La Micro Finance Islamique: Définition et Fonctionnement
La finance islamique s’aligne sur les principes éthiques de l’Islam, et elle est devenue un domaine de plus en plus influent dans l’économie mondiale. Cet article vise à démystifier la finance islamique, en explorant ses fondements, ses produits financiers et services, et son rôle croissant sur la scène financière internationale.
La microfinance islamique s’inspire de la même source que la finance islamique. Bien que n’ayant pas la même cible, les deux concepts se complètent et convergent en matière de fondements et de principes basés sur les préceptes du Coran et de la Chariaa.
comprendre la finance islamique
Les Fondements de la Finance Islamique
La finance islamique se base sur les principes des lois islamiques de la charia. C’est une application de la finance qui cherche à transmettre une vision de justice, d’équité et de transparence. Contrairement à la finance conventionnelle, la finance islamique met en avant l’idée d’éthique et de morale islamique. Ses sources proviennent de la révélation divine, de la sunna (tradition prophétique) et des pratiques économiques et financières à l’époque du prophète Mahomet. Elle se distingue par l’interdiction de l’intérêt et la responsabilité sociale de l’investissement.
En d’autres termes, elle lie plus étroitement la rentabilité financière d’un investissement avec les résultats concrets du projet associé. La finance islamique est également basée sur l’interdiction des transactions faisant appel à l’intérêt (ribâ) ou à la spéculation (maysir). Elle représente un marché mondial d’environ 3 000 milliards de dollars en 2024.
Ainsi, les principes de la microfinance islamique sont les mêmes que ceux que nous retrouvons dans la finance islamique à savoir :
Lire aussi: Micro-entreprise : Tout ce qu'il faut savoir
- L’interdiction du prêt à intérêt (Riba)
- L’interdiction des actifs et activités illicites
- L’existence d’un actif sous-jacent
- L’interdiction de l’incertitude (GHAHAR) et la spéculation (MAYSIR)
- Le partage des pertes et des profits (3P)
Ces principes sont derrière les efforts d’ingénierie financière que la microfinance islamique (MFI) est appelée à effectuer en permanence. En effet si par exemple la microfinance conventionnelle trouve sa réussite dans le prêt d’argent avec marge qu’elle offre à sa clientèle, la MFI ne peut en aucun cas prêter de l’argent avec une contrepartie quelle que soit sa nature au risque de tomber dans le Riba.
Le Principe d’Interdiction de l’Intérêt (Ribâ)
Le principe d’interdiction de l’intérêt (ribâ) en islam est un fondement éthique et spirituel majeur. Le ribâ est vu comme un excès ou une augmentation injuste, et il est strictement interdit car il est considéré comme une forme d’exploitation et d’injustice. La prohibition du ribâ vise à empêcher l’accumulation de richesse par des moyens immoraux et à promouvoir une distribution plus équitable des ressources. En islam, l’argent doit être gagné par des moyens légitimes et avec un effort réel, et non par des gains automatiques et disproportionnés comme les intérêts sur les prêts.
Le Principe de Partage des Profits et des Pertes
Le principe de partage des profits et des pertes est un pilier central de la finance islamique. Il repose sur l’équité et la justice, impliquant que les investisseurs et les entrepreneurs partagent les bénéfices et les pertes d’une entreprise proportionnellement à leur contribution en capital. Cela encourage une responsabilité mutuelle et décourage les comportements spéculatifs, car tous les participants sont directement affectés par le succès ou l’échec de l’entreprise.
Le Gharar et le Maysir
Le Gharar fait référence à toute transaction comportant une incertitude, un risque excessif ou un manque de transparence. Il est interdit car il va à l’encontre des principes de transparence et d’équité de la finance islamique. Le Gharar peut se manifester sous diverses formes, comme la vente d’un bien dont les détails ne sont pas clairement définis ou connus au moment de la transaction. Par exemple, vendre un véhicule sans préciser son kilométrage, son état ou ses défauts est considéré comme du Gharar. L’objectif est d’éliminer toute ambiguïté et de rendre les transactions traçables et transparentes, évitant ainsi les conflits et les tensions.
Le Maysir, quant à lui, est assimilé à la spéculation ou au jeu de hasard. Il est prohibé car il implique un enrichissement injustifié d’une partie au détriment d’une autre, souvent basé sur l’aléatoire. Les investissements contenant un élément d’incertitude qui les assimile à un jeu de hasard, comme les paris financiers (spread betting) ou du trading avec un fort effet de levier, sont considérées comme du Maysir et sont donc interdits.
Lire aussi: Guichet Unique INPI : Micro-entreprise
Les principes de tangibilité et de partage des pertes et des profits (3P) sont derrière la conception des produits innovants qui marquent la distinction de la microfinance islamique comme la Mudharaba, la Mucharaka, l’Ijara et l’Istissna’a
Sur un autre plan et sans aucune entrave aux principes susmentionnés, la microfinance islamique s’est avérée bien capable de développer d’autres services adaptés aux besoins des petits commerçants et des professionnels exclus de la finance conventionnelle, comme la micro-assurance à travers le Takaful et la micro épargne à travers les dépôts participatifs.
Investissements Adossés à des Actifs Tangibles
Dans la finance islamique, le principe d’investissements adossés à des actifs tangibles est crucial. Ce principe est en place pour garantir que les investissements sont liés à l’économie réelle et non à de simples échanges spéculatifs. Par exemple, les Sukuk, souvent comparés aux obligations dans la finance conventionnelle, sont des instruments financiers qui confèrent un droit de propriété sur les actifs de l’émetteur et sont adossés à des actifs tangibles. Cela permet aux investisseurs de participer directement aux profits générés par ces actifs, tout en respectant les interdictions de la spéculation (Maysir) et de l’incertitude excessive (Gharar).
Le Cadre Réglementaire de la Finance Islamique
Le cadre réglementaire de la finance islamique est constitué de divers textes et normes qui visent à assurer que les activités financières respectent les principes de la charia. Par exemple, dans l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA), le cadre juridique spécifique comprend une loi portant sur la réglementation des Systèmes Financiers Décentralisés (SFD) qui fait l’objet des règles de la finance islamique. Quant à l’autorité de supervision, elle varie selon les régions.
Dans la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), le Comité ministériel a adopté un réglement relatif aux conditions d’exercice et de contrôle de l’activité de finance islamique, applicable aux établissements de crédit et de microfinance. À l’échelle internationale, des organismes tels que l’Organisation des comptables et vérificateurs des institutions financières islamiques (AAOIFI) et le Conseil des institutions financières islamiques (IFSB) jouent un rôle clé dans la définition des normes financières conformes à la Sharia et leur harmonisation entre les différents pays.
Lire aussi: De SARL à Micro-Entreprise
Les certifications de conformité pour les produits financiers islamiques sont des attestations délivrées par des autorités compétentes qui vérifient que les produits financiers respectent les principes de la charia. En France, par exemple, la conformité à la norme halal des produits financiers islamiques est validée par des comités indépendants comme le Comité indépendant de la finance islamique en Europe (CIFIE), qui s’engage à réaliser des audits charia semestriels.
Produits et Services de la Finance Islamique
Comptes Bancaires
- Compte bancaire : comme en finance classique, toute personne physique ou morale peut déposer des fonds sur un compte courant qui sont garantis par la banque islamique.
- Les cartes bancaires : on rappelle que dans le cadre de la finance islamique, l’argent ne peut fructifier ex-nihilo. Dès lors, si la carte bancaire entraîne d’autres frais que les frais de gestion, son utilisation est proscrite.
- Compte épargne : comme énoncé précédemment, la thésaurisation est en principe interdite. En finance islamique, les comptes d’épargne s’apparentent à des contrats d’épargne en unités de compte proposés en finance classique.
Les comptes d’épargne islamiques fonctionnent selon les principes de la finance islamique qui interdit l’intérêt (ribâ). Ces comptes ne sont pas rémunérés par des taux d’intérêt comme dans les banques conventionnelles. À la place, les banques islamiques peuvent utiliser des contrats de partage de profits, tels que Mudarabah, où la banque investit l’argent de l’épargnant dans des activités commerciales halal et les profits sont ensuite partagés selon un ratio convenu. Si les investissements génèrent des pertes, elles sont partagées proportionnellement à l’investissement initial. Il n’existe donc pas à proprement parler de livrets épargne tels que nous pourrions le voir dans les banques conventionnelles, mais il s’agit plutôt de comptes de placement ou d’investissement.
Sukuk
Les Sukuk sont des instruments financiers de la finance islamique, souvent comparés aux obligations traditionnelles, mais avec des caractéristiques distinctes conformes à la charia. Contrairement aux obligations qui sont essentiellement des dettes générant des intérêts, les Sukuk représentent une part de propriété dans un actif sous-jacent et génèrent un revenu basé sur la performance de cet actif. Les détenteurs de Sukuk reçoivent donc une part des profits plutôt que des paiements d’intérêts fixes.
On peut donc dire que les Sukuks sont des produits financiers à mi-chemin entre l’action et l’obligation. Les Sukuk doivent être adossés à des actifs tangibles, ce qui les lie directement à l’économie réelle et évite la spéculation. Ils sont émis par une entité spéciale qui détient les actifs, et les investisseurs achètent des Sukuk, leur donnant ainsi des droits sur une partie des actifs et des revenus générés.
En résumé, les Sukuk diffèrent des obligations traditionnelles par leur conformité à la charia, leur structure basée sur des actifs tangibles, et leur modèle de revenu lié à la performance des actifs plutôt qu’à des paiements d’intérêts fixes.
Mudaraba
Le Mudaraba est un concept clé de la finance islamique qui repose sur un partenariat financier entre deux parties : le Rab al-Mal, qui fournit le capital, et le Mudarib, qui gère l’entreprise ou le projet. Les profits sont partagés selon un ratio convenu, tandis que les pertes sont supportées uniquement par le Rab al-Mal, à moins que le Mudarib n’ait commis une faute.
Comparé au financement participatif, le Mudaraba présente des similitudes telles que le partage des profits et des pertes, et l’absence de garantie de rendement fixe. Cependant, le Mudaraba est strictement régi par les principes de la charia, interdisant les investissements dans des secteurs considérés comme haram (interdits), et il nécessite une transparence et une confiance accrues entre les parties. Le financement participatif, quant à lui, peut être plus flexible en termes de secteurs d’investissement et ne suit pas nécessairement des principes religieux.
Autres Types de Financement
Le premier type de financement repose sur le principe de partage des pertes et profits. On parle alors de moudaraba, contrat de partenariat passif s’apparentant au fonctionnement d’une société en commandite dans notre système financier classique. En effet, la banque (l’associé bailleur de fonds) ne dispose d’aucun droit de regard sur la gestion du projet.
A l’inverse, dans le cas d’une mouchara, la banque peut intervenir dans la gestion du projet. De par ses modalités de fonctionnement, ce partenariat actif entre l’entrepreneur et la banque se rapproche d’une joint-venture couramment rencontrée en finance classique. Les opérations « sans participation » concernent essentiellement les opérations à caractère commercial (achat ou vente d’actifs).
Le premier est un contrat de vente soumis à des clauses précises issues des principes énoncés par la charia. La vente doit être instantanée, l’objet vendu licite et son prix clairement affiché et justifié. Ce type de contrat peut également être utilisé comme source de financement. Dans ce cas, la banque islamique joue le rôle d’intermédiaire financier entre l’acheteur et le vendeur.
L’ijara s’apparente à un crédit-bail ou contrat de location en finance classique. Dès lors, tous les produits dérivés rencontrés en finance classique sont proscrits.
Un individu décide d’acheter un bien (par exemple une voiture). La banque achète pour le compte du client ce bien et devient ainsi co-investisseur avec l’emprunteur. Le remboursement s’effectuera sous forme de versements de loyers augmentés d’une marge bénéficiaire. Cette marge ne s’apparente pas à un intérêt puisqu’elle correspond à la transformation d’un paiement de court terme en long terme, autorisée par la loi islamique.
Les Avantages et Inconvénients de la Finance Islamique
Avantages
Les avantages de la finance islamique sont nombreux, et ils reflètent une volonté de s’appuyer sur des principes éthiques et responsables (proches de la finance ISR). Premièrement, la finance islamique est basée sur la transparence, la responsabilité et l’équité, contribuant ainsi à la stabilité financière et à la résilience économique. En interdisant les transactions spéculatives et les pratiques risquées, la finance islamique favorise une croissance économique durable et équilibrée. De plus, elle offre des opportunités de financement sans intérêts, permettant d’éviter l’endettement excessif. La finance islamique est également reconnue pour sa connexion étroite avec l’économie réelle et son modèle de partage des risques, ce qui peut améliorer la stabilité du secteur financier.
Inconvénients
Bien que la finance islamique offre de nombreux avantages, elle présente également certains inconvénients. L’un des principaux défis est la standardisation : il existe une diversité d’interprétations des principes de la charia, ce qui peut entraîner des différences dans la mise en œuvre des produits financiers islamiques. De plus, la complexité des contrats peut être un obstacle, car ils doivent être conçus pour éviter les intérêts et la spéculation tout en restant compétitifs. Un autre inconvénient est le manque de sensibilisation et d’éducation du public, qui peut limiter l’adoption de la finance islamique par un plus large public. Sans oublier que le cadre réglementaire peut être incertain dans de nombreux pays, ce qui peut freiner le développement de produits financiers islamiques adaptés. Enfin, l’absence de système de refinancement Sharia compatible peut limiter les capacités d’offre des institutions financières islamiques.
Exemples d'ETF conformes à la finance islamique
Voici quelques exemples d'Exchange Traded Funds (ETF) qui suivent les principes de la finance islamique :
| ETF | Frais annuels | Nombre d'actions | Bourses disponibles | Code | Date de création | Description |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Amundi Index Equity Europe SRI - UCITS ETF DR | 0,30 % | 112 | Euronext Paris | HIPS | 5 décembre 2022 | Offre une exposition sur les entreprises européennes. |
| iShares MSCI USA Islamic UCITS ETF | 0,30 % | 125 | Gettex, London Stock Exchange (USD/GBP) | IUSF | 7 décembre 2007 | Offre une exposition sur les entreprises des États-Unis. |
| iShares MSCI World Islamic UCITS ETF | 0,40 % | 1 748 | London Stock Exchange, SIX Swiss Exchange | IGDA | 7 janvier 2022 | Offre une exposition sur les entreprises présentes dans les pays développés du monde entier. |
| iShares MSCI ACWI Islamic UCITS ETF | 0,30 % | 373 | Gettex, Xetra | IUSD | 7 décembre 2007 | Offre une exposition sur les entreprises du monde entier. |
| Wahed FTSE USA Shariah ETF | 0,75 % | 41 | Gettex, Xetra, Borsa Italiana | ASWE | 28 septembre 2020 | ETF géré activement. |
Il est important de noter que toutes les informations fournies sont génériques et ne constituent pas un conseil financier.
balises: #Financ
