Valeur ajoutée des réserves naturelles: enjeux et bénéfices pour le territoire et la société
En préservant et en valorisant le patrimoine naturel, les aires protégées comme les réserves naturelles sont devenues de véritables outils de territoire, pour ne pas dire un enjeu de société. En effet, elles apportent un ensemble de bénéfices sociétaux que l’on peut regrouper sous le terme de « valeurs ajoutées ». De quoi parle-t-on ? Des services écosystémiques, des retombées socio-économiques ou encore des contributions aux politiques publiques.
Les services écosystémiques: définition et approche anthropocentrée
Le service écosystémique regroupe les biens et les services que la biodiversité fournit à la société, les bénéfices que l’Homme retire de la nature. L’approche des services écosystémiques est aussi simple que complexe, mais elle est surtout complètement anthropocentrée : « nous, nous, nous ». Pourquoi ? Parce que l’intention est ici de rappeler ou de démontrer, pour celles et ceux qui l’auraient oublié, que l’Homme est dépendant de la nature.
Comment ? En provoquant une question : serions-nous capable de (sur)vivre sans la nature, sans les biens et les services que nous en retirons ?
L’évaluation de ces services repose sur plusieurs méthodes permettant de leur attribuer une valeur monétaire en se basant notamment sur un prix de marché associé à tel ou tel bien ou service, ou encore un consentement à payer en particulier pour la découverte du site par le grand public.
Exemples concrets
Un exemple ? Les écosystèmes de la réserve sont capables, selon la bibliographie, de stocker 861 tonnes de CO2 équivalent par an ce qui donnerait une valeur de 81 824 €/an sur la base du coût social du carbone à 95 €/tCO2eq. Un autre exemple ? Le sentier de découverte de la réserve est entre autre parcouru librement par 10 000 visiteurs par an ce qui donnerait 16 127 €/an sur la base d’un coût de déplacement consenti de 2,52€/adulte (hypothèse de 3 personnes en moyenne par véhicule dont 2 adultes pour une distance parcourue moyenne de 45km).
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Un dernier exemple, d’actualité ? D’après cette étude, le montant des biens et services rendus par les écosystèmes de la réserve naturelle s’élèverait à hauteur de 430 000€/an (valeur moyenne et liste non exhaustive). En comparaison au budget annuel que GEREPI consacre à la gestion du site, cela représenterait une valeur ajoutée de +150%. Cette considération représente un argument économique de taille pour soutenir la préservation, la restauration et même la reconquête de la nature, ici comme ailleurs… parce la société retire des bénéfices de tous types d’écosystèmes : haie, prairie, cours d’eau, forêt, etc.
Les instruments de protection et le cadre juridique en France
Parmi les nombreux instruments de protection de la nature en France, les obligations réelles environnementales (ORE), instaurées en 2016, permettent d’encadrer légalement des engagements de nature contractuels sur des territoires privés. Le droit offre des possibilités variées pour protéger la nature: parcs nationaux, parcs naturels marins, réserves naturelles, monuments et sites naturels, forêts de protection, arrêtés de protection de biotope, et outils de planification urbaine comme le PLU pour préserver les continuités écologiques.
Les parcs nationaux et les parcs naturels régionaux illustrent des niveaux de protection et des logiques d’intervention différents, allant de la protection stricte à une approche plus concertée autour de la valorisation économique et culturelle. Les sites Natura 2000, zones de protection spéciale et zones spéciales de conservation, illustrent une logique conventionnelle fondée sur la concertation et les plans de gestion.
Le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres, les espaces naturels sensibles des départements et d’autres instruments fonciers prévoient aussi des mécanismes de protection et de rotation de foncier pour préserver les habitats et favoriser l’implantation d’activités compatibles avec la conservation. Le droit offre aussi des possibilités de préemption ou d’expropriation lorsque l’utilité publique l’exige.
Évolution historique et exemplarité des projets associatifs
Historiquement, les associations de protection de la nature ont été parmi les premières à proposer des aires protégées volontaires. La SNPN a initié le programme Réserves naturelles libres, et le cadre législatif de 1976 a posé les bases des réserves naturelles volontaires permettant d’interdire la chasse et d’encadrer des activités sur terrains privés présentant un intérêt scientifique et écologique.
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En 2002, la modification du réseau des réserves naturelles a entraîné la disparition ou la transformation de nombreuses réserves volontaires, ouvrant le champ à des réserves naturelles régionales et à une redéfinition du cadre d’intervention publique et privée. Aujourd’hui, l’Observatoire des obligations réelles environnementales ouvre la voie à des ORE contractualisées sur des terrains privés, avec des contenus définis entre propriétaire et collectivité publique ou organisme gestionnaire.
Évaluation économique et valeur des services écosystémiques
Selon Efese et la Commission européenne, la valeur monétaire associée à huit services écosystémiques en France se situe entre 18 et 49 milliards d’euros par an, soit 0,6 % à 1,8 % du PIB. Mais ces chiffres ne représentent pas la totalité de la valeur de la nature, ni les valeurs de non-usage. Les services écosystémiques se classent en approvisionnement, régulation et culture, et les méthodes d’évaluation incluent les prix de marché, les coûts évités et les évaluations contingentes ou déclaratives.
À l’échelle française, les résultats du JRC et d’Efese montrent des différences dans l’estimation des usages récréatifs et des contributions à l’agriculture et à la biodiversité. L’évaluation monétaire demeure un outil utile pour éclairer des décisions publiques ou privées, tout en reconnaissant ses limites et les risques de biais.
Pour aller plus loin: capital naturel et financement de la conservation
Le capital naturel demeure un moteur économique sous-utilisé. Des estimations mondiales indiquent qu’une part importante du PIB dépend de la nature, ce qui justifie le besoin croissant de financement de la nature et l’intégration de ses services dans les bilans nationaux selon SEEA. Des exemples européens et nord-américains montrent des modèles variés: labs de financement public-privé, fonds dédiés, et structuration de la gouvernance autour des Premières Nations et d’acteurs locaux pour assurer la durabilité et les retombées locales.
Au Canada, des mécanismes comme le financement de projets pour la permanence et les Coast Funds démontrent comment des investissements soutenus peuvent favoriser conservation, développement économique local et inclusion des communautés autochtones. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, des cadres similaires en matière de capital naturel et de projets d’infrastructure verte montrent l’opportunité de lier croissance économique et protection de l’environnement.
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Services écosystémiques : un concept à intégrer dans nos prises de décisions ?
Tableaux et données clés
| Catégorie | Exemple ou chiffre | Impact potentiel |
|---|---|---|
| CO2 stocké par les écosystèmes | 861 tonnes/an | +81 824 €/an (coût social du carbone) |
| Visiteurs du sentier de découverte | 10 000/an | +16 127 €/an |
| Valeur des services écosystémiques en France (Efese/JRC) | 18-49 Md€/an | 0,6-1,8% du PIB |
Que peut-on attendre de l’évaluation économique des espaces naturels protégés ? Dans un cadre juridique, les ORE offrent une voie pour contractualiser des engagements de protection durable sur des terres privées, avec des obligations qui restent attachées au bien et opposables aux tiers. Ces mécanismes, conjugués à des outils planificateurs et à des dispositifs fonciers, permettent de concilier préservation de la nature et valorisation territoriale.
En somme, l’action des réserves naturelles et des instruments de protection n’est pas seulement biologique: elle est économique, sociale et politique. La société bénéficie des services écosystémiques, des retombées économiques liées au tourisme et à l’agriculture, et des cadres juridiques qui permettent d’inscrire durablement la biodiversité dans les projets de territoire.
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