Impact de l'inflation sur les finances publiques en France
L'économie française a connu une période d'inflation notable entre 2021 et 2023. Cette inflation, qualifiée de "bosse" par certains, a d'abord été marquée par une forte augmentation des prix de l'énergie et des approvisionnements, avant d'être relayée par le rattrapage des marges et des salaires.
L'inflation a déjà sensiblement baissé sous l'effet de la décrue des prix de l'énergie et de la pause des prix des produits alimentaires. Elle a surtout changé de nature.
Ce ne sont plus les coûts des approvisionnements qui provoquent l'augmentation des prix, mais les tentatives par les agents économiques de préservation de leur revenu réel. Et cet ingrédient est bien moins massif que celui associé à la hausse précédente des coûts.
La hausse des prix de production de l'ensemble des branches marchandes, soit les prix en sortie de ferme, d'usine, de chantier, de bureaux, n'est plus que de 1,1% sur un an alors qu'elle a culminé à 10% mi-2022.
Auparavant localisée dans les coûts de consommation intermédiaire, l'inflation est donc désormais nichée dans les revenus tirés de l'activité de production. Mais, déjà bien moindre, le débit de cette seconde source d'inflation va à son tour se tarir.
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Dans un tel contexte, la possibilité pour les entreprises d'augmenter les prix de vente dans l'objectif de reconstituer des marges écornées durant la première phase se referme. De même, le ralentissement de l'emploi qui se dessine viendra tempérer les velléités d'accélération salariale.
Les freins sur la production ont, eux aussi, changé de nature: ils tiennent dorénavant bien moins à des difficultés d'approvisionnement qu'à un niveau de demande jugé insuffisant.
Évaluation du budget 2024 (2/4)
L'impact du bouclier tarifaire
Le bouclier tarifaire, mis en place pour limiter l'augmentation des prix de l'électricité et du gaz, a joué un rôle important dans la modération de l'inflation. En atténuant le choc initial, il a également permis de contenir l'augmentation des dépenses publiques indexées sur les prix.
Le Haut Conseil des finances publiques estime que le coût net du bouclier tarifaire serait de 22,3 milliards d'euros sur l'année 2023, et de 5,3 milliards en 2024. Le Conseil d'analyse économique estime pour sa part que sur la période 2021-2023, son coût aura été de 53 milliards d'euros. Son effet total en termes de modération de l'inflation est quant à lui estimé entre 1,4 et 2,9 points sur 2022 et 2023.
Le point important est que, dispositif ayant vocation à s'éteindre, le bouclier tarifaire est une dépense ponctuelle, alors que les hausses de prestations sociales en répercussion de leur indexation sur les prix sont pérenne.
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Par exemple, en 2024, si le gouvernement avait été conduit à revaloriser les dépenses de retraites du régime de base sur l'inflation qui aurait prévalu en l'absence de bouclier, le surcroît de dépenses aurait été de 3 à 7 milliards d'euros.
En calculant l'écart entre les seules dépenses cumulées de prestations sociales qui auraient été atteintes du fait de l'indexation avec et sans bouclier tarifaire, il apparaît que le coût immédiat de 53 milliards d'euros du bouclier tarifaire serait effacé en 2026 ou 2027, selon l'hypothèse d'inflation contrefactuelle retenue.
L’inflation a apparemment un effet arithmétique tendant à la réduction du poids de la dette publique. Mais les choses sont moins simples et un cumul de facteurs liés à l’inflation contribue à l’alourdissement de cette dette, au contraire.
Dette publique et inflation : une relation complexe
L’inflation a apparemment un effet arithmétique tendant à la réduction du poids de la dette publique. Mais les choses sont moins simples et un cumul de facteurs liés à l’inflation contribue à l’alourdissement de cette dette, au contraire.
La France démarre l’année avec une dette publique de 111,6 % du PIB (chiffre encore provisoire pour fin 2022) et un déficit budgétaire prévu à 5 % du PIB pour l’année 2023.
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De manière générale, le ratio dette sur PIB diminue lorsque le déficit est inférieur au ratio de dette multiplié par le taux de croissance du PIB en euros courants.
Deux arguments pourraient le laisser penser. D’une part, comme on vient de le voir, si on divise une dette publique fixée en euros par un dénominateur qui augmente sous l’effet de l’inflation, alors le rapport dette sur PIB diminue. D’autre part, la hausse des prix des biens à la consommation entraîne mécaniquement un relèvement des recettes de TVA ; la hausse des salaires élève les cotisations sociales versées ; et ainsi de suite pour chaque prélèvement sur une assiette en valeur.
Toutefois, d’autres éléments vont dans le sens d’une détérioration des finances publiques. D’abord, le coût de financement de la dette est affecté par l’inflation. L’effet est immédiat pour environ un dixième de la dette qui est indexée sur l’inflation, de sorte que chaque point d’inflation supplémentaire entraîne une hausse immédiate du taux apparent d’environ 0,1 point de pourcentage (et donc une dépense supplémentaire d’environ 2,5 Md€).
Ensuite, une grande partie des dépenses courantes des administrations publiques sont indexées. C’est le cas des retraites, des allocations familiales, des allocations logement, du revenu minimum, dans un délai inférieur à un an. Chaque point d’inflation en plus augmente automatiquement ces dépenses sociales de près de 5 Md€.
Enfin, le gouvernement peut décider de dépenses exceptionnelles pour protéger le pouvoir d’achat des ménages et limiter l’impact du renchérissement des approvisionnements pour les entreprises. L’indemnité inflation, le renforcement exceptionnel du chèque énergie, les boucliers tarifaires sur le gaz et l’électricité, les aides accordées aux entreprises les plus exposées sont autant de dépenses discrétionnaires provoquées par l’inflation.
Le dernier élément à prendre en compte est l’origine de l’inflation, qui aujourd’hui n’est pas la surchauffe de l’économie mais le renchérissement des énergies et matières premières importées. Ce renchérissement appauvrit mécaniquement le pays et pèse sur la croissance.
Pour que l’inflation réduise petit à petit l’endettement public, il faudrait par exemple que les prestations n’augmentent pas, que le barème de l’impôt sur le revenu ne soit pas indexé, que les épargnants acceptent de durablement prêter à un taux d’intérêt inférieur à l’inflation, etc.
Les pays de la zone euro ont vu, dans leur très grande majorité, leur ratio de dette publique reculer entre 2021 et 2023, mais le repli est très différent d’un pays à l’autre, allant de à 0,8 point de PIB en Lettonie à 33,1 points de PIB en Grèce (2,4 points en France).
Plus l’inflation est forte, plus le PIB en valeur augmente, ce qui tend à faire baisser le ratio dette / PIB. Pour stabiliser (ou réduire) la dette publique (D), en pourcentage du PIB (Y), il faut que le solde primaire (c’est-à-dire hors intérêt) soit égal (ou supérieur) à un « solde primaire stabilisant » (SPS).
Le tableau suivant illustre cette observation en montrant comment le déficit primaire stabilisant évolue en fonction de l’inflation. Il suppose que le taux d’intérêt apparent de la dette est de 1,0 % et la croissance en volume du PIB également de 1,0 %.
| Scénario | Inflation | Déficit Primaire Stabilisant |
|---|---|---|
| Inflation à 1,0 % | 1,0 % | 1,8 % du PIB |
| Inflation à 5,0 % | 5,0 % | Variable (dépend de l'évolution du taux d'intérêt apparent de la dette) |
Une partie de la dette publique française (11 %) est en effet indexée sur l’inflation en France ou dans la zone euro. Il est donc probable que (i - g) augmente progressivement et revienne à son niveau initial au bout de quelques années, ou le dépasse.
Un minimum d’inflation est nécessaire pour soutenir l’activité économique et ne pas risquer la « déflation ». En outre, si elle est plus forte que celle des principaux partenaires commerciaux, elle se traduit par une diminution de la compétitivité des entreprises par rapport à leurs concurrentes étrangères, sur le marché domestique comme sur les marchés à l’exportation.
Si l’inflation est souhaitable quand elle est faible, la désinflation est nécessaire quand elle devient trop forte car son coût est alors élevé. En effet, elle contribue à dégrader la compétitivité des entreprises et à augmenter l’incertitude et les risques.
Cette fiche présente l’impact d’une inflation plus forte que prévu sur le déficit public en France. La situation envisagée est celle d’une révision à la hausse de 1 point de l’inflation prévue pour l’année N qui intervient en septembre N, au moment du dépôt du projet de loi de finances pour l’année N+1.
Au total, une révision à la hausse de 1 point de la prévision d’inflation en septembre entraîne une augmentation d’environ 0,3 point de PIB des recettes et de 0,1 point de PIB des charges d’intérêt de l’année en cours.
Si le taux d’inflation revient à son niveau initial, la charge d’indexation de la dette revient elle aussi à son niveau initial. Le coût de l’indexation des prestations sociales est d’environ 4 Md€ soit 0,15 point de PIB.
En conséquence, la charge d’intérêt s’accroit progressivement.
Alors que la situation économique s’est normalisée et que l’inflation s’est résorbée, la France se trouve aujourd’hui dans une situation préoccupante.
Le déficit public a atteint 154 Md€ et 5,5 points de PIB en 2023, dégradé de 0,7 point par rapport à 2022 et de 0,6 point par rapport à la prévision du Gouvernement. La situation de la France contraste fortement avec celle de ses principaux partenaires européens, qui sont parvenus à stabiliser voire à réduire significativement leur déficit en 2023.
D’après le programme de stabilité, qui reste l’expression la plus récente des engagements de la France en matière de finances publiques, le déficit demeurerait supérieur à 5 points de PIB et la dette publique serait en hausse de 1,7 point en 2024.
Les investissements nécessaires à l’atteinte de nos engagements climatiques sont estimés à un surcroît de plus de 60 Md€ par an en 2030, alors que les recettes fiscales assises sur les carburants devraient rapidement s’éroder et que la croissance pourrait structurellement fléchir chaque année du fait des coûts de la transition et du réchauffement.
Les pays de la zone euro ont vu, dans leur très grande majorité, leur ratio de dette publique reculer entre 2021 et 2023.
Les aides exceptionnelles aux ménages et aux entreprises en 2020 ont induit des retours de recettes fiscales et sociales.
En effet, dans les pays où l’inflation a été la plus élevée, cet effet mécanique a participé à réduire plus fortement le ratio de dette du pays concerné.
Au total, l’inflation aurait participé en France à réduire le ratio de dette de 9,5 points entre 2021 et 2023. Mais celui-ci ne s’est effectivement réduit que de 2,4 points sur la période, pointe le HCFP.
Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la moitié de l’augmentation de notre dette depuis 2017 (+ 911 milliards d’euros) serait liée à des mesures de soutien décidées face à différentes crises, à compter de celle des gilets jaunes.
Le premier est qu’une hausse des prix des biens à la consommation entraîne mécaniquement un relèvement des recettes de TVA ; une hausse des salaires élève mécaniquement les cotisations sociales versées ; et ainsi de suite pour chaque prélèvement sur une assiette en valeur. Le second argument est que la dette publique est fixée en euros (2800 Md€ fin 2021), de sorte que si on la divise par un PIB dont la valeur augmente, le rapport dette/PIB diminue.
Néanmoins les délais d’indexation des autres dépenses sont variables, si l’on pense par exemple aux contrats de fourniture des collectivités territoriales ou des hôpitaux, ou aux salaires de la fonction publique.
Les assiettes fiscales (impôt sur le revenu, cotisations sociales, impôts de production,..) suivent essentiellement le déflateur du PIB (prix d’une unité de PIB), tandis que les dépenses publiques suivent plutôt le déflateur de la consommation (prix d’une unité de consommation).
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