L'Entrepreneuriat Hors Piste : Une Définition

L’observation du comportement des entrepreneurs en période de création révèle un désajustement entre la manière dont est généralement envisagé l’entrepreneuriat et la réalité du terrain. De manière classique, la planification est un préalable à toutes actions. L’entrepreneuriat est enseigné et pratiqué selon une ligne directrice dont l’aboutissement est le business plan.

Cependant, l’observation des entrepreneurs en période de création révèle une toute autre manière de faire. La sérendipidité , la «débrouille», l’itération et le travail en réseau s’avèrent être des compétences essentielles au développement de leurs projets. Autrement dit, au-delà des compétences techniques, ce sont aussi les compétences sociales que les acteurs ont besoin d’acquérir progressivement par la pratique et qui déterminent leur capacité à concrétiser leurs idées.

De manière classique, l’entrepreneur est souvent perçu comme un «surhomme» : un individu hors normes avec une idée géniale. Cette idée va être développée dans la confidentialité et devenir une entreprise à succès, en suivant un parcours tracé avec des étapes clairement définies. L’entrepreneuriat ainsi décrit est un processus prédictif. Le business plan est construit comme une projection précise du projet sur plusieurs années.

Les entrepreneurs suivent un plan envisagé lorsque leur projet n’est qu’à l’état d’idée. Ils se contentent d’appliquer et d’optimiser les éléments présentés dans leur business plan (Bureau et Fendt, 2011). Dans ce parcours, les entrepreneurs murissent leur projet de leur côté, vont le soumettre à une banque ou à un investisseur externe, puis se lancent directement sur le marché. L’action d’entreprendre dépend ainsi en grande partie de l’argent que l’on est capable d’investir sur son projet.

Cependant, tout investissement est ici considéré comme une prise de risque importante, un risque de perte sèche. Cette manière d’envisager l’entrepreneuriat est aujourd’hui contrariée par un contexte économique difficile. Envisager son entreprise grâce à l’apport de capitaux externes est devenu un véritable parcours du combattant.

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Repenser le Modèle de Création Classique

De nombreuses recherches visent à repenser le modèle de création classique. Les courants de pensée actuels n’envisagent plus l’entrepreneuriat comme une discipline figée. Dans ce cadre, la manière dont est actuellement utilisé le plan d’affaire subit de nombreuses critiques (Honig, 2004). Si le plan d’affaire doit offrir une trame, une ligne de conduite à l’entrepreneur, il ne s’agit pas d’une loi définitive.

Dans les années 80, William Gartner propose un changement dans la manière d’appréhender l’entrepreneuriat. Selon cet auteur, il n’y a pas de caractéristique de l’entrepreneur qui le discrimine des autres individus. L’important n’est pas de savoir qui est entrepreneur mais plutôt comment on le devient.

Au début des années 2000, Saras Sarasvathy, un chercheur américain propose un mécanisme quasiment opposé au processus classique, nommé l’effectuation. Selon cette théorie, la planification et la rationalisation sont dangereuses. Le processus effectual se présente comme un raisonnement avec plusieurs fins possibles. Il implique l’imagination de plusieurs finalités à partir de moyens connus.

Selon Fayolle (2009), la question posée par Sarasvathy est : «Comment l’entrepreneur s’y prend-il pour créer de la valeur à partir des ressources qu’il possède à un moment donné». La théorie de l’effectuation met au centre de nouvelles compétences chez l’entrepreneur : «créer, imaginer, apprendre à s’adapter, à prendre des décisions, à évaluer ses actions.»

Ce sont des éléments inqualifiables et intangibles pour l’entrepreneur rationnel qui planifie sa démarche (Fayolle, 2009). La rationalité de l’entrepreneur n’est cependant pas niée. L’effectuation se pose en effet comme un processus rationnel permettant d’agir dans des situations complexes.

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L'Expérience Entrepreneuriale : Chaos et Opportunités

Si la théorie de l’effectuation offre un regard neuf sur l’entrepreneuriat, de nombreux auteurs offrent également des pistes pour comprendre l’expérience entrepreneuriale et le vécu des acteurs en situation de création. Pour Chia (1996), l’entrepreneuriat est une expérience chaotique, ambigüe et confuse. Il ne peut ainsi y avoir d’étapes définis, clairs et séquentielles. L’entrepreneuriat est fait d’explorations et d’expérimentation.

De nombreux auteurs avancent que le processus entrepreneurial se caractérise par la sérendipidité. C’est en explorant de nombreuses pistes que l’entrepreneur découvre des opportunités inédites et inattendues (Binks, Starkey et Mahon, 2006). Ce sont ainsi les aléas et les situations fortuites qui fondent l’activité entrepreneuriale.

Detienne et Chandler (2004) notent quant à eux, que le processus de création entrepreneurial induit nécessairement l’échec. Ce sont d’ailleurs, les conditions difficiles conduisent à découvrir de nouvelles opportunités. L’observation des entrepreneurs en situation de création fait aussi apparaitre une nouvelle manière d’entreprendre.

Si les entrepreneurs procèdent en réalité par opportunité, ils vont chercher à s’entourer et à constituer un réseau autour de leurs projets. Ce réseau suggère l’apparition de système d’entraide et de débrouille qui favorise la «gratuité», la réciprocité et l’échange de compétence.

Selon Saleille (2007), créer une entreprise nécessite de mobiliser des ressources, et cela passe forcément par des contacts et de la confiance. Dans ce sens, l’entrepreneuriat est une activité essentiellement de mise en réseau. La capacité à mobiliser un réseau autour de son projet devient ainsi un élément prépondérant dans le processus de création.

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Cette capacité peut être considérée comme une compétence qui s’apprend et se développe, tout comme les autres compétences que l’entrepreneur doit acquérir pour lancer son projet. Chell et Chaines (2000) montrent que les entrepreneurs qui sont les plus «réseauteurs» ont des niveaux de performances supérieurs à ceux qui le sont moins.

L'Importance du Réseau

Mais que signifie mobiliser un réseau autour de son projet? L’observation des entrepreneurs montre que le réseautage ne s’arrête pas à rencontrer des personnes qui sont directement utiles au porteur de projet. Les entrepreneurs échangent aussi leurs carnets d’adresses pour bénéficier d’un réseau étendu, une réponse à des besoins formulés. On conçoit cela comme du réseautage par percolation («je connais quelqu’un qui connait quelqu’un»)

Cette forme de réseautage agit directement sur le projet ou peut engendrer de nouveaux projets. Les entrepreneurs vont ainsi intégrer plusieurs cercles sociaux qui vont leurs permettre de développer et de lancer leurs projets sans investir de ressources financières importantes à priori. Il s’agit d’une préparation en amont qui permet aux entrepreneurs d’intégrer un marché avec un projet robuste et déjà éprouvé.

Un projet d’entreprise démarre lorsqu’un individu décide de rassembler ses compétences autour d’une idée de projet. Grev et Salaff (2003) démontrent que l’environnement proche joue un rôle prépondérant dans le passage à l’action. Ce premier cercle aide aussi à rassembler les ressources nécessaires.

Celui-ci reçoit les premiers conseils, des informations, parfois aussi la première aide financière et selon Birley (1985) le soutien moral lui permettant de se lancer dans l’aventure. L’idée de projet va être testée et les motivations vont être évaluées.

Le «néo-entrepreneur» va ensuite chercher à fréquenter un milieu professionnel correspondant à son projet. Ce dernier va aller à des conférences, des séminaires, des évènements où se fréquentent les acteurs de l’entrepreneuriat. Ces évènements prennent des formes diverses : «apéro», concours de «pitch », etc. Cet écosystème entrepreneurial constitue un second cercle : Le cercle des pairs.

Dougherty et Dunne (2011) soulignent l’importance des écosystèmes notamment pour l’innovation. Au-delà de l’apport d’une plus grande ouverture d’esprit, le fait de fréquenter un environnement composé de personnes portant des projets diverses, permet d’envisager des problématiques communes.

Le «néo-entrepreneur» rencontre des personnes qui ont des compétences diverses et des connaissances de l’action. Dans ce cercle des pairs, l’entrepreneur va s’appuyer sur des connaissances construites par interaction entre les membres du réseau. Il s’agit d’une démarche d’apprentissage qui diffère de la démarche enseignant-enseigné.

C’est par l’échange, la mise en commun et l’apport de perspectives différentes, que l’entrepreneur va innover. Les frictions entre porteur de projet incitent à expérimenter d’autres voies que celles fixées au préalable. La dynamique en réseau est en cela facteur d’innovation.

Le réseau a aussi un impact sur la perception que peut avoir l’entrepreneur de son action. En intégrant un cercle de pairs, l’entrepreneur peut surmonter les étapes et les difficultés. Ces difficultés sont plus faciles à supporter lorsqu’on se rend compte qu’elles ne sont pas liées à une trajectoire personnelle, mais à l’action d’entreprendre elle-même.

L’entrepreneur va ainsi appréhender la temporalité de son projet. À travers les échanges, il va identifier un cycle normal de construction. Les entrepreneurs ont des réflexions en amont du passage à l’acte concret sur le marché, notamment sur le choix de leur clientèle, sur leur identité ou leur modèle d’affaire.

Le cercle des pairs va permettre à l’entrepreneur de couver son projet jusqu’à un niveau de maturité suffisant et de se professionnaliser avant de s’exposer face aux investisseurs et aux clients. Par l’observation des pairs, l’entrepreneur comprend les étapes par lesquels il doit passer pour mettre en œuvre son projet.

Ces retours directs permettent de prendre conscience de ses forces et de ses faiblesses. Malgré les craintes que cette exposition présuppose, cela permet d’offrir l’opportunité de bénéficier d’un cercle de premiers utilisateurs, qui représente un marché test pour le projet.

En étant au contact et en s’exposant dans le réseau, l’entrepreneur va saisir les logiques de sa future clientèle ou de ses futurs partenaires et se forger une représentation plus exacte du marché réel. Ces relations avec le cercle des pairs permettent également à l’entrepreneur d’apprendre à transformer son projet en fonction du contexte et de savoir changer son modèle d’affaire face aux opportunités.

Des auteurs ont montré que les entrepreneurs ont recours aux relations sociales plutôt qu’au marché (Johanisson, 1986 ; Starr et McMillan, 1990), notamment pour l’obtention de ressources à moindre coût ou qui n’aurait pas pu l’être dans le cadre de relation marchande. Le cercle des pairs va ainsi générer des coopérations entre acteurs hétérogènes qui vont minimiser les coûts de transaction (Mistri, 1999).

Le réseau constitué autour du projet va apporter des contacts professionnels, des fournisseurs, des partenaires et des clients potentiels. Le projet va croître avant les premieres rentrées d’argent. Une nouvelle manière d’entreprendre semble ainsi émerger.

Cette approche privilégie les échanges, l’entraide et le réseau pour disposer des ressources nécessaires au lancement de son projet. L’entrepreneuriat en réseau semble au premier abord, en rupture avec une vision classique de l’entrepreneuriat.

Cependant, notre recherche postule que ces deux approches ne sont pas opposées mais bien complémentaires. En effet, Edelman, Manolova, et Brush (2008) note la distance existant entre le contenu des enseignements et les besoins réels des entrepreneurs. Fayolle (2009) abonde dans ce sens en postulant que l’apprentissage de l’entrepreneuriat classique propose des outils mais que la réalité du terrain est aléatoire.

Nos travaux, qui s’alignent avec bien d’autres recherches, montrent ainsi que la manière classique d’enseigner et de former à l’entrepreneuriat est largement incomplète. De même, lorsqu’on nous observons les nombreux dispositifs d’aide à la création d’entreprise de type incubateur ou pépinières.

Il semble qu’ils aient été élaborés en s’en tenant à une approche classique. Ils se positionnent surtout comme un support en expertise financière, comptable ou marketing.

Le Capital-Risque : Hors-Piste de la Finance

Le capital-risque est au Private Equity ce que le hors-piste est au ski, une pratique plus risquée d’un sport d’aventure. C’est le risque qui fait la particularité de cet investissement, mais le gain potentiel en vaut la peine. Qu’est-ce que le capital-risque ? Comment fonctionne un fonds de capital-risque ? Et quels sont les avantages et les risques de cet investissement ?

Le capital-risque, que l’on appelle également Venture Capital ou VC, est une prise de participation dans une entreprise jeune innovante. Il s’agit d’un investissement au capital d’une entreprise à fort potentiel. Plus concrètement, qu’est-ce que le capital-risque à l’échelle d’un investisseur ? Ce produit d’investissement consiste en l’achat de parts sociales d’une entreprise non cotée en bourse. Il devient investisseur minoritaire de la société.

Dans la famille des investissements en Private Equity, c’est-à-dire au capital de sociétés non cotées, il compte parmi les plus risqués. Le capital-risque a pour vocation de financer des entreprises jeunes et innovantes à « early stage », c’est-à-dire en phase d’amorçage ou de création.

On distingue ainsi deux types d’interventions en capital :

  • Le capital-amorçage (Seed Capital) : l’investissement a lieu avant ou immédiatement après le lancement de l’entreprise.
  • Le capital-création (Start-up) : l’investissement a lieu au lancement de l’entreprise ou pendant son développement initial.

En clair, le capital-risque est un investissement sur une entreprise en création comme une startup ou une PME à fort potentiel de croissance. L’objectif de l’investisseur est de réaliser une plus-value au jour de sa cession future des titres.

On recense plusieurs modes d’investissement dans le capital-risque. Du simple particulier fortuné aux fonds nationaux, il existe toutes sortes d’acteurs. Vous êtes un particulier et avez fait fortune dans le monde des affaires ? Vous êtes vous-même un serial entrepreneur et avez à cœur de soutenir le lancement et le développement de jeunes pousses à fort potentiel ? Vous pouvez investir dans le capital-risque en tant que Business Angel. Généralement, le ticket d’entrée commence à 10 000 ou 15 000 euros.

On compte aussi des investisseurs institutionnels qui se regroupent autour de grosses structures tels que les fonds régionaux, les Corporate Venture, ou encore des investisseurs réunis en club de micro-capital-risque. Cependant, l’investissement en Private Equity se démocratise. Et il est dorénavant possible pour les particuliers d’investir en capital-risque par l’intermédiaire de fonds : les FCPR (Fonds communs de placements à risques), les FCPI (Fonds communs de placement dans l'innovation) et les FIP (Fonds d'Investissement de proximité).

Tout ceci vous paraît fort complexe ? Notez qu’il existe un moyen simplifié d’investir en private equity dans des entreprises jeunes et innovantes non-cotées. Cette astuce, c’est l’Assurance-vie. Grâce à ce placement multisupport, vous pouvez miser sur le lancement de startup à fort potentiel.

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Avantages et Inconvénients du Capital-Risque

Quels sont les pours et les contres du capital-risque ? Et à quel point s’agit-il d’un placement risqué ?

Côté avantages, si vous avez toujours rêvé d’être entrepreneur ou investisseur d’une entreprise innovante, c’est chose faite. L’investissement en capital-risque vient au soutien de l’économie réelle. Votre apport participe au financement d’un projet entrepreneurial et, en contrepartie, vous entrez au capital d’une entreprise.

Autre avantage certain, en pariant sur une entreprise innovante à fort potentiel, vous saisissez l’opportunité d’un gain important. Dans l’hypothèse où le développement de l’entreprise était marqué par une forte croissance, votre retour sur investissement vous offrirait une belle plus-value.

Cependant, si l’investissement en capital-risque offre un rendement exceptionnel, c’est aussi parce qu’il est risqué. Si l’entreprise sur laquelle vous avez misé fait faillite, vous risquez fort de perdre tout ou partie du capital investi.

Tout le monde ne peut pas s’inventer « fonds de capital risque ». Fort heureusement, l’Autorité des marchés financiers (AMF) y veille de près. Les sociétés de gestion doivent obtenir un agrément pour les administrer.

Le fonds de capital-risque peut prendre plusieurs formes juridiques : sociétés de capital-risque (SCR), fonds communs de placement à risque (FCPR), fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI), fonds d'investissement de proximité (FIP).

Chaque fonds dispose de commanditaires (les investisseurs) et d’un commandité, c’est-à-dire la personne en charge du fonds et qui perçoit des honoraires pour le gérer.

C’est au commandité de décider, sur la base des règles de gestion du fonds, sur quelles entreprises investir et pour combien de temps. L’investissement en capital-risque est un investissement au long terme, d’une durée de 5 à 10 ans.

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