Howard Stevenson : Définition de l’Entrepreneuriat et ses Ressources

La reconnaissance de l’entrepreneuriat en tant que discipline doit beaucoup à Howard Stevenson, professeur émérite à la Harvard Business School. Il est parvenu à ériger l’entrepreneuriat comme un enseignement majeur début des années 1980 dans le cadre de la chaire Sarofim-Rock. Par ailleurs, il a profondément contribué à la structuration et à l’institutionnalisation de l’entrepreneuriat comme champ de recherche universitaire.

Sa contribution majeure dans ce domaine est d’avoir défini l’entrepreneuriat en termes d’opportunité, longtemps avant d’autres auteurs comme Venkataraman et Shane (2000). Selon Stevenson, l’entrepreneuriat peut se définir comme « la poursuite d’opportunité sans tenir compte des ressources actuellement contrôlées ». Cette définition révolutionnaire dépasse la simple création d’entreprise et s’intéresse aussi bien au processus d’émergence d’organisations nouvelles qu’à la poursuite d’opportunités au sein d’organisations existantes.

Cette approche conduit à explorer comment des organisations déjà établies peuvent entretenir et maintenir une orientation entrepreneuriale, ce qui fut un axe de recherche important pour Stevenson. Il a ainsi introduit le concept de management entrepreneurial, qui peut paraître à certains comme un oxymore, mais qui représente la gestion proactive orientée vers l’innovation et la création de valeur.

Les Trois Apports Majeurs de Howard Stevenson

  1. La représentation de l’entrepreneuriat en tant que discipline : Stevenson a proposé une cartographie claire du champ entrepreneurial, utile pour explorer et structurer ce domaine de recherche.
  2. La modélisation du processus entrepreneurial : Il a conceptualisé l’entrepreneuriat à travers la notion de management entrepreneurial, définissant ce dernier comme la capacité à gérer les opportunités sans être limité par les ressources actuelles.
  3. La réflexion paradigmatique sur l’entrepreneuriat : Sa vision centrée sur la poursuite d’opportunités a permis d’étendre la compréhension de l’entrepreneuriat au-delà du simple acte de création d’entreprise à diverses formes d’innovation organisationnelle.

Entrepreneur vs Homme d’Affaires : Une Distinction Fondamentale

Howard Stevenson, en plus de sa définition académique, éclaire la différence entre un entrepreneur et un homme d’affaires. L’homme d’affaires est généralement défini comme « celui qui peut créer un business à partir d’une idée ou d’un produit déjà existant », opérant souvent dans des domaines tels que la franchise ou la vente. Son but est souvent la conquête du marché existant pour générer du chiffre d’affaires.

En revanche, l’entrepreneur est souvent l’inventeur ou le premier créateur d’un produit ou d’un concept nouveau, investissant en général énergie et capitaux dans une idée naissante. Alors que l’homme d’affaires cherche à s’insérer dans un marché déjà formé, l’entrepreneur vise à créer un nouveau marché ou à renouveler profondément un secteur. Un exemple célèbre est celui d’Apple, qui a créé un nouveau marché des ordinateurs personnels, poussant des concurrents comme IBM à réagir pour combler l’écart.

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Par ailleurs, l’entrepreneur se concentre souvent sur une diffusion progressive de son innovation, ciblant prioritairement les innovateurs et les adopteurs précoces, permettant ainsi un effet de levier pour atteindre ensuite la majorité du marché.

Différences en termes d’équipe et de prise de risque

Les entrepreneurs se distinguent aussi par leur style de gestion des ressources humaines. Ils favorisent la création d’équipes soudées, presque amicales, dédiées au développement d’idées et de concepts uniques, valorisant la croissance et le développement personnel des membres de l’équipe. Dans ce contexte, des entreprises comme Google illustrent cette philosophie en donnant une grande liberté créative à leurs collaborateurs.

À l’inverse, l’homme d’affaires tend à recruter des employés pour maximiser les ventes, sans faire du développement personnel une priorité.

Enfin, la prise de risque est une autre différence notable. Créer une startup innovante implique un risque élevé, tant en ressources financières, qu’en temps et efforts. L’homme d’affaires, quant à lui, reproduit souvent un modèle déjà validé, ce qui minimise son exposition au risque.

Le Paradigme de la Gestion Entrepreneuriale selon Stevenson et Jarillo-Mossi

Dans l’article de 1990, "A Paradigm of Entrepreneurship: Entrepreneurial Management", Howard H. Stevenson et J.C. Jarillo-Mossi ont présenté un paradigme innovant fondé sur la gestion proactive orientée opportunités. Ce modèle insiste sur des compétences stratégiques et des comportements entrepreneuriaux régulant la capacité des organisations à identifier et exploiter des opportunités nouvelles.

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Selon ce paradigme, l’entrepreneuriat se caractérise par :

  • La création et l’exploitation d’opportunités émergentes
  • La prise de risques calculés et maîtrisés
  • L’innovation continue
  • La flexibilité organisationnelle
  • L’orientation forte vers le marché et la satisfaction des besoins inexprimés

Ce cadre conceptuel a permis de mieux comprendre les aptitudes nécessaires pour stimuler la croissance et la valeur dans différentes formes d’organisation, aussi bien les startups que les grandes entreprises.

Vers une Théorie 'Chaotique' de la Gestion Entrepreneuriale

En 1990, Howard Stevenson et S. Harmeling ont publié un article intitulé "Entrepreneurial Management's Need for a More 'Chaotic' Theory". Ils y avancent que la nature même de l’entrepreneuriat est chaotique, marquée par l’incertitude, la volatilité et la discontinuité. Cette complexité exige que les entrepreneurs adoptent une approche adaptative et réactive, capable de tirer profit des opportunités émergentes et de répondre à des conditions changeantes et imprévisibles.

Les auteurs soulignent que les théories traditionnelles de gestion ne fournissent pas un cadre adéquat pour l’entrepreneuriat, qui requiert au contraire qu’on accepte le chaos comme une source d’opportunités. Ils insistent sur la nécessité d’une théorie qui outille les entrepreneurs pour naviguer dans des environnements complexes et incertains, en abandonnant parfois les plans rigides au profit d’une gestion émergente et flexible.

L’Influence et l’Héritage de Howard Stevenson

Howard Stevenson a également joué un rôle de premier plan dans le développement de méthodologies pédagogiques en entrepreneuriat, notamment à travers la publication d’études de cas utilisées à la Harvard Business School. Ses nombreuses publications, dont douze livres et plus de quarante articles, abordent divers thèmes allant des nouvelles entreprises à la gestion stratégique.

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Parmi ses contributions, la chaire Sarofim-Rock à Harvard Business School, qu’il a occupée dès sa création en 1982, illustre son influence dans la promotion académique et pratique de l’entrepreneuriat. Il a également été doyen associé principal, directeur de publication et a présidé le conseil d’administration de la Harvard Business Publishing Company, renforçant ainsi l’importance de l’entrepreneuriat comme discipline.

Enfin, sa définition de l’entrepreneuriat centrée sur la poursuite d’opportunités indépendamment des ressources contrôlées reste une référence majeure dans le domaine, qui influence toujours aujourd’hui la recherche, l’éducation, et la pratique entrepreneuriale dans le monde entier.

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