Comment le Financement du Programme du Front Populaire Est-il Envisagé ?
Dans le cadre des élections législatives de 2024, le « Nouveau Front populaire » (NFP) a présenté un chiffrage détaillé de son programme de gouvernement, cherchant à dissiper les accusations d’irresponsabilité financière.
Conférence de presse du Nouveau Front Populaire sur le chiffrage et le financement de son programme.
Les mesures que compte déployer le « Nouveau Front populaire » entraîneraient une augmentation des dépenses de 150 milliards d’euros d’ici 2027, selon un chiffrage présenté vendredi 21 juin.
Ce programme ambitieux, axé sur la relance de la demande via un « choc de pouvoir d’achat », prévoit une augmentation des salaires, particulièrement pour les classes populaires, afin de stimuler la consommation. Le sénateur socialiste Alexandre Ouizille explique que « l’État ne sera plus le spectateur du laisser-faire et laisser-aller, mais l’organisateur de la redistribution sociale des richesses ».
Le programme du Nouveau Front populaire est attaqué sur son manque de sérieux budgétaire et financier. Dans quel cadre d’évolution des finances publiques s’inscrit-il ? Eric Berr : La volonté de sérieux budgétaire est clairement affichée.
L’idée n’est pas de faire augmenter la dette ni le déficit. Il y aura certes une dégradation temporaire du déficit public qui est inévitable car les dépenses vont précéder les recettes, mais cela ne sera que transitoire.
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Nous sommes dans la même logique que Joe Biden aux Etats-Unis en instaurant un choc de dépense. Une urgence sociale tout d’abord, avec des mesures qui devraient être prises dans les quinze premiers jours : abrogation de la réforme des retraites et de celle de l’assurance chômage, hausse des APL, augmentation de 10 % du point d’indice des fonctionnaires, élévation du Smic à 1 600 euros.
Ensuite, les dépenses viennent également répondre à une urgence écologique. Ce sont des investissements pour réaliser la bifurcation écologique. Mais l’idée n’est pas de juste aligner des dépenses qui ne sont pas financées, comme le fait le Rassemblement national (RN), ce qui serait irresponsable.
E. B. : Dans le programme est inscrit le refus du pacte de stabilité budgétaire européen [instaurant pour les Etats un plafond d’endettement à 60 % du PIB et de déficit public à 3 % du PIB, NDLR].
E. B. : Une philosophie de justice sociale tout simplement. Il y a aujourd’hui énormément de liquidités dans l’économie, mais qui alimentent principalement la sphère financière. Le programme assume clairement d’instaurer davantage d’impôts et de taxer les riches.
Mesures d'Urgence et Financement Initial
En cas de victoire, les mesures d’urgence que compte engager immédiatement le Nouveau Front populaire coûteraient 25 milliards d’euros. Ces mesures comprennent :
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- La hausse de 10 % du point d’indice des fonctionnaires.
- La fin de la réforme de l’assurance-chômage.
- La prise en charge du coût de la cantine, des fournitures scolaires et du transport des élèves de l’école publique.
- La revalorisation des Aides au logement à hauteur de 10 %.
- L’abrogation de la réforme des retraites pour un retour à 62 ans, avant d’engager une réflexion sur la possibilité d’abaisser l’âge légal de départ à 60 ans d’ici 2027.
Pour financer ce premier paquet de mesures, le NFP prévoit la création de deux impôts visant « l’argent oisif et improductif » :
- Une taxe sur les superprofits, estimée à 15 milliards d’euros.
- Le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), estimé à 15 milliards d’euros.
Julia Cagé justifie cette estimation en soulignant que « la situation des grands patrimoines a évolué. Même si l’on applique la même fourchette qu’en 2017, on aurait des recettes supérieures ».
Tableau récapitulatif des dépenses et recettes du Nouveau Front Populaire.
Investissements Massifs et Réformes Fiscales
À partir de 2025, le NFP prévoit une série d’investissements massifs « pour l’égalité, la justice et l’écologie », avec une dépense publique estimée à 100 milliards d’euros. Ces investissements comprennent :
- Des embauches massives d’enseignants et de professionnels de santé, avec des revalorisations salariales.
- Le déploiement d’aides dédiées à la rénovation thermique globale, notamment avec la mise en place du zéro reste à charge.
- La création de filières de production d’énergies renouvelables.
- L’introduction d’une garantie autonomie pour les jeunes sous le seuil de pauvreté.
En parallèle, le NFP mise sur l’adoption d’un ambitieux projet de loi de finances pour multiplier les recettes fiscales. Les mesures incluent :
- La suppression de plusieurs niches fiscales « inefficaces, injustes et polluantes », rapportant 25 milliards d’euros.
- La réforme de l’impôt sur les successions, dégageant 17 milliards d’euros.
- La suppression de la flat tax, générant 2,7 milliards d’euros.
- La mise en place d’un barème de 14 tranches pour l’impôt sur le revenu et la création d’une CSG progressive, permettant de dégager 5,5 milliards de recettes fiscales nouvelles.
De plus, le programme prévoit de renforcer les fonds consacrés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à hauteur de 2,6 milliards d’euros, et de porter à 1 % du PIB le budget de la Culture.
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Tableau récapitulatif des dépenses et recettes du Nouveau Front Populaire.
Réformes pour 2027
Les réformes retenues pour 2027 seront consacrées « à la vie du pays », avec des investissements dans le transport ferroviaire, l’accès aux services publics, le soutien à l’agroécologie et le recrutement de nouveaux fonctionnaires. Les dépenses publiques supplémentaires pour 2027 devraient ainsi s’élever à 150 milliards d’euros.
La politique fiscale prévoit également l’application d’un impôt sur les bénéfices des multinationales et le renforcement de la taxe sur les transactions financières.
Une Équation à Plusieurs Inconnues
Éric Coquerel défend que « ce que nous proposons sur la fiscalité revient à dire que les revenus du capital doivent être imposés de la même manière que les revenus du travail ». Il assure que « nos dépenses correspondent exactement aux recettes supplémentaires que nous mettons sur la table ».
Alexandre Ouizille abonde en affirmant : « On met les recettes en face des dépenses, nous n’augmentons pas le déficit. Nous avons même été conservateurs puisque nous n’avons pas pris en compte l’effet d’entraînement sur la croissance ».
Néanmoins, le programme ne prévoit pas de mesures concrètes de résorption d’une dette publique estimée à 3 000 milliards fin 2023. De plus, certaines dépenses nécessitent encore d’être affinées, notamment concernant la réforme des retraites et le mix énergétique.
Ian Brossat balaie les critiques en soulignant que « le RN, sur la question de l’abrogation des retraites, ça n’est absolument pas clair ! Mais évidemment qu’en fonction de l’État des finances publiques, on pourra pousser le curseur plus loin, plus vite ».
Les nouvelles dépenses publiques sont certes nombreuses dans le programme du Nouveau Front populaire (NFP), pour répondre à la fois aux défis sociaux et écologiques, mais les nouvelles recettes le sont également.
Le SMIC à 1600 € : Faisable ou Utopique ?
Le programme du Nouveau Front Populaire propose une hausse du salaire minimum de 200€, ce qui correspond à une hausse de 14% et qui porterait le SMIC à 1600€ net.
Dans une note à paraître pour Alter Eco, Léo Malherbe et Cédric Durand proposent une analyse des travaux empiriques sur les effets de la hausse du salaire minimum.
Pour les PME et TPE, le choc de l’augmentation des salaires sur la trésorerie peut être significatif. Le programme du Nouveau Front populaire anticipe ce risque et prévoit des facilités de trésorerie pour les six premiers mois ou la première année afin de soulager ces entreprises et éviter des faillites en chaîne.
Augmenter le SMIC stimule la demande domestique, ce qui est bénéfique pour les entreprises locales, notamment dans les secteurs des services, du commerce et de l’artisanat, qui ne sont pas exposés à la concurrence internationale.
Blocage des Prix : Une Solution d'Urgence ?
Bloquer les prix ou plutôt les contrôler, c’est-à-dire les bloquer dans l’instant pour répondre à l’urgence sociale, est un mécanisme qui a été appliqué dans de nombreux cas, notamment en Suisse.
Controler les prix c’est éviter que les chocs inflationnistes ne s’accélèrent et ne s’amplifient. L’idée est de cibler des prix essentiels comme ceux de l’énergie, du logement, et des biens de consommation de base.
En bloquant ces prix, on évite une accumulation et un effet boule de neige qui mèneraient à une inflation galopante.
Prévenir l'Exil Fiscal : Des Mesures Envisagées
Face à la crainte d'un exil fiscal, le NFP propose des mesures pour limiter les départs motivés par des raisons fiscales tout en assurant une justice fiscale.
Renforcement de l'Exit Tax : Cette taxe, qui existe déjà mais qui est peu efficace, impose aux résidents français quittant le pays de déclarer leurs plus-values latentes sur certains actifs.
Impôt Différentiel de Nationalité : Le fisc français comparerait l’impôt qu’ils auraient payé en France avec ce qu’ils payent à l’étranger et leur réclamerait la différence.
Le programme du nouveau Front populaire, bien qu’ambitieux et progressiste, propose des mesures qui existent déjà dans d’autres pays et ont prouvé leur efficacité.
Le programme économique du Nouveau Front populaire est-il vraiment un "délire total" ?
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