Comment assurer une juste répartition de la valeur ajoutée dans l'entreprise
Souvent méconnue ou mal comprise, la valeur ajoutée est pourtant un indicateur clé de l'économie du pays et de ses entreprises. Elle permet de mesurer les richesses produites et donc de définir le PIB ainsi que la TVA. Retour sur cette notion au cœur des discussions entre plusieurs acteurs économiques : entreprises, salariés, actionnaires, État.
Qu'est-ce que la valeur ajoutée (VA) ?
La valeur ajoutée définit ce que l'entreprise apporte au monde économique extérieur. Cette notion est définie comme ce qui est produit et vendu moins ce qui est consommé en provenance de l'extérieur de l'entreprise. En économie ou en comptabilité, la valeur ajoutée (VA) est un indicateur qui permet de mesurer la richesse brute produite sur une période déterminée.
Elle s'obtient en déduisant à la valeur finale de la production l'ensemble des ressources qui ont été nécessaires pour y arriver, ou plus simplement par soustraction des recettes et des dépenses. VA = Chiffre d’affaires - consommations intermédiaires. On parle de consommations intermédiaires pour désigner toutes les ressources utilisées pour produire de la richesse. Il s'agit la plupart du temps de produits ou services achetés auprès d'un tiers, qui vont être transformés ou détruits afin d'obtenir une nouvelle production.
Calcul et exemples concrets
La formule pour calculer la valeur ajoutée est: VALEUR AJOUTEE = MARGE - CHARGES EXTERNES. Par exemple, une entreprise achète du bois pour créer des meubles qu'elle vend ensuite sur Internet. La VA sera obtenue en déduisant entre autres, le coût d'achat de la matière première avec le prix de vente et les revenus issus des ventes de meubles. Dans cet exemple, il s'agit du bois acheté afin de produire des meubles.
La production nécessite aussi un local loué, du personnel, des machines, des ordinateurs, des prêts contractés pour acquérir les machines, des frais généraux (électricité, abonnements téléphoniques...), le loyer et les salaires du personnel : tous ces éléments entrent dans le calcul et la redistribution de la VA.
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À qui revient la valeur ajoutée ? Les destinataires
La VA doit impérativement être redistribuée de cette manière :
- Paiement des salaires ou des contributeurs, embauchés ou non;
- Dividendes ou intérêts pour les apporteurs de capitaux et les actionnaires;
- Remboursement des intérêts d'emprunt auprès des prêteurs (banques...);
- Paiement des impôts, taxes et cotisations auprès de l'État.
Une fois le partage effectué, la somme restante, si elle existe, est appelée bénéfice. Ce sont les bénéfices éventuellement dégagés qui permettent aux entrepreneurs de faire des investissements et de développer leur structure au fil des années.
Interprétation et indicateurs utiles
L'étude de la valeur ajoutée permet à un gérant d'analyser la répartition des richesses au sein de son entreprise. La valeur ajoutée est un indicateur de richesse qu'on peut utiliser pour mesurer la richesse brute produite par une entreprise. On peut la calculer au sein d'une entreprise par secteurs d'activité ou bien par produits. Cette donnée universelle sert à comparer les entreprises du même secteur d'activité.
Le ratio le plus utilisé pour interpréter la valeur ajoutée est le ratio charges de personnel / valeur ajoutée. Exemple : un ratio de 65% indique que les salariés reçoivent 65% de la richesse créée par l'entreprise. Le ratio charges de personnel / valeur ajoutée, analysé au cours des derniers exercices et comparé à celui des autres entreprises du même secteur permet d'identifier la capacité de résistance de l'entreprise face à ses concurrents.
En effet un tel ratio va évoluer en fonction d'éléments capitaux tels que :
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- la qualification du personnel de l'entreprise;
- le nombre d'heures ouvrées;
- la façon dont s'organise le degré de modernisation ou d'automatisation de l'entreprise.
Signes d'alerte : quand la VA est faible ou mal répartie
Une valeur ajoutée faible montre que l'entreprise n'est pas solide, qu'elle ne maîtrise pas totalement son activité. Lorsque la VA est déterminée, elle fait ensuite l'objet d'un partage entre les différents acteurs sous forme de salaires, dividendes ou impôts. Chaque part peut être définie à l'avance dans le cadre d'un contrat de travail par exemple, ou par la connaissance en amont du taux de taxation et d'imposition. Mais cela peut également être variable. Dans ce cas, il n'est pas rare de voir naître de lourds conflits internes.
Il s'agit d'un débat politique récurrent mais aussi complexe, car il faut auparavant s'entendre sur ce dont on parle. Quand ils étudient cette question, les économistes analysent généralement la répartition de la valeur créée par les entreprises, ce qu'on nomme la valeur ajoutée. Une part va aux salaires, et une autre au capital. Et là on a les chiffres puisqu'ils relèvent de la comptabilité nationale. Or depuis les années 90, la part du travail dans la valeur ajoutée recule dans la plupart des pays de l'OCDE. Le surplus est allé au capital et sa rémunération, il y a donc bien des vases communicants.
Dispositifs de partage de la valeur et cadre légal
En France, il existe plusieurs dispositifs de partage de la valeur : participation, intéressement, épargne salariale, prime de partage de la valeur ajoutée… Quelle est leur efficacité ? Le Conseil d'analyse économique s'est penché sur tous ces dispositifs en 2023 et son constat est mitigé, voire cinglant. Mitigé sur la participation qui ne change pas structurellement la donne et favorise les salariés les mieux payés. La participation existe depuis 1967. Très encadrée et obligatoire, elle a l'avantage de ne pas se substituer aux salaires, ce qui n'est pas le cas des dispositifs facultatifs créés depuis 2021.
Depuis le 1er janvier 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés rentables doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur. Il s'agit d'un dispositif expérimental, mis en place pour 5 ans. Les 3 conditions doivent être réunies simultanément : effectif compris entre 11 et moins de 50 salariés, forme sociétaire (SA, SAS, SARL, SNC, SCA, SCS, société civile…) et rentabilité. Certaines entreprises sont dispensées : entreprises individuelles, sociétés anonymes à participation ouvrière (SAPO), entreprise de moins de 50 salariés appartenant à une UES déjà soumise à la participation, ou toute entreprise déjà couverte par un accord d'intéressement ou de participation en cours.
Moyens concrets pour assurer une répartition juste
- Mesurer précisément la VA et suivre ses évolutions par produit, secteur et exercice. La VA permet de rémunérer l'ensemble des intervenants ayant contribué à produire.
- Utiliser des ratios comparatifs sectoriels (charges de personnel / VA) pour situer l'entreprise par rapport à ses pairs.
- Mettre en place des accords d'intéressement et de participation adaptés, en veillant à l'impact sur les finances publiques et à la non-substitution aux salaires.
- Considérer des primes de partage de la valeur (PPV) exonérées sous conditions : prime versée directement aux salariés, exonérée de cotisations sociales et, sous conditions, d'impôt sur le revenu.
- Proposer un abondement à un plan d'épargne salariale (PEE, PER, etc.) pour associer durablement les salariés à la performance de l'entreprise.
- Concilier rémunération du travail et rémunération du capital en veillant à l'équilibre entre salaires, réserves et dividendes pour assurer investissements et pérennité.
- Assurer transparence et dialogue social : définir en accord les modalités de partage, périodicité et critères de performance afin de réduire les tensions internes.
Rôle de l'accompagnement externe
Rédaction de l'accord, choix du plan d'épargne associé (PER, PEE), optimisation fiscale et sociale sont des étapes où l'accompagnement d'experts est souvent utile. Entre les critères d'éligibilité, les trois dispositifs possibles et les formalités administratives, la mise en place peut sembler complexe. Rédaction des accords, formalités, dépôt : il est fréquent de s'entourer pour être en conformité rapidement. Un échange de 15 minutes suffit souvent pour faire le point et identifier la meilleure solution pour l'entreprise.
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Témoignage : la mise en place d’un accord d’intéressement
Enjeux macroéconomiques et sociaux
Le pourcentage distribué aux actionnaires n'est pas le critère le plus parlant du partage de la valeur, mais c'est celui qui permet de comparer les grandes entreprises entre elles. Le bénéfice en est clairement une composante, mais il n'est que la partie émergée des comptes. Le bénéfice, c'est ce qui reste à l'entreprise une fois qu'elle a payé, pour schématiser, ses achats, les salaires, les impôts… Mais vous le comprenez à écouter cette liste, ce qu'elle verse aux salariés pour leur travail, intervient en amont de ce bénéfice.
Imaginez une entreprise qui rétribue très bien ses salariés… son bénéfice va s'en retrouver diminué. Si elle le redistribue à 100 % à ses actionnaires, en conclure qu'elle lèse ses salariés serait erroné, car une partie de la redistribution aura eu lieu en amont. La redistribution est en effet importante et doit faire partie intégrante de la politique de la structure. Ce sont des choix de politique économique qui déterminent la part du SMIC et les traitements de fonctionnaires comparables, ainsi que la manière dont sont traités les capitaux investis.
Outils pratiques : tableau récapitulatif
| Destinataire | Forme | Objectif |
|---|---|---|
| Salariés | Salaires, primes, participation, intéressement | Rémunération du travail, motivation, pouvoir d'achat |
| Capital | Dividendes, intérêts, rachats d'actions | Rémunération des apporteurs de capitaux, attractivité |
| État | Impôts, taxes, TVA, cotisations | Financer les biens publics et la protection sociale |
| Entreprise | Réserves, investissements | Croissance, innovation, pérennité |
La valeur ajoutée est essentielle en économie et permet à l'administration de récupérer une partie de cette richesse sous forme de taxe. Outre renseigner sur la santé financière et économique d'une société, la VA permet d'éclairer les choix de redistribution et d'investissement.
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