Causes et conséquences des algues vertes en Bretagne

Depuis leurs premières manifestations sporadiques dans les années 1960, les marées vertes sont devenues des invitées estivales indésirables dans plusieurs baies bretonnes. Chaque année, elles reviennent. Les algues vertes polluent chaque été les plages bretonnes. Leur prolifération pose un grave problème environnemental, puisqu’elle peut provoquer une asphyxie de la faune et de la flore aquatiques.

Qu’est-ce qu’une marée verte et comment se forme-t-elle ?

Les algues sont des êtres vivants, qui comme les plantes, utilisent la photosynthèse pour se développer. Elles ne comportent ni racines, ni feuilles, ni tiges : ce sont des thallophytes. On peut rencontrer des algues de toutes tailles dans la nature : les plus petites sont microscopiques, certaines peuvent atteindre plusieurs mètres de long. Les algues vertes sont des végétaux, à l’origine, fixés sur les fonds durs soit sur des rochers, soit sur d’autres algues (forme épiphyte).

Chez les algues vertes, le thalle est soit en forme de lame (algues dites « laitue de mer », les plus courantes en Bretagne) soit en forme de ruban (en forme d’intestin) ou de filaments (cheveux). Ces formes facilitent les échanges avec le milieu ambiant pour capter l’énergie lumineuse et absorber les éléments nutritifs que sont l’azote, le phosphore, le potassium, etc. Leur métabolisme, plus élevé que celui des algues brunes et rouges, nécessite beaucoup de lumière et un milieu riche en éléments nutritifs mais il leur donne un avantage compétitif.

La formation d’une marée verte résulte de la conjonction d’un reliquat hivernal d’algues vertes suffisant, de conditions du milieu littoral propices à une croissance rapide des algues vertes et, enfin, d’une configuration de site favorable à leur maintien dans ce milieu. Pour se multiplier, il leur faut des conditions propices : de la lumière, une température optimale de l’eau de 17°C, une concentration en nitrate dans l’eau d’au moins 0,5 à 1 mg/l. Selon les caractéristiques de chaque année, l’intensité de la production d’algues vertes varie. Elle est plus faible les années à printemps et été secs.

Facteurs favorisant la prolifération

Dominique Davoult : Les algues vertes se développent en raison de la combinaison de trois facteurs principaux : des baies fermées peu profondes où il y a peu de courant, une météo favorable (température clémente et ensoleillement) et la présence en excès de nitrates dans les eaux. Les sites favorables sont les estrans plats et les baies semi-fermées où débouchent des cours d’eau riches en azote. L’eau y est peu profonde et se renouvelle peu, malgré le va-et-vient des marées.

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Les algues vertes croissent sur la vase, parfois plus ou moins enfouies. Elles se reportent probablement d’une année à l’autre par des formes hivernales persistantes, enfouies et fragmentées. La houle et les courants de marée favorisent la mobilité des fragments d’algues vertes et leur dissémination. Maintenues en suspension par les mouvements marins, elles demeurent dans des eaux peu profondes, au-dessus de pentes douces sableuses et où elles tirent profit de la richesse excessive en azote, du fort éclairement, de la transparence de l’eau et de la réverbération du fond clair.

En Bretagne, la houle et les courants de marée favorisent la mobilité des fragments d’algues vertes et leur dissémination. Les algues vertes se développent en raison de la combinaison de trois facteurs principaux : des baies fermées peu profondes où il y a peu de courant, une météo favorable (température clémente et ensoleillement) et la présence en excès de nitrates dans les eaux.

Origine des nutriments : rôle de l’agriculture

La Bretagne est ainsi la première région de France pour la production de lait, d’œuf, et de viande de porc, de volaille et de veau. Or les élevages industriels, en raison du nombre trop important d’animaux qu’ils comportent, rejettent énormément de nitrates dans les sols et les cours d’eau à travers les effluents (déjections animales) d’élevage. Résultat : les eaux bretonnes se situent parmi les plus chargées en azote d’Europe, avec des concentrations de nitrates par litre près de 10 fois supérieures à une situation sans pollution humaine.

En Bretagne, les élevages de porcs et de poulets sont beaucoup plus importants que dans d'autres régions. Même si individuellement les agriculteurs ont commencé à changer leurs pratiques, notamment en limitant la fuite de lisiers dans le sol et les rivières, ils restent prisonniers du système d’agriculture intensive. Il est donc essentiel que l’État s’empare de cette question et que les pratiques vertueuses pour l'environnement soient encouragées.

En supprimant totalement les nitrates qui arrivent en milieu côtier, il faudrait 10 ans au moins pour retrouver une situation normale. Les algues s’auto-entretiennent : en se décomposant, elles libèrent leurs propres nitrates. Même si l’hiver, on a l’impression qu’elles disparaissent, elles restent tapies dans les zones où elles peuvent se développer. Et quand les conditions redeviennent favorables au printemps suivant, elles pousseront encore en quantité même si la concentration en nitrates baisse.

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Conséquences environnementales et sanitaires

Leur prolifération excessive entraîne des conséquences néfastes pour l'environnement et la santé publique. Les marées vertes posent également un problème de santé publique. La décomposition de ces algues émet des gaz toxiques à des concentrations pouvant être mortelles pour l’être humain en quelques minutes d’inhalation. Les effets aigus de l'inhalation de ce gaz toxique vont d'une simple gêne à un malaise grave, voire à un arrêt cardiaque dans les cas extrêmes.

Le risque dépend de la quantité de gaz libérée et de la proximité de la source, notamment pour les animaux et les enfants qui sont plus proches du sol. En effet, pendant l’été 2011, plusieurs sangliers ont été retrouvés morts au milieu des algues. La mort de Thierry Morfoisse compte parmi les plus marquantes d’entre elles. Employé chargé de transporter des algues vertes, il est décédé sur son lieu de travail en 2009. Le lien entre son activité et sa mort n’a été reconnu qu’en 2018.

Autre exemple: la mort d’un joggeur, décédé en 2016 dans une zone des Côtes-d’Armor où les algues vertes pullulent. C’est en effet dans cette zone que 36 sangliers avaient été retrouvés morts des suites d’une intoxication en 2013. À l’occasion de ces épisodes, la procédure de gestion des alertes a été activée, en lien avec la mairie, l’ARS et les services de l’État, et les sites ont été fermés au public.

Suivi, surveillance et indicateurs

Une première série d’indicateurs permet de suivre l’atteinte des objectifs du PLAV en matière de réduction du phénomène de prolifération des algues vertes, et d’amélioration continue de la qualité de l’eau. Une deuxième série d’indicateurs permet de suivre l’évolution d'un certain nombre de systèmes et de pratiques agricoles sur les territoires. L’atteinte des objectifs de l’ODD n°14 est évaluée en partie par l’état écologique des masses d’eaux littorales.

Le suivi des échouages d’algues vertes est confié au Centre d’Étude et de Valorisation des Algues (CEVA). Pour établir la situation des échouages, il effectue chaque mois d’avril à octobre un survol des différentes baies bretonnes. Tout comme en 2023, l’année 2024 a été marquée par un démarrage tardif des échouages. Cette année tardive et relativement peu intense jusqu’en septembre a engendré un cumul annuel inférieur de 17 % par rapport au niveau moyen sur 2002-2023 sur l’ensemble de la région mais avec des situations locales très différentes.

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D’après le dernier survol opéré par le CEVA, le 15 mai 2025, la surface régionale a fortement augmenté depuis avril en lien avec des conditions de fort ensoleillement à une période où les nutriments ne limitent pas la croissance des algues. La situation régionale de mai 2025 serait proche de la moyenne des dernières années. Sur la baie de la Fresnaye, aucune présence d’algues verte n’a été repérée (algues brunes filamenteuses).

Mesures de gestion : PLAV et actions locales

Le Plan de lutte contre la prolifération des algues vertes (PLAV) 2022-2027 a été défini et adopté le 7 juin 2023 à la suite d’un travail de concertation conduit par l’État et la Région Bretagne, en lien avec les Conseils départementaux des Côtes-d’Armor et du Finistère, l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, l’Agence Régionale de Santé et les collectivités des huit baies concernées.

Le comité départemental du Plan de lutte contre les algues vertes, réuni le 22 mai, a permis de faire un point sur l’avancement des actions du plan et dresser des perspectives. L’engagement et l’effort des agriculteurs et des autres partenaires est réel, en atteste la baisse de la teneur en nitrate des cours d’eau dans les bassins versants des algues vertes bretons. Grâce à l’effort des agriculteurs, la teneur en nitrates dans les cours d’eau a baissé entre 21 % et 30 % de 2010 à 2023 dans les bassins versants des baies algues vertes bretons, ce qui constitue un progrès important.

Dans le cadre du volet préventif du PLAV 3, des zones soumises à contraintes environnementales (ZSCE) ont été mises en place en 2022 sur les huit baies algues vertes dont trois dans les Côtes-d’Armor. Des arrêtés préfectoraux ont fixé des objectifs environnementaux à atteindre pour chaque zone d’ici septembre 2025. À cette date, l’État évaluera individuellement les exploitations agricoles sur la base de leur engagement dans des plans d’action et de l’atteinte des objectifs fixés.

Mesures Objectif Exemples et portée
MAEC et systèmes vertueux Accompagner pratiques agroécologiques 277 exploitations, dont 152 en MAEC
Paiements pour services environnementaux (PSE) Rémunérer bonnes pratiques ~126 exploitations
Chantiers collectifs Travaux de semis et optimisation fertilisation ~11 343 ha concernés
Aides investissements et diagnostics Résilience et transition Agri’invest, CTAE, diagnostics, Breizh Bocage

Volet curatif : ramassage et innovations

Les collectivités sont compétentes pour le ramassage des algues vertes. L’État, pour sa part, finance à 100 % le coût supporté par les collectivités sur le ramassage et à 50 % le traitement des algues vertes. Avec un peu plus de 14 000 tonnes ramassées dans les Côtes-d’Armor, l’année 2024 se situe dans la fourchette basse observée ces dernières années. L’État a soutenu les collectivités territoriales pour le ramassage et le traitement des algues à hauteur de 1,11 millions d’euros en 2024.

D. D. : Afin de réduire les risques pour la santé, des actions de ramassage systématique des algues échouées sur les plages sont mises en œuvre. Elles sont ensuite stockées dans des dépôts où elles vont sécher avant d’être incinérées. Les algues peuvent aussi être valorisées pour produire de l'énergie grâce à de grands méthaniseurs. Mais c’est une fausse bonne idée car nettoyer les plages avec des tracteurs et ramasser le sable superficiel endommage le milieu naturel et bouleverse l'écosystème.

Une autre solution moins problématique serait que chaque élevage possède un petit méthaniseur pour produire du méthane et de l’énergie directement à partir du lisier. D. D. : En Bretagne, les élevages de porcs et de poulets sont beaucoup plus importants que dans d'autres régions.

Dans le cadre du PLAV 3, le volet curatif fait l’objet d’un renforcement, avec le déploiement de solutions de ramassage d’algues alternatives dans certaines zones difficiles d’accès où le ramassage régulier des algues peut être difficile voire impossible. À la suite d’un premier test concluant en juin 2024, une expérimentation du BeachTech 5500 est menée en 2025 par Saint-Brieuc Armor agglomération sur deux sites de la commune d’Hillion (Saint-Guimond et l’Hôtellerie) représentant 0,6 hectares. Il s’agit d’un engin de ramassage léger et auto-porté qui permet le ramassage de faibles échouages sur des plages peu portantes où le ramassage classique est impossible afin de réduire le risque de forte putréfaction.

Les premières expérimentations du bateau Efinor Sea Cleaner en 2022 et 2023 ont conduit à réaliser des adaptations pour lui permettre, notamment, de collecter des algues vertes dans des eaux peu profondes et dans des endroits moins accessibles. Le bateau, désormais doté de roues, réalisera des tests au large de l’anse de Morieux en 2025.

Surveillance sanitaire : capteurs H2S et information

Volet sanitaire du PLAV , la mise en place d’un réseau de capteur d’hydrogène sulfuré. Porté par l’Agence Régionale de Santé (ARS), le volet sanitaire du nouveau PLAV vise à surveiller et informer sur le risque sanitaire engendré par la putréfaction des algues vertes. Dans ce cadre, l’ARS Bretagne, en lien avec Air Breizh, a déployé, depuis 2022, un réseau de capteurs en « baies algues vertes » bretonnes sur des secteurs susceptibles de présenter des risques d’émanation d’hydrogène sulfuré (H2S).

L’information des populations est assurée avec la mise à disposition des concentrations mesurées, via le site internet d’Air Breizh. Par ailleurs, plusieurs protocoles sanitaires ont été également élaborés pour adapter la réponse opérationnelle des services de l’État, des acteurs locaux et des professionnels de santé des territoires concernés.

En 2024, la campagne de surveillance sanitaire, du 1er juin au 31 octobre, a été marquée par trois jours de dépassement du seuil d’alerte fixé à 1 ppm, sur le site de Saint-Guimond à Hillion. En 2023, six dépassements avaient été constatés sur deux sites de cette même commune (Saint-Guimond et L’Hôtellerie). En 2025, le suivi des concentrations en H2S est réalisé du 15 mai au 15 octobre. Le dispositif de surveillance comprend 10 capteurs répartis sur les trois « baies algues vertes » des Côtes-d’Armor (La Lieue-de-Grève, Saint-Brieuc et La Fresnaye).

Les marées vertes

Perspectives et mobilisation jusqu’à 2025

Le comité départemental montre que sur 1 300 exploitations agricoles concernées, 20 % sont en bonne voie pour atteindre les objectifs fixés, 40 % sont en cours d’engagement, et 40 % n’ont encore entamé aucune démarche. L’État appelle les agriculteurs concernés à se mobiliser d’ici septembre 2025 pour mettre en place des plans d’action et éviter des obligations réglementaires. Celles qui se seront engagées continueront à bénéficier des dispositifs d’accompagnement.

Pour renforcer cette dynamique, parmi les perspectives de l’année, le préfet des Côtes-d’Armor a annoncé la fin de la période de la mobilisation volontaire des agriculteurs dans la réduction des flux d’azote en septembre 2025, avant l’application de mesures réglementaires individualisées. Les structures de conseil agricole sont elles aussi appelées à se mobiliser fortement pour sensibiliser les agriculteurs et les aider à établir ces plans d’action.

Il est temps que cette situation cesse. En refusant d’engager la transition écologique de l’élevage industriel, solution la plus efficace pour lutter contre les algues vertes, les autorités publiques semblent faire prévaloir les intérêts économiques sur les intérêts sanitaires et environnementaux.

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