Qatar, Financement du Terrorisme et PSG : Une Analyse des Accusations
La question du financement du terrorisme par le Qatar est un sujet sensible et complexe, souvent lié à des enjeux géopolitiques régionaux et à des investissements internationaux, notamment dans le domaine du sport.
Accusations et contexte géopolitique
Lors des questions au gouvernement du 11 octobre, le sénateur centriste Hervé Marseille a interpellé la Première Ministre sur l’implication du Qatar et de l’Iran dans les attaques terroristes du Hamas contre Israël survenues le 7 octobre. Tout en affirmant son émotion et son soutien aux victimes, le président du groupe Union Centriste Hervé Marseille a pointé le rôle du Qatar dans les attaques du Hamas. Le sénateur des Hauts-de-Seine a tenu à qualifier les attaquants de « tueurs », taclant au passage « ceux qui voudraient nous faire croire qu’il s’agit de résistants. »
« Ce sont des tueurs, tout simplement. Et ces tueurs ne sortent pas de nulle part, ils ont été accompagnés, ils ont été aidés, entraînés, financés, et on sait par qui. », a-t-il poursuivi. « Par le Qatar, puisque le chef des tueurs est hébergé au Qatar : M. Haniyeh [chef du bureau politique du Hamas, NDLR] est au Qatar. Ceux-là mêmes qui financent ici le PSG ou d’autres grandes entreprises. » Applaudissements dans l’hémicycle, tandis que le centriste ajoute un autre pays à la liste de ceux qui auraient une implication dans les attaques en Israël.
Le Qatar est accusé d'accueillir divers groupes terroristes pour déstabiliser la région, comme la confrérie des Frères musulmans, l’Etat islamique et Al-Qaïda. En 2010, une note diplomatique américaine, dévoilée par Wikileaks, estimait que le Qatar était le pays le moins coopérant de la région pour aider à tarir ces financements. Après l'attentat contre Charlie Hebdo à Paris en janvier 2015, l'accusation ressurgit.
Ceux qui accusent le Qatar d’être lié aux djihadistes s’appuient aussi sur la proximité d’Al-Jazeera avec les groupes extrémistes. En avril 2016, les autorités irakiennes ont d’ailleurs fermé le bureau d'Al-Jazeera à Bagdad en raison d'une couverture de l’actualité jugée favorable au groupe djihadiste sunnite Etat islamique et hostile à la majorité chiite d'Irak, selon l'AFP. Le Qatar est aussi considéré comme l'un des principaux bailleurs de fonds des Frères musulmans en Egypte et des groupes proches de cette confrérie dans les pays voisins (notamment en Syrie, en Libye et en Tunisie).
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Tensions avec l'Arabie Saoudite
L'Arabie Saoudite ne veut pas que son leadership du camp des musulmans sunnites lui soit ravi par le Qatar. Depuis des années, Riyad voit d'un très mauvais oeil les ambitions géopolitiques du petit mais richissime émirat. Cette rivalité « remonte à une vingtaine d’années, lorsque le Qatar a commencé à vouloir exister au niveau régional.
Dans les années 2000, le Qatar bénéficie indirectement de l’après 11-Septembre car les Etats-Unis veulent prendre leur distance avec l’Arabie saoudite d’où est originaire Ben Laden, et déplacent le Quartier général du Commandement central américain (CENTCOM) au Qatar. En 2006-2007, Arabie et Qatar s’opposent sur le Liban; puis en 2009 sur le Yémen et enfin en 2011 sur l’Egypte.
L’émir qatari aurait affirmé que « l'Iran devait être un allié stratégique et non perçu comme l'ennemi traditionnel et le fauteur de troubles dans la région ». Mais l’émir du Qatar a nié avoir tenu ses propos, assurant que son agence officielle avait été piratée. Néanmoins, même si ces propos ont été annoncés comme étant faux et supprimés après-coup, l'Arabie saoudite a bloqué sur son territoire une série de médias qataris, y compris la chaîne Al-Jazeera.
Investissements en Europe et accusations de financement du terrorisme
Le Qatar investit aussi de plus en plus de capitaux sur les places européennes. Et notamment à Paris ou à Londres, où le Qatar est partie prenante dans l’économie du sport (PSG) ou des médias (beIN) et possède des participations dans de nombreuses entreprises du CAC 40.
Des supporters de Bastia ont proclamé sur une banderole déployée dans les tribunes du stade de Furiani avant le match du championnat de France contre le PSG: «Le Qatar finance le PSG... et le terrorisme». Cette banderole a été déployée pendant une dizaine de minutes par des supporteurs bastiais, depuis l'entrée des joueurs sur la pelouse jusqu'au coup d'envoi du match comptant pour la 20e journée du championnat.
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Mme Nathalie Goulet attire l'attention de M. le ministre de l'économie et des finances sur la situation inquiétante révélée notamment par le Wall Street Journal et the Times concernant les transactions financières qui pourraient être opérées à destination de groupes terroristes.
Mesures prises par la France contre le financement du terrorisme
La France met en uvre cinq régimes de de sanctions financières visant à lutter contre le financement d'organisations terroristes :
- le régime ONU « Al Qaeda - État Islamique » issu des résolutions 1267 (1999), 1989 (2011) et 2253 (2015) du CSNU ;
- le régime ONU « Afghanistan/Taliban » issu de la résolution 1988 (2011) du CSNU ;
- le régime UE « personnes impliquées dans des actes de terrorisme » issu du règlement UE 2001/2580 ;
- le régime UE « État Islamique - Al Qaeda » issu du règlement UE 2016/1686 ;
- les mesures nationales de gel des avoirs à but anti-terroriste adoptées en application de l'article L. 562-2 du Code monétaire et financier.
En application des articles L. 562-1 et suivants du Code monétaire et financier, les établissements financiers agréés en France, dont les succursales d'établissements bancaires étrangers en France, sont tenus d'appliquer sans délai les mesures de gel et les interdictions de mise à disposition ou d'utilisation et d'en informer immédiatement le ministre chargé de l'économie.
Au sein du ministère de l'économie et des finances, la direction générale du Trésor est activement mobilisée dans la lutte contre le financement du terrorisme. Elle contribue à la définition, à la négociation et à la mise en uvre du cadre légal et règlementaire au niveau national, européen et international.
Réponse du Qatar aux accusations
ALI SHAREEF AL EMADI: Ces accusations sont apparues à l'occasion du blocus que nous ont imposé nos voisins en juin 2017. Elles font partie du travail de sape de ces pays qui œuvrent contre nous, en publiant des fausses informations sur des sites pour montrer à la communauté internationale que le Qatar finance et soutient le terrorisme, ce qui est faux.
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Le Qatar a toujours été au côté de la communauté internationale dans le combat contre le terrorisme. Nous avons adopté dans leur intégralité les résolutions de l'ONU appelant au combat contre le terrorisme. Nous avons pris récemment d'autres mesures, notre secteur financier a adopté le système OFAQ. Nous avons également signé des lettres d'intention avec les États-Unis en juillet dernier et la France en décembre à l'occasion de la visite d'Emmanuel Macron à Doha. Ces accords nous permettent d'échanger des renseignements avec nos partenaires mais aussi de procéder à des transferts de connaissance en matière de cybersécurité notamment.
Votre pays a récemment mis sur une «liste noire» une personne que les Américains accusent depuis des années de financer des organisations terroristes comme Al Qaida. Il s'agit de cheikh Abdelrahmane bin Omer al-Nouaymi. Depuis le début de cette affaire, les avoirs de cheikh al-Nouaimy et d'autres ont été gelés. Nous les avons traduits devant la justice. La liste que nous avons publiée, nous la partageons avec nos partenaires. Nous allons être très rigoureux.
À l'égard des ONG, comme Qatar Charity, qui est une association privée, mais aussi d'autres, le Qatar a également pris des mesures supplémentaires, pour remédier aux défis que posent ces organisations charitables. Désormais, chaque organisation charitable au Qatar devra passer par le Croissant rouge qui appartient à l'État qatarien, et via le ministère des Affaires étrangères. Ce n'était pas exactement comme cela effectivement.
Un accord Doha-Washington contre le financement du terrorisme
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