Histoire et fonctionnement du journal télévisé
Le journal télévisé (JT) est une séquence d'information diffusée par une chaîne de télévision, animée par un présentateur ou commentée en voix off. Depuis sa première apparition à la télévision française en 1949, le journal télévisé a établi sa popularité auprès du grand public. L’émission est transmise sur 3 000 récepteurs individuels, et ce seulement à Paris, car l’antenne de diffusion est fixée en haut de la tour Eiffel.
Naissance et premières formes (1949‑années 1950)
Le terme de journal télévisé apparaît en même temps que sa première représentation en 1949, le premier journal télévisé français a été diffusé à 21 heures le 29 juin 1949 à 21 h pendant 15 min. Il est présenté par Pierre Sabbagh et son équipe. À cette époque, le journaliste était invisible à l’écran, à la manière du journal parlé. A la manœuvre, Pierre Sabbagh, l’inventeur. Et sa cohorte : Pierre Tchernia, Claude Darget, Pierre Dumayet, Georges de Caunes. Les pionniers, belles plumes, grandes gueules.
Le format de l’émission s’inspire grandement des actualités filmées que l’on pouvait trouver au cinéma. C’est un rendez-vous cinématographique qui laisse place à l’émotion et au spectacle, seuls les grands événements sont filmés, on peut voir à ce moment-là des rencontres sportives, des défilés militaires, des communications et moments politiques à l’écran. À la naissance du JT en juin 1949, l’information à la télévision est un tout en images.
D’un point de vue logistique, l’absence d’investissement de l’État est encore flagrante, l’équipe chargée du journal ne dispose que de deux caméras pour sa première édition. Cette absence de moyens empêche le journal télévisé d’adopter une autre forme que celle dont il s’inspire. En effet, au début des années 1950, les JT ressemblent beaucoup à ce que l’on peut observer dans les actualités filmées.
Du tournant des années 1950‑1960 au "journalisme d’examen"
Peu à peu les moyens accordés au JT augmentent et sa forme se distingue des actualités filmées projetées aux cinémas. Dans la même période la multiplication des caméras permet la naissance des reportages, menés caméra à l’épaule par les reporters qui enquêtent et font du journalisme de terrain. Les premières caméras avec son n’apparaissent en France qu’à la fin de la première moitié des années 50.
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Le journal télévisé connaît un tournant en 1963 avec la reprise en main de la télévision sous les mandats de De Gaulle (1958-69) mais aussi la naissance d’une nouvelle forme de JT, le “journalisme d’examen”. Cette période est illustrée par l’assujettissement de l’ORTF (anciennement RTF) au ministère de l’Intérieur et la création du Service de liaison et d’information interministérielle en 1963 qui permet un contrôle continu de la diffusion télévisuelle. Ce contrôle du pouvoir n’a pas empêché le journal télévisé de se renouveler en passant d’un “journalisme d’enquête” à un “journalisme d’examen” dont le credo est “révéler, découvrir, décortiquer” selon les mots de M. Desgraupes.
Ce nouveau JT est caractérisé par l’apparition de la division entre le reportage et le studio et la présence dans ce dernier de spécialistes qui discutent les reportages avec le présentateur ou les présentateurs qui présentent des graphiques pour appuyer ses propos.
Crise de 1968 et conséquences
Le 10 mai 1968, des manifestations d’étudiants tournent en émeutes puis en affrontement avec la police, les blessés sont importants et les dégâts matériels encore plus, mais au JT du soir aucune mention de ces évènements n’est faite. Les producteurs, opposés à la censure, lancent une grève le 11 mai qui ne se terminera que le 25 juin par la reprise du travail et le renvoi de plus de 200 professionnels de la télévision ainsi que la suppression d’émissions dites “subversives”. De 1968 à 1970, le journal télévisé connaît un déclin d’audience, car il est jugé trop morne, trop censuré.
Libéralisation, innovations techniques et personnalisation (années 1970‑1990)
Parallèlement à “l’invention” du présentateur unique, celle du téléprompteur intervient au début des années 1970. C’est également Desgraupes qui se retrouve à l’origine de son utilisation en France. Permettant en premier lieu d’éviter les erreurs de texte lors de la présentation du journal télévisé, ce dispositif technique a également un objectif moins explicite qui est d’accentuer la relation du présentateur avec le téléspectateur, puisqu’il semble alors le regarder droit dans les yeux.
Jusqu’à la fin des années 1960, la présentation du journal télévisé était effectuée non pas par un, mais par plusieurs journalistes. Cette méthode de présentation, connue sous le nom de “tournette”, a fait son apparition en 1954. L’idée d’introduire un présentateur unique émane de Pierre Desgraupes. C’est en 1971 que le JT adopte un dispositif de présentation fondé sur le modèle américain d’un “anchorman” permanent, visible à l’antenne, de manière à personnaliser et fidéliser la relation entre l’information et ses publics.
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La "dernière étape" de cette libéralisation est constituée par l’arrivée des chaînes privées dans les années 1980, à savoir principalement la création de Canal + en 1984, et la privatisation de TF1 en 1987. La concurrence entre les chaînes ne se fait donc plus seulement entre des organismes publics, mais aussi avec des entités privées. On voit dès cette décennie de réelles différences se former entre les journaux télévisés des chaînes : TF1 présente un JT fortement inspiré du modèle américain, avec un poids de l’image plus important, pour une information fortement personnifiée (à travers son présentateur unique, Patrick Poivre d’Arvor). Sur Antenne 2, le présentateur se place plus en retrait, l’information est plus généraliste avec des images moins présentes.
Standardisation du format et montée des éditions double (13h / 20h)
Ainsi, un format de journal télévisé s’est progressivement imposé comme étant le plus populaire, à savoir la double édition midi et soir (vers 13h et vers 20h), pour une durée de 30 à 40 minutes. En fait, le constat semble être que le journal télévisé s’est banalisé, tout comme l’information en elle-même. Le journal télévisé se retrouve pris dans une crise d’identité à cette période.
Nous l’avons dit, cette période d’innovation va de pair avec une libéralisation de la télévision. À cette époque, le JT n’est plus un programme comme les autres, servant simplement à remplir les plages horaires. Le JT reste un événement avec des points d’orgue qui correspondent aux “moments forts” de l’actualité.
Fonctionnement quotidien d’une rédaction de JT
Le JT tel qu’on le regarde est le résultat de tout un travail de mise en œuvre qui prend un certain temps et mobilise nombre de collaborateurs. La journée commence tôt par la lecture de la presse et des dépêches, la consultation des informations de la nuit et des prévisions de la journée, etc. En principe, le journal télévisé est préparé par une conférence de rédaction, réunion éditoriale. La conférence de rédaction est une réunion regroupant tous les journalistes et les techniciens qui participent à la production du journal télévisé.
Critique du journal précédent : cette première étape comprend la critique du précédent journal télévisé. Le but est d’éviter de répéter les erreurs commises dans le journal précédent. À 8h se dessine, lors d’une première réunion avec les chefs des différents services, les responsables de l’information et l’éditeur/trice et le/la présentateur/trice du jour une première ébauche du JT de 13H.
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Des équipes sont alors déjà sur le terrain pour réaliser les premiers reportages. Ensuite, d’autres équipes composées de journalistes, cadreurs, preneurs de sons, ou plus réduites (journalistes + techniciens poly compétents) se déploient, à l’issue des réunions des différents secteurs de l’information. La mise en œuvre des décisions éditoriales se fait grâce à l’appui essentiel des différents assistants des opérations. On décide des moyens à attribuer pour chaque couverture de sujet, et la forme de ceux‑ci : reportage, direct, reportage + direct, images seules, etc.
Lorsque les équipes ont terminé les reportages, en fonction du temps qu’il reste, soit elles rentrent à la rédaction pour le montage et la sonorisation (dans les différentes rédactions, en réalité : à Bruxelles, mais aussi, à Namur, Liège, Mons, Charleroi), soit les reportages sont montés et sonorisés sur place - c’est le cas notamment lorsqu’ils sont accompagnés d’un direct ou si le temps manque. Les reportages sont dans la grande majorité des cas, visionnés par l’éditeur/trice avant leur diffusion.
La conduite (l’ordre des sujets) du JT est élaborée par l’éditeur/trice, en collaboration avec le présentateur/trice. Elle peut être bouleversée à tout moment, y compris pendant la diffusion du journal, en cas d’information brûlante qui tombe, de souci technique, ou de dépassement du temps imparti. Pour le JT de 19h30, on ne part pas d’une page blanche : certains sujets du 13h seront repris, certains seront modifiés, de nouveaux sujets seront lancés.
Formes, rubriques et prolongements éditoriaux
À noter que dans les journaux, certains sujets sont présentés sous forme de dossiers, en général un format plus long. Lors d’événements d’actualité brûlante, ou pour des moments qui revêtent une importance particulière pour une ville ou une région, des pages spéciales sont ouvertes, voire des éditions spéciales, qui prennent alors place au plus près de la survenance de l’événement.
Le présentateur introduit des reportages ou des séquences sur des sujets internationaux, nationaux ou locaux et des chroniques récurrentes comme la météo ou une question liée à un fait de société (chiffre-clé, consommation, emploi, etc.). Ces informations proviennent de journalistes et de correspondants de la rédaction en France et à l’international.
Crises, critiques et enjeux contemporains
Sur le fond, on peut formuler une critique du traitement de l’information de manière événementielle et anecdotique. En effet, le JT met souvent en avant les “Gros titres” qui ne permettent pas de contextualiser les informations sur le long court, préférant le sensationnalisme. Le JT se trouve soumis à la pression des audiences, renforcée depuis la libéralisation et la création des chaînes privées, dont le modèle économique est basé sur la publicité.
Le genre du JT peut se trouver prisonnier des images. Devenues support de l’information, celles-ci sont parfois guidées par la disponibilité de contenu visuel. Par exemple, une guerre d’ampleur au Yémen, mais avec peu d’images à disposition verra son temps d’antenne raccourci. À l’opposé, les images proposées issues de banques d’images auxquelles les rédactions sont abonnées, sont généralement peu évocatrices des réalités évoquées.
Plus que la télévision, internet, en réinventant les communications, révolutionne l’information qui devient disponible en quasi-temps réel et non seulement via les chaînes d’information en continu, mais aussi sur smartphone depuis les applications des médias ou les réseaux sociaux. Ces derniers permettent d’ailleurs de supprimer l’intermédiaire qu’est le journaliste entre “l’information brute” et le citoyen puisque des personnalités et des institutions peuvent s’exprimer et communiquer directement sur ces derniers.
La télévision est confrontée à l’émergence de nouveaux contenus vidéos liés au développement d’internet. Le petit écran touche donc moins les jeunes générations et la moyenne d’âge des téléspectateurs vieillit. Cette tendance concerne les journaux télévisés. Conjugué à la concurrence dans le paysage télévisuel français, le journal télévisé souffre surtout d’un déclin généralisé de la télévision.
L'évolution du journalisme à l'ère du numérique
Réponses professionnelles : vérification, pédagogie et formats
Gilles Bouleau, présentateur du JT de TF1 : “À mon avis, le JT ne mourra pas dans un avenir prévisible. Le format doit donc se caractériser par une information ‘vérifiée’ qui légitime un sérieux et qui concurrencera les chaînes d’informations en continu souvent accusées de relayer des informations sans vérification.” Le journal de France 2 suit également le même raisonnement et propose depuis quelques années la rubrique “L’oeil du 20H” qui présente des informations “inédites” en proposant des mini-enquêtes et du débunkage.
On observe en effet l’importance de l’explication et de la pédagogie dans la construction du JT. Les rubriques animées par des spécialistes (des journalistes de la chaîne en opposition aux “spécialistes” extérieurs des chaînes d’information) qui interviennent en plateau sont de plus en plus fréquentes. Enfin, pour lutter directement avec la concurrence télévisuelle et se démarquer, une grande attention est portée aux programmes placés avant et après le JT (souvent un programme humoristique qui permet de trancher avec le “sérieux” du JT).
Continuité et symboles : présentateurs, incarnations et audiences
Le rendez-vous particulier qu’a rapidement constitué le JT dans la vie d’une majorité d’individus est en partie un rendez-vous avec un journaliste présentateur, à la longévité remarquable pour certains. La figure de Jean‑Pierre Pernaut est à cet égard emblématique : le journaliste a présenté le journal de 13h pendant 32 ans, de 1988 à 2020. Il se démarquait par son approche, sa sincérité et sa spontanéité puisqu’il menait son rendez‑vous quotidien sans prompteur.
Il faut cependant modérer le déclin du JT puisqu’il reste tout de même, à l’heure de l’éclatement des audiences, une référence incontournable. Ainsi, les journaux télévisés du 20h de TF1 et France 2 regroupent près de 50% des parts d’audience. Les scores d’audience actuels des deux journaux télévisés les plus regardés représentent en moyenne un peu plus de 20 % de part d’audience chacun ; toutes chaînes confondues, environ 20 millions de téléspectateurs regarderaient un journal télévisé chaque soir.
Innovations numériques et personnalisation de l’offre
La personnalisation de l’information est une tendance actuelle, matérialisée par des applications qui proposent aux usagers de construire leur propre JT en ne visionnant successivement que les reportages qui les intéressent : Artifact.news, le JT personnalisé de TF1. Cette logique de segmentation de l’information est présentée comme un service proposé aux spectateurs connectés.
Ces rendez-vous incarnés pourraient-ils un jour se transformer avec l’intelligence artificielle ? En 2018, l’agence de presse chinoise officielle Xinhua avait mis au point un présentateur de JT virtuel, Qiu Hao, qui a intégré l’équipe de reportage de l’agence. La question de l’authenticité et de l’éthique se pose alors à l’échelle des rédactions.
Tableau récapitulatif : étapes clés
| Période | Évolution majeure |
|---|---|
| 1949‑années 1950 | Naissance du JT, inspiration des actualités filmées, faible équipement |
| Années 1960 | Multiplication des reportages, "journalisme d’examen", contrôle de l’État |
| 1970‑1980 | Téléprompteur, présentateur unique, début de la personnalisation |
| Années 1980‑2000 | Privatisation, chaînes privées, diversification des formats |
| Années 2000‑aujourd’hui | Concurrence des chaînes d’info en continu et d’internet, recherche de vérification et pédagogie |
Le JT reste un genre tout à fait à part dans le paysage audiovisuel français, mais qui s’est développé progressivement en réponse aux évolutions techniques, politiques et sociales. Pour les 70 ans du JT, un documentaire retrace cette épopée de mecs, la clope et la pipe au bec. Histoire d’hommes et de journalistes qui portaient haut l’événement, imposant leur familiarité et leur impertinence. Semant les graines d’un audiovisuel public en butte avec le pouvoir politique.
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