas Sarkozy, ce traité visait à contenir l'endettement des Etats européens et favoriser leur financement par leurs propres recettes.
En lice pour l'Elysée, François Hollande promettait de rouvrir les négociations afin d'inclure des stimulateurs de croissance. Ajoutés à cela, des euro-obligations (titres de dettes européens) devaient permettre aux Etats en difficulté de bénéficier de faibles taux d'intérêt.
La Renégociation du TSCG et le Pacte de Croissance
Objet des premières discussions entre le président Hollande fraichement élu et Angela Merkel, qui avait ouvertement soutenu Nicolas Sarkozy durant la campagne, la renégociation du TSCG coince entre la France et l'Allemagne. Au grand dam d'une partie de la gauche française, le traité est voté presque à l'identique et ratifié par le Parlement le 11 octobre 2012. Seule contrepartie obtenue par le président : un pacte de croissance y est adossé, prévoyant une enveloppe de 120 milliards d'euros.
Fragilisée par les conséquences de la crise de 2008-2010, l'Union piétine au niveau économique et financier. Le poids des dettes souveraines en particulier pèse sur les finances et la croissance des Etats membres. Ainsi, François Hollande n'aura de cesse de vouloir inverser la tendance.
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Plusieurs mois de pouvoir aidant, le président prend ses marques au sein du consortium européen. Fonctionnement institutionnel, équilibres entre Etats membres, compromis et règles informelles : il se forme aux logiques européennes, ce qui lui vaut quelques succès.
L’Europe fait partie des points faibles du bilan de François Hollande. En 2012, celui-ci avait commencé par la ratification du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), un texte voulu par Angela Merkel pour renforcer et pérenniser l’austérité budgétaire en Europe. Durant sa campagne électorale, le futur président avait pourtant promis de renégocier ce traité.
En échange de ce renoncement, l’Union était censée investir 120 milliards d’euros supplémentaires pour relancer l’activité, mais cet argent est resté largement fictif. Au contraire, le nouveau président fit le choix, dès 2013, de chercher à revenir sous la barre des 3 % du PIB de déficit public.
Un choix funeste car il freina l’activité, empêchant au final à la fois de réduire les déficits et d’inverser la courbe du chômage, tout en entraînant l’explosion du débat sur le "matraquage fiscal".
La Crise Grecque et le Rôle de Médiateur de Hollande
Au printemps 2015, la crispation atteint un sommet, la zone euro faisant face à une situation inédite : l'appartenance de l'un de ses membres est remise en cause. L'élection d'Alexis Tsipras, en janvier 2015, au poste de Premier ministre grec complique la donne. Le leader du parti de gauche radicale Syriza a été élu sur la promesse de fin de l'austérité. Alors que les créanciers du pays et certains Etats membres, notamment l'Allemagne, conditionnent l'aide financière à de profondes réformes structurelles.
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Refusant catégoriquement cette option, François Hollande se place en médiateur entre ces intérêts divergents. Au pic des tensions et à l'issue de négociations marathon, un accord est trouvé en juillet. L'accord reprend plusieurs des positions allemandes : des réformes structurelles sur la TVA et les retraites sont notamment conclues avec la Grèce. Cependant, en évitant une sortie de la Grèce de la zone euro, celui-ci est un succès.
La presse met en avant le rôle déterminant du président dans la résolution de la crise. Comme le souligne Bruno Cautrès, chercheur au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences po), "la crise grecque aura été l'occasion, pour François Hollande, de prouver aux électeurs qu'il tenait deux de ses promesses : son opposition au 'monde de la finance' (incarné par l'Allemagne et le FMI), et la réorientation du traité budgétaire.
Sur le dossier grec, François Hollande a donc su imposer ses positions sur l'approche plus dure soutenue par l'Allemagne. François Hollande a certes joué un rôle important par la suite pour empêcher que la Grèce soit éjectée de la zone euro lors de la crise de l’été 2015, mais il n’avait pas réellement tenté auparavant d’engager une médiation entre le gouvernement Tsipras et les instances européennes pour éviter d’en arriver à cette crise ouverte.
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Relations Franco-Allemandes et Leadership Européen
La première raison de ces incompréhensions tient à l'apparente volonté de François Hollande de se défaire du leadership partagé. Seconde raison du quiproquo : un manque de solidarité des positions de chacun.
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La crise migratoire, par exemple, a vu les deux pays défendre des solutions opposées. Alors que l'Allemagne décide en août 2015 d'ouvrir ses frontières aux réfugiés, la France se montre sceptique à l'idée des quotas de répartition des migrants entre pays européens. En déplacement à Munich pour un sommet sur la sécurité, le Premier Ministre Manuel Valls déclare : "Nous ne sommes pas favorables à un mécanisme permanent de relocalisation. La France s'est engagée pour 30 000 réfugiés. Dans le cadre de ces 30 000, nous sommes toujours prêts à accueillir des réfugiés. Mais pas plus".
Les relations franco-allemandes seront en revanche nettement plus étroites en matière de relations extérieures. L'Union européenne ne disposant que de compétences limitées s'agissant des affaires étrangères, François Hollande et Angela Merkel ont incarné le leadership européen depuis 2012.
La stratégie vis-à-vis de la Russie reflétant particulièrement cette position coordonnée. François Hollande et Angela Merkel amènent présidents russe (Vladimir Poutine) et ukrainien (Petro Porochenko) à une même table de négociations. Une médiation, également appelée "format Normandie" (réunions périodiques des quatre leaders), et qui aboutit le 12 février 2015 aux accords de Minsk II et à l'imposition d'un cessez-le-feu dans l'Est de l'Ukraine.
En outre, la solidité du couple franco-allemand n'a pas non plus été prise en défaut lors des attaques terroristes connues par les deux pays depuis 2015. "Nous, vos amis Allemands, nous nous sentons si proches de vous, nous pleurons avec vous, nous mènerons le combat ensemble contre ceux qui ont commis l'inconcevable contre vous", déclarait la chancelière le 14 novembre 2015, après les secondes attaques terroristes perpétrées à Paris.
Propositions Européennes et Réalisations Manquées
En définitive, s'agissant de la politique européenne, le président aura fait preuve d'une forte capacité de proposition. L'Union bancaire, la réorientation de la politique de la BCE (obtenue en 2015 avec le rachat des titres de dettes européens), ou encore l'Europe de l'énergie : le chef de l'Etat n'aura cessé d'avancer de nouveaux projets. Le dernier en date, le renforcement de l'Union politique, comprenant une réforme des institutions afin d'améliorer la gouvernance.
Mais nombre de ces propositions sont, de fait, restées inabouties. Le président français a reculé sur certaines de ses promesses emblématiques, telles que la mise en place d'une taxe sur les transactions financières (revue a minima puis reportée à 2017) ou d'euro-obligations (non mises en place). Confronté à de multiples crises, à une opposition parfois forte des autres Etats membres et à un fonctionnement institutionnel européen complexe, sa marge de manœuvre a pu être réduite.
La France a aussi laissé l’Allemagne en première ligne sur la question des réfugiés syriens, sans prendre sa part du fardeau, en refusant d’en recevoir un nombre significatif sur son territoire. Elle n’a pas mis non plus réellement son poids dans la balance pour aboutir à une solution européenne coordonnée. Manuel Valls s’est au contraire désolidarisé bruyamment de nos partenaires allemands à Munich en février 2016.
Quant au projet de taxe européenne sur les transactions financières (TTF), théoriquement porté en particulier par la France, le gouvernement a en réalité cherché constamment à le vider de sa substance sur l’insistance du lobby bancaire hexagonal.
Pas de propositions pour l’avenir. Mais ce qui a surtout péché dans le quinquennat en la matière, c’est ce qui n’a pas été fait : Paris s’est fait remarquer par sa discrétion remarquable sur les grands dossiers européens de l’avenir.
Bilan Économique et Paradoxes du Quinquennat
"François Hollande a tenté de se positionner dans deux dimensions à la fois : d'une part, s'affirmer comme acteur clé au Conseil européen, d'autre part, rendre ce leadership conditionnel à des changements en faveur d'une Europe sociale, plus en accord avec les représentations de l'opinion publique française", explique le chercheur.
Le paradoxe du quinquennat de François Hollande, c'est qu'il a laissé la France dans un bien meilleur état qu'il ne l'a trouvé, tout en mécontentant fortement les Français. Paradoxe : la France de 2012 était bien plus fragilisée que celle qu'il laisse en 2017 et pourtant, le président "normal" a connu l'échec dès les six premiers mois de l'exercice du pouvoir.
Mais l'échec socialiste se joue pourtant dans les six premiers mois du quinquennat. La première erreur du mandat, soulignent les auteurs de l'inventaire, a été pour François Hollande le fait de repousser des engagements sociétaux (mariage pour tous, droit de vote des étrangers, révision constitutionnelle), qui pourtant n'amputent pas les finances publiques, "sans doute par la conviction qu'il était là pour apaiser".
Or, le président Hollande avait dit sa volonté de rentrer dans les clous budgétaires. Mais les augmentations successives de l'allocation de rentrée scolaire, du SMIC, la création des emplois aidés, la retraite à 60 ans pour les carrières longues et le compte pénibilité donnent aux citoyens le visage d'un gouvernement qui crée des dépenses nouvelles, avec des hausses d'impôts qui viennent peser davantage sur la fiscalité des Français.
Un mécontentement qu'il tente de juguler en conditionnant la réussite de son quinquennat à l'inversion de la courbe du chômage. La promesse concentre tous les regards, mois par mois, sur cet indicateur qui ne cesse de s'aggraver et plombe fortement la popularité du Président. Par ces aspects, dès la fin 2012, François Hollande perd à la fois sa crédibilité politique, sa crédibilité économique et sa crédibilité sociale.
Cette rupture avec l'opinion est suivie, en 2014, d'une rupture avec la majorité lorsque le Président présente son Pacte de responsabilité et effectue un virage économique vers la politique de l'offre. Enfin, le désastre se parachève en 2016 avec une rupture cette fois idéologique, lorsque que surgit le débat sur la déchéance de nationalité.
Pourtant, et c'est le paradoxe de ce quinquennat, deux tiers des promesses initiales ont été totalement ou partiellement tenues. "Le bilan économique global est bien celui d'un redressement entre 2012 et 2017" écrit la Fondation Jean Jaurès. Déficit public, comptes de la sécurité sociale, taux de marge des entreprises, créations nettes d'emplois, croissance... Tous ces voyants sont passés du rouge au vert. Sauf l'emploi dont l'embellie est trop tardive. La conclusion tient en un paradoxe : en cinq ans, la situation de la France s'est davantage améliorée que celle des Français.
Tableau comparatif des indicateurs économiques sous différents quinquennats
| Indicateur | Nicolas Sarkozy | François Hollande | Emmanuel Macron |
|---|---|---|---|
| Dépenses Publiques (points de PIB) | +4,5 | Stable | +4,8 |
| Dette Publique (points) | +25,7 | +10,6 | +18 |
| Prélèvements Obligatoires (par rapport au PIB) | - | - | -1,8 |
Ironiquement, alors que les campagnes de Nicolas Sarkozy et d’Emmanuel Macron promettaient des baisses de dépenses, c’est sous le quinquennat de François Hollande que la dépense publique a été la mieux maîtrisée.
Néanmoins, on voit bien qu’en début de quinquennat Nicolas Sarkozy souhaitait baisser les impôts et qu’il les a beaucoup augmentés en fin de mandat, que François Hollande a contrario les a beaucoup augmentés au début et les a baissés ensuite… Pour Emmanuel Macron, l’histoire n’est pas terminée, mais il a plutôt eu tendance à les augmenter au seuil du quinquennat avec des hausses immédiates (CSG) et des baisses en plusieurs temps (cotisations ou taxe d’habitation). En 2021, le point est plutôt à son avantage puisqu’on constate - 1,8 point de baisse des prélèvements obligatoires par rapport au PIB, grâce surtout aux baisses sur les entreprises.
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